‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 52 sur 297 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Bajesid saisît avidement l'occasion qui lui fêtait ( restait encore de rempire byzantin hors des

offerte de semer de nouveaux troubles; il se réjouit eomme le kmp lorsque le vent sou'ève la poussière. Ainsi s'exprime Phranzes faisant allusion sans doute au loup qui se trouvait dans les anciennes armoiries turques. Le sultan vint donc à Constantinople au secours des princes avec sit mille cavaliers et quatre mille fantassins; il arracha du palais des fontaines (1 ) l'empereur Jean et son fils Manuel, les enferma dans la tonr d'Anemas, et les remit à la garde sévère d'Andronlcus , qui monta sur le trône de son père (2). Pour prix d'un tel service, Andronicus paya chaque année â Bajesid plusieurs quintaux d argent et d'or (3); toutefois, il n'écouta pas les conseils répétés du sultan d'immoler son pèreetson frère (4). L'empereur Jean et Manuel, par le secours des Génois, réussirent à échapper aux soldats bulgares qui gardaient la tour d'Anemas. et se réfugièrent auprès de Batesid. Celui-ci qui avait souvent pressé Andronicus de les mettre à mort maintenant résolut de tirer parti de leur existence , our châtier la désobéissance de son protégé Andronicus. Réveillant le souvenir de l'ancienne amitié du vieil empe eor avec son père Murad et son a eut Urcban, Bajesid prêta l'oreille aux proportions de Jean . qui lui offrait d'être son vassal. Celuici promit de payer pour la captivité du fils le tribal que le fils avait payé jusqu'alors pour cède du père , de se mettre chaque printemps au service do souverain des Ottomans avec douze mille hommes, cavaliers et fantassins, et de se regarder comme l'ami de ses amis et l'ennemi de ses ennemis. Cet accord fut des deux côtés scellé par un serment (6) 1 1399]. Bajesid envoya un messager â Constantinople pour s'informer des habitants lequel des deux fils de I empereur, Andronicus ou Manuel, ils étaient disposés a reconnaître comme son successeur au troue. Le rapport ayant été favorable à Manuel , Bajesid lui prêta le secours promis , et une armée turque le replaça sur le trône, comme" elle l'en avait arraché deux ans auparavant. Mais Andronicus ne retourna pas en pi Uoa; il conserva ce qui

(1) Pbranzès, I. i,p. 13.

(2) Ibid., Chalcond.l.c.

(3) /Wrf.,édit. d'Aller, p. 13.

(4) ibid.

Ihicas , xir, p. 2J.

murs delà capitale, savoir: Selymbria, Herakles, Rhaidesios, Danias et Panidossur la Propontide, ainsi que Thessalonique (1). Manuel fut couronné comme successeur et co-régent de l'empereur Jean, qui parut deux ans encore assis sur le trône, où la pitié des princes ottomans Lrchan, Murad et Bajesid, le maintint pendant la durée d'un demi-siècle.

Bajesid, ayant conclu la paix de Servie, avant de partir pour l'Asie, jeta a Andrinople les fondements d'une mosquée (2\ dans cette partie de la ville que Ton nomme encore aujourd'hui le quartier d'Ildirimchan. Cette mosquée dont la coupole repose sur quatre arceaux , et qui pour cela est appelée mosquée de la coupole , avec un imaret y attenant, ne fut achevée que dans l'espace de quatorze ans (3). Saridsche-Pascha, appelésouvent général desAsabes, bâti' uni autre mosquée dans cette résidence. Cornu e commandant de la flotte , il captura a l'entrée des Dardanelles un vaisseau franc, sur lequel se trouvait une princesse destinée à l'empereur de Byzance. La belle fiancée impériale dont le nom est resté inconnu, enira dans le harem de Bajesid (4), qui, déjà se trouvant marié avec la fille du seigneur de kermian , avec ta princesse de B) zance , et celle de Servie, complaît maintenant quatre princesses pour ses femmes légitimes. Afin de subvenir aux frais nécessaires a l'achèvement de la mosquée qu'il venait de fonder, il entreprit une expédition - n Asie, et résolut de conq. érir Alaschelir (5) (Philadelphia); cette ville, située en re les pays soumis aux Ottomans et ceux du prince d'Aidin dont elle était l'alliée, était la seule possession que les Grecs eussent conservée dans toute l'Asie. Pour faire cette conquête le sultan réclama les troupes de ses nouveaux alliés de ServiedeByzance [1391], Le commandant grec d'Alaschenr répondit a la sommation de Manuel de recevoir un juge

(1) Phranzèn, 1. mi, édif. d'Aller, p. 13, et i dylaa, I. ii, p. 19.

(2) Haduhi-Cbalfa , Table« chronologique». (3; Ruimli d lladschi-Chalfa, p. 9.

(4) Aali, fol. 19.

(5j Neschri, fol. 95, A'ascbebr, c'est-à-dire la ▼iUe bigarrée , et non pas Aliabtcbthr , ville d«s Dieu, comme elle eu nommée par erreur dau» la plupart*

lions de voyages, et m-hna dans Lcaie.

et uq préfet turcs, qu'il n'était pas disposé à livrer la ville à un barbare. Ildirira, transporté de terreur, fit investir la place par les troupes grecques placées sous les ordres de Jean et de Manuel en personne , qui reçurent pour les services rendus dans ce siège une récompense d'Ildirim, à qui le fidèle vassal avait refusé de livrer la ville ; et, ce qui paraîtra plus incroyable, c'est que les deux empereurs montèrent les premiers à l'assaut de leur propre ville pour la mettre au pouvoir des barbares 1). Philadelphie est restée plus fameuse dans l'histoire par cette étrange manière de passer aux mains des musulmans, que par la conquête précédente qu'en avaient faite les Seldschuks, les Byzantins (2), les croisés et les Karamaniens(3), a qui les Catalans, sous la conduite de Roger , avaient tenté de l'enlever. Anciennement elle s'appelait Kallatebos; Hérodote en parle à propos de la marche de Xerxès. à cause de ses gâteaux de miel (4) ; aujourd'hui même l'IIalwa, c'est-à-dire le gâteau du miel d'Alaschehr, ainsi quecelui de Konia, sont renommés dans toute l'Asie Mineure. Bajesid y bâtit une mosquée, une école et des bains, et affecta les revenus de la ville â l'érection et à l'entretien de la mosquéequ'il avait commencée â Audrinople. Le prince d'Aidin, dont la protection avait soutenu jusqu'alors Alaschehr, l'unique ville grecque d'Asie, vint prêter serment au vainqueur; non-seulement il se désista du droit souverain de frapper monnaie et de faire dire la prière publique dans tout son territoire, mais il céda encore Éphèse, jusqu'alors sa capitale, et transporta le siège de son pouvoir à Tire , aujourd'hui renommée par ses tapis et ses étoffes de colon. Avec la principauté d'Aidin, celles de Ssaru-Chan et dcMentesche furent incorporées â l'empire ottoman, et les princes de ces pays cherchèrent et trouvèrent un refuge contre la puissance de Bajesid-lldirim (la foudre), auprèsde Kœturum-Bajesid, c'est-à-dire Bajesid le Perclus, seigneur de Kastemuni et de

(1) OialcondJ. i,p. 20.

(2) tSicéla» Cbouiaies, et, d'après lui, Déguignes, Histoire généal. , 1. m , p. 35 , place la prise de Philadelphie en 1120.

(3) Pachy mères, 1. y, c 21 , p. 293 , et c. 23, p. 295. La dernière prise de cette rille par Bajesid se trouve dans Cbakoodylas , 1. 1 , p. 20 , et Ducas , I. nr , p. 7.

(4) Hérod., I. vu , p. 31 ; Mannert, I. ti , c.3, p. 305.

Sinope( I ). Ildirim fit de ses nouvelles conquêtes un sandschak qu'il donna à son fils Ertoghrul . Ainsi des dix principautés formées des débris de l'empire seldschukide , déjà sept (2) étaient venues s'engloutir dans le gouffre toujours béant de la puissance ottomane ; au nord et au sud de l'Asie Mineure, les deux princes seuls de Kaste muni et de Karamanie bravaient encore sa puissance (3). Depuis la paix reoouvclée par Urchan, des relations d'amitié s'étaient formées avec le dernier (4); mais le vassal de Hamid éleva des plaintes contre lui (5\ Bajesid, après avoir entièrement soumis Kermian et Tekke, et placé Finis- Bcgà la tète de ce nouveau sandschak, « tourna contre la karamanie. dont le prince Alaeddin se réfugia dans les rochers de la Cilicie Pétrée (6). Bajesid investit Konia, qu'avait assiégée son père Murad ; il eut les mêmes égards pour les habitants de la contrée; il usa de la mémr discipline rigoureuse qui avait autrefois exdir des mécontentements dans les troupes auxiliaires de Servie. Les citoyens de la ville eux-mêmes furent ainsi encouragés à transporter do blé dans le camp ottoman; et, quand ils eu avaient reçu le prix, ils étaient reconduits en sûreté par des tschauschs (7). Séduites par de tels procédés, les villes karamaniennes d'Akschehr, de Nikde (8), d'Akserai (9), ouvrirent elles-mêm^ leurs portes, et le commandement en fut donné au beglerberg Timurtasch(lO). Leprincede Karamanie, pour ne pas perdre tousses États, en sacrifia une partie [1390], et la paix fut conclue a la condition qu'à l'avenir le fleuve Tscheharschenbe servirait de limite entre les Ottomans et les Karamaniens.

(1) Idris, Neschri.

(2) Karasi, Kermian, Hamid, Mentescbe, Tekke, Aidin et Ssaru-Chan.

(3) La conquête de Mentescbe et d'Aidin est rapport* par Seadeddin , Idris, Neschri , I. c, Aali , Ssolaksadc. fol. 20; Clialcondylas et Ducat, p. 7. Ce dernier

le prince d'Aidin Isa , celui de Ssaru-Cbau Cbirs, et celv de Karasi Éliai.

(4) Notices et extraits delà Bibliothèque du roi, Lit. p. 671.

(5) Neschri, fol. 96; Seadeddin, dam Bralutti, p. 192

(6) Ibid.

(7) Ibid., p. 163.

(8) Dscbibannuma , p. 615 , et Ewlia.

(9) Akserai , l'ancienne Archelais. Mannert, 1. it, 2, p. 266.

(10) Seadeddin , dans Bratutti , p. 164.

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