‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 93 sur 384 · LIVRE LVII · texte numérisé non relu

LIVRE LVII

eazène, et à la cession d'Aszow opérée quarante-un ans auparavant , nu temps de son aïeol le czar Feodorowich, démontrait le droit des Russes à la domination sur la petite Russie et l'Ukraine, et offrait paix et amitié. Le patriarche de Moscou avait écrit dans le même sens au mufti. L'envoyé demanda verbalement que Cehrin restât en raines, que l'on ne poursuivît pas la construction de forteresses à l'embouchure du Dnieper. A la suite de ces propositions , le grand vesir ordonna aussitôt à la flotte d'entrer dans la mer Noire : trente-neuf galères sortirent du canal , portant neuf régiments dejanitschares, vingt-quatre canons et vingt mille lewends ; on dit à l'envoyé que l'on attendait encore la réponse du chan tatare (1) ; après avoir attendu vainement une réponse pendant trois mois l'envoyé prit le parti de se retirer (2). Le représentant de la Pologne, Spandoschi, informé de la conclusion de la paix entre son pays et la Russie, offrit inutilement sa médiation entre le czar et la Porte, et s'efforça en vain d'obtenir pour son souverain la permission de relever Jasloviz ; le grand vesir répondit laconiquement sur l'un comme sur l'autre point : < Cela ne peut se faire. » Toutefois quatrevingts esclaves polonais furent mis en liberté. Deux envoyés ragusains étant venus pour implorer encore la remise des 1M),000 piastres exigées de leur ville , furent jetés impitoyablement dans les cachots ; ils offrirent 120 bourses pour leur délivrance, le grand vesir en voulut 2,000(3). L'envoyé transylvanien, Jean Sarossi, apporta 10,000 ducats hongrois; avec lui était l'agent des rebelles hongrois, André Rossai , dont le devancier, Michel Vier, retourna en Hongrie (4). Les Transylvaniens avaient immolé vingt -sept Turcs investis par la Porte des villages contestés autour de Warad : la Porte exigeait une satisfaction et 4,000 bourses à compte sur le tribut qu'Apafy, en devenant prince de Transylvanie, s'était obligé de payer

(1) Relai. di Mitnncca délia Torre.

(2) Main, délia Torre.

(3) Ibid.

(4) Ibidem.

pour les villages neutres et d'autres dépendant de l'empire ottoman (1). Apafy, pour repousser l'odieux du meurtre des vingtsept feudataires turcs , prétendit qu'ils avaient été tués, non par des nobles transylvaniens , mais par de simples rentiers : assertion mensongère, car les meurtriers étaient des magnats (2). L'interaonce impérial Ilofmann , qui négociait le renouvellement de la paix touchant bientôt à son terme, mourut d'une attaque d'apoplexie. Il eut pour successeur le résident Jean Charles Terlingo de Guszmann.

Apafy envoya le tribut de 80,000 écus par Sigismond de Laslo, qu'il chargea en môme temps d'accommoder, de concert avec les agents André Kerseli et Jean Sarossi, le malheureux différend provoqué par l'assassinat des feudataires turcs près de Wardein. Sarossi montra beaucoup de maladresse dans cette triste affaire ; il prétendit que les Transylvaniens avaient pris les Turcs pour des hussards allemands, et que les coupables avaient été pendus. Tout cela était faux de point en point : le grand vesir fît charger de fers envoyés et agents, et menaça de les faire pendre si , dans l'espace de trente jours, le prince ne livrait pas les auteurs du crime [janvier 1680], Beldi, dans lequel Apafy voyait un prétendant à la dignité princière , était mort dans les Sept-Tours ; maisZolyomy se dressait toujours comme un épouvantai!. Enfin le kiaja manda Laslo et Kerseli et débattit avec eux le prix du sang des vingtsept sipahis feudataires tués par les Transylvaniens : le rachat fut fixé à 50,000 ducats. Sept jours après, le nouveau résident génois Francesco Maria Levante et l'ambassadeur français Guilleragues eurent leur première audience auprès du grand vesir, quoique tous deux fussent arrivés déjà depuis trois mois. Levante, qui avait apporté de mauvais or, dut racheter d'abord sa grâce du grand vesir , et le comte Joseph de Guilleragues avait reproduit les mêmes prétentions au sujet du sofa, qui avaient réduit son prédécesseur, M. de Nointel, à partir sans avoir eu son

(1) Mam. delta Torre.

(1) Ibidem.

audience de congé (1). Comme ni le grand vesir ni l'ambassadeur ne voulurent faire aucune concession sur cette partie du cérémonial , le comte de Guillerogues, au lieu d'être reçu officiellement, n'eut qu'une audience particulière et n'obtint rien de ce qu'il demandait (2). Le nouveau bayle vénitien, Cuirano, dut également acheter la faveur d'une audience, sous le prétexte qu'il avait introduit des marchandises en fraude [ 18 janvier ]. Ce personnage et son devancier Morosirii (3) , poussés à bout par toutes sortes de vexations, se rendirent sur les bâtiments de guerre de la république, décidés, en cas d'absolue nécessité, à bombarder Constantinople [ k février 1680 ]. L'envoyé ragusain, Gozzi apporta le tribut de 12,000 ducats çi la moitié des 120 bourses auxquels avait été enfin réduite, après bien des négociations, la somme exigée de 200,000 piastres (4). Au commencement de mars, vint encore un envoyé russe, Nicéphore , avec une suite de cinquante personnes (5). On n'assigna aucune somme pour leur entretien, on ne leur donna point de table dans le diwan ; le représentant du czar dut rester debout devant le grand vesir, et ne put obtenir la faveur de remettre la lettre de son maître au sultan, parce que la Porte n'était pas encore en paix avec la Russie (6). Le résident impérial Terlingo étant mort aussi brusquement que ses prédécesseurs, Sattler, Kindsberg, llofmann, fut remplacé par le sire de Khuniz, ancien consul-général du commerce du levant [19 avril ]. Il proposa le renouvellement de la paix ; mais on ne lui fît qu'une réponse vague , et il était évident que le grand vesir voulait seulement gagner du temps. Le résident se plaignit du pascha de Wardein , qui faisait élever des ouvrages de fortification ; le grand vesir récrimina au nom des gens de

(1) Flassan, 1. îv.p. SS. Le jour de l'audience, dans le rapport de Tcrlingo.

(») Rapport de Terlingo.

• (s; Relation* délie allegrexte fatte fa Pera di Constanlinopoli per l'esallaiionedeirillustr. cav. G. Morosini alla dignilà di procuralore di S. Marco. Yciiciia, 1679.

(4) Ont-vingt l*>urscs font (i0, 000 piastres.

(5) Partito da Moscovia 10 déc. I<i3ï.

(6) Rapport de Tcrlingo.

I Debreczin, qui accusaient les habitants des frontières de Kallo et de Bessermen de couper leur bois et d'enlever leurs bestiaux. Christophe Pasko et le comte Csaki , transylvaniens , vinrent ensuite trouver M. de Khuniz et l'informèrent que Solimai Jabor avait offert à la Porte 1,000 bourses d'or et une forteresse de Transylvanie, Szathmar; ils dirent en outre que Mauro-Cordato était à la solde d'Apafy(l).

Sur la frontière de Pologne des commissaires étaient occupés à la délimitation des deux territoires. Chmielnicki , dont le frère avait été tué pendant l'élévation du château du Dnieper , se plaignit des désertions de ses Cosaques eu Pologne et des irruptions des Ta tares ; le résident polonais Proski produisit de son côté des griefs contre Chmielnicki (2). Les Turcs avaient assigné aux Kalmucks un territoire le long de la rivière de Doho , près de Latrania (3). Les commissaires respectifs ne purent s'entendre près de Caminiec, car les Polonais se tenaient rigoureusement aux promesses faites à l'ambassadeur staroste de Kulm (4).

Le résident hollandais Colier dut se résigner à déposer préalablement 6,000 bourses pour obtenir l'audience demandée , et il lui fallut payer 30,000 écus le renouvellement des capitulations (5) [ octobre ]. Pour extorquer aussi de l'argent à l'ambassadeur anglais , le grand vesir lui signifia une réclamation de 1 10 bourses d'or enlevées au Berbère Ali-Pascha par des corsaires anglais, et de pierres précieuses évaluées au-dessus de 30,000 écus (6). Si Kara-Mustafa pressurait ainsi les ambassadeurs européens , l'on comprend quel devait être le sort des rajas woiwodes de Moldavie et de Valachie sous une telle administation : dans la campagne do Cehrin il leur arracha , dans l'espace de cinq mois , à tous deux 700 bourses (7) ; puis il

(1) Rapport de Khuniz.

(J) Ibid. Lîltcr* Joannis Wiclopolki , 2 janvier (S) Ibidem.

(4) Ibidem. .

(5) Dumont , I. vu , p. 4.

(6) Rapport de Khuniz.

(7) Rapport de Terlingo,

Page 1