LIVRE
saut dans les verres , paraissaient brûler elles-mêmes, et les lampions reproduisaient an second parterre de tulipes. Ainsi la magnificence des illuminations qu'on voyait autrefois à Sais se trouva transportée après bien des siècles des bords du Nil aux rives du Bosphore. De toutes ces fêtes la plus brillante fut celle que Damad-Ibrahim offrit à Ahmed III dans son palais d'été de Beschiktasch ; le sultan assistait à cette solennité ; on y remarquait aussi quatre de ses Gis , Suleiman, Mohammed, Mustafa etBajesid; les sept princesses ses filles, Ummkulsum , Chadidsché , Aatiké, Ssaliha , Aïsché , Rabift et Seimle ; la sultane , mère des quatre princes que nous venons de nommer et les quatre mères de princes morts à un âge peu avancé ; les cinq sultanes , épouses légitimes d'Ahmed III (sa première, sa seconde, sa troisième, sa quatrième et sa cinquième femme) ; huit autres sultanes, seize esclaves , confidentes favorites des sultanes , et dix confidents du Grand-Seigneur. Au nombre des grands officiers de la cour intérieure se trouvaient le kislaraga , le porte-épée , le premier valet de ■ chambre , celui qui tient 1'étrier , le chef de la première chambre des pages, le kiaja des baltadschis, le gardien dé la nappe , le secrétaire du kislaraga , le chef des cafetiers, l'aide des écuries impériales, en tout soixante personnes , non compris le sultan. Le grand vesir fit présenter à tous des pierres fines et des châles , de riches étoffes et de l'or. Ces fêtes si souvent renouvelées firent naître parmi le peuple la passion des fleurs, au point qu'on la vit bientôt surpasser celle qu'un grand nombre d'individus avaient à cette époque en France et dans les Pays-Bas pour la culture des tulipes. Alors parurent en Europe des traités volumineux sur cette fleur ; on créa à Constant inople un Maitre des fleurs ( schukufedschi-baschi ), dont le diplôme , orné de roses dorées et de fleurs de différentes couleurs , se terminait par ces mots , dans le style fleuri des Orientaux : c Nous ordonnons que tous les o horticulteurs reconnaissent pour leur chef » le porteur du présent diplôme; qu'ils » soient en sa présence tout œil comme le » narcisse ; tout oreille comme la rose ; *> qu'ils n'aient pas dix langues comme le » lys; qu'ils ne transforment pas la lance