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CHAPITRE V

TiJRQUIE d'asIK. — LE CAUCASE, l'aRMÉNIE ET L*EUPHRATE.

La Turquie d'Asie peut se subdiviser en plateau de V Arménie, presqu'île de VAsie Mineure, bassins du Tigre et de YEuphrate, Syrie et partie de V Arabie.

Le plateau de TArménie se rat^j^hant au système montagneux du Caucase, et les pays voisins de cette chaîne ayant longtemps appartenu à Tempire ottoman, nous allons d'abord donner une description succincte du Caucase, sans tenir compte de la limite politique entre l'empire russe et la Turquie.

8 I. — Le Ci

La chaîne du Caucase, que l'on regarde comme servant de séparation enti-e l'Kurope et l'Asie, commence dans le voisinage du détroit d'Yenikalé, et se pro-

LE CAUCASE. 6i

longe dans une direction générale du nord-ouest au sud-est jusqu'au cap Apchéron. Elle se compose d'abord de hauteurs qui ont à peine 60 mètres, puis elle se relève peu à peu en longeant la côte orientale de la mer Noire, qu'elle couvre de courts et épais contre-forts ; elle atteint ainsi successivement une élévation Ae 500 à 3,000 mètres, et ne présente partout que des croupes et des pics sauvages aux flancs couverts de forêts. Puis, vers les sources du Kador, autrefois limite de la Colchide, elle s'éloigne de la côte en décrivant un arc de cercle saillant au nord, et qui contient les points culminants de toute la chaîne : c'est alors une énorme muraille composée de pics superposés, couverte de neiges éternelles, n'ayant entre tous ses sommets que des crevasses profondes, n'offrant aucun passage entre les deux versants. Là se trouve le mont Elbrous, qui a 5,425 mètres d'altitude, c'està-dire qui est de 600 mètres plus élevé que le mont Blanc. L'extrémité du saillant est marqué par le mont Zikar, nœud de montagnes très-remarquable, source du Phase, et dont nous reparlerons. A partir de ce mont, la chaîne se dirige [Jus directement au levant et atteint dans le mont Kasbek 4,420 mètres; puis, au delà du défilé de Dariel, elle décroît peu à peu jusqu'à 2,000 mètres, jette au nord-est des contre-forts très-longs, très-épais, plus élevés que la chaîne ellemême, et dont le plus considérable aboutit à Derbent ; enfin, elle descend de 1 ,(MX) à 400 mètres, mais en gardant son àpreté et ses difficultés de passage, et finit près de Bakou par le cap Apchéron. Son développement entre Anapa et Bakou est de plus de 1,200 kilomètres ; son épaisseur varie de 150 à 300 kilomètres. Sa crête est généralement très-découpée et souvent avec une uniformité qui lui donne l'aspect d'une muraille crénelée. Elle renferme de grandes richesses minérales, mais qui ne sont pas exploitées. <

Les cours d'eau qui en découlent, au lieu de prendre naissance près de la crête, descendent de contre-forts secondaires, et, par conséquent, n'ouvrent pas de routes entre les deux versants ; aussi ne peut-on traverser le Caucase qu'en la tournant par ses deux extrémités, et il n'y a qu'un seul passage à travers le milieu de la chaîne. Des deux routes du littoral, la première, qui appartient aujourd'hui à la Russie, longe la mer Noire, passe par Anapa, Soudjouk-Khalé, Mamaï, coupe successivement tous les contre-forts occidentaux de la chaîne, traverse le défilé redoutable de Gagra, passe par Anaklia, Redout-Khalé, Poti, Chefketil, et atteint la frontière turque à Batoum. C'est par là que les Russes ont procédé à la. conquête du (Caucase, et surtout de la partie ottomane. La deuxième longe la mer Caspienne, passe par Kisliar, Tarki, Derbent ; là elle traverse, dans le contre-fort qui finit près de cette ville, le défilé appelé anciennement Portes dbaniennes ; puis elle passe à Kouba, à Bakou, et va atteindre la frontière persane. C'est par cette rouie que les Russes ont abordé le versant persan du Caucase.

La route du milieu de la chaîne part de Grégoriev aux sources de la Kouma,

Tri DESCBIPTION DE LA TIRQCIE.

|Kishe à Kklialcriiiograd, à Wladikaukas, à Dariel : ce !»ont trois villes fortitiôesi |inr h*» RuwMfH et destinées à défendre le passage; de là, près du mont Kasbek, (;lle traverse la crête dans un col qui a près de 4,(XM) mètres de hauteur, passage creusé entre deux murailles, bordé de précipices, et défendu par de petits forts ; puis elle descend par la vallée de TAragvi sur Tiflis. Cette route, très-impor* t^nite, et qui a été récemment construite par les Ruf^s^s, est la seule partie de la crête du Caucase qu'ils possèdent, la seule qui relie leurs provinces des deux versants ; elle est impraticable dans Thiver à cause des avalanches, et se trouve en partie sous la garde des tribus ossètes qui habitent ces montagnes et qui pourraient la fermer.

Tout le pays occupé par le Caucase et ses ramifications est Tune des régions les plus intéressantes du globe ; tous les climats, comme presque tous les terrains, s*y rencontrent. Ce sont d'abord les neiges étemelles jusqu'à la limite inférieure de 5,300 mètres; puis, sur le versant septentrional, où le climat est généralement humide et malsain, aux neiges et aux rochers stériles succèdent de riches pâturages, qui dominent de magniiiqu'es forets ; viennent ensuite les collines inférieures, qui sont fertiles en blé, et, au delà, des plaines sablonneuses où poussent seulement quelques plantes salines. Sur le versant méridional, le climat est au contraire des plus salubres, et la nature y déploie, dans des plaines et des vallées magnifiques, tout le luxe de la végétation asiatique. Les foréls y sont beaucoup plus rares que sur les pentes septentrionales, excepté sur la ccMe d'Abasie, où abondent les arbres feuillus. En revanche, la vigne y croit naturellement et couvre tous les coteaux; dans les hautes vallées, on trouve toutes les Heurs odoriférantes; dans les vallons abrités, Tamandier, le pécher, Tolivier, le figuier, le grenadier, descendent en étages jusqu*à la mer, et Ton rencontre des bois de lauriers sur les bords de la (Caspienne et sur ceux de la mer Noire.

Dans la partie orientale du Caucase, Taspect des doux versants change ; le pays rom|)ris entre cette chaîne et le Terek est Tune des contrées les plus fertiles qui existent ; les céréales, les plantes tinctoriales, la vigne, le niiirier, le cotonnier, abondent dans le fond des vallées du Daghestan et aux pieds de leurs flancs, Uindis (prau-dessus s*élèvent d'épaisses forets. Au sud du Cauciise, au contraire, la végétation disparait, et au delà de la plaine de Chamaki, qui est encore fertile jusiprà rembouchure du Kour, elle fait place à un désert nu et aride, formé de pierres et de sable, où Ton ne rencontre que des bruyères et des marais, et qui, sur raulre rive du Kour, se continue par les landes du Mogau, vaste plaine coupée tic collines verdoyantes, de bruyères, de minces et de fossés bourbeux.

Nous ne dirons rien de plus du versant septentrional, qui appartient eulièR'nient aux Russes, sinon efTectivement, au moins nominalement ; toute la partie supérieure de ce versant est en effet habitée |)ar des peuplades indépendantes «pii ont quchpu^fois pa\é tribut aux Uttomans, et lié avec eux certaines relations

BASSIN DU PHASE. fir»

de rommerco, mais qui font Jepilis un demi-siècle une guerre achcirnée à la domination russe. Les principales de ces peu[)lades sont celles des Tcherkesses ou Circassiens.

Les Tcherkesses, occupent les flancs occidentaux et les flancs septentrionaux du Caucase jusqu'au Kouban ; mais ils sont principalement agglomérés dans les vallées fertiles des montagnes qui séparent les eaux du Kouban de celles de la Kouma et du Terek. C'est de là qu'à travers les pays de la rive méridionale du Kouban ils vont fiûre des excursions jusqu'aux bords de la mer Noire. La contrée |)resque impénétrable qu'ils occupent est connue habituellement sous le nom de Kahardie; on la distingue en Gramle-Kabardie, dans le bassin du Kouban, et Petite-Kabardie^ ou vallée du moyen Terek. Les Tcherkesses se distinguent entre tous les peuples du Caucase par leur beauté, leur haute taille, leur force et leur courage; les femmes fournissent les harems de la Turquie, comme les Lesghiennes, non moins belles, ceux de la Perse. Ces peuples ont une organisation politique qui ressemble à notre système féodal ; chaque village obéit à un chef nommé mdeniy et toute la tribu est sous les ordres d*un hey, ou prince ; la nation se compose ainsi de princes (beys), de nobles (usdem), et de paysans ou .serfs qui sont chargés de la garde des bestiaux et des travaux de la terre.

§ H. — Bttssins du Phase, du Kour cl de lAraxo.

Le versant méridional du Caucase se compose d'une succession de terrasses ou de plateaux qui descendent en étages vers le midi et qui sont reliés par diverses chaînes de montagnes. Le principal contre-fort de ce versant est celui qui forme la .séparation des eaux entre la mer Noire et la mer Caspienne, et qui relie au Caucase toutes les montagnes de l'Asie occidentale. 11 part du montZikar, aux sources du Phase, sépare c^tte rivière du Kour dans les monts Dualetii (l'ancien Amaranthe), s'approche de la côte vers l'embouchure du Tcharokh sous le nom de monts à*Akhaltsik, forme la ceinture orientale de ce cours d'eau, et, au nord d'Erzcroum, se réunit au plateau occidental de l'Ararat par le mont Abos, Il s'en détache de nombreux contre-forts : le principal est la chaîne de YAlleghez, qui descend au sud-est entre le Kour et l'Araxe et forme la limite entre la Géorgie et l'Arménie.

]je pays compris entre ces montagnes, le Caucase et la côte, ou la partie sudouest du versant méridional du Caucnise, est un pays très-montueux, presque entièrement sauvage, parcouru par de très-petits cours d'eau : le principal est le Rion ou Phase, qui arrose Knthais, ville fortifiée, cîipilale de la province russe d'Iméréthie, et qui finit à Poli. On peut indiquer encore le Chefketil, ruisseau qui sert délimite entre la Turquie et la Russie, et qui passe au fort de Saint -Nicolas.

tiA ntSCHIPTION DE LA TURQUIE.

i' |»rf!mif>r point dont If^H Tiirrs se soient emparés dans la guerre actuelle. Enfin, on s trouve la riviiTe torrent ii«'Us<ï et profondément encaissée du Teharokh^ ou ItatInjH, qui denirend du plateau d'Krzeroum, traverse une partie de TArménie turque, et finit près de Batoum, mauvais port situé sur une côte malsaine. Ce piMSTomprend ÏAhkhasiê, habité par des peuplades indépendantes, les petites |u-ovinres ruHsi*s de Xlmiréihie et de la MiwjréUe, enfin une partie de TArniénie turque.

La partie sud- est du versiuit méridional du Caucase est occupe par le grand hassin du Cyrm ou du Kour,

(le luiMsin (ïst cin'ons<rrit au nord par la chaîne du (Caucase; à Touest, par lès mollis Dvalettietd'Akhalt.sik ; au midi, par la chaîne de WiraraU — Cette chaîne, si célèbre dans l'antiquité, que les traditions des peuples de TOrient regardaient comme le lN>nMNiu du g(^nn> humain, qui occupait à peu près le centre de l'ancien monde, m* conq)OS(* alternativement de |)lateaux et de pics neigeux dont la direction est très*4*^nriis«*, et qui s<'*parent les Imssiiis du haut Euphrate et du lac île Van du iNissin du Kour ; sa partie culminante, le mont Ararai, élevé de 5,4(10 mètres, où s'arnMa, dit-on, l'arche de Noé, est dans un contre-fort Yoisih de l'Araxe, entre Krivaii et Ibiyaxid.

Le bassin du Kour se (M)mpose de deux parties distinctes, la partie haute et la partie Imssi». La partie haute forme deux grands plateaux, celui de la Géorgie ou du Kour, (M*lui de rArménii* ou de l'Araxe, séparés par les. monts Alleghez, tous deux axant une hauteur moyenne de \,7\{){) à 1,800 mètres, entourés de InVhaiites montagin's. creusés par des vallées très-fertiles et composant Tun des pa\s les plus célèbres du monde. La partie kissc n'est composée que de landes, «le slep|H*sel «le dés«»rts.

Le Kour nait dans h> mont Sa^anhi^h, qui appartient au plateau d'Erzeroum; SOS eaux torivutu«'uses, mais peu profondes, roulent d'almrd sur des rochers dans une plaine fertile encadnV de hautes montagnes. Il arrose ainsi Ardaghan^ petite ville tun|ue ; puis il etitiv sur le territoire russe, et tV(;oit à droite un ruisseau qui passe ;i Akhalkahki. fi»rleresso qui ferme l'enlive de la (uWgie : ensuite il reçoit ;\ gauche un aiitiv ruisseau (|ui passe à Akhaltsik. place forte qui a le même objet que la priH^nlente. et <|ui est oélèbiv par deux Uitailles |vrduespar les Turcs. Ces deux forteivsses apparlieiment aux Russes depuis I8:i9, et laissent le plateau arménien ouvert à leui^ invasions. I>e là il traverse un profond défilé où il iait dea chutes nombivus^'s, st* dirige au sud-t^st. arrost» Cori, petite ville défendue par un fort >ur la route de Tltlis à Koutais : puis il pass<' à Tiflis, capitale de la Géorgie, delnniche du dètilc de Hariel. ville de :2tK(H^t habitants, défendue par une torteiYss**. Vu-ilessous de ivlle \ille il lu- passe plus par des lieux remarquables, 3Ucinl s«i partie Imsmv ttM\eise des slep|vs à moitié déserts, et 6nit dans le »:\»llV de Sidian

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