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arrêter des mesures sur le calibre des pièces, la fonte des boulets et l'établissement des affûts. Tandis que se poursuivaient tous ces préparatifs pour la prochaine campagne , le prince Bajé&id, frère du sultan, mourut à Constantinople frappé d'apoplexie. Des soupçons d'empoisonnement s'élevèrent, et la jalousie que le prince défunt avait inspiré au sultan, donnait une certaine consistance à toutes ces rumeurs- Ce sentiment dominait si fortement Mustafa , qu'un jour ayant rencontré un bostandschi qui , sans y être autorisé , était venu visiter Bajésid et lui communiquer des nouvelles du dehors, il fit aussitôt abattre la tête à l'indiscret serviteur. Cependant le serasker de Valachie, Silihdar- Mohammed-Pascha , périt à Giurgewo sous le sabre des janitschares révoltés , auxquels il était odieux depuis sa retraite de Chocim, et surtout à cause de son extrême sévérité. L'aga du camp et celui de Giurgewo ayant voulu le secourir, furent également massacrés. Quand plus tard le camp eut été transféré à Schurana, l'aga des janitschares, Suleiman, fit rechercher les provocateurs et les complices de cette rébellion, et, à mesure qu'ils lui tombèrent entre les mains, il les fit jeter dans des puits , ce qui lui valut le surnom de Creuseur de puits, jadis donné à un vieux grand vesir de Murad , célèbre par sa cruauté. Depuis long-temps les liens de l'ancienne organisation de l'armée ottomane étaient relâchés et ne retenaient plus rien ; les commissaires, pourvus de deux mille diplômes d'investitures, afin de lever deux mille sipahis et silihdars réguliers, trouvèrent à peine deux cents individus qui voulussent se faire inscrire. Cette tentative de recrutement n'eut pas plus de succès que celle de l'élévation de la valeur nominale des monnaies, ordonnée dans l'intérêt du trésor public. Le ducat favori fut porté de 110 à 120 aspres, et le ducat à la noisette de 155 à 160. Les commissaires envoyés au camp pour mettre cette mesure à exécution trouvèrent d'ailleurs quelques ducats à peine dans la caisse de l'armée , et il fallut expédier kOO nouvelles bourses, pour combler le déficit que l'on s'était flatté de couvrir au moyen de ce déplomble expédient financier [ 22 février 1771 ].
A la place du silihdar massacré à Giur-
gewo , le grand vesir envoya au camp le kiajabeg révéla des trois queues de cheval, et lui donna pour successeur Resmi-Abmed, auteur d'un ouvrage intitulé : Choix d'observations sur les événements de la guerre actuelle, dont il a déjà été question. L'aga dessilihdars et le maître des cérémonies furent bannis. L'historiographe de l'empire remplaça ce dernier comme teschrifatdschi. Cette réunion de deux charges sur une même tête était d'autant plus convenable, que le cérémonial ( teschrifat ) est l'un des objets les plus importants de l'étude de l'histoire. Le nom de Teschrifat désigne aussi en général les présents que le sultan envoie, après le paiement de la solde, au grand vesir et aux généraux des troupes pour leur témoigner son contentement sur la conduite régulière de l'armée.
Le boulevard avancé do Bukarest sur la rive gauche du Danube est Jerkcuki, dont les Walaques ont fait Glurgewo, les Russes Chursha. Au commencement de la dernière campagne, les Russes avaient occupé cette place, mais pour l'abandonner presqu'aussi* tôt. Les mutineries des janitschares paraissant faciliter les opérations, le général Olitz reçut ordre de reprendre possession deJerkœki.
Les Turcs au nombre de sept mille se dé* fendirentsous les ordres du nouveau serasker Iset-Mohammed ; mais les ouvrages avancés furent emportés, après quoi le château se rendit (1). Le général Weiszmann parut de son côté avec sept cent cinquante hommes, au gué des moulins, aune lieue de Tuldscha, où étaient postés le beglerbeg Firuschselisade, Mobammed-Paschaelle ssamszu îdschi-baschi Chalil-Aga. Après un léger engagement, la petite forteresse ouvrit ses portes [ i avril 1791 ]. Ensuite Weiszmann avec seize cents hommes , marcha contre Isatdstbi ; brûla les magasins , prit le château qu'il lit sauter, et se retira sur Ismaïl.
Tous ces succès des Russes , avaient été obtenus avant que le grand vesir jugeât à propos de déclarer la campagne ouverte ; car les queues de cheval ne furent arborées A Babatughi que vers la fin d'avril. Le camp
(1) Wasïif, p. 148. Histoire de Biilurlin. Journal de Péletsbourg, 16, p. 130.
n'était pas encore établi , lorsque le grand chambellan, Ssali-Aga, vint apporter 500 bourses pour la solde des troupes, et trois chatti-sclierifs , dans lesquels le sultan exprimait son mécontentement au sujet de la perte de Giurgewo , Tuldscha , et de la révolte des janitschares. Le grand vesir voulant procéder à l'établissement de la discipline, commença par expulser du camp tous les mignons. Cette mesure donna lieu, dans le diwan , à la scène la plus étrange, que l'historiographe de l'empire a racontée, et qui représente bien l'idée de la dépravation des mœurs, ainsi que de la disparition totale de toute règledans l'armée à cette époque. Le grand vesir ayant réprimandé rudement le général des armuriers, Gudaga , pour infraction à la prescription dont il vient d'être parlé, le maître des requêtef. Munib-Efendi, prit aussitôt la parole : « Qu'est-ce à dire? quand le padischah défend sévèrement l'usage des bijoux , les raiuistres et les grands ne s'abstiennent pas pour cela de porter de petits poignards garnis de pierres précieuses qui ne frappent pas d'abord la vue, et l'on tolère cet abus. Qui me défendra d'entretenir auprès de moi un petit garçon de huit ans, qui me rafraîchit la vue et me sert d'amulette de santé? Qui m'empêche de lui envelopper la tête d'un turban à cet enfant de mon âme, et de le garder dans ma tente, au lieu de le rejeter loin de moi pour qu'il soit victime de la passion des autres? » Tous les assistants gardèrent le silence; personne ne contredit un homme d'un si grand poids, et ceux qui sentaient comme lui , se réjouirent secrètement de ces paroles. La première entreprise du grand vesir à l'ouverture de la campagne , fut couronnée d'un succès complet. A la tête de douze mille hommes, il emporta Giurgewo, avant que le prince Repnin pût arriver au secours de la place. La garnison fut conduite à Kallé où , cinq jours auparavant, les Turcs avaient obtenu un nouvel avantage, sans pouvoir cependant s'emparer de ce lieu. Le général Weiszmann, avec sept bataillons et six pièces d'artillerie, attaqua la ville de Tuldscha où se trouvaient huit mille Turcs. A trois lieues de cette place , sont les cinq collines , résidence d'une centaine de Cosaques du Don , alors tributaires de la Porte. Ces gens furent