LIVRE VI
BAJESID, FRATRICIDE, MONTE SUR iE TROUE. — PREMIER SIEGE DE CONSTÀNT1NOPI.E PAR LE? TURCS. — PREMIÈRE INVASION TURQUE EN nO.\«R!E. — CONQUÊTE DES ÉTATS DE KARAAAKH. DE BURRANEDIHN ET DE KOETURUM. — CORRCPTION DES MOEURS ET DES JTGES. — fOV DATIONS ET CONSTRUCTIONS. — BATAILLE DE MCOPOL1S ET MASSACRE DE DIX MULE PHI- SOflNîtRS. — MOSQUEE ET EADI A CONSTANTINOPLE. — NOUVELLES CONQUETES EN ASIE BT D GRÈCE.
Le règne de Bajesid-Ildirim , c'est-à-dire la foudre , commence comme l'histoire du monde par un fratricide. A peine son père avait rendu le dernier soupir, Bajesid fit mettre A mort son unique frère Jakub, « en raison, dit l'historiographe de l'empire, de cette maxime du Koran : la sédition est pire que l'exécution. Il considérait aussi le mauvais exemple de conjuration et de révolte donné par sou frère Sandschi, et la nécessité de prévenir l'envie de l'imiter. Enfin, à l'exemple de Dieu luimême qui règne seul et sans rival, celui qui est l'ombre de Dieu sur la terre , le chef des vrais croyants, devait, semblable à Dieu et délivré de tout rival, s'asseoir seul sur le trône. » La politique des sultans successeurs de Bajesid trouva ses motifs si puissants, que l'imitation de sa conduite fut regardée par eux comme un devoir, et que dans la suite Mohammed le Conquérant proclama publiquement comme loi de 1 empire , que chaque nouveau sultan (1) devait immoler ses frères à son avènement. Les historiographes ottomans pour qui ce fratricide parait uoe tache à la mémoire de leur héros, malgré leur accord à le regarder comme une nécessité politique , prétendent que l'exécution de Jakub eut lieu à f insu dïldirim et d'après l'unanime décision des begs (2). Les historiens européens, qui se plaisent a exagérer les horreurs comme les ottomans à exagérer les éloges, portent jusqu'à sept le nombre de frères que Bajesid fit exécuter, bien qu'il n'en ait
(1) Voy. Constitution de l'empire ottoman, 1. 1, p. 98.
(2! Seadeddin et Ssolaksade.
jamais eu que deux, et qu'il ne lui en restât plus qu'un seul lorsqu'il devint maître du pouvoir suprême.
Après avoir envoyé en Asie les notification* nécessaires sur la victoire de Kossova et sur son él vali mau trône, Bajesid s'occupa d'abord de mettre ordre aux affaires de Servie. Il ordonna à Jigit-Bcg de faire des courses en Bosnie, et : Firus-Beg de pousser des partis du côté de Yidin ; il prit ensuite possession des miues d'argent de Karatova, et peupla Skopi de colom turcs. Après cela [1389 j , Etienne, fils deLazarr. élant veuu lui prêter serment de fidélité, il conclut avec lui un traité par lequel le despote s'engageait à suivre Bajesid comme allié dans toute» ses guerres, à lui donner sa sœur en mariage, et à lui payer un tribut annuel sur ses miot< d'argent (3). lldirini humilia davantage les Paléologues qui se disputaient le trône byzantin. Andronicuset Jean, filset petit-fils de Jean, l'empereur régnaut , qui avait trouvé contre eux un allié dans Murad, commeauparavanl il avait rencontré un appui dans Lrchan contre Canlacuzènr. avaient dû, sur l'injonction de Murad, à cause de leur conjuration avec Sandschi son fils, avoir les yeux brûlés puis être jelés en prison ; mais les ordres pour le supplice n'avaient pas été tellement bien exécutés que les deux princes fussent entièrement privés de la vue, et qu'ils n'eusseut conservé quelque espoir de monter un jour sur le trône; leur garde n'était pas si sévère qu'il* n'eussent pu trouver moyen de s'adresser à Bajesid, et de réaliser par lui leurs espérances.
fi) Ducat, 1. 1, p. 6.