‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 210 sur 384 · LXIV · texte numérisé non relu

LXIV

verser Kaitas-Beg. En effet l'ensemble de leurs actes inspira une terreur salutaire aux habitants du Kaire,et lekiaja des tschauschs, appelé Ibrahim , fut exécuté publiquement aux yeux de la population de cette ville. Mais ce supplice avertit l'émirol-hadsch, qui en ce moment revenait de la Mecque ; il quitta secrètement la caravane et s'enfuit au Kaire même, espérant qu'on ne s'aviserait guère de l'y chercher. Au lieu de gagner les habitants, le gouverneur les irrita en les traitant de fauteurs d'insurrection. Ismaïl-Beg, sentant son parti grossir, sortit de sa retraite, rallia ses adhérents, déposa le gouverneur, et contraignit le juge à rédiger une supplique au nom de la population qui implorait le pardon d'Ismaïl-Beg. Sept vétérans appartenant chacun à l'un des sept corps de troupes partirent comme députés pour Constantinople , où contre toute attente la requête fut bien accueillie [ mai 1721]. Ismaïl-Beg obtint sa grâce, et le commandant de Candie, le vesir Mohammed- Pascha, fut nommé gouverneur d'Égypte.

Damad-lbrahim ne montra pas une moin-* dre indulgence relativement aux affaires de la Mecque. Jahja, schérif de la ville sainte, avait été confirmé tout récemment pour sa vie à cette dignité par la Porte ; mais les habitants de la Mecrfjue, irrités par l'avarice de Jahja , lui donnèrent pour successeur le schérif Mubarek. Voyant qu'il ne pouvait se maintenir contre la volonté de la population, Jahja s'était avisé d'abord d'installer son fils Berekat à sa place , se réservant celle de scheichol-harcm qu'occupait ordinairement le gouverneur de Dschidda. Bientôt il fut chassé avec son fils , et Abdullah , fils de Saab, fut choisi pour schérif. Celui-ci accepta, et, en attendant la confirmation par la Porte, Mubarek se chargea d'administrer.

Jahja se rendit avec sa famille à Constantinople, espérant obtenir sa réintégration de la miséricorde du sultan ; il ne réussit pas , mais rencontra pourtant un accueil assez gracieux , et le sultan accorda une pension annuelle de 2,500 piastres pour lui , et de 500 pour son fils , ses deux frères et son kiaja. Le grand vesir destitua l'émirolhadsch Osman-Pascha qui avait laissé arrêter la caravane de pèlerins à Aala par quel qucs tribus arabes, et n'avait obleuu la li-

berté de continuer sa route qu'au prix de 200 bourses. Sa place fut donnée au fils du grand vesir Kara-Mustafa-Ali , qui maintenant au gouvernement de Rakka , dont il était investi à titre de ferme viagère , joignait celui de Damas. Il lui fut recommandé surtout de rétablir le repos à Médioe, où les Arabes de Beni-Harb, soulevés contre le lieutenant du scheich du sanctuaire , et quatre à cinq eunuques avaient forcé les habitants à les déposer et à les enfermer dans le château , avaient pillé la ville, et osé même tirer des coups de fusil dans « la retraite sacrée qui renferme le tombeau du Prophète , jardin de la grâce éternelle où les chérubins seuls peuvent porter leurs pas. o La politique pacifique d'Ibrahim dégénéra bientôt en une faiblesse toujours prête à céder, et il ne songea plus qu'à satisfaire sans trouble le goût du sultan et sa propre passion pour les constructions et les fêtes. Le kiajabeg, Mohammed - Aga , devenu tout-puissant comme gendre du grand vesir, imita cet exemple et reconstruisit sur de plus vastes proportions l'ancienne mosquée de Baltadschi - Mohammed à Ortakoi, au milieu des habitations des juifs et des chrétiens. Damad-Ibrahim fit rebâtir en pierres le phare en bois élevé sur un rocher isolé appartenant à la côte asiatique , mais fortement avancé dans la mer. Cette tour, appelée de la Jeune Fille par les Turcs, qui la rattachent à une tradition romanesque sur l'histoire du premier Cid de l'Islam , est nommée par les Européens tour de Lcandre avec aussi peu de raison qu'ils donnent la désignation de tour d'Ovide à celle qui est à l'entrée du Bosphore. Le grand vesir fit relever sur un plan magnifique la porte qui conduit au marché à la viande, entre les anciennes et les nouvelles casernes des janitschares, et à coté il fit construire des magasins pour les habillements de cette milice, et un appartement pour l'aga. Près du village d'Ali-Beg, au-dessus de la vallée des Eaux douces, des massifs d'arbres touffus attiraient souvent le sultan par la fraîcheur de leur ombrage; aussitôt des sièges de marbre se dressèrent en ces lieux, l'eau y fut rassemblée dans trois vastes bassins [ juillet 1821 ] , et ce but de promenade, sur la proposition de l'historiographe Raschid ,

reçut le nom de Chosrewabad. A Kiagadcliaoe , nom que les Turcs donnent à la vallée des Eaux douces , furent entrepris des travaux plus vastes qui tendaient è surpasser les bassins et les jets d'eau de Versailles [ août 1722 ]. L'écroulement du palais construit par Suleiman le Législateur à Kulle-Baghdschesi, sur les rives asiatiques du Bosphore, fournit un prétexte et des matériaux pour l'élévation d'un nouveau palais à Kiagadchane ; tous les marbres de de l'édifice en ruines furent transportés en ce lieu et servirent à daller le canal qui, sur une ligne droite de huit cents aunes, conduit les eaux douces devant la délicieuse retraite du sultan. Mais ce canal ne ressemble pas aux ouvrages de Versailles que l'on prétendait imiter; il rappelle plutôt le beau canal de Caserte , avec cette différence pourtant qu'à Kiagadchane l'eau suit une ligne beaucoup plus longue et plus droite , et se précipite en cascades plus élevées sur des degrés de marbre. Des deux côtés des Eaùx douces s'élevèrent des maisons de plaisance, parmi lesquelles se distinguait par son étendue et sa beauté celle du sultan , dont les murs revêtus de marbre réfléchissaient les ondes transparentes coulant à leurs pieds. Cette imitation du Bosphore en miniature reçut le nom de Saadabad ( construction heureuse ) ; et quand tout fut achevé , ce fut l'occasion d'une de ces fêtes auxquelles le sultan prenait tant de goût, et que le grand vesirs'efTorçait de multiplier. C'est de l'administration d'Ibrahim que date l'illumination de la grande mosquée pendant les nuits de Kamazan, au moyen de grands demi-cercles garnis de lampions, qu'on nomme lunes mahijé , parce que, pendant la nuit, ils représentent autant de demi-lunes et imitent ainsi les croissants qui , pendant le jour, brillent sous les rayons du soleil au sommet des tours et des dômes. Ce fut encore sous son administration que s'établit l'usage des fêtes des lampions et des tulipes; elles se célébrèrent tous les printemps dans le jardin du sérail, ou dans un des palais impériaux situés sur l'une ou l'autre rive du Bosphore. Il était d'usage , dans ces fêtes , d'illuminer les parterres de tulipes avec des lampions en verre de couleurs différentes, de sorte que les parties ombrées des fleurs, en se réfléchis-

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