LIVRE LXIV
Moldavie et de la Valachie (1). Durant son séjour de près d'un an à Coustantinople , il fit délivrer plusieurs ferra ans en faveur des prêtres de Jérusalem , des trinitaires et des prisonniers chrétiens , de la répression des brigandages exercés par les gens de Dulcigno, de l'éloigoement des rebelles hongrois. Parmi ces derniers Batthiany et Forgacs s'étaient établis sur le rivage d'Asie, Bercseny et Csaki se tenaient à Chocim , Eszterhazy s'était retiré en Moldavie. En vertu d'un ordre adressé au pascha de Bender, ils furent déportés dans la juridiction de Demurhiszar. Quant à Rakoczy, on l'embarqua pour Hodosto. Afin de régler le point du traité de Paszarowicz relatif au commerce entre la Perse et l'Autriche , et au passage des marchandises à travers le territoire ottoman , Wirmond détermina la Porte à envoyer au schah, en qualité d'ambassadeur, le président de la chambre des comptes de la capitation, Durri-Efendi , qui a écrit une relation de ce voyage traduite en latin par le jésuite polonais Krusinski (2). Il obtint aussi du grand vesir des lettres pour les voiwodes de Moldavie et de Valachie relativement à la faculté pour les négociants allemands de la vente de la potasse , aux possessions des bojards sur les deux rives de l'Alula , et à la démarcation rigoureuse des frontières a On d'éviter tous les débats. Un ferman, accompagné d'un chatti-schérif, rétablit en quelque sorte pour les catholiques de Chios et leur église de Saint-Nicolas les droits et les privilèges perdus depuis la dernière conquête de l'île ; d'après la première capitulation sous le ë'fid Suleiman , les catholiques et les Grecs devaie.A rester en possession de tous leurs droits; il était mgme permis aux Francs , en leur qualité de sujet» ottomans, de conserver leurs costumes ; mais, après la seconde soumission de l'île au croissant, ils perdirent ces privilèges parce que les Grec* les accusèrent
(1) Instruction pour le comte Wirmond, du 9 mai 1719, dans Ir xxxn article dans la Str-ll.
(2) Prodromus ad tragiçam vertentis belli r*>rsicibiMoriam sru legationisa fulgidaTorta adSoplio mm ri'gcin Szah sultan Hussein, anno 1736. «lxpositac authenlica relatio [ l>?opoli , 176$ ]. en français par tangU* : Relation de DourrjKlendi. l'ari» tblO. Itaschid.1. m, fol. 40-
TOM. III
d'avoir appelé les Vénitiens. En conséquence un chatti-schérif menaçant avait été rendu contre eux , quoiqu'ils eussent été compris dans la capitulation aussi bien que les Grecs. Ce dernier acte fut en quelque sorte révo- ' qué par le ferman nooveau, qui s'en référa aux capitulations de Suleiman I" et de Suleiman II.
Des intrigants valaques de la famille Cantacuzène voulurent aussi se servir de Wirmond pour renverser Maurocordato ; le nouveau drogman Ghika, tenu jadis sur les fonts baptismaux par l'empereur Léopold, se réunit aux ennemis de l'interprète, son parent ; mais Wirmond , fidèle à ses instructions, refusa de se mêler eu quoi que ce fût à toutes ces manœuvres. Maurocordato était détesté dans le pays, et comme l'état des esprits à son égard le rendait peu dangereux pour les intérêts de l'empereur, la cour de Vienne n'avait aucun motif de pousser à sa chute; il resta donc hospodar. Outre l'interprète Ghika, les médecins du grand vesir et du sultan, les juifs Conigliano et Fonseca, ce dernier toutdévoué aux Français, servaient alors les intérêts des ministres européens. Fonseca entretenait une correspondance avec les rebelles hongrois , dont quelquesuns vers cette époque s'adressèrent à Wirmond pour obtenir leur pardon par son intervention. L'ambassadeur d'Autriche, pendaut son séjour à Constanlinople , prêta son assistance au représentant de la république vénitienne, signataire du traité de Paszarowicz, qui maintenant négociait auprès de la Porte sur quelques points litigieux relatifs à la délimitation des frontières et qui ne put arriver à une solution qu'en abandonnant Prologh, ville assurée pourtant à la république par le traité. Ce fut aussi par le canal de Wirmond que parvint à la Porte la lettre de la reine de Suède, annonçant au grand vesir la mort de Charles XII. Grâce aux vives représentations de 1 ambassadeur autrichien et du résident anglais Stanyan , une réponse bienveillante fut adressée à Stockholm. Dans une longue audience Slanyau instruisit le grand vesir de ratât des relations politiques entre 1*»« diverses parties du nord et du de l'Europe ; il lui fit connaître la nature et les détails de la guerre, et lui exposa les prétentions exagérées du
( zar à l'égard de la Suéde , quoiqa'il fût maintenant abandonné de ses alliés. Ibrahim répondit d'abord qu'il ne comprenait pas comment deux parents aussi proches que les rois d'Espagne et de France se Pesaient la guerre à cause de l'empereur ; quant au souverain de la Russie, il déclara qu'il était de toute justice que celui qui abandonnait ses alliés fût délaissé à son tour , ajoutant que la Porte resterait simple spectatrice de toutes ces luttes. Stanyan exposa ensuite toutes les manœuvres du ministre russe Daskow, qui s'efforçait d'excuser le séjour des troupes russes en Courlande , prétendant que cette occupation avait pour but de défendre le pays contre les troupes impériales, qui devaient en assurer la possession au roi de Pologne eu vertu d'un contrat de mariage entre le prince héréditaire de Saxe et une archiduchesse. Le diplomate anglais , afin de combattre les assertions de Daskow, mit sous les yeux du grand vesir le traite conclu entre l'empereur, la Pologne et l'Angleterre pour le maintien des droits de la Pologne ; il fit ressortir la perfidie de la Russie, qui en appuyant les prétentions de Rakoczy au trône de Pologne ne voulait que jeter de nouveaux ferments de discorde, et il se plaignit de tous les prétextes imaginés par Daskow afin de prolonger son séjour à Constantinople. Le grand vesir répondit que l'envoyé russe était venu pour traiter de la délivrance des prisonniers enlevés par les Tatares, ce qui donnait lieu à de longues et fréquentes communications, mais que désormais lui-même renverrait les envoyés russes au chan ta tare. (1) Stanyan ne toucha que légèrement les intelligences de la Russie avec les Grecs pour ne pas exposer ceux-ci à des enquêtes et à des poursuites. Daskow , qui avait acheté du reis-efendi la permission de prolonger son séjour à Constantinople aussi long-temps qu'y resterait l'ambassadeur impérial, puis, sur les instances du résident anglais , avait reçu l'injonction de partir, négocia le renouvellement à perpétuité delà paix du Pruth, afin, disait-il, de déjouer toutes les manœuvres des ennemis de la Russie, a cet effet le reis-efendi et
1) Rapport de Stanyan , dans la SteR.
l'ancien defterdar, Iladschi-Mustafa , eurent avec lui diverses conférences. Le traité nouveau, qui ne reproduisit pas le préambule outrageant pour la Russie de celui du Pruth , contint trois modifications fort importantes aux conventions antérieures : le, tribut au chan de Krimée fut supprimé ; la faculté fut accordée au czar d'établir un résident russe à Constantinople, et, dans le cas où le maintien des droits et de la constitution de la Pologne l'exigeraient , les deux parties contractantes pourraient faire entrer leurs armées dans ce royaume (1). A la demande du titre impérial produite par le czar, il fut répondu que la Porte ne reconnaissait que deux empereurs, desOttomanset des Romains (2). Le czar, satisfait de la conclusion d'une paix perpétuelle, adressa ses remercîments au grand vesir dans une lettre que Daskow remit en audience solennelle [ 16 novembre 1720] (3). De la part de la Pologne vint l'internonce Wilkomir Jean Strutinski apporter des protestations d'amitié ; et Raguse envoya le tribut par les deux Boana, frères du colonel impérial de ce nom tué devant Belgrad ('»). L'ambassadeur français marquis de Bonnac, conformément aux promesses de sa cour , pour la permission de reconstruire l'église de Jérusalem, délivra cinquante prisonniers- Le grand vesir profita de cette occasion pour envoyer une ambassade en France, et choisit pour cette mission le second plénipotentiaire de Paszarowicz, Mohammed-Efendi. L'ambassadeur français fut enchanté de cette décision du grand vesir qui jetait plus d'éclat sur la régence du dur d'Orléans, et Ibrahim espérait aco«frir ainsi des notions plus exact* s sur véritable situation et les rapports de la politique européenne. A l'instigation du marquis de Bonnac, la Porte permit l'année suivante l'embarquement des recrues levées par Bercseny; toutefois cette autorisation ne s'étendit qu:à la Hongrie (5). Le roi de Prusse, attiré par la lettre amicale que lui avait
(1) Raschid, I. ni, fol. 45.
(i) Rapport de Wirmood.dc Runini , de Stanyan , dans la St-R.
(3) Celte audience de rcmcrclmenl, est indiquée dans Raschid, 1. m , fol. 5. une année, trop tôt.
(4) Rappor de Virmond , dans la Sle-R.
(5) Rapport de Dirlingen . de juin 1721.