‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 200 sur 384 · LIVRE LXIII · texte numérisé non relu

LIVRE LXIII

encore, alors que les négociations étaient bien engagées , le nouveau grand vesir Ibrahim , qui du coté des Turcs soufflait toutes les pensées pacifiques, écrivit à Rakoczy qu'il eût à rester à Andrinople jusqu'à ce qoela paix fût décidée, et que l'ambassadeur d'Espagne, dont on lui avait annoncé 4'arrivée , pouvait s'en retourner (1) .

Dans le moment où le saltan donnait à Rakoczy des assurances si encourageantes , les ministres turcs en conseil décidaient qu'il fallait accueillir les offres de médiation de l'Angleterre et de la Hollande; le grand vesir écrivit à Eugène pour lui annoncer la nomination des plénipotentiaires turcs : c'étaient l'ancien nischandschi , le silihdar actuel, Ibrahim, et le fils de Suleiman-Aga, Mohammed-Efendi, inspecteur de l'artillerie, qui était surnommé Jigirmi-Sekis-Tschelebi ou le jeune seigneur de vingt-huit ans. Le premier fut élevé au rang de second defterdar , Ibrahim à celui de troisième defterdar. Dans la dépêche du grand vesir, l'orgueil ottoman ne pouvait consentir à l'aveu que la première insinuation , faite par le serdar de Belgrad , eût été connue de la Sublime Porte; au reste, Ibrahim laissait à Eugène la faculté de fixer le lieu du congrès. Le prince proposa une Ile du Danube et indiqua , pour la résidence des ministres otto mans, Feth islam, pour celle des négociateurs autrichiens , Cornez en Valachie , en deçà de l'Ait. La cour impériale nomma pour ses fondés de pouvoir le comte Wirmond et le sieur de Talman , ancien résident près de la Porte [ 18 février ] ; et , sur une seconde lettre du grand vesir annonçant que l'hospodar de Valachie , Jean Maurocordato, avait été adjoint aux plénipotentiaires turcs, le prince Eugène répondit que Wirmond était prêt à partir, que la conclusion de la trêve était réservée au congrès, mais qu'il fallait comprendre dans le traité Venise, dont le grand vesir ne disait pas un mot ; que c'était là une condition préalable absolue. A Vienne , les ministres désignés par l'empereur pour négocier entrèrent en conférence

(I) Traductioo de la lettre du grand vesir Ibrahim paseba , gendre et favori . à Rakociy , donnée à Sofia, le S Khabaon, ( 4 jnillet, 1718. ] SU-R.

avec le cavalière G ri ma ni , ambassadeur de Venise près la cour impériale , et le cavalière Ruzzini , nommé par la république pour suivre les négociations [ 15 avril ]. Venise désirant obtenir plus que l'état actuel de possession, les ministres impériaux insistèrent auprès des représentants de la république sur l'ordre du grand vesir au kapudan-pascha, trouvé dans la chancellerie militaire turque saisie à Belgrad , qui enjoignait la levée du siège de Corfou, a cause de la défaite de Peterwardein. Corfou avait donc été conservé à la république par le triomphe des armes impériales, et c'était là un adoucissement à la perte de la Morée. Les ministres médiateurs furent, du côté de l'Angleterre, sir Robert Sutton , du côté de la Hollande , le comte Colyer , malgré les objections du prince Eugène contre ce dernier diplomate ; au moins la cour impériale exigea expressément que toute liaison fut interdite à Colyer avec la Russie (1). A la fin d'avril, le comte Wirmond et le cavalière procuratore , Ruzzini , partirent de Vienne ; ce dernier était accompagné de Vendramino Bianchi, nommé par la république secrétaire du congrès dont il a été l'historien (2). Comme on avait, sur la proposition de la Porte, adopté pour point de réunion Paszarowicz ( en servien Poszarowacz ) , sur la rive gauche de la Morawa , à quelques lieues du confluent de cette rivière avec le Danube , deux commissaires, l'un autrichien, l'autre turc, allèrent reconnaître et disposer les lieux ; les plénipotentiaires turcs s'établirent près du village de Costelliza.à une lieue de Paszarowicz, où furent établis les logements des négociateurs impériaux. Le 1er mai 1718, Wirmond et Talman partirent de Belgrad pour Paszarowicz , suivis de Ruzzini et de Sutton ; de leur côté les plénipotentiaires turcs se mirent en route avec Colyer; et l'ex-defterdar Mustafa-Pascha, maintenant commandant de Narda , qui, après la reddition de Belgrad, avait fait les premières ouvertures de paix , eut mission de se rendre à Fethislam, aiui d'être à portée de prêter ses services en cas

(1) Dam la StcR.

(2) Hutorica relaiioae delta pace di Passai otitz. Veneiia 1718. p. 47.

de nécessité, puisqu'il était au courant des négociations dès leur origine. A peine en possession du pouvoir, le nouveau grand vesir avait appelé à Andrinople, en qualité de kaimakam de rétrier , le gouverneur de Kakka , Ali Pascha , Gis du grand vesir mis à mort, Kara-Mustafa. Malgré toutes ces dispositions pacifiques , les préparatifs militaires ne furent pas négligés : des courriers expédiés de tous côtés pressèrent la réunion des troupes; le grand vesir reçut la sainte bannière des mains du sultan, et, après quelques jours passés dans la plaine de Kernal près d'Andrinople, se mit en marche vers Sofia [6 juin]. Au même moment , Eugène se rendait à Semlin , accomgné du prince électoral de Bavière , du frère de ce prince, du duc Ferdinand, du duc de Saxc-YVeiszenfels, du palatin deSuIsbacbet de plusieurs princes; un aga alla le complimenter de la part du grand vesir. A Andrinople arrivèrent les gouverneurs de Diarbekr, Alep, Konia, Adana, avec leurs troupes ; ce dernier, qui avait à répondre sur beaucoup d'actes d'iniquités, prit la fuite.

Tout le mois de mai s'écoula sans que s'ouvrissent les négociations à Paszaro-wicz, parce que les pouvoirs des ministres turcs n'étaient pas suffisants; car on n'y avait pas compris la république de Venise , sur laquelle on s'exprimait en termes offensants en lui reprochant des provocations à la guerre (1). EnOn arriva aussi le troisième plénipotentiaire impérial, qui pourtant ne devait pas traiter de la paix de concert avec Wirmond et Talman , et n'avait d'autre mission que de négocier un traité de commerce : c'était Fleischmann, l'ancien résident près de la Porte, qui n'avait eu la liberté de retourner à Vienue qu'après la bataille de Peterwardein (2).

Le jour fixé pour la première conférence, les plénipotentiaires, escortés par des gardes d'honneur au nombre de sept à huit cents de chaque côté , s'avancèrent à pas comptés pour entrer au même moment sous la tente destinée aux séances; ils descendirent de cheval et allèrent occuper leurs sièges , agis-

fi) Bianchi, p. 59 et 00. Rasclnd, 1. m . fol. 9. (2) llitl. de la guerre de Hongrie, p. 99.

sant ainsi d'ensemble, et gardèrent tous le silence jusqu'à ce que le plénipotentiaire anglais Sutton ouvrit le congrès au nom des puissances médiatrices [ 5 juin 1718]. Le principe de l'état actuel de possession était déjà contenu dans les pleins pouvoirs, et les plénipotentiaires turcs reconnurent par écrit pour la Porte l'obligation d'indemniser la république de Venise par restitution ou échauge. Ces ministres auraient voulu que l'on proclamât préalablement un armistice général; mais les impériaux firent observer que cette précaution devenait inutile dans l'empressement à conclure la paix; et la demande de ceux-ci , relativement à l'extradition des rebelles hongrois , Rakoczy , Bercseny, Antoine Esteruazy, Forgacs, Adam Vai et Czaki , fournit matière à uu rapport des Turcs à leur gouvernement. Quand, dans la seconde conférence, les plénipotentiaires impériaux voulurent étendre à toute la Servie l'état de possession actuelle , et faire considérer Nissa et Widdin comme des annexes de Belgrad, les Turcs accueillirent fort mal cette prétention [ 7 juin ] , et les médiateurs écrivirent à Eugène, qui venait de se rendre à Belgrad afin de pouvoir imprimer une direction plus rapide, soit aux négociations pacifiques , soit aux opérations militaires. Sa présence en ces lieux rendit les Turcs plus accommodants : dans la troisième réunion , il fot convenu que l'on attendrait d'Andrinople la réponse sur la question relative à la Servie [15 juin]. Nulle difficulté ne s'éleva sur les conquêtes faites en Bosnie entre la Drina et l'Unna, et l'on fixa au lendemain la première conférence avec le plénipotentiaire vénitien. Cette fois la séance fut encore ouverte par le médiateur anglais [ 16 juin ]. Après l'adoption pour Venise de l'état présent de possession et du principe de l'indemnité, Huzzini demanda la restitution de Suda, Spinalunga, line, Cerigo et de la Morée, et dans le cas où les Turcs ne voudraient pas rendre la presqu île. il voulait une extension du territoire vénitien dans l'Albanie jusqu'au lac de Skulari inclusivement, ainsi qu'Anlivari et le repaire de pirates de Dulcigno ; Butrinto, Prevesa et Voniza, avec le territoire de Xeromero conquis par la république, devaient lui rester : les Turcs écoutèrent tout cela

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