PRÉFACE
Au moyen âge, celui qui arrivait d'Écosse trouvait toujours en France un auditoire sympathique et empressé. En eflet, les Écossais n'avaient pas manqué de mériter l'attention bienveillante du public français. Dans la garde du Roi, comme sur les champs de bataille, la France eut maintes occasions de se féliciter de ses fidèles alliés du petit pays du nord; au xv° siècle, un Écossais, John Duns, était le chef reconnu de la moitié du monde religieux et intellectuel dans la lutte entre le nominalisme et le réalisme; à l’Université de Paris, dix-huit Écossais avaient occupé le poste de recteur; et des professeurs écossais affluaient dans les collèges. Les lecteurs de Francisque Michel, de Teulet ou de Hill Burton savent à quel point l'Écosse a bien mérité de la France. Le dernier de ces historiens a reproché aux Écossais, qui écrivirent autrefois pour un public français ou européen, le patriotisme exubérant (1) qui les poussait à attribuer à leur pays tous les grands hommes de tous les temps et à dépeindre l'Écosse comme le fons et origo de tout le mouvement de l’histoire humaine. Nous espérons (si l’on nous pardonne la vanité de ce rapprochement) que l’on ne nous imputera pas la même tendance dans cet ouvrage. Notre but est bien
(1) The Scot Abroad, p. 250.
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autre. Prenant à la lettre le mot de Thierry : (« Aucune histoire ne mérite à un plus haut degré d’être lue avec . attention et étudiée à ses sources originales que celle de ce petit royaume d'Écosse », nous nous sommes efforcé d'établir le ‘développement d’un humble côté de cette histoire, côté d’où cependant‘on peut voir le courant inspirateur d’une grande partie de cette histoire en tout ce qu’elle a de plus national.
Notre première idée avait été de reconstruire l’histoire des Universités écossaises en montrant les rapports intimes entre la vie et les idées universitaires de la France et de l'Écosse. Le sujet est rempli de faits du plus haut intérêt pour les deux pays et se rattache à toutes les questions pédagogiques du moment actuel. Mais, en ce qui concerne l'Écosse, c’eût été un édifice auquel aurait manqué la base. L'histoire des Universités serait défectueuse si l’on n'avait devant soi l’histoire des institutions dont les Universités ne font que continuer l’œuvre. L'examen des ouvrages se rapportant au sujet ne tarda pas à nous démontrer que cette histoire des écoles élémentaires et secondaires restait encore à faire. L'objet, donc, des pages suivantes est de combler en quelque sorte cette lacune.
Par son titre, pourtant forcément écourté, notre ouvrage semble plus complet qu’il n’a la prétention de l’être. Comme de tous temps les écoles secondaires d'Écosse ont enseigné les éléments de ce que nous appelons l'instruction primaire, de même les Universités ne se sont jamais bornées à l’enseignement purement supérieur, mais ont collaboré, dans une certaine mesure, à la tâche des écoles secondaires. Plus récemment les écoles normales se sont attribué ce même rôle mélangé, en ajoutant à leur préparation professionnelle une instruction qui tient à la fois à l’enseignement secon-