‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 109 sur 384 · LV1I · texte numérisé non relu

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cent quatre-vingt-dix bourses eo argeut monnayé qui se trouvèrent dans la succession de Kara-Mustafa furent inventoriées par le grand chambellan et remises au nouveau serdar pour les besoins de l'armée. Le reisefendi du grand vesir, Telchiszisade, quiremplissait en même temps les fonctions d'interprète de la Porte, fut arrêté et emmené à Constantinople. Telle fut la Ûn de Kara- Mustafa, l'un des vesirs les plus orgueilleux et les plus fastueux qu'ait jamais eus l'empire ottoman ; d'abord beau-frère de Kœprili , puis destiné à l'honneur d'épouser une fllle du sultan ; durant le grand vésirat d'Ahmed- Kœprili, il se tint continuellement auprès de son maître en qualité de kaimakam, chargé de l'expédition des affaires les plus importantes ; depuis sept ans il tenait le sceau de l'empire , et il était à peine âgé de cinquante ans. Son harem contenait plus de quinze cents concubines et au moins autant de femmes esclaves pour les servir, avec sept cents eunuques noirs pour les garder. Ses serviteurs, ses chevaux, ses chiens, ses oiseaux de chasse se comptaient par milliers (1). Déjà il a été fait mention de sa cupidité ardente et de ses extorsions; mais il reste encore à parler des nombreuses fondations utiles qui lui sont dues , des mosquées et des fontaines à Constantinople, Andrinople, Belgrad, Galata et Dschidda; par ses soins un temple s'éleva, un grand marché fut disposé à Mersifun sa patrie ; une mosquée , un bain , une ruedrèse furent construits à Indscheszu près de Kaitzarije. Mais ce qui assura sa célébrité ce sont surtout les scènes d'horreur d'Human et le siège de Vienne.

La première dignité de l'empire fut conférée au kaimakam Ibrahim-Pascha , vieux serviteur de soixante-trois ans, éprouvé par une loogue expérience dans les emplois publics. Page de Firari-Mustafa-Pascha , il avait été kiaja de deux vesirs , puis du kaimakam , il passa par les postes de petit et de grand écuyer pour arriver à la place de kaimakam à laquelle étaient alors rattachées les attributions du grand amiralat qu'il céda dans la suite à Kaplan-Mustafa-Pascha. Pendant sept

(1) Voyage du sieur A. de La Molrave, à lu Haye, I. i . p. HO, 1717.

ans l'absence du grand vesir de Constantinople lui avait laissé la direction des affaires, qu'il prit maintenant en son propre nom. Le grand-écuyer , le Bosnien Suleiman-Aga , l'ennemi capital de Kara-Mustafa, fut nommé kaimakam, et obtint en même temps un chatti-schérif du sultan qui donnait la place dont il sortait au silihdar Schahin-Mustafa- Aga ; c'était une espèce de disgrâce pour ce dernier, car le silihdar ou grand porteur d'armes était plus près de la personne du sultan que le grand-écuyer, et avait par conséquent plus de droits que ce dernier aux trois queues. Pour émousser ce trait on lui adressa la lettre du sultan pour le kislaraga ; néanmoins il remercia et demanda qu'on le dispensât d'accepter sa nouvelle nomination.

Alors il fut revêtu du titre de beglerbeg de Rumili avec le privilège de siéger dans le diwan près des vesirs sous la coupole , et de se faire accompagner comme eux par des schatirs ou laquais. Voyant bien que refuser encore ce serait irriter le sultan, il prit le parti de se résigner à sa situation nouvelle. Ces coups étaient le résultat du ressentiment de Suleiman-Aga, maintenant tout-puissant, qui avait été blessé des paroles orgueilleuses de Schahin-Mustafa-Aga. A la première chasse dans le jardin d'Akbunar près d' Andrinople , le nouvel écuyer se tint éloigné de l'étrier impérial , et le sultan n'y rit point attention ; enfin, près de la fontaine de Maszlahat-Tscheschme, Schahin-Mustafa- Aga demanda tout ému au sultan quelle faute il avait donc commise pour avoir été abaissé de sa charge de silihdar à celle d'écuyer. Le sultan le consola en lui citant l'exemple du grand vesir qui du poste de grand-écuyer s'était élevé à celui de kaimakam. Bientôt après mourut aussi le grand chambellan, Ghasas-Ahmed-Aga, qui , favori et créature de Kara-Mustafa, ne s'était pas moins chargé de l'exécution de ce grand vesir, et qui osa même adresser les paroles suivantes à la victime : « Tu as attiré toi-même tout cela sur toi , n'en rejette donc la faute sur aucun autre. » La place de grand chambellan fut donnée au Bosniaque Redscheb-Aga, ancien laquais de l'ex-grand écuyer, maintenant kaimakam de Suleiman-Aga, qui dans les chasses avait su gagner la fa\eur du sultan, et fut appuyé fortement par son ancien maître. Mus.

tafa-Pascha , favori et gendre du sultan, qui peut-être s'était flatté d'obtenir le sceau de l'empire, et qui par quelques propos tenus contre le grand vesir avait inquiété ce ministre, fut nommé kapudan-pascha et par conséquent éloigné du souverain. Kœprili- Mustafa-Pascha, qui, après la mort de la Validé dont il administrait les affaires, avait été appelé à Andrinople, avant même d'atteindre cette ville fut mis à la retraite. Le premier écuyer Schahin-Mirsa dut aller prendre le commandement des Dardanelles , et à sa place auprès du sultan fut appelé le grand chambellan Redscheb-Aga. Le supplice du grand vesir Kara-Mustafa devait entraîner l'exécution de ses deux plus fidèles instruments, son reis-efendi Telchiszisade et l'interprète Alexandre Maurocordato. En effet le premier ne put résister aux ennemis de son maître et futpendu à Andrinople ; il eut pour successeur Mustafa, renégat espagnol, qui déjà deux fois avait rempli les fonctions de reis-efendi. Quant à Maurocordato, il sut se dérober à la sentence de mort déjà prononcée contre lui en rejetant sur le reisefendi Telchiszisade le tort de la soustraction des propositions de paix dont Kara-Mustafa n'avait pas laissé venir la connaissance au sultan avant l'engagement des hostilités, et en jetant dans le trésor impérial cinquante bourses et tous ses bijoux. Néanmoins sa famille fut renfermée, et à lui-même fut appliquée la bastonnade sous les yeux du kaimakam. Le précédent defterdar Hasan-Pascha, uni à Kara-Mustafa par les liens de la parenté, fut mandé à Andrinople et mis à mort en route par Silachschor-Kara-Ibrahira-Aga.

Le ressentiment et la jalousie inquiète du grand vesir Ibrahim contre tout l'entourage du sultan frappèrent aussi le fidèle compagnon de Mohammed IV, Ishak-Efendi , qui jadis s'était attiré l'inimitié d'Ibrahim. Ishak- Efendi fut chargé d'une mission pour l'Italie. Parvenu à Eskischehr, il ne put ou ne voulut pas aller plus loin ; alors le grand vesir luimême lui accorda la permission de revenir à Constantinoplc pour rétablir sa santé. A son retour il fut comblé de marques d'attention et d'égards au nom du grand vesir, qui engagea le kaimakam et le segban-baschi à lui faire visite avec le cortège de leurs officiers. Mais en même temps le parti d'Ibra-

him insinuait au sultan qu'Ishak-Efendi recevait à Constantinople des visites suspectes des généraux et des officiers des troupes, et travaillait à exciter une insurrection militaire. Le malheureux accusé fut donc banni à Rhodes , et bientôt après décapité. Plusieurs gouverneurs furent changés; celui de Diarbekr.lbrahim-Pascha, reçut ordre de couvrir Ofen, parce que cet important boulevard de l'empire ottoman dans l'occident, menacé de près depuis la délivrance de Vienne, réclamait la défense la plus active. Kara- Mohammed fut donc nommé wali ou gouverneur, et Ibrahim-Pascha muhafis ou commandant de la garnison. Le serasker de Baba tagh, Suleiman-Pascha, ayant annoncé qu'il manquait de troupes, le kiaja de la sultane Chaszeki, Elhadsch-Husein, fut envoyé en Rumiii avec le titre de vesir pour y mettre à exécution la levée générale déjà prescrite. Afin de compléter la flotte, deux capitaines princes de la mer furent chargés de faire construire de grands bâtiments , dont huit se trouvèrent de suite prêts à mettre à la voile ; leur longueur était de quarante à cinquante aunes. Mais l'équipement et l'armement complet de ces vaisseaux exigeaient une dépense de 530 bourses. Pour se procurer cette somme, on assigna 120 bourses sur les revenus de Rhodes et de Chypre, 20 de ceux de Skenderun ; les 390 bourses qui manquaient encore furent tirées du trésor.

Le changement dans le gouvernement de la Kriméc ne répondit nullement à l'attente de la Porte ; le nouveau chan Iladschi-Girai indisposait tous les esprits par son avarice. La Krimée, mécontente, agitée, adressait requête sur requête pour la déposition de ce prince. On satisfit anx vœux de la population en retirant le pouvoir au chan régnant pour rappeler au trône Sélim-Girai, alors en exil à Rhodes (1). Il est assez vraisemblable que ce changement fut déterminé surtout par les manœuvres des deux fils de Sélim-Girai, qui, sous Iladschi-Girai , occupaient les dignités de kalgha et de nureddin. Tous deux furent confirmés par leur père dans ces postes éle-

(1) Dans l'histoire do royaume de la Chersonèse Taurique. Pétcrsbourg, 18*4, p. 388. Sebi-Sejare fol. 1Î9.

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