LXVI
lencc, le mufti s'adressa au dette r - 6m i ni Mohammed-Efendi , et lui dit : a Parle, toi qui connais bien toute la négociation. » Celui-ci n'osant exprimer son opinion, Firdewsi-Seid-Ebnbekr-Efendi quitta sa place et, s'avançant jusqu'au bord du sofa, exposa successivement les raisons qui devaient faire confirmer la paix aux conditions souscrites par Ahmcd-Pascha. Le mufti le réprimanda rudement, en s'attribuant à luimême une admirable perspicacité : « Eh bien 1 Ebubekr-Efendi, tu es plus aveugle que moi , malgré mon Age ; tu perds le temps à de vaines paroles avant d'avoir saisi la volonté impériale. » Maintenant le grand vesir invita les généraux à parler, fixant ses regards sur celui des armuriers, qui se prononça comme Fcrdewsi-Efendi, pour l'adoption de la paix. Le sultan prit de nouveau la parole et dit qu'il fallait ajourner toute décision jusqu'au retour du chambellan envoyé pour prendre des informations sur les lieux. Le mufti , qui avait d'abord imposé silence à Fcrdewsi , parla maintenant dans le môme sens , mais avec une adresse toute diplomatique : « Glorieux padischah , nos tètes se courbent devant tes ordres ; les provinces et les places fortes t'appartiennent, et la loi défend de céder la moindre parcelle de territoire à l'ennemi ; mais pour assurer le repos des serviteurs de Dieu , de tes sujets et de tes domaines , la remise de quelques localités par simple faveur et par reflet de ta gr&ce peut être considérée comme un don de la générosité et de la munificence impériale. N'est-il pas vrai,messeigneurs?»ajouta-t-il en se tournant vers les ulémas, qui tous l'approuvèrent. Toutefois le sultan ordonna que cette grave question serait agitée encore dans le palais du grand vesir. Il paraîtrait que le signe d'intelligeuce adressé par le grand vesir au général des armuriers, pour le faire parler en faveur de la paix au prix du sacrifice de Tébris, fut une des causes de la chute de ce premier ministre, qui arriva quinze jours après. Le sceau fut envoyé au serasker de Tébris, Ali-Pascha, dont le père, le fameux Nuh-Efcndi, était probablement un Vénitien (1). Le mufti et
(i) D'après les rapports «lu baylc Rmmc du 25
le grand vesir tombèrent tous deux victimes de la paix honteuse conclue avec les Persans, pour donner satisfaction au peuple (1).
La déposition du grand vesir eut lieu dans le mois de Ramasan , d'une manière tout-àfait inattendue le jour môme où le manteau du Prophète était exposé dans le sérail aux hommages des fidèles. Le premier miuistre et le mufti, les vesirs et les ulémas, les scheichs et les chodschâgians s'étaient rassemblés, comme de coutume, dans le kœschk du Sofa , sous les yeux du sultan , et venaient de loucher le vêtement sacré avec leurs sourcils. Après que la cour se fut retirée , comme il ne restait plus que le grand vesir, le mufti et les vesirs, Osman Gt signe à ceux-ci de sortir, et ils s'en allèrent se placer devant le kœschk d'Eriwan. Le silihdnr qui, d'après le cérémonial , doit soutenir le grand vesir sous les bras , s'excusa sur la faiblesse de son âge et sortit ; de sorte que le premier ministre alla seul retrouver les autres vesirs. Aussitôt revint le silihdar pour annoncer aux grands dignitaires que le sultan se rendant à la salle de la circoncision, ils ne pouvaient rester où ils étaient, et qu'il leur fallait se retirer dans l'intérieur du kœschk, ce qu'ils firent. Le sultan étant passé en effet dans la salle de la circoncision avec le mufti , le silihdar demanda le sceau au grand vesir et lui signiGa de s'embarquer sur une galère toute prête à faire voile pour Chalcédoine ; en même temps il annonça au defterdar qu'en attendant l'arrivée du nouveau grand vesir, il était chargé de la direction des affaires en qualité de kaimakam. L'histoire a peu de faits importants à signaler sous l'administration du vieux Osman-lc- Boiteux, homme violent et emporté. Pour mettre un terme aux débats élevés au sujet des comptes entre le gouverneur actuel d'Égypte , le silihdar Mohammed - Paschn et son prédécesseur Abdullah-Kœprili, il envoya sur les lieux l'ex-reis-efendi Suleiman, et lui conGa en môme temps l'inspection de
mai 1732. Vcnexia, dans les aclcs des archives de la maison impériale.
(1) «apport de Talman , et d'après celui-ci l'exposé de la conférence adressée a l'emperenr en date du 2 mai 1782, dans laSle-R.
la monnaie. Un autre Suleiraan-Efendi , surnommé Joghurtdschisade (le Gis du marchand de lait caillé ) , qui avait été comme le reis-efendi Suleiman , l'un des familiers do grand vesir lbrahira-Pascha , et le confident le plus intime de son beau-Gls , le kiaja Mohammed, et installé en qualité de directeur de la monnaie impériale, puis, après la chute du minisire, s'était vu jeté en prison et condamné a payer 1 ,000 bourses , fut rappelé de Lemnos, lieu de son exil , et chargé de conduire la surre à la Mecque. Le kapudanpascha, Schahin-Mohammed, qui avait rendu jadis de grands services comme aga des janitschares, fut reconnu incapable de diriger la marine, et nommé gouverneur de la Canée. Le reis du port, Elhadsch-Husein le marabuth, ou le vaillant champion dans la guerre sainte, fut d'abord investi provisoirement des fonctions de grand amiral , dont il reçut définitivement le diplôme. Le lendemain de la déposition de Schahin-Mohammed, l'interprète de l'arsenal , Constantin Ventura, depuis long-temps suspect de corruption et d'espionnage au profit de l'étranger, fut mis à mort, et à sa place on nomma tiiorgki, agent du woiwode de Valachie. Le savant imam du sultan , Pirisade, qui , six mois au* paravant, avait été institué juge de Constantinople , fut , à sa prière , admis à résigner ses fonctions, en échange desquelles il reçut la dignité de grand juge d'Anatoli , avec les émoluments de quatre places de jnge. Le chef des émirs, Ammadsade-Seïd-Mohammed , élevé par les rebelles, fut rejeté dans son obscurité. Le mufti Abdullah-Paschmakdschisade , homme grossier et plein d'orgueil, qui, fier de l'appui d'Osman-le-Boiteux, s'était permis souvent des propos audacieux contre le sultan lui-même, fut déposé , et eut pour successeur Damadsadc- Ebulchair f 24 février 1732], qui, le lendemain de son installation , Gt preuve d'adresse et de souplesse diplomatique dans la délibération relative à la paix avec la Perse.
Dans une inspection du trésor impérial, il s'était trouvé dans l'une des caisses une pierre offrant l'empreinte de pas; l'on crut y reconnaître la trace des pieds du Prophète; elle fut considérée comme une des plus saintes reliques , et par ordre du sultan, oo l'incrusta dans le mur de la mosquée d'Ejub,