‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 343 sur 384 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

chassés parles Tares, qui dévastèrent les habitations, et se retirèrent après avoir encloué les canons de Tuldseha. Cependant le grand vesir se tenait toujours immobile dans le camp de Babataghi , d'où ses troupes désertaient en masse en dépit de Routes les mesures. Le nouveau commandant de Widdin, Muhsinsade-Mohammed, déploya sur le Danube la même vigueur et la même activité dont il avait fait preuve l'année précédente , pour la défense de la Morée. Il se porta audelà de Kalafat avec ses troupes, et marcha sur Kallé. Le général Essen avec une armée de vingt-mille Russes et Moldaves, tenta une attaque sur Giurgewo , mais il fut repoussé avec une perte de cinq cents morts, compta deux mille blessés, et laissa sept canons ainsi que des munitions entre les mains des Turcs. I 12 septembre ]. Muhsinsade , renforcé par les troupes d'Hasan-Pascha de Silistra, que lui amena le kaimakam Ahmed-Pascha, se trouvait à la tête de trente mille hommes ; mais il n'avait pour ainsi dire que de la cavalerie, et il lui aurait fallu de l'infanterie, pour l'entreprise qu'il méditait contre Bukarest. H attendit donc dans le camp de Giurgewo. Les soldats mécontents se plaignirent à l'aga du camp : « Vous êtes presque tous janitschares, répondit celui-ci; mettez-vous à pied, sacrifiez vos chevaux, et nous marchons aussitôt en avant. » On disputa plusieurs jours sur cette proposition; le serasker, Iset -Mohammed - Pascha, et le kaimakam El hadsch -Ahmed-Pascha eux-mêmes n'étaient pas d'accord ; il arriva donc, qu'au lieu de prendre Bukarest, les Turcsfurent repoussés de la Dumbowiza par le général Gudowitz, avec une perte de deux mille hommes et quatorze canons, et revinrent en fuyant à Giurgewo [ 30 octobre ] (1). Le général Miroladowitsch, battit sept mille Turcs a Matschin ; le général Weiszmann, en défit deux mille devant Tuldscha que les Russes tirent sauter. Ainsi s'accomplit la campagne sur le Danube.

Les Turcs éprouvèrent bien d'autres désastres en Krimée , où leur domination fut renversée pour toujours. Le chan hésita long-temps à quitter Babataghi , pour aller

(1) Waszif, p. |Hj. Pmtnrlin. p. 133.

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défendre les lignes d'Orkapu ou de Pérékop menacées par les Russes. Parvenu à Baghdscheserai , il s'y livrait aux douceurs du repos, quand il apprit que trente mille Russes, et soixante raille Tatares, étaient devant Orkapu. Arraché brusquement à sa mollesse, il courut avec quatre-vingt mille Tatares et sept mille Turcs , au secours du rempart de l'isthme. Mais les lignes furent emportées d'assaut f 24 juin 1771] , et lui-même dut se retirer. Douze mille Tatares qn'il avait laissés derrière lui , s'efforcèrent de rejeter dans le Ssowasch (1) la division du prince Prosorowski ; mais ils furent battus et Pérékop succomba. A la nouvelle de la prise de Taman et de la marche de l'armée russe contre Kaffa, le chan quitta Tusla, et, tout éperdu, précipita sa course vers sa résidence de Baghdscheserai. Quelques membres de sa famille s'étaient retranchés sur le mont Karatagh ;• il les abandonna et s'embarqua bien vite pour Constantinople avec une faible suite. La confusion se répandit partout ; les habitants s'enfuirent de tous les points vers l'Anatoli (2). Abasa- Pascha auquel avait été confié la défense de Jenikalaa , perdit la tête , ne débarqua pas même ses troupes, et regagna Sinope ; cette lâcheté fut punie plus tard par le dernier supplice. Cependant le serasker de Krimée , appelé au secours de la garnison de Kaffa qui lui adressait courrier sur courrier , quittait les rives du Kaszu où il avait assis son camp, lorsqu'il apprit que les Tatares avaient rendu hommage au prince Dolgorucki , conquérant de la Krimée, qui, au nom de l'impératrice, avait promis l'indépendance de la presqu'île sous la suzeraineté russe (3). Les Russes entrèrent en vainqueurs à Kaffa, à Kertsch et Jenikalaa. Gœslewe et Sutak succombèrent ; le serasker fut battu [ 13 juillet ]. Les Tatares d'Ediku, de Jedisan, qui, l'année précédente, s'étaient placés déjà sous la protection de I* Russie, et s'en étaient détachés en partie ,

(1) Partie de tner renfermée au moyen d'uue langue de terre , dans le rivage oriental de la krimée, d'où le lac Méolisa pris le nom de mer Zabaehc, sur 1rs cô'.cs Européennes.

;2) Théâtre de la guerre actuelle, p. 189.

(i) lbid. 1. h, p. 192. WasiiC I. n , p. Mis. liutnrlin. p. Mî).

avaient celte fois préparé à Dolgorucki les voies de la conquête. Quarante-huit députés, avec deux fils du chan enfui à Constantinople, prêtèrent à Pétersbourg le serment de fidélité à l'impératrice, et le prince Dolgorucki , sous la réserve de l'agrément de sa souveraine, installa Schirin-Beg en qualité de chan de Kriraée (1). Les descendants de la famille de Dschengis furent pour jamais soustraits à la domination de la famille d'Osman, et la Russie proclama officiellement l'indépendance de la Krimée. Les Russes ne furent point aussi heureux dans leurs tentatives sur Ocsiikow et Kilburuu; les deux vaillants commandants, le chasinedar-vesir Ali-Pascha, et Abdulla-Pascha, les repoussèrent [ 31 août 1771 ]. La Porte se hâta de les récompenser, et d'expédier de Warna 350 bourses pour l'approvisionnement d'Ocsakow. Le chan fugitif ayant débarqué à Bujukdere , où il descendit dans la maison de plaisance de Murad-Efendi , le ni se ha ndschi Osman - Efendi , qui déjà négociait comme ministre d'état avec Thugut et Zegelin, fut dépéché auprès du prince, pour éire informé du véritable état des choses. Esprit borné, brouillon, vaniteux.Osroan Efendi plein de confiance dans son élocution diffuse, et dans ses connaissances diplomatiques, était un de ces hommes d'état que la Providence dans sa colère oflre à 4a faveur des souverains, quand elle a résolu la ruine de leur empire. Le chan et son protecteur Osman-Efendi représentèrent la conquête de la Krimée , comme un coup de la fatalité. La tôle d'Abasa fut exposée devant la porte du sérail ; mais le sultau envoya des vêtements et de l'argent au serasker Abdultschelilsade-Mohammed-Pascha , gouverneur de Diarbekr, tombé eutre les mains de l'ennemi. Osman-Efeudi présenta comme un puissant motif de consolatiou, la révolte des Kalmuks Ajuka du Wolga qui, secouant le joug des Russes , et franchissant le Jaik et le Jenbar , s'étaieut frayé un passage à travers le pays des Karakalpaks , pour aller chercher de nouvelles demeures. Il préteudit aussi fonder de grandes espérances

(i) Rapport de 1 buguL

sur l'arrivée de quatre-vingt Cosaques Inadiens , et d'un mirza de la tribu de Jediszan, qui demandèrent Bachtgirai pour chan du Kiptschak. Tandis que la Krimée se perdait irrévocablement , la Porte rêvait la nomination d'un nouveau chan, qui aurait commandé au Kiptschak, au Kuban , à la Kabartai , aux Tscherkesses, aux Lesghis, aux Kumuks , aux Kaitaks , et à toutes les autres populations du Daghistan (1). Le gouverneur de Tschildir, Suleiman-Pascha, négociait avec le prince Heraklius, par l'entremise du gendre de celui-ci. Feignant du repentir de sa défection , Heraklius lit espérer a la Porte de le voir rentrer sous la domination ottomane (2). En Syrie, la fortune s'était déclarée en faveur des Turcs. Le redoutable beg des Mamluks, Ali-Beg, trahi par son gendre favori, Abuseheb, avait été réduit à s'enfuir de Damas au Kaire (3). On reprocha cette évasion au gouverneur de Damas , Osman-Pascha, qui aurait pu facilement se saisir d'Ali, et qui, pour cette négligence, fut remplacé par le vesir Nuuman-Pascha, ancien gouverneur de Chocim. Vers ce temps, arrivèrent à Coustantinople, le secrétaire du cabinet du grand vesir , Abdurrisak, et Waszif-Efendi, avec la proposition de paix , non signée de l'impératrice. Abdurrisak , exposa vivement l'état misérable du camp , et la désertion des troupes. Osman-Efendi l'interrompant, lui reprocha d'oublier le respect dû à la présence du sultan. Mais le soir même , Mustafa dit au secrétaire du cabinet : a Efendi , en conûrmaliou de tes paroles de ce matin, les misérables sont en fuite maintenant, et accourent à Constantinople » (4). C'étaient les fuyards de Babataghi, où le grand vesir s'était retiré après la prise de Tuldscha par les Russes, pour gagner Hadschibasaroghli ; de ce point il voulait aller prendre ses quartiers d'hiver à Andrinople ; mais les habitants et les volontaires se soulevèrent. « Tu as livré la Krimée, s'écriaient-ils ; veux-tu aussi livrer

(1) Rapport de Tbugut, du 5 octobre.

(2J Le même.

(3) Volncy, chap. vu; Précis de l'Histoire d'Alibftck.

(i) Wnïiif , 1. il , p. ISO.

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