‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 7 sur 297 · LIVRE PH FMI ER · texte numérisé non relu

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les époques primitives , un certain Oghus-Chan, i fils de Kara-Chan qui Fonda la puissance et la civilisation des Turc* par ses conquêtes et par des lois; il était contemporain d'Abraham (1), et comme fondateur de domination , il a beaucoup de ressemblance avec le Dejocès do Mèdes (le Dschemschid des histoires orientales) (2). Son abandon du culte des idoles de son père et sa vocation à une religion plus relevée et plus pure amenèrent une guerre civile et religieuse qui dura soixante-dix ans. De Karakum, où son père Kara-Chan passait l'hiver, tandis qu'il se tenait Tété entre les montagnes Urtag et Kurt*8 Oghus marcha vers le sud, et fixa sa résidence a Jassi (4), Tune des villes les plus célèbres dn Turkistan comme siège de l'ancienne et de la nouvelle domination turque, du culte religieux ancien et nouveau ; comme résidence d'Ogbus-Ghan à des époques reculées, et du chan des Usbegs dans les temps plus récents , comme le berceau et l'école de Chodscba-Ahmed,un des plus grands scheichs de l'ordre des Nakschbendis(5).Oghus ayant vaincu son père, soumit a son empire tout le Turkistan (6) depuis Artelas et Sirem jusqu'à Buchara. La tradition lui donne six fils, les chaos du jour, de la lune* de l'étoile, du ciel, de la montagne et de la mer.

Oghus, chasseur, comme Nimrod, chef d'un peuple nomade et chasseur, envoya un jour ses

(1) L'histoire que Nescbri écrivit nur Ogh»*-Chan , dan* la première division de «on Dsrbihannmna.

(2) On peut roir la preuve de cette ideuiité dans les Annales littéraires de Vienne .dix-neuvième vol., p ii et suir. .

(3) Selon Dschihannuma , p. 309. Urtag était le jour d'éié , Kurtag était celui d'hiver des Oghuses. Les deux noms de cet montagnes , oomine presque tous les autres dan* la traduction française de l'histoire d'Abulgbasi, ont été ebaugés par une fausse pronouciation ; on en a fait Artag et Kartag, la dernière ( montagne déneige, kar signifie neige) serait un singulier choix pour passer rlriver. Histoire généal. , p. 30.

(4) Jasai, sous le cent -unième degré de longitude, quarante-troisième de latitude, capitale du Turkistan, autrefois la résidence de» chans Usbegs. Discbtbannuma , p. 367, ligne neuvième.

(5) Les biographies des scheichs Nakxchbendi, Resrhbat-Ainol-Hajat (gouttes de la source delà vie), parues 1 Consta ntitjople , an de l'hégire 1236 [1820] , donnent des renseignements détaillés sur ce scbelrh fameu*.

(6) Dschibaunuma, p. 360, ligne 5; Histoire généal., p. 57 ; Dschihannuma , p. 390 , ÜG- 19 , et IS'cwUri.

fils à la chasse, comme à la recherche de leur destinée future. Ils lui rapportèrent nn are et trois flèches qu'ils avaient trouvés. Le père donna Tare aux trois atoés et les trois flèches aux trois plus jeunes de ses fils; ceux-ci en prirent chacun une, mais les premiers rompirent Tare en trois morceaux et conservèrent chacun une pièce. Pour cela, Oghus appela les derniers Utschok, trois flèches, et les atnés Bosuk, destructeurs (1); il confia à ceux-là l'aile gauche de son armée, et à ceux-ci la droite , donnant ainsi la préférence (2) aux destructeurs.

Après sa mort ils se partagèrent les contrées de Test et celles du couchant du grand empire d'Oghus; les trois flèches, ou chers de l'aile gauche, furent les Turcs de l'Orient ; les destructeurs, ou les chefs de l'aile droite, ceux de l'Occident. A chacun de ces six héritiers d'Oghus-Chan , la légende donne quatre fils qui devinrent les chefs des vingt - quatre tribus turques.

I^t roi dans certaines traditions adoptées sans examen dans les époques primitives, et plus tard révoquées en doute par la critique, est souvent, dans les temps modernes, confirmée par l'histoire; de sorte que ce qui, dans la tradition, est faux quant au fond, se trouve vérifié quant à la forme, et réciproquement. Les mœurs d'un peuple originairement chasseur ont dû laisser de longues traces à la cour des sultans, et la division primitive en aile droite et aile gauche, faite par Oghus, se présente comme la base fondamentale du ban et arrière-ban des Turcs, des Mongols et des Tatares; de plus, le nombre quatre (par allusion aux quatre enfants qu'eut chacun des fils d Oghus)est venu partout s'implanter, pour ainsi dire, dans l'ingénieuse organisation des États ottomans. C'est ainsi que les chefs des vingt-quatre tribus turques se sont conservés dans les vingt-quatre begs des Mameluks boharites et tscherkesses , jusqu'à leur destruction récente. Dans la suite de cette histoire, nous aurons plus d'une fois occasion de revenir sur ce point.

Quittant les trois chans de 1 aile gauche et les descendants des trois flèches qui marchèrent à

(t) Histoire généal., p. 62; Dschihannuma, p. 370, lig. 23 et 24.

'21 M<?mr pajje , lig. 23.

l'Orient, et sortant de notre cercle, nous allons suivre les descendants des trois chans de l'aile droite ou destructeurs. Ceux - ci s'établirent . d'abord dans le Turkistan, d'où ils firent une invasion dans le pays situé entre le Sihun et le Dschihun (1) (Naxarte et l'Oxus), et, enfin, franchissant ces dernières limites, ils s'avancèrent en conquérants et en dominateurs jusqu'au Bosphore et au Danube. Les plus anciens historiens de la race des Oghuses, des Seldschuks et des Ottomans font descendre leurs souverains directement des trois chans de l'aile droite : les Oghuses viennent du chau de la montagne ( ils habitaient un pays montagneux); les Seldschuks, du chan de la mer (la Méditerranée bornait leur empire); les Ottomans, du chan du ciel.

Avant de nous occuper exclusivement de ces derniers , il sera utile de faire mention des diverses branches de cette race et de leurs devanciers, puisqu'en effet l'empire des Ottomans s'est élevé sur les ruinesde celui des Seldschuks. Nous dirons donc d'abord quelques mots des Oghuses; puis nous nous étendrons avec d'autant plus de détails sur les derniers Seldschuks, que l'histoire de leur chute est plus intimement liée à l'élévation des Ottomans.

Les Oghuses dominaient dans le Turkistan et dans la contrée située entre ïlaxarte et l'Oxus, fréquemment enveloppée dans les guerres avec les chosroes de Perse et leschalifes (2) d'Arabie. Ce ne fut que trois cent cinquante ans après Mohammed que Salur, descendant de Tak - Chan ( seigneur de la montagne ), embrassa l'islam avec deux mille familles. Il porta depuis le nom de Tschanak ou Kara- Chan, et la partiede son peuple qui avait adopté sa doctrine prit celui de Turkmans (3), pour se distinguer des Turcs encore mécréants. Après leur émigration, ils allèrent s'établir, les uns dans l'Arménie occidentale, d'autres sur les bords orientaux de la mer Caspienne : de là les Turcomans orientaux et occidentaux. La contrée qu'ils occupèrent se nomme encore aujourd'hui Turcomanie (4).

(1) Neacbri , et Dschitaannuma , p. 370, Hg. 26 et27, selon Mirchond.

(2) Neacbri.

(3) Neschri eiplique ce nom comme composé de iure et iman , c'est-à-dire croyant.

(4) La noie de l'Histoire géaéal. t'éleod fort au long

f Musa , fils de Tscbanak-Chan, rassembla près

de lui des savants, éleva des mosquées, des cloîtres et des écoles; et Boghra-Chan-Harun, fils de Suleiman, successeur et oncle de Musa , recula les bornes de sa domination vers l'orient, au delà de Kaschgbar et de Balasghun , jusqu'aux frontières de Sina, et conquit sur la dynastie persane de Saman le pays de Bucharie. Après lui, Ahmed-Chan-Ben-Kbu-ISasser-Ben-Ali imposa par la force des armes l'islam à la partie non convertie des Turcs. Son frère Arslan- Chan-Abul-Mossaffir-Ben-Ali, qui changea son nom démesuré contrecelui de Sclierfeddewlet (noblesse d'empire), conquit tout le pays au delà de l'Oxus. A sa mort, Kadr-Chan-Jusuf, | fils de Boghra-Chan, se rendit célèbre par ses libéralités envers les Turcs qui se livraient à la ; lecture du Koran. Son fils Kara-Chan-Omar, ; ayant été fait prisonnier par son frère Mah- I mud , fut empoisonné avec lui, et le pays passa sous la domination de Toghmadsch - Chan de Samarcand [1031]. Le fils de celui-ci ( Schemsul-Mulk-Ben - Iii k - Chan - Ben - Togh madsch ) s'unit par un double lien à la famille Seldschuk, dont la puissance allait toujours croissant, en épousant la fille d'Alparslan, et en donnant sa sœur Turkan au sultan Melek- Schah[1069].

Les fils de Seldschuk, puissante branche turque sortie du filsd'Oghus, chan de la mer, se j fixèrent , vers la fin du dixième siècle de l'ère chrétienne , près de la Bucharie où régnait (1) Boghra khan. Trente ans plus tard [1034] , Mahmud , le grand dominateur de Ghasna, le conquérant des Indes, les conduisit par delà l'Oxus dans le Chorasan (2). Sebektegin, père de Mahmud, qui, d'abord esclave turc d'un général au service d'une famille persane régnante { (Saman), fut installé comme gouverneur de Ghasna, s'empara bientôt du pouvoir absolu de tout le pays, comme avaient fait, dans les deux siècles précédents, les esclaves turcs Tulun et

sur les lieux qu'habitaient les Turkmans orientaux et occidentaux , p. 536-538. Déguigne» fait remarquer que ces Turcomans sont les Oghuses qui firent plu» lard des invasions dans ia Syrie ; Histoire généal. des Bunt, liv. x, p. 190.

(1; D^guignes, Tables chronologiques , p- ^41. (2) Déguignes, Histoire généal. des Huns, liv. x, p. 188.

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