‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 208 sur 384 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

adressée derâ ans auparavant le grand vesir Mohammed , envoya maintenant à Constantinople l'écuyer Jurgofsky ; toutefois il recommanda seulement à la Porte de lui faciliter l'achat de chevaux dont il l'avait chargé.

Le séjour de l'ambassadeur impérial à Gonstantinople député huit mois avait déjà coûté à la Porte près de 200,000 écus; celui de l'ambassadeur ottoman dans la capitale de l'Autriche avait entratné à peu près autant de frais pour la cour de Vienne. L'empereur éleva quelques plaintes contre IbrahimPascha qui ne voulait pas se soumettre au cérémonial usité pour la réception. Déjà l'entrée officielle de ce représentant du sultan avait été retardée depuis midi jusqu'au soir, parce qu'il n'avait pas voulu se déterminer à reconduire jusqu'au bas de l'escalier le maréchal de la cour chargé de l'installer dans sa demeure. L'audience fixée avait été ajournée, et pour l'obtenir il lui avait fallu s'engager par écrit à se conformer à la conduite tenue par ses devanciers après la paix de Vasvar et après le traité de Carlowicz. La lettre du sultan qu'il remit à l'empereur se distinguait de toutes les précédentes par l'omission de la formule offensante : Salut à celui qui suit la véritable direction ; paroles qui semblaient refuser tous souhaits favorables aux souverains non musulmans.

Autant le grand vesir était libéral dans leB dépenses où il s'agissait de soutenir l'honneur du sultan et l'éclat de la Porte, autant il s'appliquait à maintenir une sage économie pour se procurer les sommes nécessaires. En devant les fermages, en fesant profiter le trésor des vacances dans les rôles de solde , en survenant la capitation, dont l'accroissement était proportionnel au mouvement de la population dans les lieux où se réparaient les désastres de la guerre , il avait réalisé dans les trois premières années de son administration une épargne de sept millions de piastres pour le trésor. Après l'achèvement du cadastre de Chios , il frappa les ceintures de soie fabriquées dans cette ville d'une taxe de 60, 50 et 40 aspres suivant leur valeur,' sans compter on droit de 10 aspres sur chaque pièce [ 27 novembre 1719 ]. Vingt - un villages où se fabriquait du mastic offrirent trois mille six cent trente habitants soumis à la capitation. Mais les droits établi Aécem-

ment sur les produits de l'industrie des Kurdes et des Turkmans fixés à Constantinople furent abolis, parce que le peuple murmurait contre la rigueur de cette mesure. Damad-Ibrahim se montra généreux envers les agas de sa conr et envers tous les hommes distingués par leur savoir; il ne laissait échapper aucune occasion de leur donner des marques de sa munificence ; lors de la première leçon faite dans la bibliothèque impériale et dans les écoles fondées par lui , il les combla de présents. 11 récompensa richement l'historiographe de l'empire. Raschid, qui rédigeâtes trois diplômes de fondation pour sa médrese, la fontaine et la bibliothèque en face de la mosquée des princes ; et quand cet écrivain exalta dans on chronogramme l'adresse du sultan qui à quatrevingts pas avait percé d'une balle un ducat franc, le grand vesir lui donna une bourse d'or. Il pleura sincèrement la mort du grand scheich des Nakschbendis, Mohammed - Muid - Efendi , mystique perdu dans l'ivresse de l'amour divin , et s'affligea plus encore de la fin tragique du scheich des Chalwetis, Nasmisade-Efendi, assassiné avec la femme couchée à ses côtés par un baigneur albanais [21 mai 1720] ; le meurtrier et ses complices furent exécutés. Au reste tous les attentats à la paix publique étaient rigoureusement châtiés , et le grand vesir se Voyait bien secondé par son gendre Mohammed, dont il avait fait son kiaja. Mais il craignait de voir s'élever un rival dans la personne du bostandschi-baschi Seid-Mohammed ; il n'avait fait aucune objection contre l'élévation du frère de Seid au rang de beglerbeg de Kumili , et la nomination de son fils, âgé de quinze ans, au sandschak d'Amasia ; mais il saisit l'occasion d'éloigner le bostandschi-baschi quand le sultan vint à l'arsenal pour voir lancer la nouvelle baschtarda ( vaisseau amiral ), en se bornant pourtant à dire qu'il serait temps de conférer au bostandschi-baschi la dignité de pascha à trois queues. Le sultan, prévoyant bien que des plaintes ne tarderaient pas à s'élever, jugea plus à propos de reléguer aussitôt Setd- Mohammed à Siwa, et, contrairement à l'ordre des promotions qui aurait appelé au poste de ce favori l'odabaschi des bostaodschis, il le remplaça par le chajzeki, et au

poste de celui-ci fut élevé le hamladschi , ou premier rameur du yacht impérial. En même temps un autre adversaire du grand vesir, l'ancien defterdar Mustafa-Efendi , reçut ordre de se rendre à Jérusalem pour y surveiller les réparations au dôme de la mosquée d'Aksza, élevée sur les ruines du temple de Salomon.

Cinq mois après le départ de l'ambassadeur autrichien , le sultan célébra les noces de trois de ses filles et de deux de ses nièces, et la circoncision de quatre de ses fils. Le kapudan Suleiman-Pascha, le nischandschipaseha Mustafa-Pascha , le gouverneur de Ral^ka , Àli-Pascha , devinrent les gendres du souverain régnant. Sirke-Osman-Pascha épousa la princesse Ummetullah , et Silihdar-Ibrahim , gouverneur de Négrepont, la princesse Aische,la même qui avait été fiancée à Kœprilisade-Nuuman-Pascha , et depuis la mort de ce vesir était redevenue libre. On fit des préparatifs prodigieux. Chalil, inspecteur des cuisines impériales, chargé de diriger les fêtes, eut ordre de se procurer dix mille assiettes en bois , sept mille neuf cents poulets, quatorze cents cinquante dindons, trois mille poulardes, deux raille pigeons, mille canards, quinze mille lampes destinées à l'illumination des lieux où devaient s'accomplir les différents mariages; mille lampyres de Mauritanie en forme de demi -lune , et dix mille pots pour servir le sorbet. Des commissaires furent envoyés dans plusieurs provinces pour y recruter des musiciens, des confiseurs, des chanteurs, des danseurs et des saltimbanques. Chalil dut fournir des vêtements nenfs à cinq mille enfants pauvres qui devaient être circoncis aux frais du sultan. L'inspecteur était chargé aussi de faire confectionner quatre grandes palmes nuptiales pour les princes, et quarante autres plus petites avec un jardin en sucre. Les palmes des princes, symbole d'une union féconde, avaient treize aunes de hauteur; le jardin en sucre , long de six aunes sur quatre de large , signifiait , dans le langage allégorique de l'Orient, que les douceurs du mariage ne s'obtiennent qu'au prix de quelques douleurs physiques éprouvées 1« jour des noces. Le tout-puissant grand vesir Damad-Ibrahim jouit d'un honneur inoui jusqu'alors;

son fils Mohammed, né d'un riage , et qui fut circoncis avec les princes , reçut comme eux deux palmes et un jardin en sucre, symboles de la force virile «seulement les objets furent pour lui moindres de moitié.

La première cérémonie fut consacrée au mariage de Sirke-Osman-Pascha avec la princesse Ummetullah, fille de Mustafa 11 [15 septembre 1720 ]. Puis on laissa écouler un intervalle de quatre jours avant la fête de la circoncision des princes, qui dura seize jours entiers. Le sultan ne manqua pas une seule fois de se rendre au lieu des réjouissances, accompagné des princes et suivi de sa garde. On avait réglé les couleurs au nombre de neuf affectées aux divers fonctionnaires dans le cortège : le blanc pour le mufti; le vert clair pour les vesirs; l'écarlate pour les chambellans, exécuteurs obligés des sentences de mort ; le bleu foncé pour les deux grands juges, le chef des émirs , les juges de la Mecque , de Médine et de Constantinople ; pour les trois defterdars, le defter-émini , le reis-efendi et le nischandschi ; le violet pour les grands ulémas et les chodschagians; le bleu clair pour les muderris et les scheichs , et pour les employés inférieurs de la chambre; le bleu azur pour les tschauschs feudataires et les agas des vesirs ; le vert sombre pour les agas de l'étrier impérial, le maréchal de l'empire, le mi raie m (porteur de la sainte bannière ); enfin le vert à teinte de naphte pour les employés desécuries impériales. Les officiers de la Porte durent chausser des bottes jaunes, les généraux des troupes des bottes rouge» . et les ulémas des bottes bleues. Le 3 octobre le sultan retourna au sérail avec les princes, dont la circoncision ne fut opérée que huit jours après ; toutes les fêtes données au peuple n'étaient que le prélude de cette cérémonie. Au bout de trois jours le fils du grand vesir fut circoncis, et les quatre jeunes princes qui venaient de subir la même opération adressèrent de riches présents à Damad-Ibrahim.

Pendant toutes ces solennités probablement on fut frappé du grand nombre de beglerbegs qui se trouvaient à Constantinople , car bientôt après parut un ordre qui enjoignait ^pous ces personnages , simples titu-

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