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LÀ VALACHIE ET LA MOLDAVIE

sous le rapport militaire : le Danube étant plus facile à franchir vers la fin de son cours, à cause des nombreuses iles et canaux qui le divisent, la Dobroutcha a été la route ordinaire des grandes invasions des barbares ; elle conduit, par la partie basse des Balkans, dans le bassin de la Marilza et sur Constantinople. Aussi les Romains l'avaient coupée par une muraille et un fossé qui allaient de Rassova à Kostendjé, et qu'on appelait vallumTrajani ; les traces de cette défense, par laquelle la ligne militaire du Danube se trouvait rectifiée et continuée, existent encore. Quant aux Turcs, ils l'avaient rendue difficilement abordable au moyen des places de Braila et d'Ismaïl, au moyen desquelles ils dominaient la rive gauche, sans cesse ouverte à leurs armes. C'est par la Dobroutcha que les Russes ont envahi la rive droite en 1810, en 1829 et dans la guerre actuelle.

g U. — La Valachie et la Moldavie.

Nous allons maintenant décrire les affluents de gauche du Danube, c'est-à-dire ceux dont les bassins composent la Valachie et la Moldavie.

Ces affluents présentent deux aspects distincts. Ceux de la Valachie, descendant de montagnes très-élevées, ont leur partie supérieure bordée de crêtes sauvages; ils traversent des gorges profondes, des dcfdés ravineux et boisés, et aussi des vallons frais et fertiles ; mais les contre-forts des Carpathes étant de ce côté trcs-escarpés et peu étendus, ces affluents arrivent sans transition dans le pays de plaines ; à partir d'une ligne qui irait deTchernetz par Craiova, Slatina et Tergowitz, à Bouzeo, ils tombent brusquement dans une sorte de steppe asiatique, entièrement plate et découverte, où les forêts ont fait place auî pâturages, où l'on trouve à peine quelques buissons, où le sol est aussi fertile que monotone, où Ton ne rencontre qu'à de longues distances de misérables villages et dépares habitants.

Les affluents de la Moldavie descendent de montagnes moins élevées ; mais ils sont bordés, dans la plus grande partie de leur cours, de collines à pentes douces et mamelonnées, couvertes de vignobles et d'arbres fruitiers ; le pays qu'ils parcourent est mal peuplé, mal cultivé, mais il est moins triste, plus accidenté, et ce n'est que dans le voisinage de la mer qu'on retrouve les vastes plaines et les marécages.

Tout le pays qu'ils parcourent pourrait devenir, avec du travail, un des jardins de l'Europe : fertile en blés, en vins, en bois et en pâturages, ayant des richesses minérales, de magnifiques troupeaux, il ne demanderait que du repos pour devenir peuplé et prospère. Son climat est malsain dans le voisinage du Danube, et plus froid que la latitude ne le comporte, à cause du voisinage des grands steppes, où rien n'arrête l'action des vents du nord-est ou de l'Asie ; le thermomètre y descend jusqu'à 26 degrés, et la glace y est permanente pendant près de quatre mois.

I^s affluents de gauche du Danube sont :

1* Le Chyl, qui naît dans Fintérieur des Carpathes sur le plateau de Transylvanie, dont nous parlerons tout à l'heure; il en sort par le défilé de Vulkan, traverse un pays où les montagnes boisées se dégradent lentement en collines couvertes de pâturages et de vignobles, arrose Tirgochil ou Tirgojioul, petite ville sans célébrité et sans importance ; puis il reçoit de nombreux affluents, et passe près de Craiiova, chef-lieu de la petite Valachie, ville de 9,000 habitants, importante par son commerce et sa position, au débouché des chemins des Carpathes, sur la seule route praticable qui joigne Viddin à Bucharest. Cette ville, qui a été autrefois le siège d'un banat indépendant, n'est plus fortifiée, et ressemble par la pauvreté et le désordre de ses maisons, ainsi que par l'absence de monuments, à un grand village. Tout le pays, et principalement les bords du Chyl, ont été horriblement dévastés dans la guerre de 1828; aussi étaient-ils encore récemment, malgré leur fertilité extrême, incultes et presque inhabités. La guerre actuelle a transformé entièrement cette belle vallée en un désert. Le Chyl finit en face de Rahova ; il n'est pas navigable.

2° \iAlouia, qu'on appelle aussi 1'^/^ et l'O/fo, va prendre sa source sur le revers occidental des Carpathes, dans le massif du Makos; il court sur le plateau de Transylvanie, d'abord du nord au sud, ensuite de l'est à l'ouest, pendant 50 lieues ; puis, au lieu de se diriger vers le Maros, où sa pente primitive semblait l'entraîner, il tourne brusquement au sud vers la chaîne des Carpathes ; il y rencontre ou s'y fait, près du mont Szurul, une brèche de plus de 400 mètres de profondeur, et s'y précipite. Ce défilé a 40 kilomètres de longueur, et ouvre la fameuse route àw Roihen Tarm (la Tour rouge), principale communication de la Valachie avec la Transylvanie ou de Bucharest avec Hermanstadt. La vallée de TAlouta, dirigée du nord au sud, reste étroite et profonde jusqu'à Rimnik, où elle commence à s'élargir; elle débouche en plaine à Slatina, petite ville située sur la route de Viddin à Bucharest; enfin, après avoir reçu plusieurs affluents, elle se partage en plusieurs bras et finit près de Nicopoli. C'est une rivière importante par sa largeur, l'encaissement de ses rives et la difficulté de ses passages. Elle sépare la petite et la grande Valachie, et ses bords ont été le théâtre de plusieurs combats dans les guerres de 1789 et de 1828.

o" Le Vedea^ grossi du Telioman, grande rivière sans importance, qui traverse un pays presque entièrement désert et ravagé pendant la dernière guerre. Dans tout son bassin, et généralement sur toute la route qui joint Craïova^à Bucharest, on ne rencontre ni villages ni terres cultivées ; de loin en loin on voit seulement quelques huttes souterraines où végète une population rachitique et misérable, ou bien quelques cabanes de clayonnage que leurs habitants nomades transporteot de pâturage en pâturage.

A" VArdjich ou Aryis descend du revers oriental des Carpathes, arrose Ardjich,

LA VALAGHIE ET LA MOLDAVIE. Il

petite ville située au débouché de la route de la Tour-Rouge à Bucharest ; puis elle coule en plaine dans des pays mal cultivés et mal habités, sans arroser de lieux remarquables, et finit au-dessous d'Oltenitza, en face/le Turtukaï. Elle reçoit la Dombavitzay qui coule parallèlement à TArdjich, et arrose Biuntresci ou Bucharest, capitale de la Valachie, peuplée de 60,000 habitants. Celte ville, située dans une vaste plaine, est une sorte d'immense village coupé par de grands jardins, des rues inégales et non pavées, où les masures et les^ hôtels sont côte à côte, où Ton trouve à Textérieur les habitudes orientales, et à Tintérieur les mœurs et la civilisation de l'Occident. Elle fait un grand commerce et a une position importante sur la grande route de Russie à Constantinople, à égale distance de Routschouk et de Silistria ; bien qu'elle ne soit pas fortifiée, elle n'en est pas moins, par sa situation au centre de la grande Valachie, un excellent point de concentration pour une armée qui menacerait la rive droite du Danube.

5* La Jalomnitza arrose Turgowitz, ancienne résidence des hospodars de Valachie, réduite à 5,000 habitants, avec des remparts délabrés ; elle reçoit le Telesin et le Rahova, traverse un pays de vastes plaines, fertiles et inhabitées, et finit dans les grandes dérivations du Danube, au-dessus de Hirschova.

& Le Sereth prend sa source dans les Carpathes, et traverse la Bttkovine, province enlevée à la Valachie, et qui fait aujourd'hui partie de l'empire d'Autriche ; il entre dans la Moldavie à Sereth, coule dans une vallée unie, tantôt fertile, tantôt marécageuse, arrose Roman, petite ville dont le nom indique l'antique origine, reçoit la Moldava, le Rimmik, le Bonzeo et autres cours d'eau qui viennent des Carpathes; le dernier de ces afiluents epi le Milkov, qui passe à Fokschani, ville commerçante qui a 12,000 habitants. Enfin le Sereth se termine près de Galacz. Cette grande rivière n'a d'importance que dans la dernière partie de son cours, où elle occupe l'étroit espace compris entre les Carpathes et le Danube, et forme avec le Milkov la limite entre la Moldavie et la Valachie. Elle a donc du être franchie par toutes les invasions et les armées du Nord ; mais ses rives sont basses, ses gués nombreux, elle ne possède aucune ville fortifiée: elle n'a donc jamais été un obstacle.

7® Le Pruth prend source dans la partie des Carpathes qu'on appelle le mont Czorna ; il coule d'abord dans une vallée profondément découpée, où il arrose Tchemowitz, capitale de la Bukovine, ville de commerce avec 10,000 habitants ; il traverse la Bukovine, pays très-boisé, fertile, pittoresque et bien peuplé, qui couvre les provinces autrichiennes faisant face à la Russie; puis il coule en plaine, est navigable à Podoloni, reçoit le Baglui, ruisseau fangeux qui passe à Yassi, capitale de la Moldavie, avec 40,000 habitants. C'est une ville de commerce non fortifiée, ayant l'aspect demi-sauvage, demi-fastueux, de Bucharest; elle n a pas d'importance militaire, et, étant voisine de la frontière, est continuellement ouverte à l'invasion russe. Le Pruth passe ensuite non loin de Husch, où Pierre le

Grand fui enveloppé avec son armée par les Turcs, en 1741. Enfin, après avoir traversé (le grandes plaines presque entièrement désertes, il finit à Reni, Cette rivière forme la limite entre l'empire ottoman et la Russie; mais elle n'a qu'une importance très-médiocre, et ne saurait servir de barrière et de défense. De nombreux combats ont été livrés sur ses bords ; mais son cours a toujours été facilement franchi. D'ailleurs, ce n'est que depuis 1812 qu'elle sert de limite à la Moldavie ; avant cette époque, la limite était sur le Dniester, fleuve de difficile accès, de difficile passage, et qui était alors garni de nombreuses places fortes.

Les montagnes ou hauteurs qui forment la ceinture orographique de la rive gauche du Danube sont :

V Les Carpathes orientales. C'est une partie de la vaste chaîne demi-circulaire qui, partant des sources de la Vistule et allant jusqu'au défilé d'Orsova sur le Danube, sépare la Hongrie des pays du nord. Les Carpathes sont des montagnes de 2,000 mètres de hauteur, épaisses, escarpées, boisées, déchirées par des gorges profondes et sauvages, ouvertes seulement par des routes qui sont formées par des brèches ou crevasses gigantesques. Ces brèches sont le trait caractéristique de ces montagnes : creusées à plus de 300 mètres de profondeur, elles servent de couloir aux rivières qui naissent sur le plateau de Transylvanie, et pendant que la pente primitive de ces rivières les dirigeait vers le nord-ouest ou le troisième bassin du Danube, elles les entraînent au sud-est ou dans le quatrième bassin. Ces montagnes renferment de grandes richesses minérales, qui sont à peine exploitées.

Les (Carpathes orientales, par leur direction demi-circulaire et le vaste plateau qu'elles forment, sont une des positions militaires les plus redoutables qu'il y ait au monde. C'est un énorme bastion qui se projette entre la Moldavie et la Valachie, prend en flanc l'une et l'autre de ces deux provinces, menace et commande tout le pays compris entre les Carpathes et le Danui)e. La Moldo-Valachie n'a pas toujours été réduite aux étroites limites qui l'enceignenl aujourd'hui: c'était autrefois la Dade, qui comprenait la Bessarabie, la Transylvanie, leBanat, et qui avait pour limites leTheiss et le Dniester; alors le plateau des Carpathes était une sorte de citadelle où se réfugiait la population, et qui a été longtemps le siège de son indé pendance. Mais, aujourd'hui que la Transylvanie et même la Bukovine appartiennent à l'Autriche, que la Russie possède le Dniester, une rive du Pruth et les bouches du Danube, la Valachie et la Moldavie forment des possessions excentriques de l'empire ottoman, et qui ne sont plus défendables.

2° Le reste de la ceinture orographique du Danube est formé par une ligne de hauteurs qui court entre le Pruth et le Dniester, se dégrade d'abord en collines, puis en plaines, et enfin va se confondre avec le rivage de la mer. 11 n'y a donc d'autres obstacles naturels, pour pénétrer dans l'empire ottoman, que le Pruth et le Sereth, qui n'ont jamais arrêté aucune armée. Tout le pays est uni-

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