‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 75 sur 297 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

rt les vœux accoutumés. Timur loua l'état commet et la bonne tenue de leurs troupes , mais principalement celle do corps que le prince Mohammed-Su lia a venaitd'amenerde Samarkand, et qui était signalé par l'adoption nouvelle d une même couleur pour chaque régiment : ce fut la première trace des uniformes (1). Quelques escadrons avaient des étendards rouges, des casques rouges, des cottes d'armes rouges, des selles, des chabraques, des lances, des boucliers et des massues rouges; pour d'autres, ces

armes étaient jaunes ou blanches, etc. ; fl y

avait aussi deux régiments entièrement couverts de cuirasses, les plus anciens régiments de cuirassiers dont l'histoire fasse mention (*2). La revue dura depuis la naissance du jour jusqu'après midi, que la musique militaire donna le signal de ta prière, et Timur accomplit si s dévotions. Il fit passer les ambassadeurs turesa cheval dans tous les rangs, et les congédia ensuite en disant: Qu'il était encore disposé à la paix, si Bajesid voulait mettre en liberté la suite de Taherten qu'il retenait en captivité , et lui envoyer un de ses Als qui serait traité avec la plus grande bienveillance; qu'à ces seules conditions il pourrait encore jouir en toute sécurité de la domination de l'Asie Mineure (3). Kn même temps que ces envoyés allaient prortamer hautement la parole de l'empereur, Timur dépêcha aussi des messagers secrets auprès fies troupes ta tares, dont un grand nombre se trouvait dans l'armée de Bajesid, pour leur rappeler le souvenir de leur nationalité, éveiller en elle» le sentiment de la honte de la domination drsTurkman* ottomans, dont la puissance avait été fondée par on affranchi desSeldschuks (4), et les exciter â ae détacher de tels maîtres pour l«s»er du côté de leurs frères.

Les manœuvres de Timur pour semer la division parmi les ennemis étaient favorisées par un esprit de mécontentement qui régnait dans l'armée de Bajesid, a cause des rigueurs du sultan et de l'irrégularité dans le payement de la »lde (ô). En vain dans le conseil de guerre, ap-

(1) Scberefeddin, ch. 44 , p. 418.

(2) Ibid., ch. 44 , p. 41». '

(3) Ibid.

W Ar»b Schah et Aali , fol. 35.

<») Aali, fol. 35,ctChalcondylas.

I>clé divan à pied, le vesir AH-Pascha et son fils Ibrahim avaient essayé de réprimer «a témérité et de corriger sa parcimonie; en vain lui avaient-Us représenté que la supériorité du nombre de l'ennemi devait faire éviter toute bataille rangée en rase campagne, et rechercher plutôt les bois et les défilés. Leurs prières n'obtinrent pas plus de succès pour le déterminer au morns à ouvrir ses trésors, afin d'adoucir par quelques distributions l'irritation des troupes ( 1 ); il demeura inébranlable dans sa résolution d'aller au-devant des Tatares pour les combattre dans les plaines découvertes, et de ne rien donner aux mercenaires qui servaient dans son armée. Alors un des généraux aurait dit : « Probablement l'argent de Ba*esid porte déjà l'empreinte de Timur, puisqu'il nose pas le répandre parmi les troupes (*2). » l es soldats, animés du même esprit que les officiers, firent des représentations dans le même sens, non pas dans le conseil de guerre, où ils ne pouvaient faire entendre leur voix, mais au moyen d'un langage symbolique, sous le vpile duquel la vérité parvient si souvent impunément aux trônes asiatiques. Une nuit Bajesid avait demandé du miel ; on n'en put trouver de pur, parce que la nuit les abeilleset les bourdons salissent les cases qui le renferment. Les sipahis envoyèrent au sultan une assiette de ce miel ainsi mêlé d'ordures, avec ces lignes significatives: « l<e miel recueilli de nuit ne peut satisfaire la vue ni le goiU, ainsi l'argent I rop longtemps épargné profite aussi peu. lorsque vient l'heure ténébreuse du malheur 3 . » Bajesid, sourd aux conseils des généraux et des soldats , se mit en marche avec son armée de cent vingt mille hommes, parmi lesquels on comptait dix-huit mille Tatares, et dix mille Serviens auxiliaires sous les ordres de Lazare, pour aller au-devant des forces de Timur sept fois plus nombreuses.

Lorsque Timur apprit à Siwas que Bajesid était à Tokat, comme, en suivant la route directe vers ce point, il lui aurait fallu traverser d'épaisses forêts , il tourna au midi du côté de Kaiszarije; et de là, remontant au nord -ouest, il marcha vers Kirschehr et Angora. Il employa

(i) Chalcondrlas.

'(2) Ibid.

(3) Aali , fol. 35.

six jours de Siwas à Kaiszarije, trois de cette dernière ville à Kirschehr, sur les bords de l'indscheszu (1), et au bout de trois autres journées il atteignit Angora. Jakub, commandant de la ville pour les Ottomans, répondit comme il convient à un vaillant guerrier à la sommation de Timur de rendre la ville. Timur détourna le cours de la petite rivière de Tschibukabad qui fournit de l'eau à la ville , et commençait même les ouvrages des mines, lorsqu'il reçut l'avis que Bajesid avec son armée n'était plus qu'à la distance de trois heures. Aussitôt il leva le siège, et campa au delà du Tschibukabad , afin de protéger ses derrières pir la rivière; en même temps il fortifia son camp par des fossés et des chevaux de frise (2). Bajesid, dans l'aveuglement de son orgueil, voulant montrer son dédain pour les forces de Timur, alla camper au nord, et disposa une chasse sur les plateaux arides des environs. Ses soldats furent horriblement tourmentés par la chaleur et le manque d'eau , et cinq mille expirèrent de soif dans cette marche insensée (3). Lorsqu'il voulut,au bout de trois jours, regagner son ancienne position, il la trouva occupée par l'armée de Timur; la seule source qui pouvait fournir de l'eau à son armée avait été troublée et presque comblée par des soldats tatares envoyés de nuit à cet effet. Au nord-est d'Angora, dans la plaine de Tschibukabad, au pied du mont Stella, sur le terrain même où Pompée avait défait Mithridate, les Tatares et les Ottomans se rangèrent en ordre de bataille. Les deux armées réunissaient à peu près ensemble un million d'hommes; elles étaient commandées en personne par l'empereur et par le sultan. Les diverses divisions étaient sous les ordres des princes fils et petits-fils des deux souverains, et des plus vaillants généraux de l'Asie et de l'Europe.

Des sept fils de Timur, deux étaient encore mineurs: rainé, Dschihangir, était mort depuis longtemps; les quatre autres avec cinq petitsfils, c'est-à-dire neuf princes du sang, commandaient les divers corps de l'armée tatare. Du

(1) Dans Scherefeddin, Youlßhoun-Sson, I. v, ch. 4ß,

(2) Ibid., p. 7.

(3) Duca» , I. xvi , p. 34; dan* Arab-Schah on trouve airai ce nombre de cinq mille.

(4) Duchihannuma , p. 641

côté des Ottomans, les divisions étaient sous ordres de cinq fils de Bajesid ; le sixième, Ertoghrul, avait été immolé près de Siwas. Ailleurs il sera question de Kasim, le septième : à coté d'eux ils avaient les plus grands généraux de l'époque. L'aile droite de Timur était conduite par l'alné de ses fils vivant, le prince Miran-Sehah,et,souslui, par le petit-rï IsEbubekr; la gauche était menée par les princes Schahroch et Chalil ; et ils avaient sous eux le fils de b fille de Timur, Schah-Husein, rentré en grae* depuis sa trahison et la correction reçue à Damas. Au centre, à la place d'honneur qui aurait appartenu au prince ainé Dschihangir décédr. se trouvait son fils Mirsa-Mohammed-Sultan: a sa droite et à sa gauche, sur une ligne plus avancée, quatre-vingts colonels étaient à la tètedf leurs régiments; devant lui flottait l'étendard de la queue de cheval couleur de sang surmonté du croissant d'or; sous lui combattaient son oncle Oraar-Scneich, fils de Timur, avec les fik Mirsa-Pir-Mohammed et Iskender. Timur luimême se tenait à l'arrière-garde avec quarante régiments (1); Bajesid confia les troupes asiatiques, qui formaient l'aile droite, à son fils aine Suleiman-Schah, gouverneur d'Aidin, Ssarv- Ghan et Karasi ; à la gauche, les troupes servieones d'Etienne Lazarewitsch étaient comman dées par le beau-père du sultan ; au centre » plaça Bajesid lui-même, ayant sous lui ses trot* fils Isa, Musa et Mustapha, avec dix mille janù> chares et Asabes (2), et les plus vaillants généraux. Son fils Mohammed était à la tête de l'arrière-garde. Sur le front de l'armée de Timor étaient rangés cinquante-deux éléphants qu'il avait amenés de l'Inde (3). Aux auxiliaires serviens de l'aile gauche des Ottomans étaient opposés, dans l'aile droite de l'ennemi, les vassaux gardiens des frontières de l'empire tatare, Ibrahim-Schah, deSchirwan, Taherten, d'Ersends- Chan, Kara-Osman-Bajender, de Diarbekr,avec leurs Turkmans.

A six heures du matin , les deux armées s tbranlèrent, les Tatares au bruit des trompette* et du cri de guerre Surun; les Ottomans au son

(1) Scherefeddin , 1/ y , ch. 47.

(2) Bratutli , p. 214.

(3) Schilibereer , p. 44 , e«t d'accord avec Schcrefridin , ch. 47 , p. 9.

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