LIVRE LXIX
activement les détails. La bibliothèque nouvellement construite par le sultan près du sérail de Galata reçut une riche collection de livres tirés du vieux sérail impérial. L'aga du sérail de Galata vint recevoir ces livres, suivi de tous les baltadschis et des officiers du palais. Le silihdar impérial , le chodscha de la nouvelle bibliothèque , les trois chodschas ( professeurs ) de la chambre des pages, le scheich des lectures du koran , l'inspecteur des fondations pieuses de la Mecque et de Médine , l'administrateur et le secrétaire de la bibliothèque, trente sous-maître», des professeurs avec tous les pages , s'assemblèrent dans la grande salle de l'édifice, où, après la lecture de dix versets du koran, l'un des assistants expliqua la première surre du koran , d'après BeidhaWi. Six jours après le sultan s'y rendit en personne pour entendre la lecture du livre du Prophète. Ce fut là la dernière démarche officielle du sultan qui avait ouvert son règne par la fondation des bibliothèques attachées aux mosquées d'Aja Sofia et de la Validé. Depuis quelque temps déjà sa santé chancelait, et les deux tremblements de terre qui dans l'espace d'une année avaient ébranlé Gonstantinople et Andrinople , furent considérés comme de sinistres présages. L'année précédente , au mois d'octobre , des palais et des mosquées avaient fortement souffert; maintenant dans la nuit du 2 au 3 septembre quatorze secousses se firent sentir dans la capitale. Les murs d'enceinte furent endommagés, l'une des sept tours s'écroula, les mosquées d'Aja-Sofia et de Mohammed se crevassèrent, cinquante à soixante personnes furent écrasées. Des prières publiques furent ordonnées dans les mosquées. Les ottomans superstitieux s'attendaient à la mort de quelques hommes éminentsdans lessciences ou dans l'administration. En effet , le ik octobre 175fc , mourut le grand scheich Jusuf-Efendi. Précepteur du grand vesir Ali de Tschorli , dans l'espace de vingt-huit ans il avait achevé un grand commentaire à la collection des traditions. Quand il présenta cet ouvrage au sultan , Mahmud le récompensa par un don de 1,000 ducats, et déposa le livre plus tard dans la bibliothèque attachée par lui à la mosquée de Mohammed II. Le jour où se fit ce dépôt ce fut une grande solennité , et le scheich , mandé devant le
sultan , reçut encore 6,000 piastres. Jusuf- Efendi rédigea en outre des gloses au commentaire de Beid ha wi, commenta une moitié de la collection des traditions de moslim, laissa vingt traités surdes sujets de la tradition, et vingt-sept sur diverses parties de la science. Auteur de poésies religieuses en turc et en persan, sousle nom d'Hilmi (le doux ), il avait consacré soixante années de sa vie aux fonctions de professeur, de lecteur et de prédicateur dans les mosquées, et s'éteignit à l'Age de quatre-vingt deux ans. Deux mois après les esprits furent frappés par la mort du sultan, déjà très-malade, il s'était fait violence pour assister à la prière du vendredi ; le silihdar et les autres agas de la cour ne purent qu'à grand'peine le mettre à cheval et l'y maintenir. Sous la porte extérieure, en rentrant au sérail, il rendit l'âme, et les canons du sérail ainsi que les muezzims, du haut des minarets, annoncèrent aussitôt l'avènement de son frère, Osman III, fils de Mustafa II. Mahmud, premier de ce nom, régna vingt-quatre ans; son gouvernement prospère en général fut marqué par la douceur des actes, par le succès de la paix de Belgrad , et par la fondation de bibliothèques dans la capitale. Des seize grands vesirs qui tinrent sous lui le sceau de l'empire , il reçut les douze premiers de la main du tout-puissant kislaraga Beschir, qui exerça un pouvoir absolu jusqu'à l'âge de quatrevingt ans, et les quatre derniers de l'autre Beschir, exécuté à vingt-huit ans. Parmi ces premiers ministres il faut signaler le vaillant Topal-Osman , qui périt en combattant Nadir-Schah , et Ali-Hekkimsade, qui deux fois dirigea d'une main habile les rênes de l'état. L'influence lapins décisive sur la politique extérieure de la Porte, sous Mahmud Ier, fut exercée par des hommes formés dans les ambassades auprès des cours européennes, dans les négociations de paix et les commissions pour la délimitation des frontières, instruits, éclairés surtout par Bonneval, tels que Mewkufatdschi-Mohammed-Terjaki , qui fut lui-même un an grand vesir; Mustafa - Efendi , l'ambassadeur à Vienne, qui voulut ménagerie paix entre les puissances chrétiennes; Mohammed- Raghib, qui donna l'impulsion aux négociations pacifiques avec la Russie , l'Autriche et
la Perse; Mohammed- Said, euvoyé en France , en Suède et en Russie , qui devint ensuite ministre de l'intérieur; Naili-Abdullah, alors reis. Ces trois personnages furent grands vesirssous le règne suivant. Dans les divers emplois par lesquels ils passèrent, leur voii eut toujours une grande autorité dans les délibérations sur les plus hauts intérêts de l'empire. Leur concours amena le traité de Belgrad avec l'Autriche et la Russie, le renouvellement des capitulations avec la France, l'alliance suédoise, la paix avec Nadir-Schah , des traités d'amitié avec Na-
ples et la Toscane. Le règne du sultan Mahmud marque la période la plus brillante de la diplomatie ottomane ; alors des ambassades et des négociations obtinrent d'heureux résultats pour l'extension des frontières, et le zèle du sultan pour la civilisation est attesté par la fondation de bibliothèques. De ces deux points de vue l'historien européen peut reconnaître la justesse des éloges donnés à Mahmud I" par les ottomans qui, fesant allusion à son nom qui signifie le béai, considèrent son règne comme une époque de bonheur et de prospérité pour l'empire.