LVIII
Pendant trente-neuf ans Mohammed , au lieu d'être l'ombre de Dieu sur la terre , n'était apparu aux yeux du peuple que sous l'aspect d'un ardent chasseur. Une insurrection l'avait placé sur le trône , une insurrection l'en renversa. Plus heureux que son père Ibrahim , il ne perdit pas la vie avec le pouvoir suprême. Dans les sept premières années de son règne, encore enfant, il fut le jouet des divers partis en lutte dans le harem et parmi les agas, jusqu'à ce que la main de fer de Kœprili brisât la révolte , et durant cinq ans amoncelât des cadavres qui devaient servir de base à la toute-puissance de son fils Ahmed. Alors le sceptre de Mohammed chancelait bien plus que dans les derniers temps; en effet, ce ne fut point sa passion pour la chasse qui lui coûta le trône. Son renversement fut amené par l'orgueil obstiné de Kara-Mustafa , qui entraîna le siège de Vienne, et l'incapacité militaire des deux grands vesirs Ibrahim et Suleiman. Les faits conservés par l'historiographe Abdi et dont quelques uns ont été rapportés dans le cours des hmt derniers livres ont suffi pour donner une idée du caractère de ce souverain plutôt faible qu'inhumain. Avant même que Mohammed-Kœprili prit la direction des affaires , c'est-à-dire trente-trois ans plus tôt, un parti s'agitait déjà pour élever le sultan Suleiman sur le trône. Le souvenir et l'âge de ses fils, dont l'aîné, Mustafa, comptait maintenant vingt-quatre ans , et l'autre, Ahmed, quatorze, l'avaient plusieurs fois conduit à des idées de fratricide, légitimées par le kanun. Durant trente-trois ans il tint l'arme levée sans frapper ; enfin l'événement justifia non pas le kanun , mais les craintes de Mohammed (t).
(1) Relai. di Costanlinopoli . de la bibliothèque impériale et royale. Lamolraye , lome n, p. S50 et suivantes.