E VIII
va it défendu Angora contre Timnr, commandait l'armée de Mohammed ( 1 ) contre le beglerbeg Timurtasch, général des troupes d'Isa; il le battit, et pénétra jusqu'à Balikesri, où le ssubaschi Aine-Beg se rangea du côté de Mohammed. A son instigation, Mohammed fit par écrit à son frère Isa la proposition de partager entre eut l'Asie, de telle sorte que lui Mohammed dominerait dans les cantons de l est et au nord ' de Brusa, a T0k.1t. Amasia. Siwas, taudis qu'Isa régnerait au midi et a l'ouest , a Karasi, Ssaruchan, Aidin (-2). L'olfre fut rejetée, et l'on en vint aux mains à Ulabad, près du lac du même nom. Timurtasch prit la fuite, et fut assassiné par un de ses serviteurs. Mohammed envoya la tête de ce général à son frère Suleiman comme un trophée desa victoire. Isa s'en fut à Constantinople , en passant par Jalowa (3). Maltrcde Brusa et de Nicée, Mohammed demanda par une ambassade au prince dcKermian de lui livrer Musa et les restes de son père. Le prince de Kermian s'empressa de le satisfaire ; la vie de Musa fut épargnée, et la dépouille mortelle de Bajesid fut déposée contre la mosquée par lui élevée à Brusa, dans un quartier solitaire, sur le torrent d'Aktschaghlan (4). Mohammed revint ensuite à Amasia , puis à Tokat. Isa s'en alla de Constantinople à Andrinople. on, ayant reçu quelques secours de son frère Suleiman , il regagna l'Asie, se fortifia d'abord dans Karasi; puis, affectant des sentiments de paix et d'amilié pour Mohammed, il fit des courses vers la Karamanie. Et tout à coup il parut avec une armée de dix mille hommes devant Brusa; mais les habitants lui fermèrent h* portes. Mohammed le défit pour la seconde fois, et il se réfugi;i auprès d'I>fendiar-Beg, souverain de Kastemuni (ô). Avec les secours de ce prince, Isa entra une troisième fois en campagne contre Mohammed, parut brusquement devant Angora, et assiégea le château de Selasel. Mohammed, à la tète de trois mille hommes seulement, parvint à le repousser; Isfendiar s'enfuit à Kastemuni, sur la rive du Pont, et Isa se dirigea vers Smyrne, sur
(1) Neschri , ldri* Scolakxade, Seadeddin, daos Bratotti , p. 271.
(2) Sead'ddin, dans Bratutti , p. 273.
(3) Ibid. , p. 274.
(4) fbid., p. 275.
les bonis de la mer Ionienne (1). Mohammed reçut par des amteissadeurs les félicitations du souverain de Kararaanie, et du prince de la dynastie Sulkadr, qui lui engagea sa fille (*2). Mais Isa se ligua avec les princes d'Aidin, de Ssaruchan,Tekke et Mentesche, qui tous, dépouillés de leurs États par Bajesid, avaient été rétablis par Tiumr; leurs troupes réunies, formant une force devingtmilleliommes,enlrèrenten campagne contre Mohammed qui, plus faible de moitié, brisa la ligue, et soumit successivement les alliés. Chisrs-Chah, souverainde ^saruchan, surpris dans le bain , demanda sculemrut avant sa mort, pour toute faveur, de pouvoir reposer à Magnésie à cùté de ses mall res, et qu'on laissât subsister les mosquées, les hôpitaux et les écoles qu'ils avaient foudés;3). H en recul la promesse du vainqueur, et mourut avec sérénité. Jakub-Beg, souverain de kermian, livra les clefs de ses forteresses ; Isa s'enfuit à Karanian, el il disparut comme jadis sou frère Mustapha après la bataille d'Angcra.
A peine Isa avait quitté la scène , qu'elle fut occupée par un plus digne rival de puissance, par Suleiman, qui jusqu'alors s'était contenté de contempler, d'Andrinop'e sa résidence, en spectateur paisible, la guerre que s<s frères se faisaient en Asie. L'empereur Manuel, qui s'était tenu éloigné pendant six ans du trône de Constant inople, en avait repris possession aussitôt après la mort de Bajesid: assignant la Thcssalie à son neveu Jean, qui durant cette absence avait exercé une apparence de pouvoir sous l'impulsion de Bajesid , il avait conclu ensuite une alliance avec Suleimau, lui avait donné sa nièce pour épouse, l e sultan s était obligé, de son côté, à restituer à l'empire grec Thessaloniqueavec toutes les places sur leStrymon, et toutes les villes des côtes de la mer Noire, depuis Panis jusqu'à NYarna (4), oubliant le smtiment d'un tel sacrifice au sein des plaisirs et de l'ivresse où il se plongeait à Andriuople. 11 fut tiré de cette indolence par
(1) Nescbri , fol. 133; Idri», Ii?., im« récit; Seadeddin, dans Rratutli , p. 282.
(2) Nescbri, fol. 132; Seadeddio , dans Bratulti , p. 283.
(3) Ibid., dans Bralutii , p. 285.
(4; Duca», I. ivui, p. 43.
1P1RR OTTOMAN
les victoires de Mohammed sur Isa ; et la trahison de Dschuneid, gouverneur de Smyrne, l'appela d'Europe en Asie. Dschuneid, fils de Karasubaschi, placé par Bajesid à la tète do gouvernement d'Aidin après l'expulsion du priuce de ce pays, avait déclaré la guerre à ce souverain rélab'i dans ses États par Timur. et qui résidait à fcphèse, s'était emparé de cette ville, et il invoquait l'assistance de Suleiman. prétendant qu'il poursuivait la conquête du pays pour ce sullan. Umur, prince d'Aidin, se réfugia auprès de son oncle Klias-Beg, souverain de Ment esche; en ayant reçu un secours de six mille hommes, il se saisit d'Éphèse, que le karasubaschi, père de Dschuneid, n'occupait qu'avec trois mille hommes, et le fit lui-même prisonnier avant que son fils Dschuneid pût accourir de Smyrne à son secours. Mais celui-ci délivra son père, qui était renfermé dansle château de Maralos, et parut devant Éphèse. Là. il traita avec t'mur, qui lui donna sa fille pour épouse, avec le commandement supérieur de ses troupes. Umur mourut bientôt après, et Dschuneid se fit maintenant souverain de tout Aidin, c'est-à-dire de toutes les villes sur k Méandre, de Philadelphia, de Sardes, et ao nord de tout le pays jusqu'au Nymphœus et à rilermon(l). Suleiman, ne pouvant supporter plus longtemps les triomphes de Mohammed et la trahison de Dschuneid, s'avança aussitôt jusqu'à Bru^a, qui lui ouvrit librement les portes. Dschuneid se rendit en toute hâte à Konia, auprès du sou>erain de Karamanie, à kiitahijt. auprès du souverain de Kermian, avec lesquels il se ligua contre les Ottomans. La Karamanie fournit trenie mille hommes, le Kermian dii mille, auxquels Dschuneid se réunit avec quinze mille des siens. Suleiman passa la revue de son armée de vingt-cinq mille hommes à Llubad . marcha sur Pergame dans la plaine de Mainomenos en passant par Smyrne, et fortifia soo camp à Mcsawlion, à six lieues d'Éphèse. Cependant Dschuneid reçut l'avis secret d'un complot des princes de Karamanie el de Kermiao pour le livrer à Suleiman. Dans la nuit p>Aik il s'échappa d'Êphèse, et entra dans Wr earop de Suleiman une corde au cou. ~ déclarant hau-
ri) Duos, p. 45.
LIVRB
terne* coupable, protestant de son repentir, et implorant «m pirdon (1). Les princes de Kàramanie et de kermian trouvant le mâtin la tente de DMmuneid déserté, levèrent le camp1 tout en désordre, et marchèrent en loutè hâté pour gagner les défîtes Voisins du Méandre. Suleiman fit passer son infanterie sur les ponts établis non loin du mont Gaies'us , et il entra triomphant dans Éphèse, dû il s'arrêta avec Dschuneid, se livrant à ses penchants voluptueux (2).
Cependant l'armée de Suleiman, commandée par levesir Ali-Pascha, s'était avancée vers Angora, et assiégeait le château de Selasel, vigoureusement défenrlû par Jakub-Beg, fils de Flras-Pâscha. Mohammed, placé dans une position très-difficile à Tokat, par la défection dé Tuguran-Beg, envoya un message à Jakub pour l'encourager à persister dans sa résistance, lui promettant une prompte délivrance. Ali-Pascha, (fui intercepta la lettre, en écrivit une autre dans un sens opposé, par laquelle Mohammed aürait enjoint a Jakub dè rendre la place qui ne pouvait plus être secourue (3). Ainsi Anßora était au pouvoir de l'ennemi, lorsque Mohammed parut pour faire lever le siège; il n'eh continua pas moins sa marche vers BruSa, on Nileiman passait tous ses instants dans le haih ou dans l'ivresse. C'est au bain qu'il reçut la nouvelle par le ssubaschi Suleiman, qui commandait les avant-postes de son armée sur le Sangarius, que Mohammed se disposait à ft&iiclür le fleuve. Suleiman voulait retourner en Europe ; mais Ali-Pascha s'opposa énct'giquement a cètte lâche résolution, et fit adopter l'opinionquïl fallait marcherdroit sur JenltSchehr ('i présenter la bataille a l'ennemi près du défilé de Eafirbihari (4). Le vesir, aussi rusé que vaillant^ se mit â méditer quelque nouveau stratagème. H écrivit à Mbhammed unelettre pleine de protestations' d'affection et de dévouement, lui dévoilant en même temps une conspiration de ses guerriers les plus déterminés, pour lé livrer à Suleiman. D'abord Mohammed dédaigna l'avis comme une manœuvre de l'ennemi ; mais
(1) Ducat, I. x>««.p.47.
(2) JbUL, p. 47.
(3) Neschri , Idrä , Seadeddin , dans Bramtti , p. 29] . H) Seadeddin , dam Bratutti , p . 291.
bientôt a^rès sôti échanson felîas étant piM en effet âii côté de Suleiman, il délibéra1 àvéc sbd fldèlé serviteur Bàjesid-Pascnd ; et, d'après sOfi conseil, Il se retira sur îokàf et Âmasia{l). Cèpendànt Suleiman marcha contre Siwrihîszàr, parce qu'il avait eu dvis qde le château était disposé â se rendre. Il èamjiait sous les murs de cette place avec quelques troupes seulement, lor que le prince dé karamanie, jugeant le rrioment favorable, accourut avec dés forces considérables pour l'attaquer. Snleltnart envoya contre lui Êwrenos , qüi le rejeta au delà d'Akserai. Vivement poussé par les troupes de Suleiman, le prince de Karamanie sentit la nécessité de se lier étroitement avec Moha mmed, qui alors se trouvait dans les environs de Kirschehr. Dans le château dé Dschemalc, il eut une entrèvue avec Mohammed, et tous deux conclurent un traité d'alliance et d'amitié contré Suleiman | i4ö6j. Ewrcnos-Beg, alarmé de cette union, se retira sur Angord (2); Mohammed accdéiillt la proposition de son frère Musa de passèr en Èurope, pour y comba:tre Suieimah au sein même de ses États. Musa se rendit dans cette vue auprès d'isfendlar; mais ne rencontrant de la part de ce chef qu'un accueil amical sans appui effectif, il revint dans la K;ramanic; et lorsque le prince de Valachiè détermina Isfcndiar à donner Musd comme chef aüx peuples mécontents de Suleimàn alors seulement Musa alla retrouver Isfctidiar; puis, soutenu par ce chef et par le prince de Valachie, il s'élança eri Europe, et porta la guerre au cœur des États de Suleîihau.
Le voluptueux sultdn, en revenant d'Asie eh Europe, combla de présents le Génois Négro qui fortifia Gallipoli , et menättl dyée lui Öschuncid, Il lé fit gouverneur d'bchrî (3). Le premier engagement entre Musd et Sùiëimari eut Heu dans les ehvlroris de Constant inople (4), dù Suleiman avait cherché seedürs ël âpptii auprès de sdh béaU-t)ère t'etii|iereur grec, tandis que Mus$ était entré en cämp;igtte avec des troupes auiilialres servlennes et valâques, fournies par
(1) Seadeddin, p. 296.
(2) /Mtf. , p. 298.
(3) Duras j I. tix, p. 48.
(4) Chalcondyla» , I. îv, p. 56.
MPIRE OTTOMAN.
Étiennc Kralde Servie et Mirtsch, prince de Valachie. Gagnées par des émissaires byzantins, les troupes d'Étienne, dès le commencement du combat, passèrent du côté deSuleiman, qui, à l aide d'un stratagème, se retira contre les fossés de Constantinople; et lorsque Musa se mit à poursuivre les troupes asiatiques, sortant de son embuscade avec cinq cents des cavaliers les plus déterminés qui s'étaient cachés dans le fossé, il tomba sur le camp ennemi alors abandonné. Musa, au retour de la poursuite des Asiatiques, voyant son camp enlevé, se jugea perdu, et s'enfuit auprès du prince de Valachie qui lui était resté fidèle; là, il trouva un abri et sut se dérober aux poursuites en s'enfbnçant dans les gorges de l'Hœmus (1) [1406]. Suleiman reprit sans difficulté possession d'Andrinople comme souverain absolu et sultan des Ottomans, et il fut reconnu , non-seulement par l'empereur de Byzance, mais encore par les autres puissances chrétiennes voisines, dont ses troupes ravageaient les territoires. Sous Suleiman, les armées turques pénétrèrent pour la première fois dans la Carniole. dévastant le pays; elles enlevèrent de Mœttling un riche butin et de nombreux esclaves (2) [9 octobre 1408]. Alors Venise, qui, après la conquête de Smyrnc, avait conclu le premier traité avec les Turcs, en faisant la paix avec Umur-Bcg (Morbaszan), souverain de Ssaruchan, négocia aussi pour la première rois avec les Ottomans. Zénon, seigneur de l'Ile d'Andros, qui déjà avait obtenu de l'empereur de Byzance, pour la république, la cession de Patras [1408], amena maintenant Suleiman à un accommodement. 11 fut convenu que, pour la sécurité des possessions vénitiennes en Albanie, il serait payé annuellement un tribut de 1600 ducats (3) [1409]. Aussitôt Thwarko et Ostojo, qui se disputaient la couronne de Bosnie, offrirent chacun de son côté un tribut annuel de 20,000 ducats pour obtenir l'appui d'une armée ottomane; la condition fut acceptée,et néanmoins dix mille Turcs se mirent à ravager le pays (4).
(1) Cbalcnndylas, l.iv.
(2) Valyasor , I. xv , t. iv , p. 329 , ei I. xi , p. 389 de« manuscrits.
(3) Laudier , Histoire de Venise, t. v , p. 308.
(4) Lucius , t. t , c. 4 , p. 261 , et Histoire politique de a Roupie et de Roma , p. 96 ei 100.
Cependant Suleiman se livrait a la mollesse et aux plaisirs dans Andrinople, sans souci des efforts que Musa poursuivait en silence pour lever de nouvelles troupes. En vain une arabav sade de l'empereur de Byzance vint pour éveiller ses soupçons, et le provoquer à l'activité, à des mesures de prudence contre les entreprise* de son frère. Le prince restait plongé dans Ii débauche; la nuit se passait dans l'orgie: il sommeillait le jour. Un jour qu'un tumulte s'était élevé dans le camp par l'apparition d'au cerf qui s'y était précipité, Suleiman demandé si cet animal ne portait pas un flacon de vin attaché à son bois, ajoutant que dans ce cas il 5e lèverait volontiers pour le lui enlever (1). Au milieu de ces grossiers excès, il étouffa ses bonnes qualités : il avait de la valeur, de la générosité, des dispositions à l'équité , tandis que Musa, au contraire, plein d'activité et de prit dence, était en même temps dur et emporté, et se montrait cruel et tyrannique lorsqu'il s'abandonnait à la colère (2). Ainsi, tandis que Suleiman libre de tout souci s'abandonnait à la débauche à Andrinople, Musa parut tout à coup aux portes avec une armée. Michaloghli courut le premier dans la salle de bain porter la triste nouvelle de l'apparition de l'avant-garde de Musa; Suleiman, sans s'émouvoir, se contenir de prononcer un vers persan; le vieux Ewrenos. qui vint ensuite s'efforcer de tirer son maître de sommeil de l'indifférence, reçut celte réponse: «Penses-tu donc, vieillard, que tu vas troubler mes plaisirs avec de tels cris? Qu'est-ce donc que Musa avec quelques misérables ramassés à h hâte, pour qu'il ose disputer le trône?» Ewrenos, congédié de la sorte, se plaignit à l'aga des janitschares Hasan , qui tenta aussi d'exciter son maître par des paroles piquantes : Suleiman, irrité de la liberté des représentations de l'a^a ordonna de lui couper la barbe avec un sabre. Hasan, le visage tout sillonné, parcourut le camp ; et en étalant le traitement qu'il venait de subir, il provoqua les émirs à se réunir à* lui pour passer dans le camp de Musa. Tous le suivirent, à l'exception de trois (3), qui seuls res-
(1) Cbalcondylas , I. ir, p. 55 et 5*
(2) Ibid., p. 5«.
(3) Seadeddiii , fol. 167 ; Idri», Nescbrt, Aali, S«olaksade.