LIVRE LXiX
Chan, déflt son frère dans la plaine entre Snltanije et Sendschan , se saisit de sa personne, le flt priver de la vue et se proclama souverain. Mais à peine s'était-il paré du titre de schah qu'il lui fallut tirer l'épée contre son allié Arslan-Chan : le chan fut battu et tué entre Kaswin et Tébris; son frère Ssari-Chan, tombé entre les mains de l'ennemi, fut exécuté à Tébris. En même temps, à Mesched dans leChoracan, Schah roch , né de Nadir-Schah et de la fille de Husein , déclaré jadis successeur au trône , se leva en armes et prétendit faire valoir ses droits. Ibrahim, maître des provinces occidentales de la Perse, voulut maintenant envoyer deux ambassadeurs à Constantinople , Mustafa-Chan et Mehdi-Chan. La Porte, qui avait déjà congédié l'envoyé d'Ali - Kuli- Chan et qui ne savait lequel des deux prétendants se maintiendraiten définitive sur le trône, se défendit de rerevoir la nouvelle ambassade , déclarant qu'elle était inutile et que le maintien de la paix était assuré. Toutefois le grand vesir fit passer à chacun des deux représentants désignés de la Perse une montre garnie de pierreries ; ou remit en outre de la part du sultan 2,000 ducats au premier et 1 ,00') au second , et on eut soin de pourvoir à leur entretien pendant leur séjour à Bagdad. La Porte se montra plus empressée envers l'envoyé du nouveau dey de Tripoli Mohammcd-Pascha , parent d lbrahim-Pascha, mort tout récemment, qui arriva sur un bâtiment suédois apportant des présents pour le sultan, le grand vesir, le kislaraga et le kapudan-pascha. Le sultan de son côté 6t don à son vassal de quatre canons nouvellement fondus à Constantiuople , de quelques mortiers, de mille aunes de toile à voiles, de mille quintaux de fil de fer et d'une égale quantité de même métal , pour être employée dans l'arsenal et dans les cables de Tripoli [21 mars 1748 ]. A cette époque, la Porte avait une grande supériorité dans les constructions navales; au moment même dont il est ici question , deux vaisseaux de haut-bord furent lancés à la mer. Le kapudan-pascha Esseid-Mustafa , confirmé dans sa dignité , reçut une pelisse d'honneur , et le sultan lui exprima sa satisfaction sur le dernier combat naval livré dans l'Archipel. La Kialo, vaisseau du troisième amiral .avait
croisé devant Napoli di Romaniaet rencontré dans le port de l'île de Gœsterelik deux scampavie,de Malte, qui s'étaient emparées d'un garde-côte trois-mats de Damiette ; les Maltais s'enfuirent dans la nuit et gagnèrent le port de Karatova près de l'île de Mis , où Ibrahim, capitaine de Stanchio, qui stationnait dans ces parages, les assaillit et saisit les bâlirncntsavec dix-neuf Maltais vivants, qui furent conduits au bagne comme esclaves. Ce môme capitaine avait pris l'hiver précé^ dent l'un des plus fameux corsaires maltais, nommmé Paulo , avec son vaisseau, près de l'île de Degirmenlik ( Milo ) , et l'avait amené à Constantinople, où ce prisonnier fut pendu aux vergues du premier vaisseau amiral , la Kapudana , au moment où la flotte ottomane quittait le port pour aller prendre la mer.
Les troubles qui avaient menacé d'éclater du côté de la Krimée par suite de la fuite en Pologne, du kalgha déposé , Schahin-Girai, et de ses efforts pour exciter à l'insurrection les Zigeunes de la Bessarabie, furent détournés par le retour volontaire de ce prince dans sa patrie, et le chan ayant intercédé pour Schahin Cirai, l'on se contenta de le bannir d'abord à Uhodes ; puis on lui permit de résider à Chios; sou frère Mahmud-Cirai eut la faculté de vivre au milieu des domaines de la famille Dschengisà Janboli. Cinq mois après mourut le chan de Krimée , Sélim-Girui.fils de Kaplan-Girai , et la dignité suprême fut conférée au fils de Dewlet-Girai , Arslan-Girai , l'ancien kalgha, qui vivait alors dans la retraite à Wise. Le grand écuyer Torak-Mohammed-Beg lui porta le diplôme d'investiture. Un chatli - schérif ajournait à un autre moment sa présentation à la Porte , et le pressait de se rendre immédiatement eu Krimée , où le chaszeki lui porta encore des fonds.
De tous les changements opérésencore dans lcsgouvernementsetlesvesirats, voici les plus importants : les deux hospodars de Moldavie et de Valachie, Grégoire Ghikact Constantin Maurocordato permutèrent dans le cours de cette année ; Ghika , qui avait déjà trois fois administré la Moldavie en qualité de prince, fut investi pour la deuxième fois du gouvernement de la Valachie; et Constantin Maurocordato , qui avait siégé quatre fois déjà sur le trône d'hospodar de la Valachie,
alla prendre pour la troisième fois In direction des affaires en Moldavie [ juillet 17V8 ]. L'ex-médecin du sultan, Mohammed -Said, reprit ses fonctions, et son prédécesseur Ahmed reçut pour dédommagement le rang de juge de Constantinople. Chypre fut attribué de nouveau comme chasz ou domaine de la couronne au grand vesir. Au Kaire , Raghib- Pascha fut déposé par le parti des begs dont îl méditait la destruction , et la Porte, malgré toute son indignation , dut tolérer cet acte de violente rébellion des Mamluks, à cause du moment où l'Egypte livrait le grain destiné à la Mecque , où se percevait l'impôt sur les villages, où se fesait l'envoi annuel du tribut en argent [ 12 septembre ]. Le gouverneur dTtschil, l'ex-grand vesir Ahmed- Pascha, fut porté à la direction de l'Ésypte ; sa place fut donnée à Kccse-Ali-Pascha , commandant de Retirao, et Raghib-Pascha fut appelé à Constantinople où il devait siéger parmi les vesirs de la coupole en qualité de nischandschi. La dignité de vesir fut conférée au gouverneur de Tschildir, Elhadsch- Ahmed-Pascha, et le kiaja Nuuman-Pascha reçut les sandschaks de Salouik et de Kawala comme argent d'orge ( 10 décembre]. L'ancien kapudan-pascha, Schehsuwarsadc- Mustafa , qui avait jusqu'alors possédé ces sandschaks, eut le commandement de la Canée,d'où Kœprilisade-Elhadsch-Ahmed- Pascha fut transféré à Tirhala. Le kiaja de l'ancien gouverneur de Ragdad , le même que les Arabes, campés devant cette ville, voulaient élever au commandement, et qui maintenant était gouverneur d'Adana, eut la troisième queue de cheval avec le gouvernement de lïaszra , après avoir toutefois payé les 1,800 bourses arrachées par lui à des particuliers de Bagdad , et versé les 48,000 piastres qu'il devait au trésor public. Le chambellan Abbassade-Mohammed partit pour Baszra avec la mission d'apaiser les troubles parmi les Arabes de ces contrées, et Ahduldschelilsade, jusqu'alors gouverneur de Baszra, dut se rendre à Adana. Le gouverneur de Bagdad, Ahmed -Kesrieli, n'étant pas en état de contenir les janitschares, quoiqu'il eût envoyé à la Porte la téte de son propre kiaja , qui avait entretenu des intelligences avec Suleimau , kiaja du précédent pascha , le rude et actif Hohara-
med-Teriaki , ancien grand vesir, alors gouverneur de Moszul, dut aller exercer le pouvoir a Bagdad . et Kesrieli attendre dans la retraite une destination ultérieure. Moszul fut confié au précédent gouverneur de Rumili, Jahja-Pascha, qui s'était excusé d'accepter le sandschak d'Aidin à titre de malikiane. Raghib-Pascha fut chargé de percevoir les impôts dans cette dernière province. Raghib brillait au milieu de tous ces vesirs par son intelligence et son savoir, de même qu'Esaad-Efendi , fils de l'ancien mufti Tsmaïl , nommé à la première dignité de la loi à la place du vieux mufti Akmahmudsade, éclipsait tous les ulémas par ses lumières. Esaad-Efendi est auteur d'un ouv rage philologique très-estirnê la Preuve des pierres précieuses , de diverses gloses à de célèbres panégyriques; il a écrit deux kaszidets trèsestimés , le Livre du rossignol etdes Souvenirs des chanteurs , composé le dictionnaire turcarabc-persan sorti des presses de Constantinople, et a laissé des poésies en arabe et en turc. A cette époque la science fit une grande perle dans la personne du grand juge de Rumili, Neili-Ahmed Efendi. tils du savant juge de Constantinople sous Mohammed IV, Mirsa-Mohammcd , qui mourut à l'âge de soixante-dix ans [ 10 mars ]. On lui doit une traduction de l'ouvrage de l'historien arabe Ibnol-Dschusi sur la descendance du Prophète, qui a pour titre : Ijx noblesse des élus. Il termina le dictionnaire arabe annexé à l'histoire de Perse de Waszaf, interrompu par la mort du savant reis-efendi Ebubekr- Schirwan, et sut expliquer les énigmes du scheich Ibnol-Arabi, père du mysticisme arabe. Deux mois avant lui était mort le plus grand des scheichs mystiques , alors i Constantinople, Abdullah - Efendi , fameuï sous le nom de rimàm des Couteliers. A pei près vers le même temps mourut aussi k premier imam du sultan , Haûs-Mustafa , signalé par sa belle voix [ février 1748 J. Parmi les vesirs on vit descendre dans la tombe le gouverneur de Tschildir, lshak-Pascha, qui eut son Dis Ahmed pour successeur ; celui de Diarbekr, Hasan , ancien grand vesir. Il fut remplacé par le pascha de Moszul, Jahja, dont le gouvernement passa à Tbrahim-Pascha, appelé de Meraasch , où fut envoyé Ahmed-Kesrieli , l'ancien commandant de