‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 90 sur 297 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Mie contre laquelle ses médecins ordinaires ne i purent trouver aucun remède. Enfin, l'on appela le plus fameux médecin du prince de Kermian, Sinan , qui sous ce nom n'est pas moins célèbre dans Part de guérir que sous son pseudonyme de poète Sehr ichi. C'est l'auteur du premier et du meilleur poème romantiquedes Ottomans, de Chosrew et Schirin , dans lequel , suivant les traces de N'isami, le grand poète romantique des Persans, il chantait les amours heureux de Schirin avec Chosrew , et sa passion infortunée pour Ferhad , ainsi que les beaux ouvrages de sculpture faits par cet artiste au pied du mont Bisutun (1). Sinan-Scheichi trouva que la maladie de Mohammed n'était qu'une profonde tristesse, et assura que l'heureuse nouvelle d'une victoire produirait un effet plus certain que tous les médicaments possibles. Bajesid- Pascha se chargea de procurer le bulletin nécessaire. Comme il avait été depuis longtemps en correspondance amicale avec le prince de Karamanie, il lui adressa l'invitation de se rendre de konia au-devant de lui (2) , afin de se tenir de plus près en observation sur le résultat de la maladie de Mohammed , en sorte que, co cas de mort , ils se trouveraient en état de | saisir aussitôt la direction de l'empire ottoman, le prince donna dans le piège, fut battu par Hajesid-Pascha qui l'attendait en embuscade, cl laissa son fils Mustapha-Beg entre les mains de l'ennemi. Ainsi que l'avait prédit le poète médecin , la nouvelle du succès fit disparaître la maladie du sultan. Mohammed accorda la ! 1 aix au fils du prince , qui , appuyant sa main >ur sa poitrine , prononça le serment suivant : « Tant que cette âme restera dans ce corps, je »c jetterai aucun regard sur les biens et les possessions des Ottomans. » Le sultan, satisfait de la paii ainsi jurée , accorda la restitution des villes conquises , et donna au fils du priuce des tambours , des bannières , des chevaux et des chameaux. Le jeune homme se relira , et il n'avait pas encore perdu de vue le camp ottoman, que, saisissant des troupeaux de chevaux paissant en ce lieu , au mépris de la foi jurée, il les entraîna sur sa route, disant qu'entre karaman et Ottoman il ne pouvait exister que haine

(1 ) Schirin , poème romantique oriental ; Leipzig, 1809. (2) îieichri , fol. 156.

TOM. I

et hostilité depuis le berceau jusqu'à la tombe. Comme des begs lui rappelaient la religion du serment, il tirade son sein un pigeon mort qu'il y avait tenu vivant tandis qu'il prononçait les paroles du serment : «Tant que cette âme restera dans ce corps. » Ayant tué le pigeon, il se regardait comme délié envers les Ottomans ( 1 ). Mohammed marcha sur Angora pour châtier le parjure. Mohammed-Beg , prince de Karamanie, s'étant enfui à Taschil, dans la Cilicie rocheuse, son fils Mustapha-Beg défendit konia, qui fut assiégée et conquise pour la troisième fois par les Ottomans (2) , sans que l'occupation dût encore être définitive. La paix fut rétablie, moyennant la restitution de cette ville, et Mohammed porta ses drapeaux victorieux d'Asie en Europe.

A Gallipoli , il équipa une flotte contre le duc de Naxos, seigneur d'Andros, de Paras, Mylos et d'autres Cyclades. Trente galères, commandées par l'amiral Tschali - Beg (3) , ravagèrent ces lies , dont le possesseur , Pietro Zeno , noble Vénitien, qui n'avait pas été compris dans le dernier traité conclu entre Venise et les Ottomans, traitait les bâtiments turcs en ennemis. Afin d'user de représailles, une flotte turque de quarante-deux voiles donna la chasse aux vaisseaux marchands vénitiens qui naviguaient de la mer Noire, de Trébisonde et du Tanaïs vers Négrepont; les troupes se préparaient même à mettre le siège devant la capitale de Négrepont, lorsque parut l'escadre vénitienne, forte de quinze galères, sous les ordres de Pietro lx)redano, portant deux provéditeurs envoyés comme ambassadeurs. Elle poussa jusque devant le port de Gallipoli, où les bâtiments turcs s'étaient retirés. La nouvelle que Ivoredano était venu non pas en ennemi, mais en négociateur, fut accueillie , de la part des Turcs , par uue grêle de flèches empoisonnées, auxquelles Loredano répondit par quelques volées de coups de canon; enfin, le 29 mai 1416, trente-sept ans avant la conquête de Constantinople, fut livrée la bataille navale de Gallipoli (4). La veille, des conférences

(1) Ne*chri,fol. 157.

(2) Idri* , xxnr" récit ; Seadeddin , dans Bratulti, Aali, Ssolaksade , Ducas , I. xxu , p. 65.

(3) Ibid., I. xxi , p. 60.

(4) Ducai , Laurier, Histoire de Venise , t. v, p. 428.

avaient été tenues, au moyen du notaire Thomas et d'un interprète, entre les amiraux turc et vénitien , qui avaient protesté de leurs intentions pacifiques; mais un bâtiment génois ayant été poursuivi par les Vénitiens (1), les Turcs le prirent pour un des leurs, et toutes les galères turques fondirent sur le vaisseau amiral vénitien. Loredano, atteint de dem flèches, dont Tune, glissant au-dessous de l'œil, lui traversa lajoueet le nez, et l autre lui perça la main, couvert d'une infinité de blessures plus légères, n'en continua pas moins le com« bal, enleva d'abord le vaisseau amiral turc, puis six galères et neuf galiotes, dont les équipages furent massacrés sous les yeux des femmes et des enfants, qui contemplaient le combat du rivage de Gallipoli. Vingt -sept bâtiments tombèrent entre les mains du vainqueur : le lendemain on fit la revue des prisonniers, et tous les matelots chrétiens qui n'étaient pas esclaves sur les galères , et servaient librement, Génois, Catalans, Siciliens, Français et Candiotes , furent pendus aux vergues (2) ; un traître Vénitien fut écartelé sur le gaillard d'arrière du vaisseau amiral ; cinq galères furent brûlées en vue de Gallipoli, dont les forts ne répondirent pas au feu de la flotte. Ensuite Loredano se retira sur Tenedos, où furent déposés trois cent-quarante blessés ; tous les bâtiments pris à l'ennemi, à l'exception de deux galèrt s et de cinq galiotes , furent livrés aux flammes; l'on transita à Négrepont les hommes le plus dangereusement blessés (3 -, les captifs furent distribués;! Kégreponl et à Candie. La flotte vénitienne fiant hit ensuite de nouveau les Dardanelles, et canona la tour fortifiée que Sulciman avait élevée à Lampsaque (4); ma s les chrétiens n'usèrent pas tenter un débarquement , par e que Hamsa- Beg, frère de Bajesid- Pascha, se trouvait sur le rivage avec dix mille hommes, observant leurs mouvements, et prêt à les recevoir (à). Après avoir à demi ruiné la tour sous leur feu,

(t; Dura», I. xxi , p. 61.

Ci) Rapport de Lorrdnno, Laudier, Histoire de VenUe , I. v , p. 435; Ducas uaiispoi le la «cène de la pendaison à TfixdtMi , p. 61.

(3) Rapport de loredano , Laugier, I. ?, p. 436.

^4) Rucas, I. xxi , p. 61.

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