‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 96 sur 297 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

iffre l'aspect d une mosaïque bizarre ; les fe- ■ s ei la porte unique, qui s'élève avec ses Drncments jusqu'à l'extrémité supérieure de la façade, sont enchâssés dans de larges cadres Je marbre rouge couverts d 'inscription*, i jï ï 1 — lés avec tant d'art et polis avec tant de soin, que les lettres semblent être coulées en métal 1). Le chef-d'œuvre d'architecture et de Miilpturede cette mosquée fameuse, ce n'est pas encore le grand autel (2): c'est plutôt la porte dont le travail riche, léger, délicat est un objet d'admiration pour les artistes. Trois années et 40,000 ducats furent consacrés aux ornements de cette porte (3) pour qu'elle surpassât en magnificence celle de l'académie rouge, fondation du sultan Alaeddin à Siwas. A l'entrée de la mosquée et sous le clneur, au-dessus duquel s'élève la tribune du sultan . on est frappé surtout du vif reflet de l'éclatante faïence, dont sont revêtus les murs qui resserrent le passage. Ce revêtement de faïence ou de porcelaine de Perse représente comme deux grands rideaux verts avec une corbeille de fleurs au%ilieu. Les murailles mêmes de la mosquée sont, à l'intérieur, recouvertes depuis !' sol jusqu'à hauteur d'il mine, de porcelaine I- ne, de Perse, d'où se détachent des versets du Koran, en lettres d'argent, sur un fond azur (4). Le raihrab ou grand autel , c'est-àdire la niche où le Koran est déposé , est taillé dans du marbre rouge, orné de riches sculptures, et répond complètement à la magnificence de l cntrée qui lui fait face. Les coupoles et les minarets étaient autrefois entièrement revêtus de porcelaine verte de Perse, en sorte que sous les rayons du soleil, on voyait briller comme fa dômes et des colonnes d'émeraude d'un pas enchanté : de là vint à l'édifice le nom de " s hil-lin.tret (fondation verte ) (ô). A côté de la mosquée s'élève le tombeau de Mohammed , i forme octogone, au milieu d'un jardin délicieux. Les murs, à l'extérieur comme ;'i l'inlérii ur,sont revêtus de porcelaine verte de Perse, et des huit parvis se détachent huit paroles du prophète, en argent émaillé sur un fond azur.

(1) Voyage à Bru sa , p. 36.

(3) Seadeddin, dans Bratutii , p. 351.

(3) Ewlia , fol. 257.

1 Voyage à Brusa , p. 38.

[S) Ewlia , ii part., fol. 250 ; Dtchiban nuroa. p. 657.

Tout près de ces deux monuments, furent établies aussi des écoles et des cuisines pour les pauvres, avec de riches dotations pour les entretenir. A ces objets Mohammed affecta les domaines et les fonds des villes maritimes du golfe de INicomédie, qui, jadis conquises par les Ottomans, avaient été perdues par l'effet de l'invasion de Timur et de l'interrègne, telles que Herke, Gcbyse, Kartal et Pendik (1). Umur - Bcg et Timurlasch les avaient ramenées sous le pouvoir des sultans (2). C'est avec ces revenus , avec ces ressources de la victoire et de la conquête que Mohammed put élever sa mosquée verte, l'un des plus beaux monuments de la piété et de l'amour de l'art des sultans ottomans; joyau précieux, modèle achevé d'architecture et de sculpture saracéniques, dont les travaux et les richesses justifient bien le surnom de Tschelebi (seigneur gracieux plein de goût), qui fut donné à Mohammed, et qu'il mérita encore par l'ensemMe de ses actes durant toute sa vie.

Mohammed qui, par ses fondations pieuses, atteignit et surpassa peut-être la gloire du plus grand des sultans seldschukides , Alaeddin premier, se recommanda par un autre mérite, non moins éminent aux yeux des moslms, et rivalisa par ses largesses en faveur de la religion, avec les sultans d'Égypte. Le premier des souverains ottomans, il envoya avec la caravane annuelle pour les pauvres de la Mecque et de Médine un gracieux présent en or, depuis appelé ssurre , et qui est remis à un commissaire spécial avec uue lettre adressée au scherif de la Mecque. Quoique le présent ne fût pas alors aussi considérable qu'il le devint dans la suite, que la remsene se fit pas avec autant de solennité , toutefois l'usage ne date pas de vi im Ie*, conquérant de l'Égypte. Il remonte à Mohammed lrr: c'est à lui aussi que doit être attribué l'établissement des demi-fiefs dans la Hum li . dont les possesseurs ne fournissent que la moitié de la redevance au sultan. Mohammed adopta cette institution, qui d'ailleurs ne fut en usage dans aucune autre partie de l'empire, aussitôt après son avènement exclusif au pouvoir

(1) Herke (Aokyron), Gebyte (LibyuaJ, Peudik (Panttcblon).

(2) L'an de l'hégire 823 [1420]; MrU, ix vu' récit ; Net ch ri , Aali , Ssolaksade , Seadeddin.

suprême, afin de récompenser par là les fidèles vassaux qui, du ant l'interrègne de ses frères Suleiman et Musa , étaient restés constamment auprès de lui, avaient toujours combattu pour rétablissement de sa seule souveraineté; aussi les demi-tiers ne se trouvent que dans la Rumili(l). Sous Mohammed-Tschelebi.se développa également le goût de la littérature et de la poésie; et bien que des critiques et des historiens européens (2) ne reconnaissent ni écrivains , ni littérature chez les Turcs avant Mohammed II, les annales de l'empire ottoman signalent déjà à partir de Mohammed 1er, à la fin de chaque règne, à la suite desvesirs et des émirs distingués par leurs services civils et militaires, les légistes , les scheichs et les poètes, auxquels sont ajoutés sous les règnes subséquents les mathématiciens ou astronomes , et beaucoup plus tard encore , les calligraphes et les musiciens. Ses biographes, ses savants et ses artistes, et l'appréciation de leurs œuvres, se rattachent à une branche particulière de la littérature ottomane, à l'histoire de l'art; tandis que les hauts faits et les destinées des vesirs et des émirs pourront offrir des sujets à un Plutarque turc, auquel les éléments ne manquent pas, si l'on veut le mettre en possession des sources; mais l'auteur d'une histoire générale de l'empire ne peut que s'arrêter un instant sur quelques noms distingués dans la foule de ceux qui se présentent.

Quoique les noms des vesirs et des émirs les plus signalés se produisent d'eux-mêmes, et parlent assez haut dans le cours des événements qu'ils ont provoqués par leurs conseils, ou qu'ils ont accomplis par leurs bras, cependant des circonstan es particulières de leur vie, qui ont une importance historique, peuvent se placer plus convenablement dans une revue générale des politiques et des guerriers remarquables de tout un règne. Ainsi a l'occasion des grands vesirs de Mohammed Ier, nous ferons remarquer ici qu'Ibrahim-Pascha, fils d'Ali-Pasclia , le troisième de la famille des Dschendereli, que tous les historiens turcs s'accordent à présenter comme grand vesir de Mohammed, puis revêtu delà même dignité

(1) Aali, fol. 40.

(2) Gibbon et

pendant huit années encore sous Murad 0. n'est pas nommé dans tout le cours des dixhuit .-innérsdu règne unique de Mohammed: il n'est question de lui que deux fois : la première avant la fin de l'interrègne , lorsqu'envoyé par Musa auprès de l'empereur grec i Constant inoplc, il abandonna -on maître pow passer à Brusa (1 ) ; la seconde après la mort de Mohammed, lorsqu'il s'enlendii avec Bajesid- Pascha pour cacher cet événement. Les liistoriens byzantins ne parlent que de Bajesid-Pscha , comme du fidèle grand vesir de Mohammed, qui après l'avoir arraché enfant de ta bataille d'Angora, lesauva à travers mille dangers, le défendit contre tous ses ennera 's, d a sa mort fut encore chargé de l'accompli**ment de ses dernières volontés. I^e profond silence gardé par les Byzantins sur Ibrahm- Pascha durant tout le règne de Mohammad, et leur accord à nommer seulement Bajesid- Pascha comme le premier vesir, ne peuvf t affaiblir le témoignage unanime des an alystf* ottomans qui ne reconnaissent qu'^rahim-Pascha en celte qualité; cet oubli prouverai! au plus que celui-ci était homme de consei plutôt qu'un homme d'action , et que sa trif rendit plus de services que son bras. Les hist» riens byzantins s'étendent d'autant plus sw Bajesid-Pascha, qu'ils confondent souvent ar« Ssofi-Bajt sid , maître de la cour du prince Mohammed , qui l'avait accompagné dans sa fuite d'Angora , et fut envoyé ensuite par lui coraiw ambassadeur auprès de Timur. lis Byzaniii* ne distinguent pas Ssofi et Pascha l'un de l'antre, et ils racontent du dernier des anecdotrt qui se fondent sur la mauvaise prononciation du surnom de Kurischdsrlii ( le lutteur), dont on a fait kirisebdschi (un faiseur de corde» «u d'arcs) (2). Ainsi d'après Chalcondylas, le compagnon de Mohammed dans sa fuite aurait elf un fabricant de co- des; selon Phranzes , c'était un faiseur d'arcs (3), et si l'on en croit Duc*qui donne ici de longs détails , le vesir Bajesidl'ascha se serait échappé avec 1 prince eo mendiant, sur la route d'Angora à Amasia, déjnii*

(1) Neichri, p. 313.

(2) Cbakondylas ou Lulfl , p. 95.

(3) rhraiiK*,l.i,p. 29.

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