‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 140 sur 384 · LIVRE L1X · texte numérisé non relu

LIVRE L1X

renl; trois mille Tatares avec deux mtrzas périrent dans l'action; cinq mirtas restèrent prisonniers [novembre 1694]. Le chan ta tare s'embarqua avec sa suite à Belgrad pour Husdschuk , après avoir été revêtu de kuftans d'honneur, ainsi que ses trois flls. Après ce départ le grand vesir lui-même quitta Belgrad, paya deux quartiers de solde aux troupesàPhilippopolis,etle22décembre, il remit à Andrinople la sainte bannière entre les mains du sultan avec les cérémonies accoutumées. Sur la demande du gouverneur de Belgrad et pour garantir la sécurité des convois, deux palanques furent élevées sur le Danube, lune au-dessus du quartier de Tachtali, à Dobra, l'autre à l'embouchure de l'Ipek, entre Gœgerdscninlik (Golumbacx) et lhram (Rama). Pour ajouter aux forces de la défense du tourniquet de la porte de fer, on enrôla cent cinquante beschluset quatre cents soldats , auxquels on joignit encore cinq cents sipahis volontaires, avec le même nombre de silihdars, et toutes ces troupes furent soumises au commandant de Dobra. Le gouverneur de Belgrad reçut une assignation de trente juks d'aspresde revenus sur les domaines de la couronne, et dans l'AnatoIi furent levés huit nouveaux régiments de sipahis volontaires, chacun de mille hommes. A Andrinople , naquit le 21 octobre, la sultane Aatika ; mais Ahmed sentit la joie de cet événement se changer en tristesse par la mort de sa sœur la sultane Gewher. Un fanatique prêchait dans l'ancienne mosquée à Andrinople qu'il était le niehdi, précurseur du dernier jour; mandé P«r le kaimakam, il s'excusa sur sa folie et aa miset» Le kaimakam le soulagea d'abord en lui donnant des sommes assex importantes ; mais cet homme, étant venu encore tenir les mêmes discours fanatiques dans la mosquée , se flt bannir à Leranos. La sécurité de l'état fut bien plus fortement menacée par l'ancien beglerbeg de Tripoli , Jenli-Husein- Pascha.qui renfermé pourdeux cents bourses qu'il redevait sur les revenus de son gouvernement , puis mis en liberté , mais sans ressources, monta en chaire dans la mosquée du sultan Sélim, à Andrinople, et se mité prêcher le renversement do trône. La foule rassemblée se dispersa aussitôt saisie d'effroi. Le kaimakam le fît saisir avec ses complices

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au nombre de vingt, et tous furent mis à mort. Un astrologue arabe qui n'avait pas de pieds , semblable en ce point à l'un des deux fameux devins qui annoncèrent la venue du prophète Mohammed , et qui, assis sur un char devant la Suleimanije , avait coutume de prédire au peuple toutes sortes d'événements politiques, fut jeté dans la Tundscha avec son char, pour avoir encouragé les espérances des conjurés.

A la guerre l'aspect des choses était plus sombre encore. Une flotte vénitienne avait jeté sur le cap Tschœlmek à Chios des troupes qui occupèrent le faubourg , pointèrent des canoos contre la porte du Disdar , ouvrirent des tranchées près de la porte du Platane , établirent des mortiers près du bain du faubourg, dans la direction du marché aux teinturiers et aux chaudronniers, et foudroyèrent la ville. Déjà elles avaient pris le bastion de sable; des mines furent pratiquées depuis le jardin de Bekir-Pascha jusqu'à la tour des Arabes; l'assaut devait être livré le lendemain. Comme deux mille sept cents boulets avaient été lancés dans la place , que beaucoup de maisons étaient en ruines , que les habitants étaient dans l'épouvante , la sommation des Vénitiens fut accueillie favorablement par le commandant Hasan-Pascha , dont l'ex-mufii Feisullah, banni en ce lieu , apaisa les scrupules de conscience : car le légiste espérait que la remise de Chios aux Vénitiens mettrait fin à son propre exil [21 septembre 1694]. La perte d'une tle si importante alarma la capitale; une vive inquiétude se répandit même dans le camp du grand vesir , et les mesures les plus énergiques furent adoptées pour reprendre ce qui venait d'être enlevé si rapidement. Gendsch- Mohammed-Pascha fut nommé serasker de Tschesme : tous les hommes en état de porter les armes dans les sandschaks de Ssaruchan, Aidin, Mentescbe, Ssughla, Biga , Chudawendkiar, Karasi, Kaftaghi, Kastemuni et Boli, furent convoqués ; l'on enrôla cinq millecinq cents janitschares , l'on nomma des officiers pour commander les janitschares, les segbans, les dschebedschis et les tupeschis; on leva des volontaires. Les ordre* les plus rigoureux enjoignirent à tous les janitschares déjà licenciés, aux invalides, aux soldats affranchis du service , aux bûcherons,

HiSTOlKE DE L'EMPIRE OTTOMAN.

auxtschauschs, aux manœuvres, aux recrues et aux fils de soldats, de se trouver à Tscheschme ; l'on pressa la construction de cent frégates (1). L'ei-mufti Feisul la h, qui revenait à Andrinople, reçut en route Tordre d'aller vivre dans l'exil à Tire. Le commandant deChios, Hasan-Pascha , fut renfermé entre les deux portes du sérail pour être livré au bourreau. Bientôt après, le serasker de Tscheschme fut changé; à la place de Gendsch-Mohammed-Pascha l'on nomma le gouverneur d'Anatoli , et Feisullah , dont la participation à la reddition de Chios était maintenant publique, fut banni dans l'Ile d'Ibrim en Nubie ; son ami , le chef des émirs, Paschmakdschisade-Ali-Efendi , fat envoyé en exil à Kemlik , et le loyal et sincère grand juge Jahja-Efendi à Alep. Le reis-efendi Ebubekr. distingué parles grâces de son style , coupable' seulement de déplaire au grand vesir, perdit sa dignité qu'il lui fallut échanger contre le sandschak d'ilbessan , et fut remplacé par le second beglikdschi (secrétaire du reis-efendi ) Rarai . A Kalïa les esclaves de la galère de Ssolaksade- Ahmed- Pascha avaient tué ce commodore de quatre bâtiments dans la mer Noire. Toutefois ils ne purent s'enfuir comme ils le voulaient avec un bâtiment; les autres capitaines firent sabrer trente de ces misérobles. L'ex-commandant de Chios , Ifasan-Pascha , fut délivré de son horrible prison , et même , à l'étonnement général, on lui confia l'importante place frontière d'Asso* [ 18 décembre lG9i]. En échange le kapudan-pascha Jusuf , sur lequel on fit retomber maintenant la faute de la perte de Chios qu'il n'avait pas secouru , fut déposé, et sa dignité passa au maître du trésor , beau-frère du sultan ; le commandement des Dardanelles fut conféré à Amudschasade-Husein-Pascha. Le serasker de la Moréc, le vieux Chalil , n'ayant pas jugé à propos d'opérer pendant l'hiver, dut céder son poste à Ibrahim-Pascha, commandant de Négrepont, auquel on soumit les beglerbegs et les begs de Ssaruchan, llbessan, Janina , Tirhala , Lepante , Skutari, ainsi que le chef des juruks , ou fantassins irrégu'iers deRumili.

[V KascI.Hl, I. i. fol. Î00.

Le schérif de la Mecque , Saad , fils de Said , confirmé dans cette dignité contrairement aux premières intentions de la Porte , maltraitait si rudement les habitants et les pèlerins, qu'il fallut avoir recours à des mesures violentes contre lui. L'on réunit à l'administration du gouverneur de Damas, Ismail- Pascha, les sandschaks de Jérusalem et de Naplus, et l'on plaça sous ses ordres les troupes de Ghasaet de Dschidde, une partie des sept corps de milices égyptiennes et les hommes du bcglerbeg d'Abyssinie. Avec ces forces il escorta la caravane des pèlerins; à la station de Dscherahi , où le schérif a coutume de venir au-devant de l'émirol-hadsch pour être revêtu du kaftan d'honneur, Saad parut à pied dans une altitude humble et soumise; juis, épouvanté à l'aspect de l'armée dont les rangs s'étendaient sous ses yeux, il s'enfuit sans attendre la cérémonie de la remise du kaftan [ 19 juillet 1C95]. L'émirol-hadsch poursuivit sa route et alla s'arrêter à Aisz, tandis que le sandschakbcg de Dschidde campait à Dschebolmir; dans la nuit fut appelé le schérif Abdullah , fils d'Ifaschim, auquel Ismail conféra la dignité de schérif de la Mecque. Comme il se dirigeait sous l'escorte du pascha sur Besawter, il rencontra Saad et son fils Said avec sept a huit cents fusiliers arabes , auxquels se réunit le fils de l'iman de l'Icmen avec six cents hommes. Un combat s'engagea et dura toute la nuit; le matin les rebelles disparurent; la maison de Said fut livrée au pillage; puis Isin.-.ïl-Pasf ha donna de nouveau l'investiture à Abdullah, l'installa comme chefsuprên,e de tous les schérifs de la Mecque , et l»»ssa le gouverneur de Dschidde, Biiklu-Mohammcd- Pascha, à la garde des saints lieux. A peine l'Arabie était pacifiée, des troubles éclatèrent parmi les états barbaresques ; les flottes d'Alger et de Tripoli assiégèrent Tunis. La Porte envoya des commissaires essayer tous les moyens de persuasion pour ramener ces pirates à l'union ; elle leur fit représenter que les vrais croyants étaient tous frères et devaient se prêter de mutuels secours pour le triomphe de la justice et de la vertu ; qu'il fallait déposer tons leurs ressentiments et réunir toutes leur fon es pour aider à reprendre Chios sur les mécréants. Dschari Mohammed-Pas* ha fut nommé au gnuvernc-

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ment de Tripoli; Omer-Pascha, qui avait jadis administré Moszul, fat envoyé à Alger pour y commander , et il leur fut enjoint expressément de faire tous leurs efforts pour rétablir le calme entre les voisins sur la cote septentrionale d'Afrique [ février 1695 ]. Le présent annuel envoyé à la Mecque fut confié pour l'année suivante aux soins du président de la chambre des comptes ( rusnamedschi-ewwel > SulBkar , jadis plénipotentiaire à Vienne ; en cette occasion le sultan remit pour la maison sacrée une copie du Koran écrite par lui-même.

Deux mesuresfortgraves d'administration intérieure signalèrent le grand vésirat de Surmeli-Ali : le rétablissement de l'usage de tenir le diwan quatre fois par semaine, le dimanche et les trois jours suivants ; la transformation des locations annuelles en fermages viagers. Afin de mettre un terme a toutes les vexations des fermiers , il fut ordonné que, sur toute la surface de l'empire, les fermes comme les villages d'Égypte seraient concédées viagèrement, et que la redevance se paierait tous les ans ; à la mort du concessionnaire les fermes devaient être adjugées aux enchères; mais si leshéritiersdu défunt étaient prêts à verser le prix du bail , ils seraient préférés à tous autres (l).Cesac-

(\) rtascbid. Toi. 203. Mouradjead'Ohtson , liv. mi , p. 9 AS et liv. ii, p. 583 se trompe, en plaçant

tessi importants furent les derniers auxquels Ahmed II donna son approbation; affecté depuis quelque temps d'hydropisie, ce sultan mourut le 6 février 1695. Peut-être sa fin fut hâtée par l'usage de l'eau distillée, que lui recommanda la sagesse médicale du harem. Ahmed était naturellement pensif et mélancolique, enclin à la colère; sa piété seule contenait la violence de ses emportements ; il était calligraphie assez habile , aimait la littérature et la versification, et avait un goût prononcé surtout pour la poésie persane. Pas plus que Suleiman II il ne gouverna par lui-même : parmi les dix grands vesirs qui exercèrent le pouvoir suprême durant les sept années que ces deux sultans occupèrent le trône , le sage et vertueux Mustafa-Kœprili seul s'éleva à la gloire, non par ses talents militaires, mais par sa mort héroïque; non par les combinaisons tortueuses et impitoyables de son père , ni par la politique profonde de son frère , mais par son amour de l'équité et de sages mesures d'administration intérieure , par ses vues si nettes en économie politique, et particulièrement sur la liberté du commerce, par ses dispositions en faveur des chrétiens. Ce sont là des titres à une véritable grandeur pour ce troisième Kœprili, distingué seulement par le surnom de Vertueux.

celte ordonnance au commencement du r^gne de Mnstafa ii.

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