‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 286 sur 384 · LXIX · texte numérisé non relu

LXIX

accrédité en même temps auprès de l'empereur et de Marie-Thérèse , reine de Hongrie et de Bohème, et obtint en effet 12 ducats en sus de ce qui avait été attribué a ses devanciers ; de son côté , il était chargé de vingt-deux objets pour l'impératrice, ce qui formait la moitié des présents destinés à l'empereur. Avant son audience, il lui fallut s'engager par écrit à observer les quatre points suivants du cérémonial : 1° de remettre la liste des personnes composant sa suite, l'état des présents, l'ordonnance de son cortège, la copie de son discours; 2° de faire descendre toute sa suite dans la première cour, et de n'entrer à cheval dans la seconde qu'avec le secrétaire de l'ambassade et le kiajabeg ; 3" de s'incliner trois fois en entrant dans la salle d'audience, au milieu, etdevant le trône, de déposer ses lettres de créance sur la table contre le trône , puis de se retirer à reculons , de laisser sur la table la liste des présents et de déposer les présents eux mêmes sur les degrés du trône ; 4° de baiser le bord du manteau impérial et de sortir de la salle à reculons en s'inclinant trois fois , sans armes, sans Grecs, juifs ou renégats. L'ambassadeur alla visiter les principaux établissements et les environs de Vienne ; à Schœnbrunn , il eut un entrelien avec l'impératrice et avec l'archiduc Joseph, âgé de huit ans, auquel le père François , le Jésuite collaborateur de l'empereur dans ses expériences chimiques , et qui plus tard devint premier directeur de l'académie orientale , fesait lire alors la description de l'ambassade du seigneur de Kucfstein à Constantinople. Chatti-MusUra lui-même a laissé une relation détaillée de son ambassade à Vienne, qui est annexée à l'histoire de l'empire par Isi. Quant à Penkler, après avoir eu son audience de congé à Constantinople comme internonce extraordinaire , il y resta en qualité d'internonce ordinaire ; ce fut le premier représentant de l'empereur à la Porte revêtu de ce titre. Le rétablissement et la garantie de la paix permirent à la cour de Constantinople de se consacrer de nouveau aux constructions et aux fêtes interrompues depuis dix années. La sultane Sobéide , âgée de dix-neuf ans, tille du sultan Ahmed, fut fiancée au gouverneur d'Anatoli , Suleiman- Pascha; la princesse Fatima-Chanum , fille

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de la sultane Ssaliha et du vesir Mustafa- Pascha, épousa lbrahim-Beg, frère de Jahja , gouverneur de ituraili, et ces noces furent célébrées avec une grande pompe [ janvier 1748 ]. Le fiancé de Sobéïde étant mort quelques jours avant le mariage, au bout d'un an la princesse passa entre les bras du vesir Nuuman-I'asrha janvier 17i9]. Outre quelques nouveaux kœschks, le sultan fit construire alors un vaste bassin à Beschiktasch , élever sur la côte européenne du Bospbore une nouvelle mosquée à la place de l'ancienne , et bâtir un kœschk magnifique près de Dolmabaghdsche. La première pierre d'une mosquée fut posée par le sultan dans le voisinage du vieux besestan, en présence du mufti , avec le sacrifice accoutumé de cent moutons [ 18 janvier ]. L'historiographe Isi nous a laissé en six pages in-folio la description de la féte donnée à Dolmabaghdsche par le grand vesir au sultan ; les rapports des ambassadeurs nous apprennent qu'en cette occasion le ministre lit présent à son souveiain de 25.000 ducats et en distribua 12,000 aux officiers de la cour, afin de se maintenir au pouvoir [ 7 octobre 17i8 ]. Ainsi , l'émeute populaire, éclatée trois m<»is auparavant, n'eut point pour conséquence de le renverser, quoique ces sortes d'événements eussent ordinairement entraîné la chute des grands vesirs. Le 2 juillet, un ramas de Kurdes ( Isuli ) s'était agité en criant qu'on allait raser les boutiques, dans la vue de piller le besestan. L'aga des janitschares réunit les troupes des trois principaux corps-degarde de la mosquée de Bajesid , de Parmakkapu et de Merdschan , et ralliant à lui les marchands du quartier , il tomba sur les voleurs. Avec l'assentiment du mufti, l'autorité fit proclamer qu'il était permis aux Grecs et aux Arméniens de courir sus aux malfaiteurs et de les tuer, sans que personne ensuite fût autorisé à demander compte du sang versé : ainsi les émeutiers du marché furent écrasés. En récompense de ce succès, le grand vesir fut revêtu d'une pelisse d'honneur à Beschiktasch ; les troupes des trois corps-de-garde reçurent 1,500 piastres, les soldats du guet 500 ; 2,500 autres piastres furent distribuées en indemnité aux marchands dont les boutiques avaient été forcées. L'on fil partir pour leur pays les Ar-

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méniens et les Grecs de Nikde, qui depuis quelque temps affluaient à Constantinople , et, lu hotte sur le dos, s'étaient mis pour ainsi dire en possession du marché, de telle sorte qu'à l'arrivée des navires de marchandises, il était impossible à tous les autres marchands d'acheter de première main. Une insurrection dangereuse éclata parmi les janitschares de Bagdad, qui, ayant expulsé Elhadsch-Ahmed-Pascha, nommé tout récemment à ce commandement important , réclamaient de la Porte la somme de 200,000 piastres arriérées de leur solde , et la nomination de Kisriéli au gouvernement de Bagdad. L'on accorda le sandschnk d'Istschil à Elhadsch-Ahmed-Pascha, celui de Moszula l'ex-grand vesir Mohammed-Pascha Teriaki, et Abduldschclil fut transféré de Moszul à Baszra, d'où partit Kisriéli pour se rendre à Bagdad. Alors l'émir arabe , beau-père de feu Ahmed-Pascha, prédécesseur d'Elhadsch- Ahmed, furieux que le gouvernement de Bagdad n'eût pas été conféré à l'époux de sa petite-fille, vint investir cette grande ville; des ordres furent aussitôt expédiés au gouverneur de Meraasch pour qu'il allât avec tous ses feudataires travailler à réparer les fortifications de la place menacée, qui avaient été endommagées dans le siège poursuivi par Nadir-Schah.

Le neveu et le successeur de Nadir-Schah sur le trône de Perse, Ali Kuli-Chan, aussitôt après son avènement, avait envoyé le chan de Kermanschahau, Abdulkerim, à Constantinople , pour notifier cet événement au sultan. Un mois après son arrivée, Abdulkerim fut conduit avec les cérémonies accoutumées à l'audience du sultan, auquel il présenta les lettres de créance du nouveau schah , et remit au grand vesir des dépêches venant de l'ïtimadeddewlet ( chancelier d'état) Ibrahim-Mirsa , frère du souverain, et du molla baschi [ 1er mai 17fc8]. Au bout de deux mois de séjour , il emporta des lettres du sultan , du grand vesir et du mufti , qui félicitaient Ali-Kuli-Chan de son avènement au trône et l'assuraient du maintien de la paix conclue avec Nadir-Schah. Cependant la haine qui régnait entre le nouveau schah et son frère, Ibrahim-Mirsa, éclata en hostilités; ce dernier, soutenu par un parti d'Usbegs et d'Afghans et par Arslan-

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