‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 159 sur 384 · LIVRE LXI · texte numérisé non relu

LIVRE LXI

devanciers, les deux de La Haye, père et Gis, les sieurs de Nointel et de Guilleragues. Brave comme son épée , qu'il ne voulait pas se laisser prendre, le sieur de Ferriol, avant d'être ambassadeur, avait pris part à sept campagnes des Turcs, comme commissaire français aaprès de Tœkœli , et se comporta vaillamment dans le camp du sultan et du grand vesir, sans pourtant se mettre au courant des usages et des mœurs des ottomans.

Les envoyés anglais savaient mieux alors comprendre la. conduite à tenir avec les ministres de la Porte. Quand le chevalier Sutton succéda à l'ambassadeur anglais Paget, médiateur de la paix de Carlowicz, le sultan daigna lui adresser lui-même la parole, comme jadis Suleiman avait honoré Pagct d'une réponse : « Les Anglais , dit-il , sont nos bons «t anciens amis, et en toute occasion nous leur donnerons des preuves que nous avons les mômes sentiments envers eux. Nous nous efforcerons surtout de témoigner à votre roi notre reconnaissance pour sa médiation bienveillante et la confiance que nous plaçons en son amitié (1)» [1702].

Maintenant il nous reste à examiner les relations de la Porte avec les puissances asiatiques et musulmanes , et aussi avec Raguse ; car cet état, quoique rattaché à la religion chrétienne et situé en Europe, en restant sous le protectorat turc a mérité la flétrissure du proverbe accrédité dans le Levant, qui représente les Ragusains comme n'ayant ni sexe, ni pays, ni foi. Du tribut de 12,500 ducats, arriéré depuis plusieurs années, Kaguse n'avait payé, sept ans auparavant, que quatre-vingt-cinq bourses, et depuis ce temps, pendant la durée de la guerre , elle n'avait rien fourni. Mais, maintenant que la paix de Carlowicz mettait la Porte en possession de moyens de coercition , le chambellan Muesin-Mustafa partit avec les députés envoyés de Raguse pour lever le tribut (2) [juin 1700]. L'ambassade

(i; Raschicî, I. i, fol. î6t. Lamotraye, I. r, p. 39t. Descririone compendioM historiés di quanto più curioso è seguito neU* anno 1704»

(S) Rwchid, f»f. SIS.

de Guriel rencontra plus tard un bien triste accueil; les personnes qui la composaient furent jetées dans le château asiatique des Dardanelles, parce que , au lieu de tribut, elles avaient offert en présents quatre hommes et quatre femmes esclaves (1). Mohammed-Pascha, qui avait été chargé de porter en Perse la nouvelle de la paix de Carlowicz , était revenu avec une réponse écrite du schah et du chan des chans au sultan et au grand vesir. Il avait été reçu sur les rives de TArpatschai, qui servait alors de limite entre la Perse et la Turquie, par un mihmandar et deux cents cavaliers , et mené à Iszfahan par Eriwan-Nachdschiwan, Tebris, Sultania , Kum , Kas-Chan. Durant un séjour de quatre mois dans la capitale , il avait vu trois fois le schah , et avait été congédié avec de riches présents en or et en tapis. Peut-être avait-il eu une mission secrète au sujet de l'ancien gouverneur de Bagdad , Ismaïl-Pascha , qui , déposé par le grand vesir IIusein-Kœprili , et nommé au commandement de Wan, ne croyant pas sa tête en sûreté , avait quitté sa résidence pendant la nuit et s'était enfui en Perse, où il mourut l'année suivante. Après le retour de Kara-Mohammed- Pascha, parut, un peu avant la destitution du grand vesir Husein- Kœprili , un messager porteur d'une lettre de la part du chan des chans Mirsa-Moharamed-Mumin -Chan, qui demandait pour les prédicateurs persans la permission de se fixer près des tombeaux d'Ali et d'Uusein, et l'autorisation de reconstruire aux frais de la Perse les dômes qui recouvraient ces restes sacrés. Les présents adressés au grand vesir étaient offerts selon le nombre cher aux Tatares ; c'étaient neuf nappes brodées d'or, neuf chêles , neuf pièces du satin peluché, neuf pièces de velours, neuf pièces de coton ouvragé , neuf pièces de coton tissu 6imple, neuf pièces de satin de Tebris, neuf bezoards. De son côté le grand vesir remit au messager pour le chan des cliaris trois housses de sofas de Tunis, avec des broderies rouges ; trois autres de même couleur garnies de franges; un manteau rouge de pèlerin,

(1) Raichid, toi. 289.

fabriqué à Tunis; quatre housses de sofas de Chios, à fond blanc , avec le sceau de Salomon brodé en ronge ; plus une grande tente de Mardin dont le fond était rouge et violet ; trois tapis de Kandilli , fond bleu , avec des bords brodés en soie verte ; trois arcs égyptiens dorés et sculptés ; une pendule montée en argent; une lunette à longue vue , dorée ; trois chevaux de course et deux étalons de race.

La réponse de Kœprili , écrite dans les termes d'une entière bienveillance , contenait l'assurance que les pèlerins persans pourraient désormais visiter les tombeaux des deux imams el compter sur la même protection qu'à la Mecque ; mais il y avait cette réserve , qu'il ne pouvait être question ni de leur séjour continu en ces lieux , ni de la réparation des saints édifices aux frais des Persans ; la paix garantissant la tranquillité intérieure , on s'occuperait maintenant de ce soin. C'est dans le même esprit que fut dictée la réponse i deux lettres du souverain de Fez et de Maroc, Muley-Ismaïl, alors en état d'hostilité avec Alger : a La paix étant rétablie, la prospérité des provinces et le bien-être des sujets serait le premier objet de la Porte. » En effet, c'était une nécessité que la cessation des hostilités avec les puissances étrangères , avec la Russie , l'Autriche , la Pologne , Venise et la Perse ; car l'empire était déchiré au dedans ; des troubles éclataient sur la frontière de Perse, à Baszra, à Tripoli , en Nubie, en Égypte, à Tripoli , sur la côte d'Afrique et en Krimée.

Au-dessous des ruines de Babylone et des lieux saints visités par les pèlerins mahométans , surtout par les Persans, sur les rives de l'Euphrate , est situé le village de Rumahije ; à quatre lieues à l'est, la langue de terre entre l'Euphrate et le Tigre est coupée par un canal qui va joindre ce dernier fleuve : c'est le canal de Diab. A partir de Rumahije, l'Euphrate arrose les districts de Chaled, Kische , Semewat , Beni-Malek . Haske , Aardschije , se dirigeant vers Karna , où il se réunit an Tigre, et roule ses flots ainsi grossis du côté de Baszra , sous le nom de grand Schatt. Depuis environ trente années les digues à l'embouchure de ce canal avaient été entièrement négligées, en sorte que l'Euphrate., faisant une irruption vio-

lente dans le canal , inonda les terrains intermédiaires , et les convertit en un vaste marais appelé Hor-Selame , d'où ses eauv gagnèrent ensuite leur ancien lit et coulèrent du côté de Semewat. Ce désastre interrompit toutes les relations commerciales et toute agriculture , et les sujets hors d'état de payer les impôts réclamés par les gouverneurs s'enfuirent des villages dans les roseaux et dans les lies qui s'élevaient de la surface du marais. Un certain Abbasoghli se mit en possession des fermes de Rumahije, Kische, Haske et Beni-Malik, même des produits du tombeau d'AH , et les troupes envoyées contre-lui de Bagdad ne purent l'expulser. Aux alentours de Baszra, le chef rebelle de la tribu de Montefik , le fameux scheich Maani s'empara des revenus d'Aaradschije et de Semewat; un autre rebelle, Abbas-Anuri , ravagea le pays entre l'Euphrate et le Tigre . aux environs de Kods, Ssolbona , Sib , Abade, Baschije etHurije, et le brigand Selman assiégea Nedschef. Sous ces chefs, qui bravèrent tous les efforts des gouverneurs de Bagdad , plus de cent mille Arabes se réunirent en armes , et à Dorak , à l'orient de Baszra, se postèrent quarante mille Persans sur l'appui desquels comptaient les rebelles, et surtout le chan persan de Baszra. Quoique jadis le chan persan Feredschullah , pour arracher au scheich Maani la possession de Baszra, eût envoyé les clefs de la ville à Constantinople par l'avantdernier ambassadeur de Perse, Abulmaszum- Chan , Baszra était pourtant encore entre les mains de Daud-Chan, nommé par le schah gouverneur à la place de Feredschullah.

Pour étouffer la rébellion maintenant si menaçante, le nouveau gouverneur de Bagdad, Daltaban-Mustafa , réunit comme serasker sous ses drapeaux les troupes du gouvernement de Diarbekr commandées par les begs kurdes de Pain, Egil, Tschermuk, Pschcble,Mehran, Chasu, D>chesire, Amadia, les troupes feudalaires de Moszul, Schchrsor, Siwas, Amasia, Meraasch, Biredschik, Kararoan, les janitschares de Bagdad, et les lewends dont il apaisa la mutinerie avec de l'argent, et enrôla des sipahis et des silihdars volontaires dans le canton de Siwas et de Tokat. Mohammed-Pascha-Aschdschisade, qui dans les dernières guerres avait

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