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grand vesir repoussa cette opinion , afin de ne pas accroître la terreur. Sentant fort bien l'état pénible de l'empire et les difficultés de sa propre situation, il s'était procuré, par le moyen du kislaraga, une lettre de la main du sultan qui l'investissait d'un pouvoir illimité et garantissait la sûreté de sa tête, quoiqu'il pût arriver (1 ) . Comme le chan tatare s'était excusé de ne point paraître en personne à cause des dangers qui le menaçaient du côté de la Pologne , de nouveaux courriers lui furent expédiés pour appeler au moins le kalgha et le nureddin. Les ordres les plus pressants enjoignirent aux paschas gouverneurs de Temesvar, Siuhlweizenburg, Essek, de se tenir prêts avec leurs troupes. En l'absence du grand vesir, le dernier de ces gouverneurs, Osman-Pascha- Ahmed, avait exercé le commandement supérieur. Il éprouva une grande disette de vivres. Voyant l'impossibilité de reprendre Szolnok et Samos , il avait tenu un conseil de guerre avec cinq paschas pour revenir à fielgrad et attendre l'arrivée du serasker grand vesir. Parvenu à Belgrad, Suleiman envoya Tœkœli avec une forte escorte à Jenœ pour contenir Apafy.
Le plus grand événement de cette campagne fut le siège et la prise d'Ofen. Presque toutes les nations chrétiennes de l'Europe y prirent une part active par leurs chevaliers. Il y vint des grands d'Espagne , des marquis français , des lords anglais , des comtes italiens , des princes du sang allemands et aussi beaucoup de bourgeois , parmi lesquels soixante Catalans , la plupart artisans de Barcelone. L'armée impériale forte de quatrevingt-dix mille hommes, dont vingt mille Hongrois etCroates, et treute milleauxiliaires de l'empire germanique, trois mille Franconiens commandés par Thungen , huit mille Brandebourgeois par Schœnich, six mille Souabes par Durbach, cinq mille Saxons, h ait mille Bavarois par l'électeur. Toutes ces troupes étaient sous les ordres du général en chef duc de Lorraine. Ofen renfermait seize mille guerriers éprouvés , ayant pour chef Abdurrahman-Pascha , ancien aga det
(\) Relar. di Buda , dans les uchimde la maison impériale.
Janitschnres; l'Age avancé de ce vieux serviteur, soixante-dix ans, n'avait pas refroidi le courage dont il avait fait preuve devant Candie et dans l'enceinte de Caminiec.
Le siège commença le 18 juin 1686 de trois côtés : sur le mont Gerhard du Blocksberg , ou la colline des Corneilles, était l'électeur de Bavière ; à l'opposé près de la porte de Vienne, le duc de Lorraine , les Brandebourgeois et les troupes de l'empire avaient pris position contre la ville du bord de l'eau. Le dépôt des malades %t des blessés fut établi dans l'Ile Sainte-Marguerite. De la cavalerie légère fut jetée sur l'île de Csepel, où, dès les premiers jours, Adam Batthyanyi enleva le harem du pascha, composé de quatre-vingt-douze femmes , parmi lesquelles l'épouse légitime. Cent femmes des plus belles, furent vendues dans le camp comme esclaves; le butin fut apprécié à 200,000 florins. Cinq jours après l'ouverture de la tranchée , la partie basse de la ville , tournée vers Vienne, fut enlevée d'assaut; le prince de Neuburg et le lieutenant feld -maréchal de Souches en prirent possession [30 juin]. Les Souabes Ûrent de nouveaux progrès et occupèrent la hauteur qui porte encore leur nom (1). Les Brandebourgeois prirent position dans la direction du bain impérial. Quinze jours après le troisième assaut fut livré à la forteresse ; à droite contre la tour se lança Guido de Stahremberg, à gauche le comte Auersperg, au centre le comte Herberstein , chacun avec deux cent quatre-vingts soldats, des grenadiers, des fusiliers, pionniers (2) ; ils furent repoussés , les comtes Herberstein et Kuef 'stein périrent dans éette action. Les grands d'Espagne, duc de Vejaset Escalona', et le marquis Valero son frère , le fils du prince Robert avec quatre Anglais, le prince de Commercy , les seigneurs de Créquy et de Courmaillon, le prince de Veldens de la maison des comtes palatins , le prince Piccolomini, furent blessés. Trois jours après [16 juillet] , les Bavarois se logèrent sur le fossé d'un rondel très-bien fortifié , situé en face d'eux; mais ils perdirent le comte Fontaine
(4) Description historique et glorieuse de la «Ile de Bade, Cologne 1587, p. SS.
(5) DescripL p. 52.
avec trente-cinq volontaires; le comte d'Aspremont fut grièvement blessé. Le feu des assiégeants était dirigé par Antoine Gonzales, envoyé des Pays-Bas , et par le franciscain Pierre Gabriel, très-habile artificier. Un boulet rouge Gt sauter la poudrière de la ville. La terre fut ébranlée , le Danube sortit de son lit et les soldats postés sur ses rives durent fuir devant les flots soulevés. Une brèche de soixante pas s'ouvrit aux murailles. Maintenant le duc de Lorraine envoya le comte Kœnigsegg sommer le gouverneur de capituler ( 1 ). Comme préliminairesa leur réponse les assiégés accrochèrent à un arbre, contre la porte de Stambul, les tètes du capitaine saxon Lebel et de cent autres guerriers tués avec lui dans une sortie. On livra donc un nouvel assaut sous la conduite du prince de Neuburg et de Souches. On vit à la fois six mille hommes s'avancer sur la porte de Vienne, quatre mille Bavarois du côté du château, deux mille Hongrois sur la partie basse touchant au fleuve^ L'explosion de quatre mines auxquelles lesassiégés mirent le feu fit reculer les assaillants; il fallut que le markgraf de Baden et le prince Eugène de Savoie arrêtassent la fuite de leurs gens. Un Heiduque de Raab avait planté la première bannière ; deux mille six cents Impériaux, quatre cents Brandebourgeois, huit cents Bavarois avaient péri ; plus de deux cents officiers étaient morts ou blessés ; parmi ces derniers le duc de Croy, Lavergna , Dieppenthal, Thungen, Truchsesx , Archinto , et les volontaires duc d'Escalona, marquis Valero, Zuniga, Planero, comte d'Urselles. Le duc de Kurland mourut de ses blessures. Maintenant le pascha répondit : e Qu'il était impossible de rendre la place ; que ce dernier assaut , comme les précédents , devait avoir été repoussé par l'intervention miraculeuse du prophète. » Le duc de Lorraine et l'électeur de Bavière adressèrent encore deux sommations à Abdi-Pascha , qui déchira qu'Ofen était la clef de l'empire ottoman, mais que, si l'on voulait une paix générale, la Porte était disposée à d'autres concessions. Abdi savait qu'à Constantinople se fesaient des prédica-
(1) La lettre dn duc est dans Boethiui, I. m.