LIVRE LXVI
stantin Porphyrogcnôtc est bien la Kabarta d'aujourd'hui (1). D'après les Ossètes, avant l'arrivée des princes Rabartaïs delà Krimée, les Tscherkesses se nommaient Keseks ou Kasachs; de leur mélange avec les Russes sont probablement sortis les Cosaques (2). Eux-mêmes se nomment Aidegu, d'après le premier chef des Noghais dont ils partagèrent autrefois les demeures et dont les souverains leur donnaient aussi des lois , mais avec lesquels il ne faut pas les confondre ; car leur idiome est bien distinct de la langue turque. La tribu Tscherkesse des Kabarta ïs, qui , dans le septième siècle de l'hégire, émigra de la Krimée et s'établit dans l'Ile formée par les deux bras du Kuban (3) , se transporta plus tard sur le territoire limité par les fleuves cités plus haut, où une partie d'entr'eux se fixèrent le long de la Malka , du Baksan et sur la rive gauche du Terek , et l'autre sur la rive droite de ce dernier fleuve; les premiers s'appelèrent les Grands et les seconds les Petits-Kabartaïs. Le prince de Tmutorokan , au commencement du onzième siècle de l'ère chrétienne , avait déjà soamis les Kaseks ou Kesogs (4) ; cinq cents ans plus tard , les Tcherkesses et les Kabartaïs envoyèrent des députés et des otages aux czars de Russie , en signe de soumission (5). Dans les derniers traités de paix entre la Porte et la Russie, les Tscherkesses comme les Noghais avaient été reconnus indépendants du chan de Krimée (6) , et dans les dernières expéditions déjà racontées de Kaplan et de Seadet-Girai contre les Rabartaïs, pour les forcer au paiement du tribut infamant en jeunes filles et en jeunes garçons, la Russie avait fait mine de vouloir assister les adversaires des Tatares(7)[î729].
(1) Archives dn Nord, n" 23 et 24, en extrait dans le Bnlletin universel de Férussac , en février 1820. Hisl. p. 267.
(2) Voyage de Klaproth , dons le Caucase et la Géorgie, tom. i, p. 147 et suivantes.
(*) Voyage de Klaproth , tom. u, p. 226.
(4) Nestor, et d'après lui Evcrs.
(5) Le même, chap. 18, aperçu des relations de la Russie avec le Caucase et la Géorgie.
(6) Paix (TAndrinople , 1715, dans Schœl, 1. xiv, p. 297.
(7) Voyage de Klaproth, chap. xvm, p. 34.
Mais avant que deux années s'écoulassent, Bacht-Girai-Sultan et Murad- G irai-Sultan, frères du chan Mingli-Girai . avaient pénétre avec une armée dans la Kabarta et avaient été battus par les Tscherkesses dans les défilés sur les bords du Baksan (1).
Maintenant le Russie réclama d'abord la souveraineté sur une partie delà Kabarta (2) et bientôt après sur ce pays tout entier, en produisant un mémoire dans lequel les Tscherkesses étaient représentés comme des Cosaques originaires de l'Ukraine et par conséquent des sujets russes; cette assertion étrange sur l'origine des Tscherkesses et les prétentions de la Russie devaient d'autant plus blesser la Porte et irriter surtout le nouveau grand vesir Ali, fils du docteur, d'ailleurs indisposé contre les Russes , que neuf années auparavant le czar , dans une lettre apportée par Mohammed, aga de Nissa , avait reconnu les Tschcrkessescomme des Noghais sujets du sultan (3).
Le nouveau grand vesir arriva à Skutari deux mois après sa nomination, et fit une entrée solennelle dans la capitale [ 10 ma 1732 ] ; puis l'internonce impérial reçut son audience. Ali , fils du docteur, changea selon la coutume le kiajn et la plupart des fonctionnaires de la Porte ; il trouva le trésor augmenté de 15 millions de piastres, somme énorme qui provenait de la succession et et des biens du grand vesir ibrahim-Pascha immolé dans la révolte , de son kiaja , de ses fils et de ses gendres. Plusieurs uléma* furent bannis ; le secrétaire du défunt kapudan-pascha, Selim, et son ami dévoué le defterdar déposé de Candie , Hasan-le-Ilongrois , sur une accusation portée contre eux par le jardinier de Selim auprès de l'nga des janitschares , tombèrent dans la disgrâce; et comme les calomnies du jardinier donnaient lieu à des propos dans la ville , pour y mettre fin l'on envoya le premier en qualité de defterdar en Bosnie , et le second au-
(1) Voyage de Klaproth , p. 342.
(2) Pro meraoria dcl résidente Wisniakoff; Pcra, li 9 agosto, 1731.
(3) Copia dclla Icllera di S. M. Russiana , che scrisse al sultano , con il ritorno del capigibatsi , Msli-MchemctAga , 21 febvr. 1728. Stc-R.
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près du gouverneur de Satonik pour lui servir de secrétaire. A la place du deflerdar Fîrdewsi-Ebubekr-Efendi , décédé, fut nommé Laali-Muslafa , envoyé naguère en Égypte comme inspecteur des monnaies ; Firdcwsi fut l'un des calli graphes les plus renommés de si kt temps , et c'est lui qui écrivit la plupart des lettres de créance des ambassadeurs ouprèi des puissances étrangères sous le règrc d'Ahmed III. Le grand vesir, qui, ayant résidé long-temps sur les frontières de Perse , connaissait les services et les fautes des commandants de ces cantons, montra tout d'abord qu'il savait récompenser et punir : le vaillant beglerbcg Tiraur-Mohammed-pascha fut revêtu de la dignité de vesir; Aarifi-Ahmed-Pascha fut déclaré traître et traité comme tel. Il avait entretenu avec les Pcrsansune correspondance pour les appeler à Eriwan, puis sacrifié volontairement la moitié de l'armée qui lui était confiée ; rappelé d'Eriwan , il avait été transféré à Tekke pour y commander les Juruks ou Turkmans nomades. Maintenant les gouverneurs d'Hamîd et d'Aidin reçurent ordre de marcher contre lui et livrèrent sa tête.
Un des premiers soins du grand vesir fut l'amélioration des monnaies , dont l'altération entravait depuis long-temps les transactions commerciales ; l'on frappa de nouvelles piastres et de nouveaux paras , et les anciens paras , dont il fallait 8 ou 9 d'après le titre légal pour une dragme, furent rachetés à raison de 13 demi-paras pour une dragme d'argent. Une solennité intéressante fut honorée de la présence de tous les membres du ministère et de la cour du sultan : ce fut l'ouverture du nouvel aqueduc qui devait amener aux faubourgs de Péra et de Galata les eaux de deux vallées des villages de Balban et de Belgrad, et qui se développait sur une longueur de cinquante-six aunes. L'ensemble des travaux formant ce grand ouvrage peut être attribué à une douzaine de ministres et de personnages éminents.
Nadir- Kuli-Chan , l'heureux brigand du Chorasan , avait ouvert sa carrière de conquérant en prenant possession par trahison de Kclat, héritage de son oncle qu'il mit à mort ; combattant ensuite pour le schah Tahmasip, souverain légitime , il avait par trois victoires affranchi la Perse du joug des
Afghans et replacé l'héritier des SsoftTs sur le trône de ses aïeux ; en récompense de tant de services, il avait reçu de ce prince quatre des plus belles provinces du royaume, le Chorasan, le Mascnderau, le Sistan et l'Aseirbeidscban ; le schah voulait même le revêtir du titre de sultan, mais Nadir ne Taecepta point et se contenta de celui de serviteur du schah; il s'appela donc Tamas- Kuli-Chan. Ainsi qu'on l'a déjà vu , immédiatement avant le renversement de Tahmasip, Nadir avait battu les ottomans, pris Ilamadan, Kermanschahan, Ardelan et Tébris; mais pendant ces conquêtes les Afghans s'éiaient ressaisis du Chorasan , et il avait dû courir de ce côté pour faire rentrer la province sous la domination du schah ou plutôt afin de s'y fortifier lui même. Mais celte diversion permit aux ottomans de reprendre les villes perdues et de faire subir aux Persans la défaite de Koridschan. Ali , le fils du docteur, qui , étant gouverneur de Tébris , avait construit dans cette ville une mosquée et une médrèse auxquelles il attacha de grands revenus, ne pouvait s'accoutumer à l'idée d'une paix qui devait ramener Tébris en la possession du schah. Néanmoins la reprise des hostilités ne vînt pas de lui. mais bien de Tamas-Kuli-Chan, qui , battu d'abord dans le Chorasan, avait fini par s'emparer d'IIérat et par transporter plus de neuf mille familles afghanes dans d'autres villes de la Perse. Quand la paix dont il a été question plus haut eut été conclue avec la Turquie par l'entremise de l'ambassadeur persan Ssafi-Kuli-Chan, et que Raghib- Efendi se fut rendu à Iszfahan de la part du sultan, Tamas-Kuli-Chan saisit cette occasion pour outrager publiquement le schah et proclamer sa désapprobation par une circulaire adressée à tous les gouverneurs du royaume (1). Arrivé à Iszfahan , il renversa du trône le schah Tahmasip dont il s'était jusqu'alors prétendu le serviteur, et il y plaça le fils de ce malheureux prince . enfant de quarante jours [26 août 1732 ]. Mohammed- Aga, envoyé jadis par le sultan Ahmerfà Nadir-Kuli-Chan , et retenu par celui-ci tan-
(1) La circulaire se trouve dans l'histoire de Mchdi-Clian , I. n, chap. 24.