‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 237 sur 384 · LIVRE LXVI · texte numérisé non relu

LIVRE LXVI

pie murmurait, disant que le grand vesir dans toutes les exécutions satisfaisait des haines personnelles , et alarmait la ville par des rondes inutiles (1) ; en conséquence, le kislaraga , qui d'ailleurs le trouvait peu reconnaissant, abattit le ministre qu'il avait élevé (2) et le relégua dans le gouvernement de Négrepont [ 11 septembre ]. Le sceau fut envoyé ù Osman-Pascha-le-Boitcux, et en attendant l'arrivée de celui-ci, l'aga des janitschares exerça les fonctions de kaimakam.

Osman -le-Boiteux, originaire de Morée, était entré au sérail dans sa jeunesse, sur la recommandation de quelques-uns de ses compatriotes, comme kosbegdschi ou gardien des noyers ; il devint surveillant du jardin et acquit une certaine réputation. Sous Ali-Pascba qui périt à Peter wardein, il obtint deux queues de cheval , et après la la révolution fut revêtu du titre de vesir en recevant la mission de parcourir comme inquisiteur la Bosnie et l'Albanie, afin de poursuivre et d'exterminer les Albanais qui avaient allumé lefeu de larévolte et s'étaient ensuite réfugiés dans les montagnes de leur patrie. 11 se trouvait entre Salonik et Sercs quand le chambellan Mustafa-Beg lui apporta le sceau impérial; il revint à Constantinople et fut reçu dans la plaine près de Daud-Pascha par le mufti et le kairaakam, les grands juges de Rumili et d'Anatoli . le juge de Constanlinople , le nischandschi et le grand chambellan , le tsebausch-baschi , le defterdar, lereis-efendi , les six généraux de la cavalerie et les quatre de l'infanterie ; puis, suivant l'antique usage, on l'escorta jusqu'au palais, où toutes les personnes figurant dans le cortège furent revêtues de kaftans et de pelisses avant de prendre congé.

Maintenant que l'empire était pacifié , il devenait possible de s'occuper activement des affaires de Perse. Aussitôt après l'avéneraent de Mahmud au trône , les deux ambassadeurs persans, Risa-Kuli-Chan et Wcli, n'ayant reçu aucune réponse aux communications adressées à leur cour pour établir les bases de la paix à conclure , les gouver-

(!) Ssnbhi, fol. 26.

P) Histoire des deux rebellions, p. 150.

neurs de Bagdad, Ahmed- Pascha , de Karamanic , Aarifi Ahmed-Pascha, de Gendsche, Ibrahim- Pascha, eurent ordre de disposer des troupes pour la défense des frontières de Bagdad, Tébris et Gendsche ; Rustem-Poscha, auquel les rebelles voulaient faire donner le sceau de l'empire, mais dont la modestie ne se prêta nullement à de telles prétentions , fut nommé, en sa qualité de gouverneur d'Erixtan , sérasker de ce côté. Le chan persan Uusein, qui, en se rendant de Tébris à Eriwan, était tombé entre les mains des Turcs , fut décapité devant le kœschk des processions. Les deux envoyés persans, après avoir eu plusieurs conférences avec le reiscfendi , le defter-émini , le secrétaire du cabinet dugrand vesir et le président du contrôle de la cavalerie, furent adressés au serasker de Bagdad. Comme ils entraient à Diarbekr, arriva aussi la nouvelle que les Persans avaient franchi l'Araxc, et que Weli-Mohammed-Kuli-Chan était en route pour venir féliciter le sultan Mahmud sur son avènement. Ce nouveau représentant du schah fut emmené à Temeswar; les deux autres furent renfermés à Mardi n. Un plus funeste sort frappa l'envoyé persan qui était allé trouver Sure haï , chan turc de Schirwan; il fut décapité ainsi que toutes les personnes de sa suite, et Surchai adressa les têtes à la Sublime Porte. Surchai , qui en récompense de ses services dans les dernières campagnes contre les Schahsewens et les Ssighioaks, avait été investi à perpétuité, pour lui et ses descendants , du chanat de Schirwan , et qui maintenant avait mis sur pied plus de trente raille hommes , reçut du gouvernement turc 30,000 ducats. Ahmed-Pascha, serasker de Bagdad, commença le premier à jeter les Persans hors des places et des provinces qu'ils avaient reprises depuis la fin du règne d'Ahmed III. Kcrmanschahan , avec ses trente-deux bastions armés de vingt-deux canons, fut reconquis , et Ardelan incorporé de nouveau à l'empire ottoman | juillet 1731 ]. Après la soumission de Kcrmanschahan, l'armée ottomane se mit en mouvement du côté d'IIamadan , sous les ordres du serasker Ali- Pascha, fils du docteur. Les Persans s'étaient repliés sur Kaswin et Ebhar ; les Turcs campèrent près du village de Ssalihabad, dans le voisinage d'Uamadan. L'armée du schah

(Hait forte de trente mille hommes , commandés par ses deux généraux, Thamas- Kuli-Chan et Ali-Merdan. Les ottomans s'avançaient contre elle , quand parurent deux messagers, Feth-Ali-Beg de Tébris et Allah - Werdi , avec deux lettres souscrites par les trois premiers begs du schah , son général d'Infanterie , le chef des gardes-du-corps, et le chalife des chalifes, ou premier chancelier, adressées , l'une au serasker , l'autre à son kiaja. 11 fut répondu à tes missives , et en attendant d'autres communications, l'armée ottomane s'avança jusqu'à une lieue et demie du camp persan. Le lendemain, une heure avant le lever du soleil [15 septembre], le schah déboucha dans la plnine de Koridschan, à six lieues d'Hamadan, à la tête de plus de quarante mille hommes, ayant de la grosse artillerie, cinq fauconneaux et deux cents petites pièces. La bataille fut sanglante; mais enfin la fortune décida en faveur des ottomans. De vingt mille cavaliers persans, deux mille à peine échappèrent; les trois quarts de l'infanterie furent taillés en pièces ; le secrétaire de l'armée et le chalife des chalifes restèrent parmi les morts. Trente-deux canons, deux cents pièces d'artillerie volante et tout le parc des transports tombèrent entre les mains des vainqueurs , qui le lendemain s'emparèrent d'Hamadan, où se trouvaient sept grosses coulcuvrines , vingt-huit fauconneaux, deux mortiers et douze pièces d'artillerie légère. Pour témoigner sa haute satisfaction de cette victoire éclatante, le sultan envoya le second écuyer avec un chatti-schérif et un fcrman à l'armée a dont le visage resplendissant, l'épée tranchante, avait bien légitimement gagné le pain et le sel. » Le messager impérial devait attacher « sur le turban du serasker le panache de héron , orné de pierreries en signe de gloire, couvrir son corps valeureux de la pelisse qui réjouit le cœur, lui ceindre le sabre conquérant pour abattre les ennemis (1), et lui remettre en outre cent cinquante knftans pour les crocodiles de la mer et de l'intrépidité, pour les léopards de l'armée et de la vaillance. »

(1) Ssukhi, fui. M.

Après la défaite de Roridschan, les Persans s'enfuirent vers Kum et Kasehan; les ottomans, pour profiter de leur avantage, se divisèrent en deux corps ; l'un , de sept a huit mille cavaliers, conduit par le sandschakbeg d'Amasia , ravagea tous les villages sur les derrières ; l'autre , sous les ordres de Ssadik-Aga, woiwode de Mardin , poussa du côté d'Iszfahan. Le schah avait précipité sa course vers Taharan. Bientôt parut Mohammed-Bakir avec une lettre de l'itimadeddewlet pour demander que Ton admit Kuridschi-Baschi-Mohammed- Risa-Kuli - Chan à négocier la paix comme plénipotentiaire du schah [ 18 novembre 1731 ]. Le serasker y consentit et engagea des négociations qui furent approuvées par la Porte, sous la condition expresse que la sécurité des frontières ne serait point compromise , et que l'armée ottomane ne perdrait aucun de ses avantages. Cependant Ali-Pascha, fils du docteur, et Rustem-Pascha, après un siège opiniâtre d'un mois, s'étaient emparés de la ville et de la forteresse d'Urmia [ 15 novembre]. Le prince de la tribu Binanschin, le Kurde Hakari, y fut laissé avec une garnison , et l'armée poursuivit sa marche sur Tébris (1). Douze mille cavaliers prirent la route de Ssaukbulak et de Meragha , afin de poursuivre le chan de Bisatun. Le serasker se dirigea par Selmas, vers la plaine de Tudsch. En ce lieu accoururent de tous les points les habitants du pays pour implorer merci d'Ali- Pascha , qui jadis avait déjà exercé l'autorité à Tébris en qualité de serasker. A Kesel- Melek, à deux stations de Tébris, se présenta Tadscheddinsade-Mohammed-Risa, au nom des habitants , avec les anciens des faubourgs de Schenbghasan, Hikemabad et Bilankuh, pour rendre hommage au vainqueur et implorer sa protection. Aussitôt le bin-baschi, Musa-Aga-Jektscheschm , fut détaché avec trois mille cavaliers avec l'ordre de courir bien vite occuper la ville. Au montent où ce chef passait le pont de l'Adschiszu, arrivaient aussi les troupes envoyées de Meragha, et Ali-Pascha, fils du docteur, entra triomphalement dans la résidence de

(l) Lv siège dTnniadaxu Ssubhi, fol, 54-JC.

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