LXIX
sance dans l'Irak , divers événements importants s'étaient passés dans cette contrée. Ali-Merdan le Bachtiare, chef des tribus de Loristan,ct Kerim, chef de la tribu de Sen 1, se disputèrent à Iszfahan la domination de la Perse au nom du mineur Ismaïl- Mirsa. Ali-Merdan se fortifia par les secours de son parent Ismaïl-Chan, gourverneur du Loristan, du commandant de Huweise et de Schuster, ainsi que des tribus de Senginc et de Kelhur, puis il marcha contre Iszfahan. Kerim installa son frère Mohammed en qualité de scrasker , et l'envoya vers Kermanschahan à la tète de douze mille hommes. Près du village d'Hadschiabad , dans les environs de Kermanschahan, ils laissèrent leurs bagages , et sept mille hommes voulurent surprendre le camp d'Ali-Merdan ; mais celui-ci les re.;ut si bien, que Mohammed- Chan et deux de ses frères restèrent sur la place avec trois mille hommes. Fier de sa victoire, Ali-Merdan marcha contre la forteresse de Péri , entre Iszfahan et Hamadan , où Kerim avait déposé ses trésors. Il conquit cette place et s'avança sur Iszfahan. Mais Send Kerim vint à sa rencontre, et lui livra une bataille qui dura deux jours. Enfin la plus grande partie des troupes du Loristan ayant déserté les drapeaux d'Ali-Merdan, la victoire passa du côté de Send-Kerim. Ali- Merdan et Ismaïl-Chan s'enfuirent vers Bagdad , où le gouverneur les logea près du dernier ambassadeur Mustafa. Cependant Kerim avait repris la forteresse de Péri ; et informé de l'accueil fait à Ismaïl-Chan et à Ali-Merdan par Mustafa, il saccagea Sawa, où étaient situés les biens de cet ambassadeur, dont il emmena deux fils prisonniers à Iszfahan. Le juge du Loristan et deux chans apportèrent cette triste nouvelle à Bagdad , d'où Mustafa partit en toute hâte pour la Perse avec le prétendu prince Husein-Mirsa, qu'il voulait porter au trône. L'ex-ambassadeur appela les secours de l'Afghan Asad- Chan de Rumijc , qui repoussa Kerim-Send et assiégea Péri. Kerim-Send rechercha l'appui de Mohammed-Huscin-Chan, chef de la tribu turkmane des Katschares qui s'étaient fixés à Astrabad, sur la mer Caspienne. Battu par AsadChan, Kerim-Send fut contraint d'abandonner Iszfahan et Schiras,et aurait peut-être précipité sa fuite plus loin encore
si Rustem-Chan, seigneur du village de Cbischt, dans les montagnes de Germasir, ne l'avait encouragé à se porter dans le défilé du Kenne pour y attendre l'ennemi (I).
Complètement défait, AsadChan se vit réduit à se réfugier du côté de Bagdad , à l'exemple d'Ali-Merdan qui venait de périr sous les coups d'un assassin ; dans la suite il vint en sujet soumis se prosterner devant Send- Kerim, qui sut en faire un ami dévoué. Le rival le plus redoutable de Kerim-Chan était maintenant Mohammed-Husein - Katschar , auteur de la dynastie persane d'aujourd'hui. Pour bien distinguer les dix ou douze prétendants qui se disputèrent le royaume de Perse après la mort de Nadir-Schah , il faut les rattacher à leurs diverses tribus respectives dont l'influence prédominante a été déjà signalée au temps de la domination de Ssafewis,et qui, après la chute de cette famille souveraine , voulaient chacun se saisir du pouvoirsupréme. Les princes Schahroch, Ismaïl-Mirsa, Husein-Mirsa, Ssafi-Mirsa.qui se disaient, à tort ou à raison, descendants de la sœurduschah Husein, appuyaient leurs prétentions sur leur parenté avec la dynastie renversée. Tous les autres n'étaient que des chefs de tribus : Ahmed - Chan dans le Kandahar et Asad-Chan dans l'Aserbeidschan , étaient des Afghans , de cette tribu qui avait amené la destruction sur la famille Ssafewi. Ali-Mcrdan était le chef des Itach tiares dans IeLoristan; Kerim-Chan , celui de la tribu Send-Ali-Kuli-Chan; les autres parents de Nadir - Schah étaient des Efschares ; Mohammed-Husein -Chan, commandait aux Katschares. Ainsi en résumé Ssafewis et Afghans se disputaient le trône de Perse, ralliant sous leurs drapeaux opposés les tribus turkmanes des Efschares et des Katschares , les tribus persanes des Hachtiares et des Sends.
Malgré les confirmations d'emplois dont on a vu les effets immédiatement après la mort du kislaraga Beschir, plusieurs changements s'opérèrent plus tard dans quelques ministères. Le plus important fut l'éloignement du kiajabeg Nafis-Mustafa-Efendi, jadis envoyé en mission auprès de Nadir-Schah. Il fut remplacé par l'intendant de l'arsenal,
(1) Malcolm , Ilist. d« la Perse, I. ni. p. 178.
Mustafa-Beg, qui lui-même eut pour successeur Bekir-Efendi , l'ambitieux gendre du reis Mustafa. Le kapudan-pascha Mohammed , fils de Suleiman , reçut la troisième queue de cheval. Les deux grands juges et le magistrat de Constantinople furent remplacés. Le chef de la chambre des pages du trésor , que le sultan avait éloigné du sérail, fut envoyé dans le gouvernement de Tirhala. L'ancien grand vesir KœrAhmed-Pascha étant mort , Abdullah , jadis investi également du sceau de l'empire, et alors gouverneur du Kaire , alla le remplacer, laissant lui-même son commandement à Mohammed-Pascha , ancien premier ministre. Le savant mufti Esaad , célèbre par ses œuvres et recommandable par ses pieuses fondations, disparut de ce monde le 10 août 1753. Alors le grand vesir était occupé de la construction d'un couvent de derwisebs Nakschbendis dans le faubourg d'Ortakdschiler, près d'Ejub, et il fit installer en qualité de scheich Muradsade-Mohammed, récemment arrivé de Syrie , qui venait aussi de fonder une mosquée à Galata sur l'emplacement du magasiné plomb, s'imaginant qu'en ce lieu les Beni Ummeije avaient élevé la première mosquée de Constantinople quand ils assiégèrent la ville pendant sept ans. Ce même scheich avait naguère aussi découvert dans son voyage à la Mecque le tombeau du père du Prophète , pour lequel furent disposés un cercueil magnifique, une riche couverture et des lampes. Le sultan , exact à remplir ses devoirs de piété , encourageait de sa présence la lecture de la tradition de Bochara. Au reste, montrant un intérêt actif aux entreprises utiles à l'empire, il assista aux fêtes célébrées quand on lança des bâtiments à la mer ; et aux essais de nouvelles pompes , dont le besoin se fesait d'autant plus vivement sentir que les incendies devenaient toujours plus fréquents. Le grand vesir déployait pourtant une activité infatigable pour le maintien de la police, et ne ménageait pas non plus les grands coupables dans l'empire. C'est ainsi qu'il fit étrangler le sandschakbeg d'Asir qui s'était livré à des actes de brigandage. Les soins de Mustafa- Pasrha s'étendaient à toutes les branches de l'administration. Il visitait assidûment l'arsenal et les fonderies dont il surveillait