LIVRE IX
Dans l'antique histoire de la Perte seulement se trouve le grand drame du soulèvement des mages sous kobad, en comparaison duquel cette révolte des derwi chs ne parut qu'une faible parodie. U, Masdek. mage profondément corrompu, sur le théâtre où se produisit la plus haute expression de despotisme, avait osé présenter le drap au de la liberté, de I égalité et de la communauté des biens ; les prêtres avaient pris le feu sacré de leurs autels pour allumer l'incendie de la révolte, qui dévora tout le royaume, jusqu'à ce que Chosroes-Nuschirvan l'éteighit dans le sang de quarante mille mage*. Un danger de ce genre, mais d'une moindre imporlance, donl le soulèvement des derwischs menaçait l'Asie et l'Europe, fut étouffé par le supplice de Bœrek- Indache, Torlak et Bedreddin. A peine Ba?rekludsche Mus'aphaeut disparu de la scène, qu'un autre Mustapha se présenta comme prétendant au trône : sa tentative ne fut pas plus heureuse; mais il parait avoir eu des droits plus légitimes. Les historiens ottomans, à l'exception de Neschri , ne font mention de cet aventurier que sous le règne suivant, et ne le nomment que Dœsme-Mus'apha le faux Mustapha , parer qu'il prétendit être le fils de Bajesid disparu à la bataille d'Angora, auquel appartenait comme à l'aioé, le droit au trône, de préférence a son frère Mohammed. Les écrivain» byzantins, au contraire, soutiennent qu'il était bien ce qu'il annonçait être, c'est-à dire le fils véritable de Bajesid, frère de Mohammed. Mais, ni les uns ni les autres ne peuvent être considérés comme des témoins impartiaux ; car les premiers adoptent la cause du dernier sultan régnant , qu'ils reconnaissent comme le seul successeur légitime de Bajesid en dépit des droits des frères aines par lui vaincus, et en conséquence, ils traitent Mustapha d'imposteur; quant aux Byzantins, suivant les sentiments de leur empereur, rien ne leur parait plus légitimeque le droit héréditaire du prétendant au trône qu il convenait a la politique grecque de sou' en r. Exposant et balançant les raisons contradictoires, I on penche à croire que Mustapha était en réalité le prince ottoman de ce nom qui avait disparu dans la bataille d'Angora. D'abord malgré toutes les recherches les plus actives faites sur le champ de bataille par l'ordre de 'fiinur, i'on ne pUt dé-
couvrir aucun indice tendant à prouver que Mustapha fût resté sur le terrain ; dans la suite, Mohamma d s'engagea par un traité avec l'empereur grec au payem -nt annuel d'une forte somme pour la garde|de Mustapha; en troisième lieu , ce prétendant n'attira pas seulement à lui la populace , il compta parmi ses partisans des grands de l'empire, comme Dschuneid, les fils du beglerbeg Tiinurtasch , ainsi qu'Ewrenos; enfin le témoignage du vieux Neschri l'emporte sur celui des historiographes officiels postérieurs. Qu< i qu'il eu soi» , Mustapha , frère véritable ou supposé de Mohammed , apparut comme un dangereux aspirant au trône en Europe, où il fut d'abord .soutenu par M irische, prince deValachie, puis par legouverneur de Nicopolis, l'ancien seigneur d'ÉphèseetdeSmyrne, Dschuneid , déjà deux fois révoltés et deux fois rentrés en grâce; alors il franchit l'Hœmus et marcha vers la Thessalie. Mohammed courut à leur rencontre; près de Tbessalonique, Ion en vint à une bataille, et Mohammed triompha. Mustapha et Dschuneid se sauvèrent (1) avec quelques hommes de leur suite dans la ville , dont le commandant Démétrius I -ascaris leur promit protection, et la leur assura. Mohammed l'ayant sommé de livrer 1 s fugitifs , il répondit avec la plus grande courtoisie : « Qu'il était le serviteur de Mohammed comme celui de l'empereur, puisque le sultan reconnaissait l'empereur pour son père ; que néanmoins il ne livrerait pas le moindre esclave réfugié auprès de lui . sans l'ordre de l'empereur, et encore moins un prince du sang, frère de Mohammed, mais qu'il devait préalablement prendre les ordres de l'empereur. » Mohammed transmit directement par écrit à l'empereur la demande qu'il avait adressée à Léontarios, Paléologue répondit : «Qu'il ne livrerait jamais des fugitifs qui avaient cherché protection auprès de lui ; car de cette façon il agirait non pas en roi, mais en tyran ; que si un frère de l'empereur s enfuyait auprès du sultan, celui-ci ne pourrait le livrer sans violer la très-sainte loi du décret d'asile, mais que Mohammed ayant reconnu par un traité l'empereur comme son père, lui, Manuel , jurait que pendant toute la durée du règne
(1) Duca«, 1. xxu, p. Ö5;ChaJcoadyta*,l. iv.p. 65.
et de la vie de son fils, ni Mustapha, ni son compagnon Dschuneid ne seraient mis en liberté. »En même temps Tordre fut adressé à Démétrius- Léontarios de faire embarquer au plus tôt Mustapha et Dschuneid sur une galère, et de les envoyer à Constant ioople(l) Le fidèle serviteur obéit, et Mohammed jura un traité en vertu duquel l'empereur s'engageait à garder Mustapha et Dschuneid av.±c leurs trente compagnons, et Mohammed à payer pour ce service une pension annuelle de 90(1,000 aspres. Le négociateur de ce traité fut l'interprète de la cour de Manuel, Théologos Korax, Grec de Philadelphia, qui, étant administrateur de sa ville natale du temps de la guerre avec Timur, avait livré à ce conquérant plusieurs notables citoyens que le Tatare fit brûler parce qu'ils ne purent payer la rançon à laquelle il les taxa. Korax avait su se pousser si avant dans la faveur de Mohammed et de son vesîr Bajesid-Pascha, qu'il était souvent invité à la table du vesir, et même du sultan, dirigeait par son influence les affaires les plus importantes. Pour cette raison l'empereur l'avait nommé son ambassadeur général ; néanmoins il était soup-, çonné de trahir les intérêts de la cour byzantine à la cour ottomane. Aussi, en secret, au lieu de Théologos, on l'appelait Thologos-Korax (2). De crainte qu'il ne réussît a soustraire Mustapha et Dschuneid pour les faire tomber entre les mains du sultan , on les fit embarquer pour Lemnos, où ils furent tenus sous une garde rigoureuse dans le couvent de la sainte Vierge.
Pour châtier le prince Mirtsche de l'appui prêté au prétendant, Mohammed ravagea la Valachie (3). Ainsi , vers la fin de son règne, le sultan vit le cilme ramené dans fcs États au moyen de la réclusion de son frère véritable ou supposé sous la garde de l'empereur grec , comme il avait rétabli la tranquillité dès son avènement au pouvoir , en tenant Kasim en ses propres mains (4). Toutefois ce dernier prince ne fut pas exécuté suivant l'exemple donné par Bajesid IIderim pour la sécurité du trône ; on se contenta
(1) Ducm, 1. val , p. 66 et 67.
(2) Ibid. , p. 68.
(3) /bid.,p. 67.
(4) Ducm , I. zxii , p. 64 , parle de deux 61« de Baesid, dont l'un ( Kasim) fut rendu avec sa sœur Fatime, l'autre (le Joteph de Phranzes) avait été baptisé, et doit être mort chrétien à ContUMinople.
de lui crever les yeux. Bajesid lui assigna la vil!? d'Akhiszar près de Kiwar pour séjour et par entretien , et donna pour épouse à un Sand4chak-Beg sa sa?ur Fatime, qui avait étérraiy avec Kasim à l'empereur grec par Suleùm comme gages de son amitié, et qui fut lim* par Manuel à Mohammed [4 mai 1412J. Cbaq v fois qu'il venait à Brusa, Mohammed appel*' auprès de lui Kasim et sa sœur, et s'entretew avec eux d'une manière toute fraternelle '1
Dans la même année où fut juré letrailéttlitif âla garde de Mustapha avec Manuel, Mobaimed passa par Constantînople pour se rwir* en Asie. L'empereur, pressé par les Archoof* de ne pas laisser échapper l'occasion dr*V surer de Mohammed et de son frère, k nora la parole donnée, et les droits de lTw^ talité. 11 envoya au-devant de lui Demetri^ Léontarios, Isak-llasan et Manuel-Cantacuz<w avec un grand nombre d'archontes chargé» ^ lui offrir des présents. Les députés le rectiwii hors de la ville et l'accompagnèrent jusquim rives du Bosphore, à l'endroit appelé la Dkble-GoIonne (aujourd'hui Beschiktasch). Durafl tout le chemin, le sultan s'entretint avec Den* trios-Léontarios; l'empereur le reçut étaa avec ses fils sur une galère; une autre aussi imgnifiqueraent décorée fut montée par le sultan Les deux souverains se saluèrent et causrTtfii amicalement en mer, chacun sur son bôtimert Ils continuèrent ainsi à côté l'un de l'autre jequ'à Chrysopolis (Skutari), où le sultan deswn dit de sa galère , et entra dans la tente f avait été préparée pour lui. L'empereur et k princes s'assirent à table sur la galère. M moment en moment l'empcreuret le sultan «idressaient des messages de politesse et d'ami* Vers le soir, le sultan descendit à cheval à ^ comédie, et l'empereur revint par eau dans a capitale.
Au printemps suivant, le sultan revint à ht drinople par Gallipoli, et l'empereur emw- Demetrios-Léontarios pour le complimenter.!' sultan reçut le député de la manière la ft amicale; mais trois jours après, il tomba a' cheval, frappé d'apoplexie (2). Sentant sa
(1) Seadeddio,dan> Bratuiti , p. 335; Hadschi-G"^ Tables chronologiques. La date de 1422, qui *tr*t' dans la plupart des historiens européens , est fans*
(2) Pbran2ea,i,c. 37 et 38.