‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 57 sur 297 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

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bout desquels les habitants chrétiens chassèrent la garnison turque. Baco fut cernée, et la garnison, après s'être rendue, Fut égorgée. L'armée alliée forte de soixante mille hommes se réunit à Nicopolis, qui fut assiégée pendant six jours par terre et par eau. Toghan-Beg se défendit avec opiniâtreté, cerlain qu'il ne tarderait pas a être secouru. Les alliés et surtout les Français, confiant dans leur supériorité, s'abandonnaient sans mesure au vin et ä la débauche avec des courtisanes qu'ils avaient amenées avec eux. Ils ne parlaient de Bajesid qu'avec le plus grand mépris, et doutaient qu'il eût le courage de passer le Bosphore. Ils ne voulurent pas même croire aux courriers qui leur apportèrent la nouvelle que l'armée turque n'était éloignée que de six lieues: le maréchal Boucicault menaça les messagers de leur faire couper les oreilles pour avoir répandu une fausse alarme (1). Les chevaliers poussaient l'extravagance jusqu'à dire que si le ciel tombait ils le soutiendraient sur leurs lances (2). Fier de ses succès, Bajesid pouvait paraître moins présomptueux en faisant cette menace : t Bientôt je ferai manger l'avoine à mon cheval sur le maître-autel de Saint-Pierre à Rome (3). » Aussitôt que les premiers coureurs turcs, les Asabes, couvrirent la plaine, le courage impétueux du comte de Nevers lui fit demander le poste d'honneur à la première attaque par la cavalerie française ; le roi Sigismond, habitué à la guerre contre les Turcs et connaissant leur manière de combattre , lui représenta que des troupes légères suffisaient pour dissiper cette canaille mal armée, mais qu'il fallait réserver le noyau de l'armée chrétienne pour l'opposer au noyau de l'armée turque, les janitschares, les sipahis. Le sire de Coucy et l'amiral Jean devienne furent de l'avis du roi; mais le connétable et le maréchal de France > blessés dans leur orgueil de ce que Sigismond avait consulté l'amiral et le sire de Coucy avant de demander leur opinion , embrassèrent avec vivacité l'opinion contraire , et s'écrièrent que la cavalerie française ne céderait jamais le pas à l'infanterie hongroise, que le poste d'honneur appartenait de droit aux Français dans la bâ-

ti) Vertot , p. 9, d'après l'histoire anonyme de Saiol- Denii , I. xvi, c. 11.

(2) Böntum», p. 377.

(3) Daru , Histoire de Venise, n , p. 103.

taille. A ces paroles, toute la jeunesse française répondit par des acclamations , et leur folle témérité se changea en sauvage barbarie lorsqu 'ils égorgèrent dans le camp des prisonniers turcs qui s'étaient livrés sur parole (1).

Après ce sanglant prélude commença la batailleront lissuefut si tragique [22 sept. 1396 ; Les Asabes composant lavant-garde tureque , ne résistèrent pas à l'impétuosité de la cavalerie française ; les janitschares eux-ménit** furent enfoncés, et lorsque dix mille d'entre eux couvraient déjà le champ de bataille de leurs cadavres, le reste chercha un refuge derrière les sipahis ; alors les chevaliers français se précipitent avec une force invincible sur la cavalerie turque, dont cinq mille hommes sont tués. La victoire était aux Français s'ils avaient suivi l'avis du sire de Coucy et de l'amiral , qui conseillaient de faire halte , de remettre l'ordre dans les escadrons, et d'attendre l'infanterie hongroise (2). Mais dans l'emportement de leur imprudent courage et voyant les sipahis fuir devant eux, ils coururent et montèrent jusqu'au sommet d'une hauteur (3), où ils espéraient achever le reste de l'armée turque. Quel fut leur étonnement lorsqu'ils virent l'élite des forces de Bajesid (4), leur présenter une forêt de quarante mille lances. Au premier étonnement succéda une terreur panique, et à la valeur la plus emportée le découragement le plus complet. Tout s'enfuit ou se dispersa, la cavalerie de Bajesid coupa la retraite. L'amiral Jean de Vienne avait déjà fait un mouvement en arrière, lorsque, fidèle à l'honneur, il s'écria aux douze chevaliers qui l'entouraient : « Dieu nous garde de sauver notre vie aux dépens dé notre gloire, c'est ici qu'il faut se défendre ou mourir au champ d'honneur (ô). » A ces mots , ils se précipitèrent ensemble sur les lances des ennemis , et moururent en chevaliers français. Le duc et vingt-quatre de ses compagnons furent pris :

(1) Verioi , d'après l'Histoire anonyme de Saint-Denys.

(2) /bld., I. vi , p. 12 et 13.

(3) Idris et Seadrddin, dan* Bratutti. p. 184 , parlent de cette hauteur nur laquelle Bajesid à cheval s'eutretini avec Tognan-Beg , commandant de Nicopolis.

(4) Ducas , I. xiii , p. 27.

(5) Veriot, d'après te mus. anonyme deSaint-Deiii«,

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