‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 74 sur 297 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

vers Bagdad. Ferrudsch(l), lieutenant d'Àkmed Dschelair, se défendit avec un courage désespéré. Le siège fut un des plus meurtriers, nonseulement par l'ardeur de l'attaque et de la résistance , mais aussi par l'effet des chaleurs de Tété qui devinrent dévorantes au milieu du mois d'août [1401]. Un jour que tout était dans l'accablement, que la garnison , hors d'état de se tenir sur les remparts enflammés , y avait seulement laissé les casques posés sur des piquets, et s'était mise à l'abri dans les casemates , les caves, pour y. prendre quelque rafraîchissement, un assaut général fut livré, et l'émir scheich Nureddin planta sur la muraille l'étendard à queue de cheval surmonté du croissant (2). Ferrudsch et sa fille, qui s'étaient échappés par le Tigre, furent atteints dans leur fuite; mais ils se précipitèrent dans le fleuve où ils se noyèrent; leurs cadavres ayant été ressaisis furent jetés sur le rivage. Alors commença une scène de dévastation et de carnage dans laquelle le Tatar Timur rivalisa de fureur avec le Mongol Holaku, le destructeur du chalifat , conquérant de Bagdad (3). Les mosquées , les écoles et les hôpitaux restèrent seuls debout au milieu des ruines ; les imams , les juges et les professeurs furent seuls exceptés de l'ordre du massacre , qui s'étendit sur tous les habitants , depuis l'enfant de huit ans jusqu'au vieillard de q uatrevingts (4). Chaque soldat de l'armée, qui comprenait quatre-vingt mille hommes , dut fournir une tète, s'il voulait conserver la sienne. Toutes ces tètes furent amoncelées et formées en pyramides comme monuments de la barbarie du vainqueur (5). Avant de quitter Bagdad, Timur ne manqua pas d'aller faire ses dévotions au tombeau du grand imam Abu-Hanfe, le premier des quatre imams sunnites de l'église orthodoxe des moslims. Ses épouses, les impératrices, ne montrèrent pas moins de zèle dans leurs pieux pèlerinages, et, dans leurs voyages, elles ne négligèrent aucun tombeau de saint. Ainsi l'impératrice Tumanaga , que Timur appela alors de Samarkand avec ses fils au-

(1) Scberefeddin, ch. 31 , p. 366.

(2) /6«f.fch.32, p. 369.

(3) Ibid., ch. 32, p. 365.

<4) Ibid., p. 370.

ß Mil.

près de lui , visita à Buchara le mausolée du scheich Bachersi; à Tus celui du huitième imam Ali-Risa (l). L'épouse de Timur, sa fille Begsiaga , et sa cousine Sadekin , le joignirent à Audschan , où elles lui présentèrent des vêtements brodés d'or, et répandirent de l'or et des pierreries sur sa tète (2). Ensuite il campa avec son armée à Nachdschiwan , respecta la forteresse d'Alandschik, placée dansle voisinage, qui, pendant la campagne de Syrie , s'était révoltée pourla seconde foiset venait d'être soumise(3), rcçutdusouveraindeGéorgieuneambassadequi apportait les excuses et les hommages de ce prince, et, passant par Gendsche et Berdaa , il alla établir ses quartiers d'hiver dans la belle plaine de Karabagh (4).

IA Timur reçut les hommages de ses fils et de ses petit-fils [10 décembre 14011, de ses nowians et de ses émirs. Il distingua entre tous le prince Mohammed-Mirsa, son petit-fils, lui posa une couronne d'or sur la tète, et lui donna quatre-vingt-un coursiers, placés sur neuf rangs, tous de la même couleur, et couverts de selles dorées. La présence de l'impératrice et d'autres dames du harem embellit la fête. D'après Scherereddin (5), historien persan de Timur , l'empereur aurait reçu en Cilicie une ambassade de Bajesid, apportant des paroles de paix et de soumission, et il y aurait répondu par une lettre qui réclamait le supplice ou l'incarcération , ou au moins l'expulsion de Kara- Jusuf , le Turkman du Mouton-Noir : les Ottomans gardent le silence sur l'ambassade de Bajesid; ils parlent seulement des termes insultants des dépèches de l'envoyé de Timur, Tschempai-Eltschikede. Avant de congédier les ambassadeurs , l'empereur tatare leur donna, dans la plaine au delà de l'Araxe, une grande chasse au rabat ; le cercle était formé par l'armée, dont les rangs étaient sur huit hommes de profondeur. Il fit présenta ces envoyés de monnaies et de ceintures d'or, «tleur annonça qu'au printemps il irait attendre la réponse de Bajesid sur les frontières de l'Asie

(1) Scberefeddin, 1. t , cb. 35, p. 378.

(2) Ibid., p. 379.

(3) /«</., I.T.cb. 31 , p. 348, et cb. 36, p.

(4) Ibid., ch. 27, p. 384.

■ô, Ibid., cb.39, p. 3'vW.

Mineure, et que, selon sa teneur, il apporterait la paix ou la guerre (1).

Le reste de l'hiver fut employé au rétablissement d'un ancien canal de l'Araxe, que l'empereur fit de nouveau creuser par l'armée, et qu'il appela, du nom de l'un des princes les plus distingués de sa race, le cours de Börlas (2). Déjà le printemps était arrivé, et Timur, qui se tenait encore dans la plaine de karabagh, tâchait d'abréger le temps par des entretiens fréquents avec ses émirs sur la guerre probable avec les Turcs et sur son issue. Deux circonstances heureuses le fortifièrent daus sou opinion favorable relativement à cette entreprise contre Rum : il lui naquit un petit-fils, Mirsa-Tschoki , fils de Schahroeh (27 avril 1402), ce qui remplit l'armée de joie, jeta la cour dans des fêtes où l'on vit les femmes du harem répandre sur la léte sacrée du père et du grand-père des pièces d'or et des perles (3); à l'occident apparut une comète enflammée , d'un éclat et d'une grandeur extraordinaires; ses rayons, qui semblaient à l'œil nu avoir une longueur de quatre aunes, flamboyaient comme des lances tournées vers l'orient ; durant trois mois cet astre illumina la terre toute la nuit , faisant pâlir la lumière de toutes les étoiles. Tous les peuples le virent, depuis l lndus et le Gange jusqu'au Hhin et au Tage ; et les Grecs le nommèrent Larapadias : pour eux, ce fut un présage effrayant de batailles sanglantes en Orient ; pour les astrologues et les fidèles compagnons de Timur, il annonçait des triomphes assurés dans l'Occident.

Timur quitta Karabagh et s'arrêta deux mois à Avvenik , attendant le retour des ambassadeurs; enfin il se mit en mardi;1 vers le châteaufort de Kuraach, dont la restitution se trouvait inscrite dans ses réclamations à Bajesid; il l'assiégea pendant dix jours, et, le onzième, il le fit emporter d'assaut par une troupe de soldats du Mckran exercés â gravir les rochers (i). Il quitta la plaine d'Ersendschan, dont il donna de nouveau la souveraineté â son protégé

(t) &taerefeddin,I.T,cb.39,p.

(2) Ibid., ch. 40 , p. 400.

(3) /bid., ch. 41, p. 407.

(4) /Wrf.,cb.43.p. 415.

Tahcrten, et continua sa marche vers l'Asie Mineure par Si was. \à parut Tschempai-Eltschikedeavec les ambassadeurs de Bajesid, porteurs d'une réponse orgueilleuse. Bajesid sommait le conquérant tatare de paraître devaut lui ; et, faute de se rendre à cet appel, Timur devait être séparé trois fois de ses épouses; s'il venait, et ne trouvait point Bajesid sur le champ de bataille, alors le sultan subirait le divorce de son harem. L'insulte de cette missive était encore grossie par la violation de toutes 1« formes diplomatiques. Timur avait observé ces formes, en traitant sur un pied d'égalité, de souverain â souverain : dans la suscription de sa dépèche , il avait placé son nom avant celai de Bajesid, mais sur la même ligne ; dans U lettre de Bajesid , le nom de l'emperenr était au-dessous de celui du sultan, qui était écrit en lettres d'or, tandis que l'autre était formé en caractères noirs (1). Timur fut violemment irrité de cet outrage: «le fils de Murad est insensé», s'écria-t-il, à la première inspection de la forme extérieure de la lettre ; mais lorsque, en lisant, il fut arrivé au passage sur le divorce avec ses épouses, sa colère ne connut plus de bornes; car parler ainsi du harem, que nul homme n'a le droit de nommer en face d'un autre, c'est le plus grand outrage personnd 11 repoussa les présents que les ambassadeur* voulaient lui offrir, consistant en chevaux et en oiseaux de chasse, au nombre de dix , nouvel attentat aux usages tatares, qui consacraient le nombre neuf; et , dans le premier transport de fureur, il déclara que, si la personne des ambassadeurs n'était pas inviolable, il aurait fait aussitôt abattre â ses pieds la tète des envoyés turcs; puis, lorsque la tempête fat on peu calmée, il ajouta que Bajesid, manquant de foi et de parole, avait lui-même décidé de wn destin , et que maintenant il lui fallait se préparer pour recevoir l'armée victorieuse des Tatares (2).

Timur passa une grande revue de ses troupes, â laquelle assistèrent les ambassadeurs ottomans à cheval. Les chefs des régiments, s'agenouillant devant lui, tenant en main la bride de leurs chevaux, lui offrirent les compliments

(1) Arab-Schab.

(2) Scherefcddin, 1. v , ch. 43 , p. 416.

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