MOUSTAPHA III
victorîeuge marcha sur Jatra, qui se défendit courageusement et ne se rendit qu'en février 1 775. « Ali songea. alors à repasser av Caire. Dans les premiers jours d'avril, on lui remit des lettres signées de ses amis, par lesquelles ils lui marquaient qu*on était las d'Ebn-Schel et qu'on n'attendait que sa présence pour le chasser. Sur-le* champ, il arrêta son départ; et,, sans donner aux Russes le temps d'arriver, il partit avec ses mameluks et 1 , r)00 Safadiens, commandés par Osman , fils de Daher ; mais il ignorait que les lettres du Caire étaient une ruse de son ennemi. En effet, s'étant engagé dans le désert qui sépare Gaza de l'Egypte, il rencontra près deSalahié un corps de 1 ,000 mameluks d'élite. Ce corps était conduit par le jeune bey Mourad, qui, épris de la femme d'Ali-bey, l'avait obtenu d'Ebn-Schel, au cas qu'il hvrât la tête de cet iUustre infortuné. A peine Mourad eut-il aperçu la poussière qui annonçait au loin les ennemis, que, fondant sur eux avec sa troupe, il les mit en désordre; pour comble de bonheur, il rencontra Ali-bey dans la mêlée, l'attaqua, le blessa au front d'un coup de sabre, le prit et le conduisit à Ebn-Schel. Celui-ci, campé deux lieues en arrière, reçut son ancien maître avec ce respect exagéré si familier aux Turcs et cette sensibilité que sait feindre la perfidie. 11 lui donna une tente magnifique, recommanda qu'on en prit le plus grand soin, se dit mille fois son esclave, baisant la poussière de ses pieds ; mais, le troisième jour, ce spectacle se termina par la mort d'Ali-bey, due, selon les uns, aux suites de sa blessure, selon les autres, au poison ^ » Cet événement délivra les Turcs d'un redoutable ennemi. Quatre officiers russes pris par Mourad et la tête d* Ali-bey forent envoyés par Ebn-Schel à Constantinople en témoignage de sa fidélité.
C'est au miUeu de ces succès inespérés que la mort surprit le sultan, au moment où il se préparait à commander en personne l'expédition du Danube (janvier 1774). 11 mérita les regrets de son peuple par son activité, par sa constance et par un sage esprit de réforme. Si son règne ne fut pas heureux, Moustapha eut du moins l'honneur de s'opposer aux envahissements de la Russie et de protester parles armes contre l'asservissement de la Pologne, il ne faut pas lui reprocher avec trop de rigueur les tergiversations inévitables que lui imposaient, en face de l'ambition moscovite, les conseils perfides de l'Autriche, de la Prusse et de l'Angleterre, l'affaiblissement de la France, son alliée fidèle, mais impuissante, et par-dessus tout la désorganisation de l'empire ottoman. 11 eut la bonne volonté, il n'eut point la force et le génie nécessaires pour réparer les fautes de ses prédécesseurs, régénérer son peuple et résister seul à l'ascendant de la Russie. Aussi, malgré ses efforts courageux et persévérants, malgré les avantages remportés par ses armes dans la campagne de 1775, laissa-t-il à son frère Abdul- Hamid un lourd héritage.
Les Russes dominaient dans la Crimée, dans la. Moldavie, dans la Valachie ; «
Vo)ney,t.I, pMW.
m HISTOIRE DK LA Trit^UIB.
Ilîmclins, priiiw do Gêo^gi4^ êl»it vendu â C'ilheritip; Alitnod, imcliJMloB^gtlftti. ne reconnni».>4nii (jMf'dtMiom h MmTumeid ilii sutlnii; Pnher, soutenu |i;ir Icït trilmj* nralK*j!!, consf^rvait sott inilépendatiee; l'Kgypte, sous l'imtorile des mam*»luks, ne gardait qu'une fKtt'litê apparente: on H^ll>anie, Mnhmnud, pfïch^i d»* Sciitarl, était on pleine nWnlte; et Ali, ]iacha do JanîiK(, jolait \v^ ftindemonls tlo sa puisf^anco, L'onipire, ainsi ilùmembro, tonik» m\\ ni»!nsd'iinpitnct> quidi^puist ciiiqufinlc ann vivait »u fond du sérail, el qui avail ronsumé ses jixirs ri eopior I* Koraii nn à fal^rlqii«r de» arcft et desi tlot^he»,
^ AIT. - Av^ttonriËiil iL'ÂhiluL JEamïJ. — lrAt\A tie KaifiAr4l|u
A la mnrt de Mouslaphn, Abdut-Hiïmid ne put, snlon la coutume, payer aux ju- "nîssaîros lo doniur d':i\i'?nenienl : l'argent manquait morne pour io!^ l^s^dns Irw plus urgents do l'iîltat. On parvint cependant a rasi^embler une année de lt>,iMHI hommes sue la rive droite du Ikanube. Malgré ses lialiitudes pacifiques, lesuUïin, pour encourager lefi troujws, a^sii^ta tui-tnîme aux manonivres d'aïtillerio cl «ux flxercices à l'européenne que dirigeait le Imron de Tott. Mais ta Russie, de fton côté, avait fait des préparatifs formidables ; après la rupture des congrès de Toe- /jiuiet doBukbnn^t, apro«^f;es eebec^àRnutsehutt, à Silistrieet â Varna, oUo vou» lv\ frapper un grand coup et terminer la gnerre par une campagne decisjfve. Rûmanzoiï, secondé par Souwarof et Kramenski. força le passage du Danij réussit à tourner rannée ottomane et la sépara de Varna, où se trouTaient Ions les magasins. Une division russe emporta d'assaut le camp de Korlidsche, dérendû par 25,000 Turcs (16 juin 1774). Dès lors la panique se mit dans Tarmée ottomane. Le reïs-effendi rencontra les janissaires qui fuyaient en masse; il voulut les faire retourner au combat; un coup de fusil, qui retendit mort, répondit k ses exhortations.
Avec de tels soldats, la lutte était impossible à soutenir. La France conseilla à la Porte de discontinuer une guerre désastreuse, où elle ne pouvait lui porter le moindre secours sans se mettre sur les bras toute l'Europe, et elle proposa sa médiation. Catherine la refusa d'abord, par ressentiment contre la France, regardant, disait-elle, comme le comble de l'humiliation, après ses victoires, de devoir la paix à une cour qui avait été si contraire à tous les desseins de son gouveniement; elle prétendit même faire donner la médiation à l'Angleterre, qui lui avait été si favorable. Mais les Turcs refusèrent obstinément d'accepter toute autre médiation que celle de la France; la czarine céda, et la paix fut conclue à Kut- * chuk-Kaïnardji, en Bulgarie, le 10 juillet 1774.
Par ce fatal traité, la Crimée fut déclarée indépendante de la Porte, la navigation de] la mer Noire fut accordée aux Russes; outre la grande et la petite Ka-
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l»arda, en Circassie, on leur céda les places de kilburn, d'Iénikalé, de Kerlsch, d'Azof, c'est-à-dire les clefs de la mer Noire, de la Crimée, du Palus-Méotide. La Pologne, pour qui la Turquie avait fait cette guerre, n'eut pas même son nom prononcé dans le traité, et tous les traités antérieurs, qui stipulaient le droit de protection de la Porte sur ce royaume, furent abolis. La Moldavie et la Valachie furent plus heureuses : en les restituant à Abdul-Hamid, Catherine exigea la promesse solennelle d'une amnistie générale et d'une diminution de tribut. Par une clause funeste, la Porte consentit : a que, suivant les circonstances où se trouveront les principautés et leurs souverains, les ministres et la cour de Russie puissent parler en leur faveur, et elle promet d'avoir égard à ces représentations, conformément à la considération amicale et aux égards que les puissances ont les unes envers les autres. » C'est Torigine du protectorat russe en Moldo-Valaquie. L'article 7 a, comme le précédent, ouvert une large porte aux usurpations des Russes. c< La Sublime-Porte promet de protéger constamment la religion chrétienne et ses églises ; et aussi elle permet aux ministres de la cour impériale de Russie de faire, dans toutes les occasions, des représentations, tant en faveur de la nouvelle Église à Constantinople que pour ceux qui la desservent, promettant de les prendre en considération comme faites par une personne de confiance d'une puissance voisine et sincèrement amie. » C'est l'origine de la guerre actuelle.
L'expression de protéger la religion chrétienne et ses égUses étant prise dans un sens vague et générique, le cabinet de Saint-Pétersbourg prétend qu'elle peut s'appliquer aux sujets de la Porte, ce qui voudrait dire implicitement que, dans le cas où les raîas professant la religion chrétienne se plaindraient d'être maltraités, la Russie aurait le droit de demander des explications et de faire des remontrances pour ramener la Porte à l'observation du pacte convenu. Mais l'esprit de ce traité n'est nullement d'accord avec cette interprétation rigoureuse de la lettre : la Russie restituait alors à la Porte certaines provinces chrétiennes qu'elle lui avait enlevées dans la dernière guerre, telles que la Bessarabie, la Valachie et la Moldavie ; il était donc naturel qu'elle stipulât une condition d'oubli du passé et de bons traitements pour les habitants de ces provinces que leur soumission au gouvernement russe avait compromis. Quoi qu'il en soit du véritable sens de cet article, toujours est-il que, si le gouvernement ottoman 8*est engagé à protéger ses sujets chrétiens et leurs églises, il a stipulé qu'il les protégerait lui-même, et n'a pas aliéné ce droit de la souveraineté au profit d'une puissance étrangère V
« Depuis la paix de Kainardji, dit M. de Hammer, la Rus^e a été l'oracle des négociations diplomatiques suivies auprès de la Porte, l'arbitre de la paix ou de la guerre, l'âme des affaires les plus importantes de l'empire. » Quant à la
* Paniin, Uinloirt de ta riraHlé e$ du prolertùrat, etc.
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Frafice, son influence en reçut un coup mortel. GcHMéquenoe du partage de la Pologne, prèlùnfiiaire du démefldbremeht qui.scmUait attendre l'empire dea 0»* manlia, Retraité de Kainardji lui imposa fiitalemeat». pour ainsi dire, une mardie réttograde, en lui donnant une rivale au protectimit des cfarétiem d'Orient, rivale ipn, ayant sut elle lea avantagea de la position, de la nwe, de l'origine, devait lui enlever^ auoeeaaivmient tous ses privil^es, rivale aux projets de laqudle il lui était presque impossible de résister; puisque désormais la Russie pouvait la tmir en bride^ non*se«leiBent pari- Autriche et la Prusse, mais encore par l'Angleterre^ complice dupée dn meurtre de la Pologne, du démembrement de la Tui^uie; .
>=jCHAPITRE IV