LXVI
quel le sandschakbcg de Koi resta prisonnier. Les Persans campèrent près du village de Jertidsche, et, le lendemain [ 17 janvier 1733], près de la colline de Sciran; là ils voulurent passer le Tigre. Le pascha de Bagdad marcha contre eux avec quarante enseignes de fusiliers et quarante enseignes de volontaires; les Ottomans se retranchèrent sur le bord du Tigre ; dans la nuit, cent cinquante fusiliers persans passèrent le fleuve et voulurent s'établir à Dschurf près du camp ottoman, mais ils furent bientôt délogés. Maintenant les Persans s'occupèrent de se procurer des moyens de transport , des barques plates et des radeaux. Nadir renvoya l'alaibeg de Diarbekr , pris au port d'Adana, porter des propositions de paix(1)qui donnèrent lieu à de grandes délibérations à Constantinople , dont le résultat fut la nomination de l'ex-grand vesir Topal-Osman- Pascha en qualité de serasker. Ce général eut ainsi sous ses ordres les forces de tous les gouvernements asiatiques, formant une armée de quatre-vingt mille hommes (2).
Malgré les retranchements élevés par Ahmed-Pascha , gouverneur de Bagdad , pour défendre le passage du fleuve contre Nadir , campé en face des tombeaux des deux saints imams à deux lieues seulement de Bagdad , celui-ci parvint à transporter ses troupes sur l'autre rive du Tigre , sur un pont construit par un ingénieur européen. A Dechalc, à sept parasanges de Bagdad , fut amassé le bois nécessaire coupé dans les forêts de palmiers, que douze mille hommes firent arriver ensuite à Schchrwan , à deux lieues de Bagdad. Nadir passa le premier avec deux mille cinq cents hommes ; les ottomans, au lieu de s'opposer à ce mouvement, se retirèrent ; les Persans poursuivirent la marche le lendemain , malgré les inégalités du terrain, sur sept colonnes, et au moment où ils rencontraient Kara-Mustafa , envoyé pour les arrêter, ils furent joints par les renforts qu'ils attendaient et qui avaient passé le pont après eux : les Turcs furent battus (3). Le soir, les
(1) Medhi-cban , 1. m , p. i , dément ces deux propositions.
(2) llauway, 1. n, p. 75; Mctadi , I. m, p. 3, Snbhi fol. 5J.
(S) Medhi-cban, 1. m, p. 2. chapitre.
Persans étaient postés sur la rive droite du Tigre , en face des retranchements ennemis, et maîtres du vieux Bagdad; ensuite ils occupèrent Samara , Helle, Kerbeta , Nedschef, Eschref, Chaszekije et Ramahije : alors Bagdad se trouva complètement investi du coté de la terre et du côté du fleuve. La fête de la nouvelle année persane, c'est-àdire le Ncwrus ou le commencement du printemps , fut célébrée par Nadir avec une grande magnificence [ 19 mars 1733 ] : des pièces d'or dans des vases d'argent furent distribuées parmi les princes de l'armée; sept mille vêtements d'honneur furent donnés aux officiers (i).
Cependant Osman -Pascha avait reçu à Moszul sa Domination en qualité de serasker [ 24. février 1733 ]; après avoir rallié à lui tous les renforts des troupes kurdes, il se mit en mouvement. Au bout de huit jours il était sur le Sab : les ottomans , avec tous les auxiliaires kurdes et dergesins, avaient plus de cent mille hommes; aussi leurs opérations étaientextrémement lentes. A Kerkuk Topal-Osmnn reçut un défi de Tamas-Kuli- Chan écrit dans ce style qui nous est déjà connu par la correspondance établie jadis entre Sélim et Israaïl : a II avait, disait-il , appris qu'un général turc était en marche contre lui , il le priait de se hâter ; car , bien que Bagdad fût déjà entre ses mains , il voulait pourtant le battre avant de se porter surConstantinople ; il pensait bien s'emparer de son armée et le prendre lui-même comme un enfant dans son berceau.» Osman répondit que son surnom de Topai ( boiteux ) expliquait la cause de sa lenteur, qu'au reste il espérait que Nadir aurait le sort de Nemrod (2) [ 9 juin ]. Topal-Osman nomma Ruscbwansade commandant des tirailleurs et confia la conduite de l avant-garde au gouverneur d'Adana , Pulad-Ahmed ; l'aile gauche était sous les ordres d'Ibrahim-Pascha , l a trière-garde sous Memisch-Pascha. L'avant-garde et larrière-garde n'offraient qu'une force de six mille hommes , le parc d'artillerie ne réunissait que soixante canons
'1) Mciidichan. I. m, chap. 3.
(2) Hatiway , 1. m, cap. x , et Journal du médecin français Jean IV i codéine.
de trois à douze livres. Cependant Nadir éleva sur les deux rives du Tigre deux grosses tours pour protéger le pont , puis il contruistt quantité de maisons en deçà et audelà du fleuve pour les officiers de son armée. Rahgib-Efendi et Mohammed-Aga sortirent de la ville pour le prier de leur accorder encore quelques jours de réflexion avant d'exiger la remise de la place; mais, apprenant que Topal-Osman était parvenu à Samara, Nadir laissa douze mille hommes pour bloquer Bagdad et marcha au-devant des ottomans avec le reste de son armée forte de soixante-dix mille hommes ( 1 ) . Topal-Osman poursuivit sa marche le long du Tigre se tenant toujours prêt à recevoir l'attaque de l'ennemi. A Duldscheilik, douze lieues de Bagdad, sur les bords du Tigre, l'on en vint aux mains (2) [ 19 juillet 1733 ]. Le matin à huit heures, l'armée persane se montra rangée en bataille sur sept colonnes ; au centre des ottomans se tenaitTopal-Osman, qui, ce jour-là quittant sa litière , s'élança plein d'ardeur sur son cheval ; l'aile droite était commandée par Abdullah , premier lieutenant-général des janitschares,la gauche par les paschas Ibrahim et Ruschwansade. Le combat dura neuf heures et se termina par l'entière défaite des Persans; dix mille de leurs cavaliers étaient anéantis , l'armée entière prit la fuite et Bagdad fut délivrée. A Constantinople, le sultan reçut les félicitations des ministres et des grands , les illuminations et les réjouissances durèrent trois jours ; le chambellan qui apporta cette joyeuse nouvelle reçut cinq bourses d'argent; lent* du général victorieux, le chambellan Ahmed- Aga , fut revêtu d'une pelisse de martre «beline ; un panache de héron attaché avec une agrafe de diamants, un sabre garni de pierreries, furent envoyés au père. Au nom du sultan, dans les prières publiques, (ut ajouté maintenant le titre de (ihasi ( le victorieux ) (3). Mais la joie du triomphe fat de
(1) Mehdichan , 1. m . chap. ut.
(î) Le même. Le rapport de la victoire de Topai Osman dans Ssubhi, fol. 56, cl le r*pp<*1 do médecin français Jean Nicodcme, témoin de U klaille.
(S) Ssnbhi , fol. 57.