‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 127 sur 384 · L1VHE L1X · texte numérisé non relu

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prenant plaisir à contempler la danse voluptueuse d'une belle Tscherkesse , la favorite vit aussitôt dans cette femme une rivale redoutable. Elle chargea un eunuque, renommé pour son talent dans la danse moresque, de saisir le moment où les figures conduiraient la danseuse à l'eitrémité de la terrasse , et de la jeter dans la mer, dont les flots murmuraient au-dessous du kœschk.

L'eunuque en bondissant précipita en effet la malheureuse Tscherkesse dans le Bosphore, et cette chute fut regardée comme un simple accident (1). Sous le grand vesirat d'Ahraed- Kœprili l'influence de Gutnusch fut très-insignifiante; mais après la chute de Kara- Mustafa, elle exerça une action puissante sous l'administration de Kara-lbrahim et de Suleiman , son successeur, exécuté au mépris de la sauvegarde écrite que lui avait donnée le sultan. Ibrahim ni Suleiman n'étaient guerriers; le dernier. Bosnien d'origine, se complaisait à des rédactions de chancellerie , à des projets d'organisation pour les troupes , souvent à des dépêches officielles copiées avec soin ; il y ajoutait des post-scriptum de sa mauvaise écriture , et telle était sa passion pour le style épistolaire qu'on le vit bien des fois mettre onze n douze lettres sous une même enveloppe(2). Le nouveau grand vesir Siawusch, Albanais d'origine , était un ancien esclave affranchi d'Ahmed-Kœprili , sous lequel il était devenu successivement aga des escadrons, général des munitions , gouverneur de Bosnie et de Diarbekr (3). Aussitôt après le détrônementde Mohammed IV il entra dans Constantinople avec l'armée, se rendit pompeusement à Daud-Pascha , et de là se présenta à l'audience du sultan. Jcgen-Osman-Pascha seul craignit de se trouver dans l'enceinte de la capitale ; avec ses lewends il campa dans la plaine de Tscheridschi ; les sipahis s'établirent dans l'hippodrome, non loin du palais de Fasli-Pascha (4). Le kapudan-pascha Miszirlisade-Ibrahim-Pascha , qui venait aussi d'entrer dans le port avec la flotte , vint se

(1) Benetli, |. n, p. 45 et 46.

(2j L'histoire de labibIioth.de Berlin, n" 75, fol.i. (3J llisL des grands vesirs par Osinansade efendi. (h) Itaschid , I. i. fol. \S7.

tom. m.

prosterner aux pieds du nouveau souverai : . Alors s'ouvrit le règne des janitschares effn nés et des turbulents sipahis. A peine arrivés à Constantinople, ils rappelèrent le ki laraga déposé, qui , exilé en Égyptc, n'était encore parvenu qu'à Nicée, le jetèrent dans les Sept-Tours, et lui extorquèrent en outnvingt à trente bourses. Les janitschares campèrent surl'Etmeidan (place à la viande) devant leurs nouvelles casernes, les sipahis sur l'Atmeidan ( place aux chevaux ) , devant la mosquée d'Ahmed 1er. Les premiers avaient pour principal meneur le tschausch Fetwadschi ; le petit Mohammed dirigeait les sipahis. Ce dernier, odieux même aux mutins à cause de ses extorsions , fut jugé , exécuté par eux , et ils traînèrent son cadavre sur l'hippodrome (1). Puis les deux corps réunis demandèrent la tête de l'ex-kaimakam Redscheb, tenu jusque-là entre les deux portes du sérail sous le fer du bourreau , et sa tête roula aussitôt sur le seuil du palais (2) 121 novembre]. Les sipahis exigèrent d'abord le présent d avènement au trône pour eux et pour les janitschares, et réclamèrent en outre le rétablissement de la taxe, ainsi que leur réintégration dans les emplois publics, faveurs accordées si souvent à la révolte, et retirées aussitôt après le retour de l'ordre. Ils arrachèrent au grand vesir non-seulement les woiwodies de Tokat, de Mardin , la dignité d'agades Turkmans, l'administration des mosquées , mais firent donner encore à leurs protégés les places de grand ccuyer et de grand chambellan. Pour arrêter les envahissements de la révolte , la Porte nomma pascha de Dschidda, l'aga des janitschares, Dschadu-Jusuf , qui fut remplacé lui-même par le premier porteur d'armes Dscherad - Mustafa - Pascha , éleva Jcgen-Osman au gouvernement de Rumili , et distribua le présent d'avénement au trône. Un chambellan, Jegen-Ahmed, parent du dernier grand vesir, fut envoyé en France , en Angleterre et en Hollande, avec des lettres de notification de l'élévation du nouveau souverain , et les trois ambassadeurs de ces

(!) Hasrbid, I. i, fol. 138.

(2) Ibidem.

puissances lui donnèrent des fêtes à Conslantinoplc avant son départ.

Après que , par la distribution du présent d 'avènement , les troupes eurent été calmées pour le moment , le sultan se rendit par eau A Ejub pour y ceindre solennellement le sabre, et revint par terre en rentrant par la porte d'Andrinoplc. Son torban étant tombé, des torrents de pluie l'ayant forcé de recouvrir ses vêtements d'un surtout rouge , ces deux circonstances furent regardées comme de sinistres présages (1).

Parvenu à l'âge de quarante-cinq ans , le sultan Sulciman avait su faire reconnaître son humeur belliqueuse, son naturel fier et courageux , ennemi de la mollesse et de la volupté. S'apercevant bientôt que son exécuyer était hors d'état de contenir les emportements des janilschares, il l'éloigna en lui confiant la garde des Dardanelles, et mit à sa place l'ancien segban-baschi Ali-Aga de Charpurt. Les janitscharcs attribuant ces changements défavorables pour eux à l'impulsion du kaimakam Kœprilisade-Mustafa- Pascha, insistèrent sur son changement, et aussitôt il fut envoyé aux Dardanelles. Le mufti Mohammcd-Efendi , qui ne leur plaisait pas, fut déposé, et le chef des émirs Seid-Feisullah le remplaça. Les miliciens indisciplinés destituèrent de leur pleine autorité leur premier lieutenant-général, le kulkiaga Abdullah-Aga , et lui donnèrent pour successeur l'ancien Gscal Ebubekr, qui promettait de leur complaire. L'aga des janitschares, Ali de Charpurt, s'aperçut bien que les troubles ne prendraient pas de fin tant que le principal meneur, le tschausch Fetwadschi, seraiten vie. Abrégeant bien vite le procès , il le poignarda de sa propre main ; mais les janitscharcs furieux entourèrent le cheval de leur aga comme il se rendait à l'Etmcidan pour rétablir l'ordre , l'accablèrent de reproches , et , se jetant sur lui , le mirent en pièces; puis vouant les palais des ministres à la destruction , ils commencent par forcer le sérail du dcftcrdarllusein-Pascha, et livrent l'assaut à celui du grand vesir. Mais là se trouvaient le mufti Feisul-

(l) Tortc Ottomane nouvellement ouverte ,1. 11.

lah, les deux grands juges et le deflerdar, qui les repoussèrent. Alors les rebelles nommèrent pour aga des janitscharcs Hadschi- Ali , l'un de leurs compagnons , assiégèrent dans les formes le palais du grand vesir, contraignirent le mufti et les deux grands juges à en sortir, et Siawusch à remettre le sceau de l'empire. Hadschi-Ali, peu satisfait de ces avantages, continua d'attaquer le palais , voulant arracher la vie du grand vesir en représailles de la mort de Fetwadschi. Aux janitscharcs vint se joindre toute la canaille de la ville : des Juifs et des chrétiens mêmes voulaient prendre part au pillage. Durant la nuit les flots de la multitude se heurtèrent contre les portes du palais du grand vesir, où ils pénétrèrent vers le matin. Siawusch-Pascha voyant que toute évasion lui était impossible, et ne pouvant supporter la profanation du harem dont le peuple s'approchait maintenant, se plaça devant la porte des appartements sacrés, et avec ses agas fit des décharges continuelles sur les assaillants. Plus de cent cinquante de ces misérables tombèrent morts, un aussi grand nombre furent blessés. Siawusch, fidèle à l'honneur du harem jusqu'au dernier soupir, tomba victime de ses sentiments chevaleresques. Alors les hordes de pillards envahirent le harem, qu'ils se partagèrent ; les belles esclaves furent outragées, frappées indignement , puis emportées comme des caisses de marchandises. Les garnitures des fenêtres et des portes , le plomb des gouttières et des coupoles de bains furent arrachés ; on vit la sœur de Siawusch-Pasclia et son épouse, fille de Mohammed-Kœprili, mutilées, les mains et le nez coupés, traînées nues dans les rues de la ville.

Les janitschares eux-mêmes , sensibles à la honte que de pareils crimes faisaient retomber sur leur corps, se rassemblèrent à la porte de l'aga , où leurs chefs , les deux mulasims- baschi, Ahmed et Déliperi, Hadschi-Ali, et l'orta-tschausch Kandildschi, invitèrent le mufti, les grands juges militaires, le juge de Constantinople et le chef des émirs, à vouloir bien se rendre auprès d'eux, espérant, par la présence de ces grands dignitaires, justifier leur conduite et se mettre sous la protection de la loi. Mais comme un instant après des janitscharcs forcèrent et pillèrent

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