‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 160 sur 384 · LIVRE LXI · texte numérisé non relu

LIVRE LXI

commandé la flottille dn Danube , construisit à Biredschik , avec des bois amenés des montagnes de Meraasch , soixante tschaiks , qui furent placées sous les ordres d'Ali-Pascha, commandant de Baszra. De Bagdad partirent cinquante frégates, trente radeaux portant quinze gros canons de siège , trente fauconneaux , quatre mortiers. Le beglerbeg de Siwas , Mustafa-Pascha . menait l'avant-garde de l'armée, qui se mit en mouvement sous les ordres du serasker à la fin de janvier. Au-dessus de Rumahije , à Suweita, fut livrée une bataille, et les Turcs vainqueurs élevèrent un trophée avec mille létes arabes, dressées en pyramide (29 janvier 1701 ). La renommée, transformant les quarante mille ottomans de Daltaban en une armée de cent cinquante raille hommes, jeta l'épouvante parmi les chefs arabes et consterna surtout lescheich Maani, qui avait alors sous sa tente le chan persan Feredschullah, redevenu son ami. Ils négocièrent par l'entremise du rebelle Abdusch-Chan, scheich de la tribu arabe de Beni-Adam. Afin de prouver la sincérité des intentions de ces chefs pour une réconciliation, Abduscb- Chan se chargea de guider l'armée à travers les marais et les lies vers Baszra , et le chan Feredschullah envoya au serasker les lettres de Daod-Chan interceptées par son neveu. Ainsi Korna se rendit à la première apparition de l'armée ottomane, et Ali-Pascha, nommé au gouvernement de Baszra, resta dans la place soumise en qualité de commandant (25 février 1701 ). Le chan de Baszra, qui était posté avec les troupes persan nés à Kurdelan, en face de Makam-Ali, se retira bien vite, a la nouvelle de la soumission de Korna ; le chan d'Huweise , Feredschullah, vint déposer son hommage devant le serasker dans le camp turc , et aussitôt que l'armée fut parvenue aux approches de Baszra, le juge, le mufti, lesseids, les ulémas s'avancèrent à la rencontre de Daltaban pour le complimenter (10 mars). Ali-Pascha fut solennellement iustallé en qualité de gouverneur de Baszra, et la campagne de Diab, ainsi désignée du nom du canal dont la rupture avait causé tous fes désastres , fut heureusement achevée.

Au reste, cette expédition, qui coûta tant de morts oui Arabes, devint funeste aussi au

pascha de Diarbekr, Mohammed, que Daltaban accusa auprès de la Porte d'avoir favorisé la mutinerie des janitschares ; le petit Hasan rapporta la tête du coupable à Constantinople (1). Jusqu'au grand vésirat du troisième Kœprili, l'émirol-hadsch avait reçu annuellement du trésor de Damas 23,020 piastres pour les distribuer parmi les tribus du désert situé entre la Syrie et l'Arabie, les Beni-Maamur, Wahidan, Ssamar, Ghasa et autres. Depuis vingt ans, 20,73V piastres étaient réparties périodiquement dans ces mêmes tribus, et tout récemment la somme, moyennant laquelle était achetée la sécurité des caravanes de pèlerins contre les attaques des Arabes du désert, avait été portée à 111,000 piastres. Troublé par son avarice , le schérif de la Mecque venait de réduire ce chiffre et même le nombre des troupes qui escortait les caravanes. Le dernier émirol-hadsch Ahmed- Pascha, fils de Ssalih-Pascha, qui était venu à Andrinople sans autorisation, pour faire des représentations sur la mesure d'économie du schérif, avait été aussitôt mis à mort. 11 eut pour successeur Mohammed- Pascha, surnommé Abu-Kauk ou le Père du turban. La caravane placée sous la conduite de ce dernier fnt pillée par les Arabes dont on avait diminué le présent annuel, et Abu-Kauk, dépouillé à cause de cet échec de sa dignité de pascha, futbanni dans sa métairie d'Amasia. L'avant-dernier Émirol-hadsch , Hasan- Pascha, auquel on avait imputé en partie le pillage de la caravane, fut condamné d'abord au bannissement, puis è la mort. De plus grands soins furent donc apportés cette année et la suivante à l'expédition de la Surre pour la Mecque. Cet envoi se fait ordinairement dans les premiers jours de Redscheb : le kislaraga tient le diwan auquel assistent les administrateurs des mosquées impériales, les inspecteurs des fondations pieuses, les chefs de la chancellerie des comptes et des chancelleries des fermages de la Mecque et deMédine, les chambellans, le nischandschi , le defterdar , le reis-efendi. La Surre est chargée sur des mulets, et le chameau

(1) Haschid, 1. i, fol. 158-159. Defterdar fol.

qui doit l'apporter ensuite à la Mecque est conduit en grande pompe hors du sérail magnifiquement harnaché. Le reis-efendi rédige sa lettre d'envoi au schérif de la Mecque , le deflerdar dresse l'état de la Surre et le nischaodschi la marque au chiffre du sultan. L'on forme en tout dix registres qui sont déposés dans les caisses avec les présents. Le kislaraga remet la Surre au grand écuyer, qui la délivre enfin à l'émirolhadsrh ; cinq cents pauvres sont nourris aux dépens du sultan , et le chameau sacré se met en marche précédé par les baltadschis du palais. Le présent comprend ordinairement plus de 5 à 6,000 ducats pour les pauvres de la Mecque et de Médine. Le kislaraga , comme inspecteur en chef de la Surre et des fondations pieuses de la Mecque prélevait ordinairement cette offrande sur les revenus des établissements confiés à ses soins, et l'argent était déposé dans la chambre de l'inspecteur des appartements dans une caisse particulière. Durant la dernière campagne de Candie , et tandis que la cour était à Larissa , la Surre tirée des revenus des fondations pieuses du Kaire et de Dschirdsche, fut livrée à Constantinople , et en échange on donna pour la plus grande partie des assignations sur le trésor égyptien , de sorte que les sommes réunies dans la caisse sacrée ne s'élevait pas au-delà de 25,000 piastres; le reste était à prendre sur le trésor d'Egypte. Maintenant l'envoi annuel fut grossi par une somme de 3,300 piastres qui dut être fournie par rÉgypte pour subvenir aux frais des fête» de la naissance et de la mission du prophète nouvellement instituées par le sultan , et qui devaient être célébrées régulièrement, la première le 10 Rebiul-Ewwel , la seconde dans la nuit du 17 de Ramadan. D'autres dépenses furent encore exigées pour le renouvellement de la couverture de la Kaaba et l'encadrement à neuf de la pierre sacrée qui porte l'empreinte du pied d'Abraham, et que l'on croit tombée du ciel, ainsi que la pierre noire de la Kaaba. La vieille chasse d'argent remplie de terre pétrie avec l'eau de la fontaine sainte de Semsem fut rapportée, à la grande joie du sultan, par le commissaire lbrahim- Efendi. La piété de Mustafa II ne s'arrêta pas aux lieux sacrés de la Mecque ; il fonda

encore dans la mosquée des Ben-Ommeijéà Damas un revenu pour assurer la fourniture d'un grand cierge de camphre au tombeau qui renferme la tête de saint Jean. Tout récemment le sandschakbeg de Dschidda, Saleiman-Pascha, avait été nommé émirolhadsch ; mais on lui conféra simplement le titre de scheich de la Mecque , et Arslan, pascha de Tripoli en Syrie, fut chargé de conduire la caravane. Le schérif de la Mecque , Saad , qui avec son frère Ahmed avait si long-temps dirigé les affaires en ce pays, renonça maintenant à sa place en faveur de son fils Saïd , qui en effet lui succéda. Immédiatement avant sa retraite il avait enlevé les lettres de créance et les présents dont était chargé un envoyé de l'imam au sultan, et qui revenait d'Andrinople à la Mecque avec 1,000 piastres. Trois autres schérifs de la Mecque, qui se trouvaient au Kaire, Ahmed, fils de Chalil, Abdallah, 61s de Haschim, et Jahja, fils de Bérékiat, furent mandés à Constantinople, où les deux premiers moururent bientôt après leur arrivée; le troisième obtint la permission de retourner au Kaire. C'est ainsi que pour le moment se trouvèrent réglées les difficultés relatives à la caravane des pèlerins, a la Surre et au sanctuaire de la Mecque.

En Égypte le gouverneur Husein-Pascha avait été remplacé par Kara-Mohammed- Pascha, kiaja de son prédécesseur Ismail; toujours en lutte avec les tribus arabes delà Uaute-Égypte , il avait fort mal administré la province. Sur les quarante mille erdebs de blé que les gouverneurs d'Égypte sont obligés de livrer annuellement à la Mecque, il n'en avait livré que six mille ; il redevait 944 bourses égyptiennes au trésor, et 12.879 aspres aux troupes pour arriéré de solde. De plus il avait engagé pour huit années entières les domaines dont les revenus fournissaient le traitement des paschas gouverneurs. Le nouveau gouverneur reçut ordre de faire rentrer les arrérages, et pour qu'il pût ressaisir les produits des domaines affectés à la solde du pascha , et aliénés par son prédécesseur, un chatti-schérif l'investit du gouvernement pour cinq années. Husein et son kiaja furent enfermés, le premier dans le kœschk de Jusuf, le second dans la maison des tourments. Kara-Mohammed, qui précé-

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