‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 259 sur 384 · LXVII · texte numérisé non relu

LXVII

grand vesir, des décorations en or et en argent pour les vesirs et les officiers , pour les magnats et lessoldats. Comme la nouvelle du passage du Danube par l'ennemi, près de Semendra, ne se confirma pas, l'on jugea fort à propos de pousser des partis du côté de Belgrad. L'on mit à la tête de l'expédition le gouverneur de Diarbekr, Abdi-Pasthasade- Ali - Pascha , qui de Nissa se porta vers Belgrad , rencontra six cents hussards devant cette ville , en tua cent, mit les autres en fuite [ 17 septembre] , brûla des églises et des maisons et se retira en traînant après lui une multitude de prisonniers. L'on apprit aussi le succès d'une attaque contre le camp russe sur le Dniester. Ssafa-Girai-Sultan, serasker de Budschak, se réunissant au beglerbeg Weli-Pascha , était allé à la rencontre de l'armée russe, qui marchait sur le Dniester entre les petites rivières de Molochkh et de Bielochich. Vingt mille Tatares et autant d'ottomans assaillirent les Busses, qui perdirent beaucoup de monde [8 août 1738], Toutefois ce furent moins le fer et le feu des musulmans que les maladies et le manque de fourrage qui détruisirent tant d'hommes et de chevaux dans l'armée de Munch.

Le kapudan-pascha Suleiman manda de la mer Noire qu'une escadre russe , sortie du port de Tschekmedsche , sur le Palus- Méotide, avait jeté l'ancre devant kialiburun dans la vue d'opérer un débarquement en Kriraée ; mais que les infidèles ayant rencontré la flotte ottomane dans les eaux de Salbasch, en deçà de Lorijorin, et n'étant pas en état de lui résister, avaient tiré leurs bâtiments à terre pour leslivreraux flammes. De son côté le clian de Krimée , Mengli , flt savoir que les troupes russes , sous les ordres de Lascy, ayant voulu détruire les lignes de Perckop, il les avait battues et poursuivies si vivement que sur dix-sept mille hommes, Lascy eu avait conservé raille à peine. Mais ce n'était là qu'une fanfaronade tatare,car Lascy, après avoir défait le eban dans un combat acharné, s'était retiré librement dans l'I kraine. Sur le Danube, le commandantde Widdin, Hadsclii-Mohammed, opérant sa jonction avec le gouverneur de Karsz, Tos-Mohammed el le sandschakbeg de Dukagin, Mahmud-Pascha, avait enlevé les nouvelles palanque sétablies au-dessus d'Or-

sova, et s'était avancé dans le banat jusqu'à PancsoYa, qu'il avait assiégée. En Bosnie les habitants avaient signalé leur ardeur guerrière, comme l'année précédente, dans la défense de leurs châteaux -forts. Le ban de Croatie s'avançant avec une armée de Dubiza et de Kostainizza contre Kossaraz, pensait surprendre la place un vendredi , tandis que les fidèles étaient dans les mosquées. Mais le muezzim signala du haut du minaret la marche de l'ennemi, et donna l'alarme. Ostrovitz, menacé par trois mille Croates, dut son salut à la vigilance d'une mère qui allaitait son en» faut. La palanque de Derbend, enlevée l'année précédente aux Turcs par le colonel Paient , fut reconquise. Les Turcs de Novi surprirent le village de Globofze , situé près de Kostainizza, et enlevèrent bestiaux, femmes et enfants ; ils obtinrent les mêmes succès contre le château de Korkovidscha , et revinrent dans leur ville chargés de butin. Le gouverneur de Bosnie , Ali-Hekkimsade , se réunissant aux Tatares sous les ordres de Mohammed-Girai-Soltan et au sandschakbeg de Salonik qui commandait les troupes de l'Herzégovine, s'était porté vers l'Unna pour empêcher le ban de Croatie de passer le fleuve. Il poussa des partis jusqu'à Dubiza, et rejeta bien loin une troupe ennemie qui ayant pénétré du coté de Banyaluka, avait saccagé le village de Kostor devant cette ville. Au moment où la Porte recevait le bulletin de tous ces petits succès, à Constantinople arriva la nouvelle inattendue que les Russes, ayant fait sauter les ouvrages d'Oczakow et de Kilburn, avaient abandonné ces deux places. Peu de temps auparavant le commandant de Bender avait été chargé de les reprendre. Les paschas nommés pour diriger les opérations représentèrent que le succès .était impossible avec le petit nombre de troupes dont ils disposaient et qui manquaient de vivres. A peine la dépêche était partie que l'on apprit la destruction des forteresses et le départ des Russes. Aussitôt les paschas expédièrent des courriers après le porteur du premier message. Mais celui-ci ne put être atteint et arriva au camp du grand vesir deux jours seulement plus tard que la nouvelle de la destruction d'Oczakow et de Kilburn. Jegen, tout irrité qu'il fût des excuses des paschas, ne jugea pas à propos

de les châtier pour le moment. La campagne étant terminée glorieusement, le grand vesir-serasker reprit en triomphe la route de la capitale [ 2 octobre 1738 ] . Près du village d'Ahmed - Cbalife , non loin des murs de Philippopolis, il rencontra lesilihdar, porteur d'un chatti-schérif qui lui enjoignait de presser sa marche. Le 2fr octobre, il atteignit Daud-Pascha, où il remit la sainte bannière entre les mains du sultan.

Comme pendant tout le cours de la guerre les négociations marchaient parallèle ment avec les opérations militaires, i la fin de chaque campagne il est nécessaire de jeter un regard sur les efforts tentés en même temps pour le rétablissement de la paii. Quand le duede Lorraine quitta Vienne pour aller prendre le commandement supérieur de l'armée , il fut pourvu d'instructions expresses pour conclure la paix sans congrès sous la tente du grand vesir, si, comme on le présumait, Villeneuve avait fait avancer la choses au point qu'il n'y eût plus qu'à signer, et pour continuer la guerre si aucune base n'étaitarrêtée. Ces pouvoirs ne concernaient que l'empereur; il n'y était nullement question de la czarine ; Villeneuve peosa donc que l'Autriche, suivant l'exemple donné par Ostermann , avait l'intention de négocier la paix à part et pour son propre compte (I). Son embarras et son mécontentement augmentèrent encore à la réception d'une lettre du comte Ostermann [ 17 juillet 1738], dont le contenu, en contradiction avec les assurances venues de Vienne, demandait l'extension du territoire d'Assow, le partage des cantons entre Assow et le Kuban, la liberté du commerce et l'admission de la Perse dans le traité (2). En même temps Munch avait écrit au grand vesir qu'il était revêtu de pleins pouvoirs pour négocier (3). Cette contradiction dans le langage de la Russie au sujet des conditions sous lesquelles elle était prête à conclure , venait de ce que Ostermann s'exprimait envers la Porte d'après ses propres idées , et que la czarine parlait i l'Autriche dans un autre sens par l'organe

(i; Uogier.l. i. p. Î3Î.

(2) Le méme.L i, p. 237. Ssbubi, fol. 136.

(i) Ssubbi, fol. 130. LaDgier, p. 150.

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