LXIII
dèrent ce dernier point pour garder le Timok. Il n'y eut rien à obtenir pour les Franciscains et les Carmélites de Jérusalem et du Mont-Carmel. Le traité avec les impériaux touchait à sa conclusion , quand de nouvelles difficultés s'élevèrent par suite des représentations du gouverneur de Bosnie , Kœprili- Nuuman , contre des concessions trop grandes sur la frontière de Bosnie; les médiateurs s'interposèrent pour faire comprendre aux Turcs que ce qui avait été accordé ne pouvait plus se reprendre , et rapprochèrent les Ottomans et les Vénitiens en déterminant les premiers à concéder une bande de terrain pour les châteaux dal mates, et les autres à abandonner l'espace nécessaire pour les communications entre Raguse et l'empire ottoman (1). Au bout de neuf jours arriva la réponse du grand vesir, qui aplanit les obstacles relatifs à la frontière de Bosnie, et, dans une conférence qui dura huit heures , les plénipotentiaires impériaux ne purent faire comprendre la sainte alliance dans le traité [ 10 juillet ]. Les affaires relatives à la religion et au commerce furent réservées pour être discutées par la grande ambassade ; déjà le 16 juillet avait été fixé pour la conclusion , quand arriva un aga chargé de demander au nom de la Porte que le nouveau traité, comme celui de Carlovicz, ne contint pas plus de vingt articles , dans lesquels seraient comprises toutes les autres stipulations, afin que le peuple ne crût pas que, dans les concessions, l'on était allé plus loin que par le passé. Les dispositions relatives au commerce durent être disculées entre le nischandschi Feisullah et Fleischmann.
Afin de bien coordonner les articles sur lesquels on était tombé d'accord, tous les plénipotentiaires se réunirent dans une conférence générale [ 12 juillet ]. Les ministres impériaux réglèrent d'abord ce qui les concernait ; puis les Turcs firent adopter la clause du traité de Carlovicz qui défendait de relever les forteresses détruites et qu'Eugène avait recommandé d'éluder. A dix heures, Kuzzini prit la parole : il plaida six heures avec beaucoup de vivacité les intérêts
(t) Rapport de Wirmond el de Tahnan dans ia
Sle-R. et Blanchi, p. US.
de la république , mais il lai fallut se contenter pour toute satisfaction des avantages commerciaux promis tout récemment , de la restitution du rocher de Cerigo et de l'abandon d'un territoire d'une lieue de circonférence, pour les châteaux dalmates ; encore dut-il accorder par compensation l'espace de territoire nécessaire pour relier Raguse à l'empire ottoman. Les plénipotentiaires de la Porte firent enfin une concession à laquelle ils s'étaient refusés jusque là : ils accordèrent à la république la faculté de reconstruire les châteaux conquis par ses armes. Après qu'on se fut bien expliqué sur tous les points, l'on s'occupa de la rédaction des actes ; alors il sembla qu'il n'y eût plus moyen de s'entendre : les Turcs ne voulaient se départir en rien de leurs anciennes formes orgueilleuses , et ne pouvaient se décider à souffrir que l'empereur et surtout la république de Venise figurassent sur la même ligne que le sultan (1); enfin le 31 juillet, à une heure et demie de l'après-midi, la paix fut solennellement signée avec l'Autriche et Venise. Après la lecture des deux minutes du traité , la déclaration de la Sainte-Alliance , que les Turcs avaient constamment refusé d'admettre, fut également signée, et, à la suite de l'échange des deux actes, présentée aux plénipotentiaires ottomans ; les médiateurs en donnèrent un récépissé (2). L'électeur de Bavière et son frère, le prince héréditaire de Sulzbach, assistèrent à la signature officielle dans la tente qui était ouverte ; l'on s'embrassa, et les salves de l'artillerie annoncèrent l'heureuse nouvelle par-delà le Danube et la Horawa. Le 27 juillet, fut souscrit le traité de commerce particulier, dont les négociations avaient été confiées aux soins de Fleischmann ; la ratification ne se fit attendre que six jours du camp impérial. Des vingt-six articles du traité vénitien, les quatre premiers seulement étaient relatifs à des changements de frontières ; les places et les châteaux conquis dans l'Albanie , l'Herzegoviua etla Dalmatie, Imoschi, Iscovaz, Sternizza, Cinista, Rolok etCreaoo, avec un territoire
(l) Rapports de Wirmond et de Talman, S.-R. (3) Rapporlsde Wirmond et de Talman.
d'une lieue en circonférence, l'Ile de Cerigo, les forteresses de Batrinto , Prevesa et Voniza , étaient assurées à la république , qui de son côté, pour le rétablissement des communications entre Raguse et l'empire ottoman , cédait les localités de Zarine , Ottovo et Zubzi , plus une bande de terrain pour rattacher encore Raguse au territoire turc , du côté de Castelnuovo et de Risano. Les autres articles , à l'exception de ceax concernant les avantages commerciaux établis sur le pied d'égalité avec l'Angleterre , la Hollande et la France , étaient empruntes au traité de Carlovicz. Les nouvelles frontières relativement à l'Autriche furent également déterminées par les quatre premiers articles : la ligne suivit l'Ait, puis le Danube jusqu'à dix lieues au-dessus du confluent du Timok, ensuite la chaîne de montagnes jusqu'à Parakin ; de là elle s'abaissait sur la petite Morava et la Drina , en sorte que Belgrad, Parakin, Istolaz, Csacsak, étaient attribués à l'empereur ; Zokol et Rasna restaient aux Turcs. Sur la rive droite de l'Unna , à l'orient , l'empereur conservait Jeszenoviz, Dubiza et le vieux Novi; mais il restituait le nouveau Novi , arraché illégalement aux Turcs dans la dernière démarcation. C'était là une délimitation bien plus favorable à l'Autriche que celle de la paix de Carlovicz , et parce qu'elle lui accordait un morceau de la Servie, et parce qu'elle assurait mieux la frontière; au lieu de traverser obliquement le Ranat comme la précédente, la ligne actuelle était marquée bien distinctement par sept rivières : l'Ait , le Danube , le Timok , la petite Morawa , la Drina, la Save et l'Unno, jusqu'au point de rencontre avec les frontières turques et vénitiennes. Les stipulations destinées à garantir la sécurité des provinces limitrophes , en défendant les combats particuliers et les irruptions respectives, étaient empruntées aux précédents traités. Il en était ainsi des articles relatifi aux prêtres , sous la réserve de la protection due à ceux de Jérusalem , à la délivrance des prisonniers. Le prince de Valachie, Nicolas Scarlati ( Maurocordato ) , dut être échangé contre les barons Petrasch etStein. La Porte s'engagea à tenir en bride les pirates d'Alger, Tunis, Tripoli et Dulcigno; nul asile ne devait être accordé aux rebelles , aui bri