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mes chariots , comme moi des tiens : les femmes seules sont exceptées. » Comme ie bat secret de toutes ces prédications était la domination de l'Asie et de l'Europe, il fallait aussi gagner les chrétiens, afin d'attirer les Grecs, dont l'empereur était uni par d'étroits liens d'amitié avec Mohammed. En conséquence, on déclarait que quiconque dirait que les chrétiens n'étaient pas adorateurs de Dieu, était lui-même impie. Les derwischs accueillirent donc tous les chrétiens avec toutessortesdecaresses; ils les recevaient auprès d'eux comme des anges envoyés de Dieu. Bœrekludschedéputadeses disciplesauprës desautorités et des prêtres de Chios, pour gagner des adhérents parmi eux. Deux de ces émissaires, les pieds et la tête nus, enveloppés seulement d'un simple morceau de drap, allèrent trouver comme députés du maître un fameux anachorète de Crète, qui alors vivait dans le cloître de Turlatas à Chios, et lui portèrent ces paroles : « Je suis comme toi un ascète; je prie le même Dieu que toi, et de nuit je viens te trouver, passant sur la mer à pied sec. » Le fanatique Turc avait trouvé son homme dans l'anachorète grec : car celui-ci assura sérieusement à l'historien Ducas que Mustapha, livré jadis avec lui à Samos à la vie contemplative, venait toutes les nuits causer avec lui en traversant la mer a pied sec (1).
A la nouvelle de toutes ces agitations , Mohammed chargea le gouverneur de Ssaruchm, Sisman, fils du roi de Servie, de marcher contre les novateurs; mais ce chef se trouva hors d'état de forcer le passage du mont Stylarios, que ces gens avaient occupé au nombre de six mille hommes, et il fut anéanti avec toute son armée. La victoire enflamma l'ardeur de la secte qui se grossit de partisans accourus de tous les points. Au lieu de se couvrir la tète, ce que les Grecs et les Romains avaient considéré comme un signe de liberté, ces disciples de la liberté et de l'égalité prirent la résolution de proscrire toute coifFure, d'envelopp r le corps dans une seule pièce d'étoffe, et de se rattacher aux chrétiens plutôt qu'aux moslims. Mohammed ordonna an nouveau gouverneur de Ssaruchan et d'Aidin d'attaquer les rebelles avec toutes les forces dont il pourrait disposer; mais
celui-ci ne fat pas pins heureux qne son devancier: complètement défait, à peine put-il s'échapper avec quelques hommes vers Magnésia. Alors le sultan envoya contre la secte redoutable son fils Murad , à peine âgé de douze ans, auquel il confia le gouvernement d'Amasia, en lui adjoignant son digne vesir Bajésid- Pascha, à la tète des forces réunies d'Kurope et d'Asie. Ils forcèrent les passages fortifiés, massacrant sans pitié hommes et femmes, enfants et vieillards. Enfin, l'on arriva au mont Stylarios , siège principal et centre de la puissance des rebelles, et là fut livrée une bataille déciaprès une défense opiniâtre, Bœrek-
sive
il)
, 1. XXI , p. 62.
ludsche-Mustapha, avec tous ceux qui n'étaient pas tombés sous le tranchant du sabre, fut pris et emmené à Éphèse. Toutes les tortures employées pour le ramener à l'islam ne servirent qu'à le fortifier dans sa nouvelle croyance. Les mains et les pieds étendus en croix (1 ) et cloués à un poteau, placé sur un chameau , on le promena par la ville, et sous ses yeux furent massacrés tous ses disciples qui ne voulurent pas abjurer ses doctrines. L'on ne put recueillir que ces paroles tombées de leur bouche : a Père sultan, que ton règne nous arrive (2)!» et ils se précipitaient avec joie sur les sabres , scellant de leur sang les doctrines de leur maître au pied de sa croix. Quoique, par la mort de Mustapha , fut brisée la force de ses partisans, toutefois l'opinion se répandit parmi les survivants qu'il existait encore et qu'il parcourait la terre. L'anachorète grec soutint à l'historien Ducas que Bœrekludschc-Mustapha était revenu à Samos se livrer à ses précédents exercices d'ascétisme (ô).
Après lesupplice de Mustapha, Bajésid-Pascha mena les troupes soumises an prince héréditaire contre l'allié des hérétiques, l'ancien juif Torlak-Hukemali , qui fut battu à Magnesia avec trois mille derwischs vagabonds , puis pendu avec un seul d'entre eux, le plus fidèle de ses disciples (4). Ensuite Murar! et Bajésid- Pascha repassèrent en liurope , où la troisième et la plus puissante tète de cette secte rebelle
(1) Une croix de Saint- André, I. x.
(2) Ducas , I. xxi, p. 63.
(3) lbid.,\.x\\.
4) Nesctiri , fol. 1G0 ; Idris, Siadcddnr, dan» Braluiii,
m HISTOIRE DE L'E
se dressait toujours plus menaçante dans les forets de niœmus, où Bedreddin-Simawnao- J5 Ii II prêchait les nouveaux principes qu'il avait chargé ses disciples de répandre rn Asie, fortifiant son parti de tous ceux auxquels il avait conféré des bénéfices et des fiefs, lorsqu'il était juge de l'armée, durant le règne de Musa. Battu prèsdeSerès, et fait prisonnier, sur un fetwa rendu par le légiste persan Mewlana- Said d'Hcrat, disciple du grand Teftasani, il fut pendu comme rebelle, quoiqu'il eût été revêtu de la première dignité judiciaire, et qu'il eût fait preuve de la plus haute intelligence et des plus profondes connaissances par des ouvrages qui ont encore une autorité imposante dans la jurisprudence et le mysticisme (1). Ce soulèvement est , jusqu'à celui des wehhabis, éclaté de nos jours, le seul dans l'histoire des Ottomans qui prit naissance dans l'esprit d'innovation religieuse; c'est l'exemple unique, dans la nouvelle histoire de l'Orient , de moines révolutionnaires. Antérieurement, les annales du chalifat offrent bien d'ambitieux rebelles qui, embrassant atifsi des projets de bouleversement dans les croyances, s'efforçaient à la fois de renvers; r l'autel et le trône; mais les novateurs étaient alors pris dans toutes les classes du peuple, et ils n'avalent pas pour base une masse de moines, car précédemment cette espèce d'hommes ne s'était accrue nulle part suivant une telle proportion. Les premiers sectaires rebelles dans le Chalifat , les charedschites, refusèrent obéissance, non pas à la majesté du chalife, image de Dieu sur la terre, mais seulement à la personne de ce prince; ils voulaient reconnaître pour monarque légitime un autre que le souverain régnant. Dans le second siècle de l'hég re , Rawendi et Mokannaa levèrent dans le Ghorasan le drapeau de l'hérésie et de la révolte : le premier, suivant les dogmes indiens , enseignait la transmigration des âmes; l'autre, corrompant le sens des livres persans, professait le libertinage, ce qui fit appeler ses adhérents sendikes (esprits libres); on les désignait aussi, à cause de leur costume blanc et de leurs ceintures
(t) Nescbri ,fot. 160; Seadeddin, dans Rratutti, p. 356 ; ldri», xxvi« récii;Aali, Saolakiade, Aascbikpascbœlade , dans le manuscrit , p. 200.
IP1RE OTTOMAN
rouges, par les noms de mobeijesrs (les hlao* et de mohammeres (les rouges). A la fin di même siècle, B.tbek prè<ha la liberté et réalité, la communauté de tous les biens . merdes femmes, et ceux qui embrassaient cette croyance s'appelaient churremijrs (les joyew De la moitié du ute siècle de l'hégire à la moitié du IVe, l' s karmates, comme de notre teœj* les wehhabis , dans l'Arabie, berceau de I bbo, ébranlèrent les plus fermes appuis de celte religion, et menacèrent de renverser le tri» comme ils avaient renversé et porté au loin h pierre noire de la Kaaba. Bientôt après, Ilasas- Ssabbah, tout en feignant de vouloir seuleroe^ soutenir les droits au trône des falimites contre les chalifes de la maison d'Abbas, font; le plan de la fatale association secrète des ismaélites ou batenites; leur doctrine pour l'initié du scepticisme, réduite en définitive à ce «al principe : « Ne rien croire et tout se permettre», durant cent soixante-onze ans (1), par les poignards de ses adeptes les assassins, exerça «s ravages depuis le Cborasan jusqu'en Syrie; à fond des forteresses qui lui servaient de repaires (2) , menaçmt les États voisina et b royaumes les plus éloignés , elle aiguisait le poignard surtout contre les rois et les vear? appelés, plus que les autres, par leur nausance et le ir charge, à défendre l'autorité civile et religieuse: enfin, par des prédication effrontées d'irréligion et de meurtre, réparn dant du haut de la chaire l'impiété et le crin*, elle souleva contre elle les condamnations des légistes, et arma le bras des princes; Holaku* Bibars renversèrent les forteresses du Kuhwtan et de Syrie; et enfin Timur en extemiins les derniers restes (3). Dans toutes ces associations tendant au renversement des croyance* et de l'État, les prêtres et 1rs moines ne jouèrcit aucun rôle important, comme on eû vit prend iy dans le soulèvement de Bedreddtn, par le» adhérents de Bœrekludsche-Mustapha et par le trois mille derwischs que dirigeait Torlak (41
(1) La durée de la dynastie des Ismaélites fut dp m aolxaut-onze ans.
(2) Alamut , principale résidence des as*a«iD* et *
leur fondateur , s'appelle l'Aire d'aigle.
(3) SobercfeddiH.
(4) Manuscrit de la Bibliothèque impériale et rovd; , nM»,fol.61iLutfi,p. 40.