LXVII
rangées en deux haies pour le recevoir.
Cependant l'ambassadeur français avait reçu de Vienne des pleins pouvoirs et une lettre du comte de Sinzendorf qui l'autorisait à signer les articles préliminaires dont il a déjà été question [ 15 avril ]. Il envoya son secrétaire d'ambassade Peyssonel au camp d'Andrinople, où se trouvait déjà l'interprète français Delaria. Peyssonel communiqua d'abord à l'interprète les préliminaires en quatre articles souscrits par Villeneuve. L'interprète ottoman fit Observer que pour ne pas déplaire au grand vesir il serait convenable de faire figurer d'abord la restitutution d'Oczakow et de Kilburn , et l'on convint que le grand vesir recevrait le secrétaire d'ambassade dans le plus grand secret , sous un déguisement, dans le kœscbk de Kutschukdepe. Le résultat de l'entrevue, à laquelle assistaient aussi le reis-efendi , le sous-secrétaire d'état Raghib et l'interprète, fut que Jegen , après avoir écouté la lecture des quatre articles , n'y trouva ni la garantie ni la satisfaction qu'il croyait pouvoir attendre de la médiation de la France. Il déclara que la Porte , pour être satisfaite , devrait obtenir la reconnaissance des droits princiers de Rakoczy , et qu'il lui fallait, comme gage de sécurité , la restitution d'Oczakow , ou au moins la destruction des ouvrages de cette place O mai 1738]. Villeneuve communiqua la réponse envoyée par le cardinal Fleury à la dernière lettre du grand vesir. Le ministre français y fesait surtout sentie que, d'après des nouvelles de Kandahar, Nadir-Schah avait fait un accueil bien plus distingué à l'envoyé russe qu'à celui de la Porte , et qu'il songeait à offrir sa médiation ; en même temps Fleury promettait la garantie de la France que demandait Jegen. Peyssonel s'efforça de persuader au grand vesir que dans la garantie donnée par la France il y avait plus de sécurité pour la Porte que dans la destruction des ouvrages d'Assow (1). Le grand vesir écrivit à Villeneuve dans le sens de ses déclarations verbales sur Rakoczy et sur Assow , et Villeneuve répondit que l'empereur ne consentirait pas plus à l'été—
(1) Ssubhi,fol. 121,112,128,184. Un *r, 1. Ij p. ISS, 160, 167, 171, 175, 20S.
vatioo de Rakoczy en qualité de prince de Transylvanie , que la Russie à la destruction des ouvrages d'Assow. Dans une suite d'entretiens de Peyssonel et de Dclaria avec le grand vesir et le reis-efendi , Jegen voulut savoir si Villeneuve pensait que la France se bornerait à de bons offices pour Rnkoczy , si le traité de Paszarowicz ne pourrait pas être renouvelé de telle sorte que la Porte conserverait quelque portion de territoire , comme la partie de la Valacliie qu'elle occupait, attendu que la cour impériale n'avait accepté pour base des négociations que l'état actuel de possession. Le grand vesir écrivit à Constaotinople pour avoir des instruction* ; on le renvoya au corps des ulémas. Dans une note adressée à Villeneuve le 18 juin, il offrit de négocier avec l'empereur sur la base indiquée ci- dessus et sous la garantie de la France, à la condition d'une satisfaction pour Rakoczy ; à l'égard delà Russie, il s'engageait à renouveler le traité du Pruth si cette puissance voulait détruire les ouvrages d'Assow.
Au milieu de ces tentatives pacifiques l'armée impériale entra en campagne pour s'opposer aux ottomans. Seckendorf , dont la cupidité et les fausses opérations avaient attiré l'année précédente tant de revers sur les armes autrichiennes, était en état d'arrestation à Vienne. Hildburghausen , qui avait subi tant d'échecs en Bosnie, avait perdu toute faveur et toute influence. Cette année le duc de Lorraine reçut pour collègue dans le commandement le feld-maréchal comte Kœnigsegg , auquel on subordonna les trois feld-maréchaux Olivier Wallis , Neipperg et le prince liildburghausen pour l'infanterie , les trois autres feld - maréchaux Philippi , Soher et Lobkowitz pour la cavalerie. Ils avaient sous leur commandement huit lieutenants feld-maréchaux de cavalerie , neuf d'infanterie, trente-cinq généraux, douze mille cavaliers et vingt mille fantassins. Les hostilités avaient commencé dès la fin d'avril eu Bosnie , où l'infatigable gouverneur Ali , fils du docteur, avait détaché un corps de troupes contre Sabacz. Les habitants soldés ou non soldés des juridictions de Swornik, Tusla , Kladina, furent convoqués et placés sous les ordres de Mohammed, pascha de Swornik, et de Mustafa efendi de
Tusla ; ils dévastèrent la palanque de Pernievar , abandonnée par ses défenseurs, surprirent celle de Relina , et retournèrent à Swornik chargés de butin. Maintenant Ali— Pascha médita la reprise d'Usidscha et le châtiment des Clémentins et des Albanais, surtout des gens de Kotes et d'Ostrovitz qui avaient saccagé les palanques de Jeniba>ar, Bohur, Senidscha et Okova. Le divan de Bosnie décida que cette entreprise devait être confiée à l'ancien gouverneur de Duka gin , Mahmud-Pascha , au sandschakbeg de Skutari, Chudawerdi -Aarif- Pascha , et an muteseilim-sandschakbeg d'Hersek, Murad- Heg. Ali-Hekkimsade voulut en référer à la Sublime Porte. Pendant ce temps, les rebelles de Clémente et de Kocz furent réduits à la soumission. Lcbeglerbeg Ibrahim-Pascha et le capitaine de Swornik , Mohammed, menèrent contre Usidscha quinze mille vaillants guerriers des frontières qui dévastèrent les palanques de Czalzak et de Silniza, enlevèrent Usidscha et châtièrent les Clémentins en ruinant Rudnik , leur place principale. Le gouverneur de Widdin, Hadscbi-Mohammed, s'était mis en mouvement avec vingt mille hommes pour assiéger Mehadia , que défendait le colonel Piccolomini ; Hadschi avait sous ses ordres les gouverneurs de Karamanie. Karsz et Tirhala , Memisch, Tos-Mohamraed et Murtesa-Pascha. L'île d'Orsova et le fort Sainte-Elisabeth furent bloqués. Près de kornia , non loin de Mehadia , eut lieu un premier engagement dans lequel les Autrichiens obtinrent l'avantage, en perdant à la vérité plus de mille hommes, et poursuivirent les Turcs par-delà leur camp, où ils trouvèrent sept canons et douze cents tètes coupées de chrétiens [4 juillet 1738]. Comme les Autrichiens avaient perdu trois fois plus de monde , les deux partis s'attribuèrent la victoire. . Cependant Mehadia capitula aui conditions sous lesquelles Piccolomini avait remis le fort aux Turcs. Deux raille janitschares se retirèrent avec armes et bagages. La perte de Mehadia entraîna la levée du siège d'Orsova. Le duc de Lorraine voulait marcher en personne sur cette place quand il apprit que les ottomans , ayant franchi la Drau, s'avançaient contre lui. L'armée impériale campa près du village de Topliza> le long de la Czerna, où se jette la Bellareha.