LA VALACUIE ET LA MOLDAVIE
formément plat, et ce caractère physique est celui de tout le littoral de la mer Noire, depuis les bouches du Danube jusqu'au Caucase, ce littoral, dans une profondeur de 40 à 50 lieues, étant composé uniquement de vastes plaines, tantôt fertiles, tantôt cultivées, commencement des steppes asiatiques. Ces plaines ont été le grand chemin de toutes les invasions des peuples de l'Asie pendant dix siècles ; c'est par là que sont venus les Goths, les Huns, les Slaves, les Tartares, etc. ; c'est par là que la Russie, depuis cent cinquante ans, dirige sesefforts contre l'empire ottoman. Quant à la Moldo-Yalachie, l'exposé succinct que nous venons de faire de sa géographie témoigne de son importance politique et des souffrances qu'elle a dû supporter. 11 est peu de contrées, peu de populations qui aient été plus maltraitées, plus foulées, plus torturées; leur histoire n'est qu'un long martyre, et quand on lit ce monotone récit de dévastations et de massacres, on s'étonne qu'il y ait encore là des habitants et.quelques coins de terre cultivés.
La Yalachie a un territoire de 7,150 myriamètres carrés, et une population de 2,500,000 habitants. La Moldavie a un territoire de o,i35 myriamètres carrés, et une population de 1,500,000 habitants. Le revenu de la première était^ avant les événements actuels, de 17,000,000, le revenu de la deuidème de 10,000,000.
Ces deux pays, qui forment des États particuliers, se gouvernent par leurs propres lois sous le protectorat de la Porte Ottomane, à laquelle ils payent seulement tribut. Ils sont habités par une race particulière qui descend des anciens DaceSy mêlés aux nombreux colons romains que Trajan importa dans cette contrée après l'avoir conquise, et qui est également répandue dans la Bukovine, la Bessarabie et la Hongrie au nombre de 1 ,700,000 à 1 ,800,000 habitants, ce qui porte le chiffrç des Yalaques à près de 6,000,000 d'individus. Ils sont généralement beaux, forts, intelligents, mais aussi ils sont nonchalants, sales, vindicatifs, aimant les plaisirs, abrutis par la souffrance. Ils suivent la religion grecque. Les colonies romaines y ont laissé des traces si profondes, que la Moldo-Valachie présente un phénomène philologique qui semble unique dans l'histoire : placée sur la grande route des invasions, traversée, conquise, dévastée par vingt peuples différents, enveloppée par les races slave, madgyare, tartare, elle a gardé sa langue, dérivée du latin, et qu'elle appelle h langue d* or, langue qui a l'harmonie et la douceur de l'italien et des points de ressemblance avec notre ancienne langue d'oc. Pour les paysans valaques, le pays est encore la %ara roumuna, la terre romaine; ils s'appellent fièrement Roumouniy Romains, et le désir ardent,le rêve favori, la passion politique de toute la jeunesse valaque, c'est de voir un jour les 6,000,000 d'hommes qui parlent la langue d'or réunis dans une seule domination, la Roumanie, qui servirait de barrière entre la Russie, l'Autriche et la Turquie.
Les Roumains de la Moldo-Valachie se recommandent encore par un autre côté
aux sympathies de la France. Placés à 600 lieues de noire pays, entourés de peuples étrangers à la langue et aux idées françaises, n*ayant avec nous aucune relation politique, peu de relations commerciales, et de faibles aflinités religieu> ses, ils n'en ont pas moins sans cesse les yeux tournés vers la France. C est à elle qu'ils demandent presque uniquement des lumières ; c'est sa langue qu'on parle, non-seulement dans les hôtels des boyards, mais dans les comptoirs des marchands ; c'est en France que vient s'instruire la jeunesse valaque ; enfin c'est la littérature française qui est la base de l'enseignement public dans les collèges (le Bucharest et de Yassi.
g m. — La Bosnie.
Nous allons maintenant décrire les affluents de droite du Danube qui appartiennent à l'empire ottoman, et dont les bassins composent les provinces de Bosnie, de Servie et de Bulgarie.
1" La SarCj qui prend sa source dans les Alpes Carniques et traverse une partie des Étals autrichiens, entre sur le territoire ottoman à l'endroit où elle se réunit h l'Unna ; elle se dirige de l'ouest à l'est, en servant de limite aux deux empires d'Autriche et de Turquie jusqu'à la fin de son cours. C'est une rivière large, peu rapide, bordée sur sa droite de forts escarpements, et sur sa gauche de plaines et de marais. Elle arrose, en Turquie : Berbir, petite place située en face de la ville autrichienne de Gradiska; Czahatz, ville fortifiée, au confluent de la Drina ; Bdj/rflrrfe?, dont nous avons déjà parlé, et où elle se jette dans le Danube. La Save est, sous le rapport militaire, une ligne considérable et tout à l'avantage de la Turquie, à cause des pa\ s montagneux qui la bordent et dont nous dirons tout à l'heure l'importance. Comme de ces pays on domine entièrement la rive gauche, TAutriche a garni celle-ci de colonies militaires qui forment une barrière contre les invasions ottomanes. (]'est grâce à la pointe que fait la Save avec ses affluents, entre les provinces autrichiennes de Dalmatie, de Croatieet d'Esdavonie, que les Turcs ont plusieurs fois envahi l'Autriche et sont arrivés jusqu'à Vienne.
Les affluents de la Save en Turquie descendent des Alpes Dinariques, dont nous parleronstaut à l'heure. Ce sont des rivières torrentueuses, coupées de cascades, traversant des vallées profondes, boisées, qui présentent les sites les plus pittoresques, de riches pâturages et des champs fertiles.
1*" VUnna naît au pied du mont Chator, sert en partie de limite à la Turquie et à l'Autriche et arrose trois petites places qui sont les clefs très-insufflsantes de la Bosnie : Bihacz^ chef-lieu de la Croatie turque, Noviei Dubicza. L'Unna reçoit à Novi la Sanna, qui descend du montDinara, et ouvre là route de l'intérieur de