‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 92 sur 384 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

faite , les Russes et les Cosaque* célébrant la double fête du dimanche et de saint Mathias, les Turcs résolurent de les surprendre au milieu de l'ivresse. Vers quatre heures du matin l'explosion de deux grandes mines ouvrit une brèche de vingt brasses; aussitôt l'assaut fut livré et la ville livrée aux flammes. A minuit le feu prit au magasin à poudre taillé dans le roc, deox mille Turcs périrent, et des pierres furent lancées jusque dans la tente du grand vesir. La garnison abandonna la forteresse après avoir encloué les canons. A la naissance du jour quand le feu fut éteint , l'artillerie de la citadelle ne grondant plus, des janitschares volontaires escaladèrent les remparts, où ils plantèrent leur drapeau victorieux. Douze béliers furent immolés en actions de grâce, et la forteresse fut rasée (1). Les Kusses échouèrent dans une attaque nocturne sur le camp ottoman ; le grand vesir, en proie à de mortelles inquiétudes sur l'issue de ce combat , ordonna des prières publiques devant l'étendard du prophète : « Seigneur, dit Wani- Etend», les bras levés au ciel ; sauve les vrais croyants , et néanmoins que ta volonté soit faite (2) ! » Au point du jour, des bannières et des têtes russes furent entassées devant le vainqueur. Les Kalmuks et les Cosaques voulaient tenter un autre coup de main ; mais leur plan fut trahi par un Kalmuk, qui traversa le Tasmin à la nage pour avertir les Turcs, et repassa ensuite la ri- >ière de la même façon, aûn de ne pas Ih vrer sa famille à la mort (3). Le grand vesir décampa en silence au milieu de la nuit, après avoir fait massacrer tous les prisonniers, à l'exception de deux frères auxquels on offrit la vie, s'ils voulaient embrasser l'Islam. Mais ces dignes chrétiens accablèrent de reproches l'interprète Mauro-Gordato qui se rendait l'organe de ces odieuses propositions, et moururent en martyrs de leur foi (4).

La conquête de Cehryn fut proclamée dans tout l'empire par de pompeux bulle-

(1) De Lacroix, p. 160.

(2) Le mime, p. 162.

(5) Le même, p. 16S.

(i) Le même, p. 167.

lvii. m

tins. Le grand vesir rentra dans Andrinople

avec le quart à peine des troupes qu'il avait emmenées (1) ; dans la dernière bataille livrée anx Turcs par Romodanowsky, après le départ de Cehryn, Berber-Ali-Pascha , Kurbeg et un autre pascha avaient péri avec beaucoup de colonels. Kaplan-Pascha, Emir- Pascba , Seidoghli s'étaient retirés couverts de blessures. Néanmoins le sultan reçut Kara-Mustafa avec les plus grands honneurs , et envoya même les archers de sa propre garde au-devant de lui. L'envoyé ragusain , Nicolo Bona , étant mort à Silistra dans les fers, son collègue Gozzi, gravement malade , demanda qu'on le mtt en liberté , faisant observer que sa mort ne profiterait pas plus au sultan que celle de Bona. Mais sa prière ne fut pas écoutée; on exigea toujours impitoyablement les 150 , 000 écus (2). Sigismond Boier et Pietro Varda apportèrent de Transylvanie un à-compte sur les 50,000 écus qu'Apafy avait promis au grand vesir, pour l'incarcération des députés des états. Comme il manquait encore quelques milliers d'écus pour compléter le paiement, le kaimakam chassa les messagers en les traitant d'imposteurs, de coquins et de chiens(3).

Pendant l'expédition de Cehryn, l'ambassadeur polonais avait élevé des plaintes amôres contre les prétentions intolérables de Chmielnicki ; plusieurs fois il avait sollicité l'autorisation de partir, et toujours en vain. Il avait représenté que cent cinquante personnes de sa suite étaient descendues dans la tombe , qu'à Isakdschi un de ses gens avait été mis en pièces, que son neveu avait été chargé de chaînes par le bostandschibaschi et soumis au supplice de la bastonnade jusqu'à ce qu'il eût abjuré sa religion; que quarante de ses gens étaient encore malades ; qu'il devait s'attendre au sort de son prédécesseur Uadzieiowski. Nulle attention ne fut prêtée à tous ces griefs. Le résident impérial Kmdsberg avait vu aussi la peste lui enlever dix personnes, parmi lesquelles

(!) Rapport de Kindsbcrg.

(2) lbid.

(S) Relal. dl Mamucca dclIaTorrc, 21 agosto 1C78.

son frère, doyen de Melk; enfin lui-même périt frappé par ce fléan, on emporté par une fièvre chaude ; peut-être môme succomba-tr-il au poison que lui aurait administré l'officier de janitschares , Sulfikar (1). A la fin de l'année, l'internonce impérial Hofmann fut reçu en audience, et prononça son discours en allemand [27 décembre 1678]. Le sultan répondit de sa propre bouche qu'il ordonnerait au grand vesir d'écouter avec soin ce qu'il aurait à exposer en détail. L'objet principal des préoccupations de la cour impériale était l'appui prêté par Apafy à Teleki, qui s'était mis à la tête des rebelles hongrois. Au commencement de mars 1679, la cour se rendit à Constantinople. Le sultan chassa dans les cantons de Tschorli, Karischduran et Tschataldsche.

Une illumination de trois nuits célébra 1e retour du padischah (2). Bientôt après, éclata un incendie dans le Fanar , près de la porte de Pétri; et l'on eut beaucoup de peine à l'arrêter. Les deux grands juges de l'armée, le juge de Constantinople et le grand amiral furent remplacés. Kaplan- Pascha succéda comme kapudan -pascba à Ibrahim - Pascha , qui dans les derniers temps remplissait les fonctions de kaimakam , et ne dirigeait la marine que par ses lieutenants. Le chan annonça que cinq cents tschaiks des Cosaques se disposaient à sortir du Dnieper et qu'il était d'une nécessité pressante de construire à l'embouchure du fleuve , en face du château du gué des Faucons, une seconde forteresse, afin de fermer en cet endroit le Dnieper au moyen d'une chaîne. Ces travaux furent résolus à l'unanimité dans un conseil de guerre ; et Kara- Mohammed-Pascha, nommé serdar, dut les diriger. Cent quinze desciiebedschis, trente topdschis, destinés à former la garnison des deux postes, partirent pour s'y rendre dans le cours de l'été. Après l'achèvement des constructions, le defterdar Ahmed-Pascha fut chargé de faire la statistique des environs de Caminiec. En même temps que ces sages mesures s'exécutaient sur le Dnieper, à Bes-

(1) Relat. di Mamacca délia Torrc, 21 agoslo 1G78, et rapport d'IIoiïraan.

(2) tlaachid, I. i fol. 89.

chiktasch , sur les rives du Bosphore , s'achevait le palais d'été du sultan, qui n'en fut point satisfait, et qui fit réduire de 1,2(6 bourses è 1,046 les comptes des travaux de ces constructions.

Chmielnicki manda que ses Cosaques passaient du côté de Barabasch-Papoviz, qui en avait déjà rallié plus de trente mille sous le protectorat de la Pologne; qu'il lui faudrait en conséquence retenir deux mille Tatares pour sa propre défense. D'Aszow arriva la nouvelle que deux envoyés russes s'étaient bien rendus au camp du prince tatare, mais que les armements de la Russie n'en étaient pas moins poussés avec la plus vive ardeur (1); que les Cosaques seuls offraient une force de soixante mille hommes ; que les Kalmuks ne se montraient qu'en apparence amis des Tatares, qu'ils restaient Russes dans le cœur, et que toute la Lithuanie était dévouée au même parti. Un avis plus alarmant encore, c'est que Sircow, hetman des Cosaques Zaporogues, avait surpris et taillé en pièces les mille Tatares employés aux constructions des châteaux, et que Georges Chmielnicki , hetman des Cosaques de l'Ukraine, nommé par la Porte, avait péri dans l'action ; enfin que vingt mille Cosaques s'étaient jetés sur l'Ukraine, où ils exerçaient d'affreux ravages.

A l'équinox* du printemps , un envoyé russe avait écrit de Periaslow à Chmielnicki ' pour lui annoncer son arrivée ; celui-ci lui envoya pour le guider le Tatare Baitimur, qui, retenu d'abord à Periaslow, fut expédié ensuite à Constantinople afin de prévenir la Porte de la venue de l'envoyé russe. Le représentant du czar poursuivit sa route par Kiow , Bialocercow , Bar et Caminiec , et il fut enjoint au chan tatare de suspendre d'abord toute irruption (2). Le 3 mai 1679 , l'envoyé russe Basili eut audience du' grand vesir; il était porteur d'une lettre du czar Feodor Alexiowich, qui, se référant aux propositions de paix faites l'année précédente par l'entremise d'Athanase Perascho , puis au traité d'amitié conclu avec le sultan Murad par la médiation de Thomas Canta-

(1) Ilclat. di Marnucca ddla Torrc.

(2) lbid.

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