LIVRE
vés. Sélim-Girai , amené du lieu de son exil A Andrinople par le grand-écuyer, fut reçu dans le kœscrik d'Amadia , puis sortit à cheval avec le grand vesir par une porte conduisant au sérail. Les seigneurs de l etrier impérial vinrent à sa rencontre. Lorsque le cortège fut arrivé devant la tente dressée sur la rive de la Tundscha, le grand vesir descendit de cheval en mettant le pied sur un tabouret, le chan ensuite sur la pierre dont se sert le sultan en se mettant hors de selle. Là le kislaraga reçut le chan et lui assigna la première place dans la tente. Le grand vesir se tint debout, puis alla trouver le sullan pour lui demander la faveur d'une audience, et revint aussitôt annoncer que le sultan était prêt à recevoir le prince tatare. La présentation se Ht avec des honneurs extraordinaires; car Sélim-Girai fut introduit par le kislaraga lui-môme et par les seigneurs de l'étrier, le bostandschi-baschi , le porteur d'armes , le premier valet de chambre et teneur de l'étrier, et amené ainsi au baise-main, faveur dont ne jouissaient plus les ambassadeurs depuis la mort du sultan Suleiman. Le chan •'assit sur un tapis étendu à terre , se releva aussitôt et rendit compte au sultan des affaires les plus importantes de son gouvernement. Le kislaraga le revêtit d'un kapanidscha ou d'une pelisse de martre zibeline descendant jusqu'aux reins; le silihdar lui ceignit le sabre garni de pierreries; l'un des seigneurs de l'audience lui plaça une agrafe de diamants sur la tète, et on lui donna 2,000 ducats au lieu de mille, montant du présent d'honneur offert en celte circonstance. En outre, quand il partit pour Babatagh, on lui remit un sabre avec un fourreau d'or, une cuirasse à écailles d'or, un carquois orné de perles et quelques chevaux de main.
Vers le milieu de juin , le duc de Lorraine , après avoir appelé à lui à Neutra les troupes sous les ordres du général Uallewcil, de Heisler, du prince de Salm et du baron de Mercy , passa sur le pont de bateaux de Gran avec douze régiments de cavalerie et huit d'infanterie, et commanda au colonel comte Styrurab de marcher sur Wissegrad, qui se rendit au bout de cinq jours (1). In-
(\) Boctbiu» Kriegahriu , p. MO. Guerre de»
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formé de ce mouvement, le commandant d'Ofen envoya son kiaja, Rustem-Aga, le gouverneur d'Hersek, l'ancien tschauschbaschi Ahmed-Pascha , avec les raillants guerriers de Syrmium , Semendra , de Pcsth et d'Ofen, et les Tatares sous les ordres du fils du chan pour délivrer la place. Ces troupes, avant la capitulation de Wissegrad, fondirent sur le vaguemestre général Halleweil, qui périt après un combat sanglant. Mille chrétiens morts ou vivants furent emmenés à Ofen. Les impériaux s'étant mis en marche contre Waizen , le gouverneur d'Ofen délibéra s'il valait mieux assiéger Gran ou s'avancer à la rencontre de l'ennemi. Ce dernier parti ayant été adopté, le généralissime cbïs armées turques, le serdar Mustafa-Pascha ordonna aux gouverneurs d'Ofen, de Temesvar, d'Erlau, de Bosnie, Kara-Mohammed-Pascha , Sidisade-Mohammed-Pascha , Ahmed-Pascha , Osman-Paschasade-Ahmcd- Pascha , de marcher au-devant des chrétiens avec les troupes arrivées d'Égyptc et le fils du chan [27 juin]. On en vint aux mains près de Waizen (1) ; les Turcs subirent une défaite complète , et le gouverneur de Temesvar , Sidi-Ahmed , resta sur le champ de bataille. Le lendemain Waizen succomba, et le capucin Marco d'Aviano, dont la sainte conduite et les pieux encouragements avaient enflammé l'enthousiasme des chrétiens, donna la bénédiction aux vainqueurs sous la tente du duc de Lorraine.
L'armée impériale se dirigea vers la plaine de Rakoset de Pesth abandonnée par lesTurcs, qui avaient tout incendié, a Les boulets lancés d'Ofen , dit l'historiographe de l'empire, envoyèrent beaucoup de scélérats maudits dans le gouffre de l'enfer ; mais ce troupeau de pourceaux infidèles se saisit de Peslh sans coup férir (2). » Près de Waizen, des ponts furent établis sur le Dauube à l'aide de l'île
Turcs el victoire des chrétiens ,1. u , p. 21 . Adlcrshwung, p. 1)6. Bcregani . p. 160. BUctoseri , p. 107. Wagner.
(1) Description de la mémorable* victoire rem portée par l'armée impériale sur le» Turcs le [17] 27 juin 1684 , près de Weizen. Bibliothèque d« Mnnich.
(Z) Uaschid, I. i, fol. UZ.
de Saint-André ; l'un avec soixante bateaux sur le grand bras du fleuve , l'autre avec quarante sur le petit, et l'armée impériale se posta près de Saint-André. Le serasker Mustafa-Pascha se mettant à la tète de toutes ses forces marcha contre les chrétiens ; mais son attaque fut repoussée , et les Turcs s'enfuirent vers Ofen. Comme cette ville était menacée , le serasker prit les mesures nécessaires pour la défense. Les deux paschas Tscherkes- Ahmed et Abdulmumin avec les troupes d'Adana, de Karamanic, de Syrmiura, Semendra et Ofen , et huit sandschakbegs de sipahis, feudataires deRumili, furent logés dans la place ; les fortifications furent réparées et augmentées ; avec le reste de l'armée le serasker planta son camp à Hamsabeg dans le voisinage d'Ercsi, occupée alors par un chef turc de ce nom qui était la terreur des Hongrois. Ayant fait prisonnier le vaillant comte Szapary , il l'attela à coté d'un bœuf à une charrue et le força de labourer la terre. Le frère d'armes de Szapary, le comte Batthyanyi, délivra son ami et lui mit entre les mains son bourreau, dont il s'était saisi. Mais le noble Szapary se vengeant en vrai chrétien rendit la liberté à celui qui l'avait torturé. Le barbare, qui jugeait du chrétien d'après lui-même, avait avalé du poison pour se dérober aux tourments; avant de rendre l'âme , touché de la grandeur d'âme de Szapary, il embrassa une croyance qui enseigne à faire le bien à ses ennemis.
Le U juillet 1684, le duc de Lorraine était sous les murs d'Ofen (1). Du côté de la rive droite du Danube s'élève la forteresse sur une éminence ainsi que la haute ville , au pied de laquelle se déploie la ville basse jusqu'au bord du fleuve. Au nord et au sud , au bas de la montagne s'étendent les faubourgs dont le dernier était désigné autrefois par le nom qu'il porte encore aujourd'hui, de la Semelle (taban) ; en face de la partie septentrionale de la forteresse où se trouve la porte de Vienne, se dresse le mont Joseph ou du Calvaire , que les Turcs appelaient la colline des Douleurs ; et au sud de la place , vis-àvis le château royal , s'élève le mont Gerhard ou le Blocksberg , appelé par les Turcs la
(!) Rascliid, I. h, p. 261.
colline des Corneilles. Le faubourg du nord, aujourd'hui Landstrasze et Neustift, entoure de murailles, formait une ville à part, que l'on appelait la Basse-ville pour la distinguer de la ville supérieure et de celle du bord de l'eau ; elle avait trois portes, du Coq , du Cimetière et la Porte neuve. La ville haute ou la forteresse en avait trois aussi , de Vienne, de la Vallée ou de l'Eau, et de Stuhlweiszenburg. A l'approche de l'armée impériale , les Turcs abandonnèrent quelques postes avancés et se retirèrent dans la ville du bord de l'eau [ 19 juillet]. Le sixième jour du siège , ils y furent forcés, et, réfugiés dans la forteresse , ils barricadèrent la porte de Vienne. Trois jours après le duc de Lorraine se porta contre le corps placé sous les ordres de Suleiman-Pascha, dans le voisinage d'Hamsabeg, sur la hauteur d'Ercsi , le battit, enleva douze drapeaux , des tambours, beaucoup de beaux chevaux et de tentes , et le grand étendard du serasker, qui fut suspendu dans la suite à la voûte de Saint-ÉUenne. Le jour même où le duc de Lorraine remportait cette victoire sur le serasker Suleiman-Pascha , Leslie et Trautraannsdorf triomphaient des paschas de Bosnie et de Gradiska , près de Veroviz en Croatie , et cette place tomba ensuite entre les mains des vainqueurs, après avoir été cent trente-un ans au pouvoir des Turcs. Les succès des impériaux entraînèrent la chute de Bresoviz, Sopia , Slatina , Wewazin et d'autres châteaux (I). Cependant les batteries se dressaient devant Ofen. Vis-àvis le coté septentrional de la citadelle les assiégeants armèrent deux batteries de huit pièces de quarante-huit , onze fauconneaux et huit mortiers; sur la colline des Corneilles, ils en élevèrent deux autres , composées de vingt pièces de quarante-huit et douze mortiers. Au pied du Blocksberg sept pièces de quarante-huit , quatre mortiers et quelques fauconneaux furent pointés dans la direction dePesth. Au-dessous du mont Joseph furent établis huit pièces de quarante-huit, et plus haut une autre batterie fut armée de quatre petits canons , quatre mortiers et sept fauconneaux ; les batteries foudroyèrent le coté septentrional de la forteresse, dit château de
T lîcHlI.ics. |». 144. Coittarini, I. n. p. 235.