‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 177 sur 384 · LXII · texte numérisé non relu

LXII

avis secrets sur le mouvement tenté par les rebelles.

Ainsi raffermi sur son trône, le sultan reçut d'autant plus gracieusement les félicitations de l'ambassadeur persan, Murtesa- Kuli-Chan, commandant de Nachdschiwan , d'un envoyé usbeg et du bayle procurateur Kuzzini. Le député de Raguse , chargé de présenter 12,000 ducats pour le tribut de trois années , parut en môme temps que l'internonce autrichien, envoyé extraordinaire, Quarient de Rail, qui vint notifier l'avénement de Joseph I,r au trône impérial , et fortifier le maintien de la paix. A son entrée dans la capitale, l'ambassadeur impérial ne put se faire précéder de trompettes ; on lui refusa cette musique sous prétexte que la Porte était en deuil pour deux princes morts tout récemment. 11 fit instituer une commission pour régler des différends relatifs à l'enlèvement d'un vaisseau dans le port de Durazzo, à la spoliation de marchands turcs à Kecskemet , et à la construction des tschardaks sur la frontière ; néanmoins ces points ne furent accommodés que trois ans après, au moyen d'un acte formel arrêté entre le baron de Nehemb et le pastha de Relgrad. L'activité diplomatique de Quarient fut dirigée principalement contre les manœuvres de l'infatigable Ferriol , qui se donnait beaucoup de mouvement en faveur de Rakoczy et prétait tout l'appui possible aux rebelles hongrois auprès de la Porte. Afin de gagner les ministres et le sultan à ses idées , Ferriol avait composé et fait traduire en turc trois espèces de mémoires en forme de dialogues, qui parvinrent au sultan par l'entremise du mufti et du kislaraga. Ces entretiens politiques entre un Persan, Ali, et un Turc, Mirsa, jetaient dublAme sur la politique indécise du grand vesir , qui avait tous les vices sans posséder aucune vertu , et ils s'attaquaient aussi à la Hollande et à l'Angleterre. Quarient entretenait des espions chez Ferriol et jusque dans le harem du ministre de l'intérieur ; il était informé des moindres circonstances. Ferriol soutenait de toutes ses forces les députés de Rakoczy, Papay et Horvath, qui, arrivés quatre mois avant Quarient , avec le missionnaire protestant Sculontai , avaient été logés dans le faubourg de Balata, le plus sale

de Constanti nople , qui était jadis affecté aux dépotés transylvaniens. A l'audience ils ne se montrèrent pas avec le costume magyare, et parurent vôtus à la turque. Ils avaient apporté pour le grand vesir 10,000 ducats et deux lingots d'or fin , pour le kiaja 3,000 ducats, pour le kislaraga de la Validé de l'or en barre ; ils présentèrent un mémoire dirigé non-seulement contre l'empereur mais encore contre le prince de Valachie et contre le cxar , qu'ils accusaient de vouloir assujettir la Suède et la Pologne. Le reis-efendi , alors le savant persan Ebubekr- Efendi , qui avait assisté au siège de Vienne et avait appris à connaître les rebelles hongrois , ne leur était pas aussi favorable que se montra plus tard son successeur, le turbulent Abdulkerim. Celui-ci appuya de son crédit la mission du renégat Ahmed ( le Modénois Galoppo), qui savait l'allemand, le hongrois et le turc, et qui avait dirigé comme ingénieur les travaux de construction de Jenikalaa dans le canal de Taman ; il protégea également les manœuvres de l'agent français Desalleurs , qui fut envoyé avec des subsides de France auprès de Kakoczy, pour remplir auprès de ce prince les fonctions de commissaire français. L'année suivante, des Hongrois apportèrent des lettres de Rakoczy,qui promettait au grand vesir quarante-cinq livres d'or , au kiaja dix , au mufti 1,000 ducats, et autant à Maurocordato , et annonçait que la diète d'Onod avait déclaré l'interrègne et abjuré l'obéissance envers l'empereur , que le roi de Suède avait pris les protestants sous sa protection , et que Rakoczi avait été proclamé prince de Transylvanie (1).

Malgré l'attitude inquiète de la Porte envers la Russie , les précautions , les mesures de défense réciproque prises par les deux puissances , elles en vinrent enfin à une fixation définitive des limites de leurs territoires {octobre 1705]. Mais ce fut après de longs débats; car les commissaires russes prétendaient absolument prendre le Bog pour ligne de séparation , et les Turcs ne voulaient pas s'écarter du Dnieper (2). La surveillance de

(1) Rapport de Talman. Lamotraye, liv. i. p. 383.

(ï) Rapport de Talman, de 1704.

la Porte n'avait pas moins d'activité. (Joe flotte de galères entrait régulièrement ou printemps dans la mer Noire pour aller observer les travaux des forteresses élevées par les Russes sur les frontières. Vers ce temps arriva l'envoyé polonais Gurskt ; sans avoir de négociations précises à suivre, il était chargé de fortifier les relations d'amitié de la Porte avec le roi Auguste et la République (1). L'ambassadeur français, suivant les errements de la politique de Louis XIV, soutenait à la fois les protestants comme rebelles de Hongrie, et les jésuites , champions actifs du catholicisme en Turquie. Entraîné par ces pères , il fit saisir à Chios le patriarche Avedlck , qui, après avoir été porté à sa dignité par les jésuites mêmes, grâce à des promesses de protection pour les catholiques, s'était montré ensuite leur ennemi le plus ardent , le persécuteur le plus acharné- Le Grec perfide, embarqué sur un bâtiment de guerre français , fut emmené en France , où il fut retenu dans une prison secrète, et d'où il ne revint jamais. Cet enlèvement, tant qu'Ali tint la direction suprême des aflaires.fut une cause continuelle de débats entre lui et Ferriol ; car toujours le grand vesir réclamait Avedick, et l'ambassadeur français ne se lassait pas de nier tonte participation à cet acte de violence. An reste, la disparition d' Avedick eut pour conséquences immédiates de nouvelles persécutions contre les Arméniens catholiques, et des mesures rigoureuses contre les jésuites. Ceux-ci , qui avaient jadis poursuivi le patriarche grec à Constantinople à cause de l'établissement d'une imprimerie , forent persécutés à leur tour pour avoir fait jouer des presses qui répandaient, sous la protection de Ferriol , des libelles contre le patriarche et les Arméniens non catholiques. Le grand vesir fit surveiller la maison des jésuites, et arrêter tous les Arméniens qui entraient ou sortaient. Soixante de ces prisonniers furent jetés au bagne ou sur des galères.

Les deux patriarches arméniens de Constantinople et de Jérusalem, qui avaient permis aux jésuites de prêcher leur culte ,

(!) Rapport du même, de l'année i 707.

Page 1