‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 185 sur 384 · LIVRE LXII · texte numérisé non relu

LIVRE LXII

ses gardes do corps et la musique militaire, les vesirs de la coupole et les autres à la tête de leurs troupes ; les gouverneurs formaient l'arrière-garde avec leurs feudataires (1). L'armée s'était avancée ainsi d'Isakdschi vers la plaine de Kartal, et déjà elle était parve-< nue dans la Moldavie jusqu'aux environs de Faltschi , quand on apprit que le czar, ayant franchi le Pruth près de Cecora, se trouvait dansle voisinage de Faltschi, et que Scheremetoff faisait mine de vouloir défendre le passage de la rivière. Dix mille Tatarcs trar versèrent les flots à la nage ; quatre ponts établis dans la nuit transportèrent l'armée ottomane; les Russes n'étaient pas en état de lui tenir tète, parce que les généraux Rhenne et Jonas avaient disséminé des troupes nombreuses dans la Moldavie et la Valachie. Le czar s'était retranché entre le Pruth et les marais; il fit attaquer les Turcs qui avaient passé le Pruth [ 28 juillet ], mais les Russes furent battus , et le chan leur ayant coupé la retraite (2) , il n'y avait plus de voie de salut : des masses impénétrables d'ottomans fermaient toutes les issues aux Russes, que la famine allait dévorer. Alors Catherine , en ce moment le bon génie de Pierre et de la Russie , releva le courage abattu de son époux, réunit tout l'or et tous les bijoux qu'elle put se procurer pour acheter son évasion. Scheremetoff écrivit au grand vesir pour lui proposer la paix , et le chancelier Schafflrof se transporta dans le camp ottoman avec les dépêches et les présents de Catherine , qui valaient à peine 200,000 roubles. Il s'adressa d'abord au kiaja du grand vesir. qui avait été l'instrument le plus actif de sa seconde élévation, et en conséquence exerçait sur lui une très-grande influence. Ces deux dignitaires se partagèrent les offrandes de la czarine; toutefois, si Baltadse tu-Mohammed se laissa dominer par les conseils du kiaja , il put bien aussi céder à son inclination naturelle pour la paix et à la satisfaction de faire obtenir à la Porte les conditions les plus avantageuses : il accéda donc aux demandes du czar, malgré les représen-

(1) Lamolrayc , |. 1 1 p. 8.

(2) Rascbid. 1. n , fol. 37. Lanotraye, 1. u. Gordon. Voltaire, hist. de Pierre 1. Journal de Pierre. Rapport de Poniatowski , dans Lamolrajc.

talions de Poniatowski , qui assistait aui négociations au nom du roi de Suède , et en dépit des efforts du chan tatare, désespéré de voir ainsi sacrifler les intérêts de l'empire ottoman (1). Vainement Dewlet-Girai réclama un tribut de 40,000 ducats à son profit ; il ne put obtenir non plus l'extradition de Can ternir , dont la défection , au momeut où l'armée passait le Pruth près de Faltschi , avait déterminé aussitôt le rappel de son prédécesseur, Nicolas Maurocordato , dans la dignité

Srincière de la Moldavie (2). Le secrétaire 'état Omer-Efendi rédigea les préliminaires du traité si humiliant pour la Russie : Aszow et ses dépendances devaient être restitués à la Porte; Kamienska, Ssamara, Tighan , rasés; l'artillerie livrée aux Turcs; la Russie renonçait à s'immiscer dans les affaires des Cosaques Zaporogues. A l'exception des marchands, aucun représentant de la Russie ne pourrait séjourner à Constantinople. Tous les prisonniers seraient rendus à la Sublime Porte ; aucun empêchement ne serait apporté au retour du roi de Suède dans ses états, car il s'était mis à l'ombre de la protection de la Sublime Porte. Si le czar et le roi pouvaient s'entendre , il leur était recommandé défaire la paix. Les sujets des deux puissances contractantes seraient garantis de part et d'autre de toute vexation. Le grand vesir, usant de sa pleine autorité , consacrait cet acte dans l'espoir que la clémence du très-glorieux , très-grand et très-miséricordieux padischah lui ferait fermer les yeux sur l'audacieuse conduite passée des Russes, dans la confiance de leur fidélité à exécuter les conditions arrêtées. Après la signature du traité, rien ne s'opposerait à la retraite du czar qui donnerait en Auges son conseiller intime le chancelier baron Pierre Schaffiroff et Petrovich Michel Scheremetoff; après l'accomplissement des engagements pris par leur maître, ces deux seigneurs pourraient immédiatement regagner la Russie (3) [22 juillet 1711]. Ce traité si humiliant pour la Russie fut encore bien plus contraire aux intérêts de la Porte et à sa gloire , si l'on considère l'état des choses au* moment où il était imposé.

(I) Rascbid, I. n, fol. 87, d'accord avec Voltaire dans l'Histoire de Charles xu.

I») Rascbid, 1. u, fol. 87— (S) Ibid.

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