‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 112 sur 384 · LVIII · texte numérisé non relu

LVIII

l'empereur. Le pascha donna quinze ducats au messager, et répondit qu'il ne voyait encore aucun motif de capituler. Les Bavarois échouèrent complètement dans un assaut livré le k octobre à la tour des Francs, que leur artillerie avait réduite en ruines. Les pertes éprouvées chaque jour, la saison des pluies, les maladies déterminèrent les généraux impériaux, réunis en conseil de guerre, après l'arrivée du markgraf Hermann de Baden , à lever le siège. Les Turcs prétendirent que deux fois le prophète .était venu prêter secours à ses enfants et leur avait assuré ce triomphe sur leurs ennemis [30 octobre] (1). Un chatti-schérif rempli d'éloges pour le courage et la constance d'Ibrahim- Pascha , fut apporté à Ofen avec des pelisses de martre zibeline , des poignards garnis de pierreries , des sabres et un panache de héron , par Sialih , chef des coureurs du sultan. Le serasker Mustafa-Pascha reçut aussi des pelisses de martre zibeline pour lui-même , pour les gouverneurs de Bosnie, Kumili et Diarbekr, et pour le nureddin second fils du chan talare. Mais ce n'était là qu'une pure formalité; car les services de Mustafa- Pascha ne méritaient pas de récompense ; on le fit môme descendre du gouvernement d'Alep à celui de Kanischa , et le .diplôme de serasker lui fut retiré pour être conféré à Ibrahim-Pascha. Ce dernier était bien digne d'une telle distinction comme du surnom de Scheitan (Satan), pour l'activité infatigable avec laquelle il venait de défendre Ofen , et qu'il déploya encore pour mettre cette place à l'abri des entreprises de l'ennemi (2). La garnison fut fortifiée de trois ' mille janitschares , des sandschaks de Zwornik, Bosna, Semendra. Bientôt après le gouverneur fut changé. Ce poste si important fut donné au commandant de Caminiec, qui avait opposé cet été une vaillante résistance aux Polonais, dont l'armée s'était retirée après quarante jours de siège en abandonnant plus de quinze cents morts et enclouant dix-sept pièces de quarante-huit, quatre mortiers et six canons (3). Le serasker nommé contre

(1) Raschid, I. i, fol. 115.

(2) lbid. à la fin.

(3) lbid.

les Polonais, Suleiman - Pascha , Bosnien d'origine chrétienne , surnommé Ainedschi, avait aussi obtenu des succès, en battant l'ennemi à Babatagh avec l'aide des Tatares (1). En reconnaissance de ce service on envoya au chan une pelisse de martre , un poignard , un sabre garni de pierreries , un panache de héron ; il y eut aussi une pelisse et un tabre pour Suleiman-Pascha,

Après avoir suivi la campagne sans interruption, depuis la défaite des Turcs sous les murs de Vienne jusqu'à la retraite des impériaux obligés de lever le siège d'Ofen , il faut maintenant nous reporter aux événements de la guerre contre les Vénitiens, les Hongrois et les Polonais. Au moment même où Kara-Mustafa préparait l'expt'dition contre Vienne , la république avait payé la moitié des 80.000 ducats , montant des indemnités stipulées (-). Mais après la délivrance de Vienne , cédant aux invitations répétées de l'Autriche et de la Pologne , et surtout aux instances du pape, elle entra dans une sainte ligue avec ces puissances contre les Ottomans. C'était maintenant la quatorzième croisade prêchée par les papes contre les Turcs ; il s'agissait encore de défendre la foi, la liberté , la civilisation de l'Europe contre la barbarie des enfants de Mohammed. Le jour de saint Marc [ 25 avril 168V ] , au moment où le doge Giustiniani avec l'ambassadeur impérial comte Thurn assistait à la grand 'messe, arriva de Linz un page de l'ambassadeur vénitien à la cour de Vienne, avec le traité signé par l'empereur et le roi de Pologne ; à l'issue de la cérémonie religieuse, la guerre fut proclamée contre la Porte , et le procuratore Francesco Morosini, qui déjà deux fois avait été investi du commandement supérieur contre les Ottomans dans l'Archipel et à Candie, fut déclaré capitaine-général de la république ; sous lui le comte Stasaldo, du Frioul, eut le commandement des troupes de terre, Alessnndro Molino, celui de la flotte; Domenico Mocenigo fut nommé provveditore straordinario délie armi , et Antonio Zeno , provveditore

(i) Cantemir Moh. IV. p. 21.

(ï) Beregani , hislorie dcllc guerre d'Enropa, |. i, p. 414.

de Cattaro. A Constantinople la guerre ne fut dénoncée que deux mois et demi plus tard par l'ambassadeur Capello, qui se fît accompagner par l'interprète Tarsia chez le kaimakam , le 15 juillet, jour même où le duc de Lorraine commençait le siège d'Ofen. C'était la première fois que la république adressait une déclaration de guerre à la Porte , au lieu de la recevoir (1). A peine se fut-il acquitte de sa mission , le bayle se ût raser la barbe et les cheveux, et s'enfuit secrètement sur une barque rapide de Chios. Les frères Tarsia , interprètes vénitiens, furent incarcérés. Les Vénitiens engagèrent les hostilités en Dalraatie , où dès la Go de l'automne précédent les Morlaques s'étaient mis en possession de Vrana, Ostroviz, Carino, Nadino , Scardona et Macarsca , ainsi que de Primorgia, chef-lieu de canton (*2). Maintenant sous les ordres de leur chef Janko, ils tombèrent sur Licca , la Corbasie , la Bosnie et l'Albanie, s'emparèrent de Duare, deRisano, et saccagèrent Rimnich. Ceux deSebenico enlevèrent un chambellan turc avec cinquante hommes; les Heiduques de Cattaro mirent le feu à Morigno , d'autres se jetèrent vers Glumaz, et poussèrent leurs courses jusque sous Clin, où ils en vinrent aux mains avec les segbans et les feudataires. Zeno rassembla les hommes du canton de Pastrowich et de Peroslo, et dévasta le pays jusqu'aux environs de Castelnuovo. Sur mer, Morosini avait ouvert la campagne en opérant un débarquement à Santa-Maura [ 20 juillet 168V]. La place présentant l'aspect d'un hexagone irrégulier, protégée par quatre bastions et trois tours, baignée au nord et au sud par la mer, et séparée de la terre à l'est par un fossé plein d'eau, aboutissant à ses deux extrémités sur la mer, ne se rattache à l'île que du côté de l'occident, et communique avec Amaxichi, la capitale, au moyen d'un aqueduc de trois cent soixante arceaux et de quelques ponts, dont Benedetto Pesaro s'était rendu maître après une lutte acharnée, quand il ht la conquête de Santa-Maura sous Bajesid IL Cinq jours après

(1 ) Beregani, p. 141.

(2) Rcl. di Coslanlinopoli, cod. de la bibliothèque de la cour impériale, n* 882, p. 4M.

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