‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 85 sur 297 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

rent auprès de Suleiman, et raccoropagèrent rsqu'il sortit du bain, pour précipiter sa Fuite a-s Constantinople [1410]. Sur la route le riore fut reconnu aux ornements de son cosiroe et des harnais de son cheval près du vilge de Dugundschi (1), dont les habitants irkmans avaient été souvent maltraités par ses pus; cinq frères, tous cavaliers habiles et arîers exercés, coururent en avant, peut-être ulement par curiosité, afin de le mieux voir, ileiroan , effrayé de leurs allures, abattit le rentier, puis le second ; alors les trois autres le créèrent à la fois de leurs flèches ; et comme il •raba de cheval, ils lui coupèrent la tète (2). Ainsi mourut Suleiman , dix ans après la mort f son père. Sa vie efféminée ne fut pas cepenjnt sans gloire ; car il fut le premier prince toman à encourager les poètes nationaux, arrai ses protégés étaient : l'imam Sulcimanschelebi , petit -fils de Mahmud , compagnon armes d'Urchan , qui . à l'occasion du premier issage à Gallipoli , avait adressé des vœux en îts au prince Suleiman, fils du sultan, pour la mquète de Rumili. Il composa le premier mew- (d { panégyrique en vers), sur la naissance du roptaète, et ce morceau , le plus ancien de tous s hymnes turcs s'est conservé jusqu'ici, tandis ie beaucoup d'autres plus nouveaux sur le même ijet sont tombés dans un complet oubli. Un Jtre Suleiman, contemporain de Suleiman, qui toit aussi à la cour de Bajesid, fut le poète iafi, dont les vers, écrits en persan et en turc, ireot détruits pendant l'invasion de Timur ; ais le poète du plus grand renom fut Admed , ii vécut avec son frère Hamsa à la cour de Suiman, après avoir été honoré d'abord et récomîwé par Timur, pour son esprit et sa franchise. •«Quelle est ma valeur? demanda un jour le •nquérant au poète qui se trouvait avec lui dans bain.— 80 aspres, répondit celui-ci.— Cest prix de ma chemise de bain. — C'est absolurot ce que je pensais , répliqua le poète, car le stedetapersonnen'estd'aucunprix. »Timurfut «ez généreux pour ne pas châtier cette liberté esprit , et même pour la récompenser grande- *öt- Gomme Timur, ainsi que Bajesid, prétenuentrivaliser avec Alexandre le Grand, comme

(I) Doc» , 1. xix , p. 49; Chalcondyla* , 1. iv. "2; Du<a»,|.xix,p. 49.

le premier, très-versé dans l'histoire, s'appliquait de préférence à l'étude des exploits du conquérant de l'Asie, que Charles VI de France avait envoyé au sultan les hauts faits du héros grec , brodés sur des tapis, pensant lui offrir le présent le plus agréable pour la délivrance des prisonniers de Nicopolis; la vie d'Alexandre offrait donc la matière la plus riche au poète qui, d'abord commensal de Timur, finitparvivreàlacour du fils de Bajesid. Il décrivit ses exploits en vingtquatre livres, et son frère Hamsa composa autant de livres d'histoire. Mais nul de ces deux ouvrages ne présente un caractère original et n'a laissé de traces. Le poème d'Ahmed rencontra peu d'admirateurs à cause de sa sécheresse, et l'histoire peu de crédit à cause de sa tendance fabuleuse, qui depuis est devenue proverbiale ; car on dit de contes invraisembables que ce sont des histoires d'Hamsa. Le sensuel Suleiman et sa cour accueillirent avec bien plus d'empressement l'œuvre d'un autre poète, d'Ahmed-Daji , sur la gaieté et le plaisir. On trouve plus d'utilité dans les œuvres du médecin Hadschi- Pascha, d'Aid in, qui rivalisait de savoir et d'expérience avec ks fameux médecins de Timur, écrivit deux traités de médecine encore aujourd'hui très-appréciés, et des gloses sur des livres de métaphysique et de jurisprudence.

Après la mort de Suleiman, Musa devint souverain absolu des Ottomans en Europe , s'annonça dès son avènement au pouvoir comme ami des Serviens et des Grecs, et comme un tyran. Il fit saisir et amener dans le village où Suleiman avait été tué les trois frères qui l'avaient percé de leurs flèches; puis tous les habitants, enfermés dans leurs huttes avec leurs femmes et leurs enfants, furent brûlés vifs, en expiation de la mort de Suleiman, attendu que ce prince n'aurait pas dû mourir par la main des esclaves. Ensuite il ravagea le pays de son perfide allié Étienne, emmenant les jeunes garçons, massacrant le reste des habitants. l*s garnisons de trois châteaux furent taillées en pièces ; sur les cadavres des chrétiens immolés on dressa des tables, et le tyran donna un joyeux festin à ses grands (1). De retour de la Servie, il assiégea Thessalonique et s'empara de toutes les villes sur le Strymon, à l'exception de Seitun

(1) Ducas,). xix, p. 50.

154 HISTOIRE DE L'EMPlfcE OTTOMAN.

(l'ancien ne ï^mia); puis il envoya à l'empereur j lah, le juge de Gebise(t), grec lbrahirri, fils du grand vcsir Ali-Paseha j sadeur à Gonstantinople, à l'effet de qui tehait de mourir, pour réclamer le tribut, j der les vaisseaux nécessaires au tran*f*n-î Ibrahim, pénétré d'horreur pour la tyrannie de en Europe de l'armée avec laquelle il s'aftlusa, et suivant les (races de son pire Ali, qui, vança aussitôt jusqu'à Skutari- Quand Ma-

dans une circonstance analogue, envoyé par Bajesid auprès du souverain de Byzance, l'avait détourné en secret de se conformer aux ordres du sultan, conseilla au monarque étranger la résistancè , et, au lieu de retourner vers Musa, muni d'une lettre de recommandation de l'empereur grec, il se rendit à Brusa auprès de Mohammed, maître de l'Asie Mineure Irrité de cette défection, et plus encore de ce que l'empereur de Byzance, soutenant Urchari, fils de Suleirtian, s'efforçait de le lui opposer en Europe, ainsi que Mohammed en Asie, Musa marcha par Scrès et Beroia vers la Thessalie, où , par la Irahison de Balaban , il se saisit de son neveu, puis se tourna contre Constanlinoplc (2). Quoique sa flotte fut battue par celle des Grecs sous les ordres d'Emmanuel, fils naturel de l'empereur Jean Paléologue, près de l'Ile de Plate (3), il campa devant Byzance, qui voyait pour la troisième fois les Ottomans assiéger ses murailles. Il trouva tous les villages des alentours abandonnés , parce que l'empereur avait recueilli tous les habitants dans l'enceinte de la ville, hors de laquelle ils tentèrent des sorties heureuses contre l'ennemi. Dans l'une de ces attaques, le fils de Nicolas iNolaras, interprète de la cour de l'empereur Manuel . fut tué ; les Grecs sam èrenl le corps , mais les Turcs emportèrent la tète, l e père la racheta moyennant quelques centaines de pièces d'or [M 10], désespéré de la triste fin de l'un de ses fils, sans prévoir que le même destin frapperait le second, Lucas, à quarante -trois ans dé distance (4). L'empereur, pressé vivement par les assiégeants , appela Mohammed d'Asie en Europe. Mohammed , poussé à la guerre contre Musä par Ibrahtm-Pascha, qu'il avait nommé son grand vcsir, envoya Faslul-

(!) Neschri , Idri», Aali , Seddeddin, dans Bratutti, p. 213.

(2) Chalcondyla», I. it , p. 56 et «7 ; Pbranie* , 1. i ,

(3) l'ranzc» , 1. 1 , p. 29.

(4; Duca», I. xix,p. 51.

nuel fut informé de son arrivée sur la rhe asiatique, il alla au-devant de lui avec les galères impériales , jura avec lui un traité de paix et d'amitié, et l'emmena à Constantinople , où son entrée fut célébrée par des fêtes durant trois jours. Le quatrième, Mohammed sortit avec son armée et un petit nombre d? Grecs contre Musa; mais il fut battu près d'indschigis (2) , rejeté dans la ville, et n'obtint pas plus de succès dans une seconde teniative (3). En même temps il reçut la nouvelie que Dschuneid, établi par Su1eiman comme gouverneur d'Ochri , était repassé en Asieoùû avait pris Kphèse, et qu'il menaçait les Êttt$ asiatiques. < es avis et les deux premières défaites subies devant les armes de Musa déterminèrent Mohammed pour le moment à retourner en Asie (4).

Dschuneid, maître de Smyrne et d'Éphèse. espéra vainement se défendre contre Mouawmed ; il finit par conclure avec lui un traité de vasselage, suivant les mêmes rapports où il »>• tait maintenu en se rendant jadis â Suluman (5); Jakub aussi, fils de Firus-Pascha.qui déjà, au temps de la grande bataille d'Angora, avait été co nmaudant de celte place, qui «suite y avait exercé l'autorité supérieure al nom de Mohammed, et, depuis peu de terap, avait renoncé à l'obéissance, implora le pantoi de sa faute, et obtint la vie, mais non la liberté, car il fut conduit chargé de chaînes de Baitaoghli à Tokat , où il avait été enfermé dans If Tschardak des Bédouins (6). Dana la p«i»f d'Angora parut le prince de Stilkadr avec uw armée comme ami et allié de Mohammed , a** lequel il résolut de pousser la guerre en fc-

(1) Sradeddin , dan« Bratuiti , p. 3»3.

(2) Nftchri, fol. 145. Seadeddin,danx BratvULp

(3) puca«, I. »ix , p. 52, ei Phiame» , I. i , p. »

(4) U reiour dr Mohammed a Brusa, dam Se*dw<U Keschri , Idri* ; ftnlè de tischuneid dan» ttùcai> « ch. xix. w

(5) Nescbri, fol. 11* ; Aali, Idris, Saolatade, W « Seadcddin, dans Bratutli , p. 317.

(6) Neaehri , fol. 1 18 ; SwUktadc, fol. 29.

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