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L'ÉDUCATION DANS LES HAUTES-TERRES

Évènements historiques qui produisirent l'éloignement des Hautes-Terres du mouvement national. — Moyens d'instruction et état de l’éducation jusqu'à la Réforme. — Difficultés des réformateurs. — Statuts d’Icolmkill (1609) pour l'éducation des fils de chefs de clans. — La question de la langue inspire la loi de 1616. — Effets de la loi de 1616. — L'Église crée des bourses d’encouragemeut. — Association charitable fondée en 1709. — Son œuvre. — Attitude des chefs de clans. — Impressions de voyageurs au xvin® siècle, — Rapport statistique. — Loi de 1803. — Sociétés des Écoles Celtiques (1811-1818). — Écoles « gouvernementales » (1838). — Inspections publiques et subventions royales (1839). — Efforts philanthropiques.

À tout ce qui a été dit du progrès de l’éducation en Écosse, il a fallu faire exception des Hautes-Terres et des Iles de l'Ouest. Dans ces pays, régnait un esprit de race étranger au sentiment général de l'Écosse, et la marche de l’enseignement y prenait un aspect tellement différent, que l’on est forcé de la traiter à part. En résumé, cet aspect consiste en une résistance aux influences bienfaisantes qui ont transformé le reste du pays, suivie d’une absence remarquable des institutions d’enseignement public dont nous avons retracé l’avènement ailleurs. L’ignorance résultant de cet état de choses à été, à notre avis, beaucoup exagérée par les écrivains pédagogiques. Les détails qui sont à notre disposition sont rares, embrouillés et souvent contradictoires, mais

nous nous eflorcerons de les démêler avec une justesse historique.

On se rappelle qu'Iona, le premier fover d’où rayonnèrent sur le pays les lumières de la culture intellectuelle, se trouve dans cette partie de l'Écosse, et on pourrait s’étonner de ce que cette région soit devenue plus tard si hostile à l'influence ciwilisatrice qui en est sortie. Un coup d'œil sur l’histoire générale l'explique assez clairement. En l’an 563, quand Colomban (1), venant de l'Irlande, atterrit à Iona, l'Écosse (sauf le sudest, depuis le Forth, qui faisait partie de la Northumbria), était partagée entre des races toutes d’origine celtique. L'œuvre de Colomban eut, pour résultat, entre autres choses, un commencement d'union de ces races, pour former une seule nationalité celtique ayant son centre spirituel à [ona. Il fallut presque trois siècles pour que ce mouvement prit la forme d’une union politique complète. En 844, Kenneth Macalpin, descendant des Scots, devint roi des Picts et des Scots, transformant en un seul royaume toute la région du nord de l'Écosse à partir du Forth et de la Clyde. C’est pendant son règne qu'Iona perdit définitivement tout son prestige et son pouvoir.

Harcelé par les Berniciens et les Bretons dans le sud, et par les Norvégiens sur les côtes de l’ouest et du nord, Kenneth, agissant d’après des considérations et de nécessité et de politique, transporta les reliques de Colomban à Dunkeld, dans le centre de son royaume, et fit de cette ville désormais sa capitale politique et spirituelle. D’autres circonstances avaient déjà fait pressentir l'approche de cet évènement. La position géOLTAphique d’Iona n’offrait aucune garantie contre une atta-

(1) Comp. plus haut, p. 1-2.

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ré

que, et dans les invasions des Norvégiens elle avait été plusieurs fois saccagée et détruite. De plus, le système ecclésiastique qu’elle avait représenté (le christianisme irlandais) avait été, en 710, supprimé en Pictland, et l’Église romaine, comme déjà en Northumbria, lv avait remplacé. À part la renommée de Colomban, l’importance d’Iona était bien ébranlée et l’action de Kenneth la lui ôta complètement. Toujours portés vers la conquête du sud, les successeurs de celui-ci luttèrent continuellement contre les Saxons et les Bretons. Enfin en 1018, Malcolm II réussit à accomplir le rêve de ses ancêtres, et se rendit maître de toute l'Écosse dans ses limites d’aujourd’hui.

Cette extension du royaume entraîna plus encore l’isolement de la région dont Iona avait été le point le plus important. D'abord la nécessité de défendre la nouvelle frontière, et même de faire des incursions dans le pays voisin, changea le véritable centre du royaume du nord au sud du Forth. Cette situation fut confirmée par la grande fertilité de Lothian, la nouvelle province, et par l’industrie générale qu’elle encouragea.

Une influence plus subtile avait aussi commencé à se faire sentir et devait produire des résultats encore plus puissants. Ce fut, en effet, un changement radical dans le caractère de la race. Ceci se fit à deux reprises. Dans ses rapports avec la Northumbria et par sa conquête du Lothian, Malcolm fit introduire dans son pays l’influence saxonne. Elle se répandit doucement mais sûrerement, partout où ce roi étendait son activité, à savoir l’est et le sud; l’ouest et le nord étaient déjà assez abandonnés à leurs propres ressources pour rester complètement étrangers à ce mouvement. Il en fut de même pour son complément, l'influence normande. Après la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant,

en 1066, l'élément normand pénétra jusqu’en Écosse, mais ne représenta là qu’une addition à la population et non pas une conquête.

A partir du règne de Malcolm III (Canmore) (1057- 1093), jusqu’après çelui de David 1 (1124-1153), l’assigpation de terrains écossais à des nobles normands, avec l’aide desquels les rois avaient pu se défendre, est un des faits'les plus importants de la période. L'influence de ces nouveaux venus était grande et multiple, et s’étendit autant sur le caractère national que sur l'administration de l’État et de l’Église. Mais une fois de plus, les hautes-terres, par leur nature peu attrayante, ne subirent aucunement cette nouvelle transformation, Ainsi, à travers des générations successives, la population de l’est et du sud fondit son sang celtique dans celui des Saxons et des Normands, acquérant un nouveau caractère, et entraînée vers un mouvement progressif de culture intellectuelle et d'industrie, tandis que les habitants des Highlands, enfermés entre leurs montagnes, pensaient seulement à se défendre sur la côte ouest ou à se battre entre eux, sans aucun encouragement au bien-être de la part de la nature. Abandonnés dans leur coin, comme des feuilles mortes dans une anse de rivière, le courant inspirateur et transformateur passa à côté d’eux, jusqu’à ce qu'ils s’éveillassent à ce fait, que leurs anciens compatriotes n'étaient même plus de leur race; etaveuglément ils s’obstinèrent à faire une résistance acharnée à Ces maudits Saxons, englobant dans une même haïne les personnes et leurs œuvres. C’est ainsi que, plus tard, quand la partie la plus prospère du pays se rappela la nécessité de réincorporer ces régions dans l'esprit national, la tâche fut difficile et ne s’est accomplie d’une façon satisfaisante que de nos jours.

La langue érigea une autre barrière entre les deux parties de la nation, car les montagnards conservaient leur celtique ancien, tandis que la langue des autres suivait un développement naturel au contact de nouveaux dialectes. Ainsi, on devint mutuellement incompréhensible, et ce fait explique, en partie, le peu que nous savons de l’état d'instruction chez les Highlanders. On les a jugés sur leur ignorance de l’anglais et sur leur résistance à l'instruction par le moyen de cette langue. Évidemment d’autres critériums sont nécessaires pour se former une idée des moyens de répandre la culture parmi des gens si différents de vie, de langue, de coutumes.

Quel qu’ait été l’état des études livresques et des écoles proprement dites, il existait toujours chez les montagnards des moyens indirects de culture qu’on ne peut pas laisser de côté. Depuis les temps les plus reculés, le barde partageait avec le prêtre l'honneur d’être l’'éducateur du peuple. Étudiant à la fois les finesses de la langue, l’art de la poésie, les suites de légendes et l'histoire de leurs ancêtres, dans des écoles bien définies, ces bardes retournaient dans leurs clans, et par leurs longues récitations, développaient à leur facon la mémoire, la morale, l'appréciation du beau, la connaissance de l’histoire chez leurs compatriotes. Même ils écrivaient leurs poèmes et répandaient une certaine littérature. La tendance de la nation cependant était contraire à ce travail de livres et on lit des protestations contre ce développement et les habitudes ascétiques qu’il menaçait d’entrainer.

Malgré ces avertissements, une littérature se créa. Son influence agissait d’une façon orale sur la masse du peuple et était le moyen d’une éducation, bien insaisissable, c’est vrai, mais non moins certaine. Les bardes,

dit M. Edgar, représentaient une influence naturelle ou humaniste qui ne fut jamais absorbée par l’Église, mais qui entretenait un dualisme sain et empêchait l’ascétisme monastique de barrer la voie du progrès (1). Que cette influence ne, fût pas seulement la glorification de la guerre, c’est ce qu’on peut entrevoir dans ces lignes d’un barde du xrv° siècle: \

« Écrire’sans savoir est mauvais,

« Lire sans comprendre est inutile,

« La science sans la courtoisie ne vaut rien,

« La religion sans science n’est pas bonne (2). »

L’habitude des récitations et des chants devint traditionnelle et resta un instrument permanent pour cultiver au moins la mémoire et l’imagination chez le peuple. L'éditeur des Lettres de Burt, qui se livra à des investigations dans les Highlands, exprime l'avis que l’intelligence éveillée qu’il y remarqua, se rattachait à cette institution. Depuis le xv° ou xvi* siècle au moins, ditil, on peut voir cette intelligence dans la connaissance intime, chez les plus humbles, de la topographie et de l'histoire de leur pays, dans leur appréciation enthousiaste et raisonnée d’une poésie très élevée; « et leur musique, exécutée con amore, ne peut être que la production d’un peuple chez qui les meilleures sympathies de notre nature ont dû être cultivées à un haut degré (3). » Le géologue français Faujas de Saint-Fond, jugeant sur place, tire la même conclusion de ses observations et voit dans cette habitude un enseignement réel quoique indéfini, qui a produit des effets merveilleux dans le développement du caractère et l'épanouissement du

(1) Early Scott. Educ., p. 29.

(2) Lbid., p. 31.

(3) Burt’s Letters (éd. Jamieson), Introd., p. xxtv.

sentiment du beau, non seulement à l’ égard de la langue, mais même en ce qui concerne des essais de sculpture, et cela pour le plus pauvre des habitants (1). Mais à part l’aide que le clergé a pu lui donner, nous n’avons aucune trace d'écoles pour la basse classe des Highlands outre cette influence bardique, avant l’époque de la Réforme.

Pour ne pas faire d’oubli dans l’'énumération des influences qui les ont, à quelque degré, remplacées, il convient de se rappeler que si le Système des clans était, par sa forme, aristocratique, il était en réalité très démocratique. Le « chief » était bien le chef suprême, mais il ne se tenait pas à l’écart de ses « clansmen. » Le simple montagnard jouissait librement de la société de ses maîtres. Cette habitude pouvait avoir un grand effet éducatif et c’est ce que Stewart, lui-même highlander, a Soulenu. Fréquentant habituellement la compagnie de ses supérieurs, non seulement le montagnard gardait son indépendance d’esprit, mais il développait naturellement ses mœurs et son intelligence à ce contact fréquent d'hommes ayant reçu une éducation plus nette (2).

Mais l’enseignement des écoles était-il plus à la portée du chef du clan, qu’à celle d’un simple paysan ?

Que cette occasion se présentât est hors de doute: le degré auquel on en profita n’est pas aussi clair. Sur les frontières des Highlands, à Kirkwall et à Elgin, au nord ; à Aberdeen, Montrose, Brechin, à l’est; et à Perth, Killearn, Stirling, Glasgow, Renfrew, Dumbarton, au sud, les xri°, XIIe, x1v° et xv° siècles virent s’élever des écoles de grammaire, dont quelques-unes devinrent bientôt

(1) F. ne Sarnr-Fonn, Voyage en Angleterre, etc., I, 330 ; II, 37. (2) SrEwaer, Sketches of the Character of the Highlanders. L 98-101.

célèbres. A ces institutions, les chefs des grandes familles des Highlands pouvaient, sans difficulté, envoyer leurs fils et il est probable que beaucoup d’entre eux le faisaient. D’après l'examen de documents de famille datant depuis le xiv° siècle, Stewart conclut d’une façon certaine qu’une écriture parfaite était chose commune, et il y a un fond de vérité dans son raisonnement, que l'instruction dans d’autres branches d’édu-cation n’a pas pu être négligée chez des gens qui donnaient tant d'attention à un enseignement beaucoup moins nécessaire à cette époque où les communications écrites étaient rares. Il soutient cette conclusion, d’ailleurs, en déclarant que des correspondances Îragmentaires de cette période qu’il a eues sous les yeux, témoignent de connaissances classiques même chez des femmes (1).

Les fermiers aussi profitaient de ces opportunités d'instruction. Un cas célèbre est celui de George Buchanan, fils d’un fermier des Highlands, qui put « dans les écoles-de son pays », à Killearn et à Dumbarton, assez apprendre pour aller en 1520, dans sa quatorzième année, suivre les cours à l’Université de Paris (2).

En 1494, le pape Alexandre VI avait fondé l’Université d’Aberdeen, et certaines phrases de sa bulle semblent donner tort à l’idée que nous venons d'exprimer. « Dans ces pays de fiords et de montagnes, y est-il dit, demeurent des hommes rudes, ignorants de toute science; et presque barbares, qui, par leur distance des Universités, n'ont aucune occasion d'instruction. » Mais la présence des écoles que nous venons de citer et l'influence civilisa-

(1) Sketches of the Highlanders, 1, Append., p. xxxvrr. (2) Statistical Account (Sinozair), XVI, 104-105 ; Hume Brown, Geo. Buchanan, p. 11-13.

trice des cathédrales d’Aberdeen, Elgin et Brechin, dont Edgar parle à ce propos (1), montrent que ces termes sont exagérés s'ils veulent parler de l’enseignement primaire ou secondaire. Ils reflètent plutôt les efforts de l’évêque Elphinston pour attendrir le pape en vue d'obtenir la création universitaire que celui-là cherchait; et qu’ils s’appliquent seulement à cet enseignement supérieur, C’est ce que prouve, à notre avis, la phrase qui suit dans la bulle: «ils sont si ignorants de lettres que l’on ne trouve pas d'hommes capables de prêcher la parole de Dieu et d’administrer les sacrements. » C’étaient les moyens d'instruction universitaire qut manquaient pour l'étude de la philosophie.

Rien ne nous apprend si les grandes familles des hautes-terres étaient exemptes des conditions de la loi de 1496 ordonnant aux barons et aux propriétaires en biens-fonds libres d'envoyer leurs fils aînés aux écoles de grammaire, mais il est au moins à noter que Jacques IV, qui fit des efforts spéciaux pour l’apaisement des Highlands et des Iles, ne fit aucune exception particulière pour ces régions; et quoique le système féodal n’existât pas également dans ces contrées, on pourrait voir dans son Silence une indication de ce que les grands chefs des montagnes étaient aussi capables de se conformer à la nouvelle loi que les nobles ailleurs.

En 1567, l’évêque des Iles publia une traduction celtique des offices de l’Église, et dans son introduction, parlant de l’état de la culture intellectuelle parmi les montagnards et les insulaires dans un passé récent, conslala avec regret le mauvais usage qu’on avait fait des dons de l'écriture et de la lecture, et dit que la superstition qui régnait était due au manque de bons livres

(1) Early Scott. Educ., p. 186.

à la portée de ceux qui parlaient le celtique; mais il n’insinue même pas que ces dons étaient des talents rares. Au contraire, la forme de sa critique montre qu'ils étaient très répandus tout en étant mal employés (1). :

Quand arriva la Réforme, la nouvelle Église n’oublia pas de faire des efforts pour l'établissement général d'écoles dans les Highlands comme ailleurs. Trois années après la publication du premier Livre de Discipline, des Commissions furent spécialement chargées de placer des maîtres d'école dans certaines parties de ces régions (Moray, Banf, etc.) (2). En 1571, 1574 et 1578 de nouvelles Commissions partirent avec des pouvoirs plus étendus pour visiter les Hautes-Terres et les Iles tout entières et y nommer des maîtres (3). En général, l’œuvre de ces Commissions ne semble pas avoir été suivie de beaucoup de succès et il n’en est plus fait mention jusqu’au siècle suivant.

Les Highlands restaient plus fidèles que le reste du pays à la religion éatholique, quoiqu’en réalité leur prédilection religieuse ne fùt pas bien marquée, et là plus qu'ailleurs les nobles purent empêcher toute amélioration par l’abus scandaleux des anciens revenus ecclésiastiques. « Dans les Hautes-Terres, pour citer Norman M‘Leod, on se souvenait de la Réforme seulement par des circonstances défavorables au progrès matériel, par la suppression des églises, par la spoliation des biens de l’Église de la part des nobles, par la dégradation du clergé, qu’on laissa languir dans la pauvreté avec la charge pastorale de districts entiers qui autrefois avaient

(1) Lee, Church Hist., 1, 450, 431.

(2) Acts and Proc. of Gen. Assemb. (Bann. Cl.), I, 3#. (8) Ibid, I, 239, 311 ;. II, 415.

joui des services de prêtres éminents (1). » Ces régions, d’ailleurs, traversèrent dans la deuxième moitié du xvi°siècle une des crises intermittentes de trouble intérieur qui exigèrent toute l'énergie du gouvernement pour les supprimer. Pour toutes ces raisons le travail de la nouvelle Église restait très infructueux. Son œuvre était pourtant commencée et il est inadmissible de déclarer, comme l’auteur cité tout à l'heure, qu'après tout et pendant des siècles « il n’y avait pas une seule école dans les Highlands (2). »

En 1609, une démarche du gouvernement réussit à faire un grand pas vers l’enrayement des difficultés qui empêchaient l'introduction des idées progressives parmi les clans celtiques. Jacques VI venait de réprimer des révoltes dans l’ouest, et comme garantie de l’avenir, tous les principaux chefs, réunis à Iona, acceptèrent les conditions du roi connues sous le titre de Statuts d’Icolmkill.

Ces statuts étaient au nombre de neuf et avaient pour but l’ouverture des Highlands à l’accès du commerce et des communications et la suppression des troupes de bandits qui infestaient le pays. Le sixième statut attribuait « l'ignorance et l’incivilité » à l’absence d’une bonne éducation; et pour mieux de nouveau assurer l’amalgamation des deux races par la communauté de pensée et de sentiment, il fut stipulé entre autres choses que chaque Highlander qui possédait jusqu’à soixante têtes de bétail serait tenu d’envoyer son fils aîné, ou sa fille aînée, s’il n'avait pas de fils, à l’école dans les bas pays pour y rester jusqu’à ce qu’il ou elle eût appris à lire et à écrire la langue anglaise (3). L’année suivante,

(1) Cité par Crair, Sfate and Educ., p. 129.

(2) Ibid.

(3) Reg. Priv. Coun., IX, 24-30.

il fut ajouté que chaque chef de clan devrait se présenter à des intervalles réguliers devant le Conseil Privé à Édimbourg, pour rendre compte de la mise en exécution des Statuts.

On est d'accord Sur le fait que ces règlements furent observés et qu’on peut leur attribuer une grande amélioration dans la condition sociale des Hautes-Terres (1). Les bienfaits de l'éducation ainsi reçue semblent avoir été très appréciés par ceux qui en profitaient et inspirèrent des sentiments de reconnaissance envers le roi auquel ils les devaient. L’historien des Highlands est convaincu que la reconnaissance de cette première génération fut le commencement de la grande loyauté des Highlanders, dans la suite, envers la famille rovale des Stuarts (2).

L'expérience des années qui suivirent cette innovation légale attira de plus en plus l’attention générale sur la question scolaire dans les Hautes-Terres. Les Statuts d’'Icolmkill, reconnaissant le délabrement de l’organisation de l’Église dans ces régions après la Réforme, avaient ordonné la nomination de pasteurs dans les paroisses et l’établissement régulier du culte. Mais l'Église était mal préparée pour cette mission, et surtout à cause des différences de langues. Il était inutile d'essayer du prosélytisme en anglais auprès d’un peuple dont la langue était celtique. IL fallait trouver ou des pasteurs celtiques dont le nombre était toujours très limité, ou un moyen d'imposer la langue anglaise aux montagnards. La dernière nécessité parut la plus pressante et le Conseil Privé étudia la question. Ses délibé-

(1) Hume Brown, Hist. Scot., Il, 257-258 ; AravLz, Scotland as il was and as it is, p. 174.

(2) Grecory, Hist, of Highlands, p. 333.

rations Coïncidèrent avec un désir de réaliser l'idéal de Knox, d'établir une école dans chaque paroisse, et furent l’occasion de la publication de la fameuse Loi de 1616 dont nous avons déjà traité.

Dans le préambule de la loi, la question des Highlands est expressément mentionnée comme une des raisons principales qui l'ont inspirée. En dépit des améliorations déjà tentées, l’état de barbarie et d’incivilité, est-il dit, continuait parmi les habitants des Iles et des Hautes- Terres; c'était une menace perpétuelle pour la paix de la nation, et son abolition était devenue une nécessité impérieuse. L'existence du celtique comme langue maternelle, qui formait un empêchement sérieux à la propagation des idées progressives, était, de l’avis du Conseil, la première chose qu'il fallait attaquer. Ceci ne pourrait se faire d’une manière générale dans le gros de la population par la simple influence des chefs éduqués dans le sud. C'était seulement par la jeune génération que la tentative promettait du succès.

Par conséquent, l’établissement d'écoles dans chaque paroisse était aussi nécessaire sur les îles et dans les vallées que dans toute autre partie du pays. Cette loi scolaire devait donc s'appliquer d’une façon particulière dans les Hautes-Terres avec toutes les garanties qu’on a vues plus haut, en étudiant son influence générale.

Comme dans les bas-pays, le manque d’un règlement pour trouver les fonds était fatal aux espoirs de cette loi, et dix ans plus tard Charles Ier, sans apporter aucune aide sérieuse, reprocha aux évêques cet état de choses, les accusant de ne pas avoir fait preuve de la diligence qui convenait à une affaire aussi importante (1).

Les soulèvements nationaux de ce siècle englobaient

(1) Reg. Priv. Coun., 2e série, I, 346, note.

autant les Highlands que le reste de l'Écosse, et la situation y était même plus compliquée par l'attachement plus marqué des clans au catholicisme et à la famille royale des Stuarts. L'état continuel de guerre ou de rumeurs de guerre suffit pour nous prévenir de ne pas nous attendre trôp à des résultats bien merveilleux dans le progrès de la civilisation” des Celtes, pendant toute cette période. Dans le rapport fragmentaire des paroisses, daté de 1627, il est question de deux comtés dont certaines parties étaient dans l'enceinte des Highlands, à savoir : le Perthshire et le Stirlingshire. Dans les quelques paroisses notées, du premier, nulle école n'existait à ce moment, mais on voit qu’il y en avait eu quelques-unes qui avaient été dissoutes à cause de la disette de fonds nécessaires (1).

Dans le Stirlingshire se trouvait une paroisse de 630 habitants, qui possédait une école primaire et se lamentait de la déchéance de son école de grammaire par manque de fondations (2).

D'un autre côté, l’Évêque des Iles fut poussé par la lettre du roi, à se remuer un peu, dans les pays pauvres qui formaient son diocèse, mais la tâche était trop lourde. Il montra au Conseil Privé ses preuves de bonne volonté, mais lui indiqua clairement que la question financière était un obstacle insurmontable. Pour toute réponse, on lui ordonna de se mettre en contact avec les insulaires pour délibérer sur les moyens possibles de-trouver des fonds, et, après enquête, de dresser un rapport (3). La suite de l'affaire, s’il y en eut une, est inconnue, mais elle a pu contribuer à l’inspi-

(1) Reports on Certain Parishes, 1627 (Mait. CI.), p. 153-187. (2) Ibid., p. 201.

(3) Reg. Priv. Coun., 2 série, IL, 172.

ration de la législation de 1633, qui créa un impôt scolaire. Cette législation, comme nous l’avons déjà vu, n'eut pas l’occasion de porter ses fruits.

Les inspections générales organisées par l'Eglise avaient été étendues autant que possible aux Highlands, comme ailleurs, inais là, elle reconnut qu’elle était presque impuissante en ce qui concernait les écoles. Le rapport de sa commission de 1641, appuyée officiellement par le gouvernement, l’encouragea, l’année suivante, à prier le roi de s'intéresser à leur cas et d’y apporter un remède financier (1).

La loi de 1646, avec ses provisions pour le prélèvement d’un impôt scolaire, répondait à cette prière, et comme elle fut le signal d’un grand mouvement éducatif ailleurs, elle représentait aussi le commencement d’une ère nouvelle pour les Highlands. Les progrès étaient toujours lents, mais l’Église se mit à sa tâche avec une nouvelle vigueur. La loi ne faisait aucune allusion à la « langue celtique barbare » et la raison s’en trouvait dans une nouvelle attitude de la part de l'Église.

Cherchant avant tout la propagation de son Évangile, elle avait enfin compris qu’elle ne pourrait toucher les cœurs des montagnards que par la voie de leur langue maternelle, la langue de toutes leurs pensées intimes. La suprématie de la langue anglaise sur tous les dialectes pourrait être nécessaire pour l’unité complète du pays au point de vue national, mais pour y arriver, il fallait d’abord créer un certain niveau d'éducation générale, par le moyen du langage de chaque peuple. Dès 1645, on voit commencer une longue suite de règlements ecclésiastiques pour favoriser les études de ceux qui savaient le celtique et pouvaient l’employer

(1) Acé. Par, Scot., V, 410-473; Pererxin, LI, 288-289 ; C. L. S., p. 68.

dans leur pastorat (1). L'Église garda scrupuleusement cette attitude dans la distribution de ses bourses d’encouragement et dans ses nominations de pasteurs aux Highlands, jusque vers la fin du xvur* siècle, quand la compréhension générale de l'anglais fut devenue une chose plus pratique. Elle fit de même maintenant pour les écoles. La loi de 1646 ne fut pas plutôt promulguée, qu’elle prit des mesures spéciales pour la rendre effective dans les Highlands. Elle ordonna à tous ses représentants dans ces districts, de veiller à sa mise à exécution, partout où cela était possible. Les écoles érigées seraient, de par la loi, des écoles pour enseigner l'anglais, mais tous ceux que l’Église envoyait pour les surveiller ou diriger, devaient savoir la langue celtique (2).

L'idée est courante que l’Église resta aveugle vis-à-vis de cette nécessité, pendant tout un siècle encore (3), et il est de mode de faire de grandes phrases, en flétrissant l'Église de l’époque, pour avoir toujours envoyé comme pasteurs ou maîtres dans les Hautes-Terres, « des gens qui étaient, pour les habitants, de vrais barbares (4). » « On instruisait des enfants qui ne savaient pas l’anglais, au moyen de maîtres qui ne savaient pas le celtique (5). »

Une telle appréciation de la situation est mal informée et très injuste. Que le procédé désirable n’ait pas été généralement mis en pratique, est vrai, mais il ne faut pas oublier les véritables raisons de ce défaut. Des bonnes intentions des pasteurs, il n’y a aucune espèce de doute. Mais, en premier lieu, les chefs des clans

(1) Pererkin, Il, 86 et suiv.

(2) Ibid, 11 157:

(3) e. g. Craix, À Century of Scolt. Ist., II, 23.

(4) Moral Statistics of Scotland, p. 13 (citant de Saw, Hist. of Moray). (5) Graxam, Social Life of Scotland, p. 422.

montraient de l’hostilité contre une institution qui était sûrement destinée à miner leur prestige absolu sur leurs vassaux, et ils encourageaient peut-être la défiance que l'ignorance montre toujours envers les innovations et la lumière. En deuxième lieu, l’extrême pauvreté des régions en question, l’état clairsemé de la population, et la grande étendue de paroisses, originairement établies selon le nombre d’habitants, étaient autant d’obstacles contre lesquels on ne voyait pas nettement comment combattre.

Pourtant, on comprenait bien que la philanthropie était absolument le devoir. Deux ans après que la loi eùt été en vigueur, les inspecteurs recommandaient plusieurs garçons des Highlands pour des bourses d'Université — preuve, entre parenthèses, qu'avec la bonne volonté un montagnard pouvait trouver l’occasion de jouir d’une éducation même supérieure — et on ordonna à chacune des « congrégations » du pays, de fournir annuellement 40 schellings, qui seraient destinés à payer les frais scolaires des garçons des hautes-terres. La durée de cette ordonnance devait être de douze ans. On exemptait trois provinces : le Moray, le Ross et le Caithness, qui avaient pris spontanément l’engagement de défrayer, pour chaque presbytère, un élève d’école et d’Université (1). La somme ainsi redevable par chaque congrégation représentait les frais de deux élèves à une école de grammaire et d’au moins quatre à une école campagnarde.

La première année d’expérience révéla une telle pénurie que la somme réalisée ne suffisait pas pour les besoins du peuple et on soumit de nouveau l’ordonnance à la discussion. On était d'accord pour la classer

(1) Pererxin, II, 157.

comme œuvre pieuse de la plus grande urgence et on remplaça la somme fixe par une collecte annuelle extraordinaire à la porte des églises. La où cette mesure ne réaliserait qu’une petite somme, on devait avoir recours aux fonds ordinaires de la « congrégation » afin que le montant soit au ‘moins de 20 schellings. Défense absolue fut faite de détourner de son but aucune partie de la collecte quand elle rendait plus que la somme minimum (1).

Ces efforts n'étaient pas sans avoir de bons résultats et les comités locaux secondèrent l’Assemblée générale. De grands districts où aucune école n’existait se virent enfin, en 1649 et les années suivantes, pourvus de ces institutions tant souhaitées. C’est ce qui arriva dans les comtés d’Inverness et de Ross où les presbytères, aidés quelquefois par les propriétaires fonciers, essayèrent de vaincre les difficultés de la situation (2). Dans toutes les paroisses qu’on abandonna, la grande distance entre les petits villages présentait un problème que le système paroissial ne pouvait résoudre (3). Les districts côtiers devaient aussi rester dans leur dénàûment (4). En tout, moins de la moitié des paroisses de l’Inverness furent dotées d’écoles à ce moment, mais quand même un grand progrès fut réalisé. Quoique quelques-unes des nouvelles écoles eussent un sort inégal, une au moins acquit le prestige d’une école de grammaire (5). D'une autre source on a la confirmation d'un heureux développement dans l’Inverness à partir

(1) PererkiN, 11, p.157; C. L. S., p. 216; CaawBers, Domestic Annals, 11, 179. (2) Inverness and Dingwall Presbytery Returns, p. 108-192.

(3) Ibid, p. 18, 28, 56, 105, etc.

(4) Tbid., p. 333.

(5) Ibid., p, 332.

de 1650 (1). Les hautes-terres du Perthshire bénéfi- Cièrent aussi des améliorations dans l’éducation (2).

Quant à l’Argyll, nous n’avons aucun renseignement exact, mais d'après un auteur (3), que malheureusement on ne peut jamais citer avec confiance, c’est là plus que nulle part quê les efforts pour les écoles portérent fruit.

La Restauration de 1660, la loi « rescisoire », les tendances catholiques de Charles Il et de Jacques VII, le ravivement des luttes intérieures, l’emploi des Highlanders pour supprimer les révoltes dans les baspays et leur opposition à l’avènement de Guillaume II, arrêtèrent pendant plus d’une trentaine d’années le mouvement éducatif dans les hautes-terres (4).

En 1690, l’Assemblée générale de l’Église put reprendre sa sollicitude à propos de cette partie de l'Écosse. La loi avait été méprisée et les presbytères, leur propre existence maintenant assurée, devaient exiger dans leurs districts la coopération des propriétaires pour fonder des écoles dans chaque paroisse dans les conditions légales. En même temps, on reçut des contributions à une caisse pour l'achat de bibles, etc., pour les habitants de ces régions. La somme reçue permit d’envoyer cette même année 3.000 bibles, 1.000 exemplaires du Nouveau-Testament et 1.000 exemplaires du catéchisme, tous en celtique (5). Ceci témoigne de l'intérêt

(1) Moral Slatistics of the Highlands, p. 18.

(2) Lee, Church History, Il, 430.

(3) Gramaw, Social Life, p. 422.

(4) « La Restauration remit en action tout ce qui était corrompu et mauvais, partout où son pouvoir se fit sentir, et l’appel qu’elle fit à la féodalité celtique montra son influence néfaste dans l'affaire de l’armée montagnarde qui envahit le sud-ouest, en 1678. » Arayzz, Scotland as il was, etc., IL, 6.

(5) C. L. S., p. 227, Prererxin, Il, 158. Parmi les graves défauts, au point de vue recherche, qui se trouvent dans l’ouvrage intitulé Moral Statistics of the

qu’on prenait à la lecture et fournit une autre preuve que l’Église ne cherchait pas aveuglément à mettre de côté la langue maternelle des Highlanders.

La même année, 1690, un décret du parlement statua que, l’éducation étant une œuvre pieuse, tous les bénéfices, ou revenus ‘ecclésiastiques dans le comté d’Argyll, dont des particuliers possédaient le droit de présentation, devaient être dès lors affectés à l’établissement d'écoles et à la rétribution des maîtres. La loi de 1696, en mettant au point tous les règlements scolaires, donna

Highlands, — ouvrage auquel beaucoup d’écrivains se rapportent avec confiance — on peut signaler le fait que l’auteur attribue la date de 1802 à la première traduction celtique de la Bible (Ouv. cit., p. 16). Comme, au moment où nous mettons sous presse, l’auteur d’un article paru dans le journal le Scofsman (9 janv. 1907, Gælic Teaching in the Highlands) contribue à perpétuer cette idée que nous croyons fausse, il ne serait peut-être pas inutile d'indiquer nos raisons pour conclure que les livres religieux, envoyés dans les Highlands en 1690, étaient en langue celtique. En effet, il aurait été inexplicable, qu'au moment où des éditions celtiques de la Bible étaient à la disposition des habitants de l'Irlande et du Pays de Galles, on n’ait pas pensé à en faire profiter les montagnards d'Écosse.

D'abord, dans les archives de l'Église, les bibles dont il est question dans le texte sont invariablement mentionnées comme « bibles irlandaises {Irish}. » A cette époque, le terme « irlandais » s'appliquait, non pas aux montagnards d'Écosse eux-mêmes, mais seulement à leur langue maternelle ; et rien ne justifie l’opinion que le titre : « bibles irlandaises » voulait simplement dire « bibles pour les Irlandais », (c'est-à-dire pour les highlanders). En 1699, le Synode de l’Argyll reçut l'ordre de traduire le grand catéchisme en celtique et, en même temps, de velire l'édition « irlandaise » de la Bible, qui avait paru dernièrement et d'en corriger soigneusement les erreurs typographiques dont il pourrait se rendre compte. Au même moment, l’Assemblée générale demanda aux conseils presbytéraux, dans les Highlands, de s'occuper des moyens de faire faire une réimpression de la bible « irlandaise » (PererkiN, Il, 163, 180). Tant de précautions semblent absolument superflues s’il s’était agi d’une édition de la bible en anglais à un moment où chaque famille, dans les basses-terres, en possédait un exemplaire. Quant au petit catéchisme et aux psaumes métriques, il est expressément dit qu’ils étaient éraduits en langue cellique (PeterkiN, tbid., et p. 158, 181, 259, 260). L'existence d'éditions de la bible en celtique, antérieurement à celle publiée par la S. P. C. K., en 1801, est d’ailleurs reconnue par le fait que l'Église, ën prenant connaissance de cette dernière édition, défendit l'usage de « toutes les autres traductions » dans les églises et les écoles. (Persniin, IL, p. 156-157, 166).

la même faculté aux autres parties des Highlands, mais n’en rendit pas l’usage obligatoire. En 1699, l’Assemblée recommanda l'adoption générale du système de l’'Argyll (1). Au même moment, on avoua l'impossibilité d'établir les écoles sans quelque manière nouvelle de trouver des fonds et, pendant quelques années, on chercha à résoudre ce problème.

Tout en notant le peu de succès obtenu, il ne faut pas se laisser aller à l’exagération en pensant au dénûment des Highlands. Nous signalons sous cette désignation les paroles de Graham, qui jouit d’un certain renom pour ses claires généralisations. Jugeant la situation Jusqu'en 1700, « en effet, dit-il (2), on peut dire que dans les Highlands il n’y avait pas eu d'éducation du tout, parce que tous les faibles eflorts de la part du parlement étaient impuissants à civiliser, par des églises ou par des écoles, ces régions où la Réforme n’avait jamais pénétré, un pays sombre et reculé habité par des Écossais sauvages. » La situation était bien mauvaise, mais pas à ce point.

En 1699, un comité fut nommé dans le but de voir de près l’état des paroisses du nord et d’insister sur la création d'écoles là où elles manquaient (3). Ce comité fut augmenté et muni de plus grands pouvoirs en 1705, son devoir étant de faire établir non seulement les écoles mais aussi des bibliothèques (4). La même année, une brochure anonyme parut à Édimbourg faisant un

) €. L. S., p. 282 ; PererxiN, Il, 162.

|] Social me p. 422.

) Pererxin, Il, 163.

(4) Ibid., I, 164. En 1705, il existait dans les Highlands d'Écosse, 19 bibliothèques de Dicsbytères, et 58 bibliothèques locales. Ibid., p. 181. « Mais l’on suppose que ces institutions obtinrent peu de succès et furent mal soutenues. » CHamgers, Domestic Annals, IL, 253.

tableau bien noir de l’état de l'éducation dans le comté d’Inverness et réitérant le cri que, sans des secours financiers, il était presque impossible d'espérer trouver des élèves (1).

Cet appel parvint aux oreilles de la reine Anne qui pria immédiatement l’Église de lui venir en aide pour trouver et organiser des souscriptions particulières en vue de pourvoir à ce besoin pressant. L'Assemblée s’empressa de promettre sa collaboration énergique. Aussi ouvrit-elle une liste de souscriptions et fit-elle rechercher les paroisses les plus nécessiteuses. Il est aussi à remarquer qu’elle pétitionna pour que le gouvernement rendit obligaloire la présence, à de telles écoles de charité, de tous les enfants dont les parents ne pouvaient pas payer les frais de l’école réglementaire (2). Mais cette proposition ne fut pas accueillie par le parlement.

L'idée des écoles charitables resta encore à l’état de projet, tandis qu’on renouvelait annuellement les instances auprès des propriétaires fonciers pour qu'ils fussent généreux envers les écoles de paroisse. En 1706, on fit circuler dans les Highlands la proposition d’organiser une Société, spécialement destinée à centraliser les dons et à les administrer pour le bien de l’éducation avec le concours de l’Église (3). Le projet reçut un bon accueil de la part des synodes locaux et, en 1708, une correspondance fut entretenue avec le Conseil Privé pour convenir de la constitution d’une telle Société et pour obtenir des lettres patentes pour l’autoriser à fonctionner (4). Une somme de mille livres sterling était

(1) CHamBers, Domestic Annals, III, 252.

(2) C. L. S., p. 330-331 : Pzrerxin, II, 168, 289. (3) PerTerkiN, Il, 182,

(4) Ibid, IT, 169.

déjà versée à l’œuvre; et des philanthropes, en attendant l’avènement de la Société, mirent sur pied des écoles à leurs propres frais. Telle fut Ja duchesse d'Hamilton (et de Châtellerault) qui en fonda trois dans la seule île d’Arran. Un gentilhomme de l’Inverness en établit dix dans son comté natal.

Au mois d'avril 1709, l'Assemblée générale vota solennellement son appui à la Société, et une proclamation royale lui attribua les droits de corporation (1). À l’instar (2) d’une pareille association fondée en Angleterre en 1698, elle se nomma la Société pour la Propagation des Connaissances Chrétiennes (Sociely for the Promolion of Christian Knowledge. — « S. P. C. K. »). D'année en année jusqu’à la fin du siècle, l’Assemblée rappelait à la mémoire des synodes et des églises leur devoir d’user de toute leur influence pour encourager leurs paroïissiens à contribuer aux besoins financiers de cette œuvre. Pour obtenir un nombre suffisant d’instituteurs pour les écoles de la Société, on vota l'attribution de la moitié des bourses universitaires pour toute l'Écosse, pendant quelques années, à des jeunes gens des hautesterres (3).

La Société, pour ne pas libérer les propriétaires fonciers de leurs obligations, refusait de prêter son aide aux paroisses où une école n'avait jamais été placée et, en même temps, on instruisit des procès de recouvrement contre les riches récalcitrants (4). Le progrès de la Société est donc une indication, quoique incomplète, du degré auquel la loi avait été mise à exécution.

(1) Azzex et MeCLure, Hist. CRSMRPA CAC D le) (2) ADamsow, Pioneers of Mod. Educ., p. 208.

(3) Pererkin, II, 110.

(4) C. L. S., p. 526 ; PETERKIN, TAG

Commençant en 1707 avec 5 écoles (1), la S. P. C. K. avait en 1719 42 écoles et un capital de 7.000 livres sterling, mais les demandes auxquelles elle voulait accéder étaient beaucoup trop nombreuses pour ses ressources et, cetté année, l’Église non seulement recommanda des quêtes extraordinaires, mais versa dans la caisse de la Société tout le surpluë de son budget ordinaire (2). Huit années plus tard (1727), elle avait institué 80 écoles, mais, faute de fonds, d’autres avaient été délaissées (3). La Société avait pourtant, à partir de 1725 bénéficié d’une subvention royale annuelle de mille livres sterling. En 1732, le nombre d’écoles était de 105 et celui des écoliers de 4.146 (4).

L'établissement de telles écoles était une grande tentation pour les propriétaires, de négliger les écoles paroissiales et on protesta rigoureusement contre ce manquement au devoir (5). Le cas n’était évidemment pas rare où «les malheureux maîtres furent ballottés de grenier en grenier, forcés de payer une grande partie du loyer de ces greniers de leur propre bourse, et obligés, en plus, de suffire aux besoins de leurs familles avec leur misérable pitance de quatre livres sterling (6). » Ce qui doit étonner le plus, c’est que pendant cette période de 1700 à 1745 on ait pu faire un progrès quelconque dans l'éducation des Highlands, car un vent d’hostilité soufflait partout contre l’idée de recevoir quoi que ce soit des mains des Saxons protestants et orangistes, et ce mouvement trou-

(1) Moral Slalisties, p. 16.

(2) Pererxin, I, 113, 114.

(3) Ibid, II, 114.

(4) Ibid, Il, 115. Selon Granam (Social Life, p. 422), le nombre d'écoles paroissiales dans les Highlands la même année (1732), était de 109 ; et en 1758, il manquait de telles écoles à 175 paroisses dans les mêmes régions.

(5) CO. L. S., p. 699; Prrerxin, Il, 338.

(6) Guraris-Suirn, Sérathblane, p. 241.

va sa soupape de sûreté dans les formidables soulèvements de révolte en 1715 et 1745, contre le régime actuel et en faveur de la papautéet de la restauration des Stuarts au trône d'Angleterre.

Les grands chefs des clans, soucieux de leur pouvoir despotique, faisaient tout leur possible pour encourager cette opposition. Déjà, après la première révolte, l’un d'eux, le lord Mar, n'avait pas caché son dégoût pour la civilisation moderne. « L'ancien esprit militaire, se plaignait-il, a été mis de côté et perdu, et la jeunesse du royaume, au lieu d’être élevée dans des exercices militaires comme au temps jadis, s'empresse de poursuivre l’étude du droit, de la médecine, de la chirurgie, elc., dans l’espoir d'agrandir sa fortune. Quoique pas un sur dix de ces jeunes gens ne réussisse dans ces carrières, cependant, les gens de bien continuent à donner à leurs enfants une éducation dans ce but, les plaçant chez des notaires ou des avoués pour copier tout ce qui concerne les procès, et les valeurs, et pour apprendre toute la chicane des gens de robe. C’est les rendre une peste pour tous leurs voisins, et ruiner leur morale et leur honnêteté. D’autres envoient leurs fils a l’étranger pour y étudier le droit, et quand ils en reviennent, on considère qu'il serait humiliant pour eux de ne pas se faire avocat, qu’ils en soient capables ou non. Ainsi, cette classe d'hommes devient si nombreuse, qu’ils sont un fardeau inutile pour le pays, et la plupart d’entre eux continueront d’être une charge pour leur famille ou mourront de faim. »

Mar proposa donc de limiter très étroitement le nombre de postulants pour de telles professions, et forcer ainsi les hommes de se tourner vers la carrière des armes. « Les jeunes gens seraient mieux occupés dans une académie royale de manège, d’escrime, et d’exer-

cice des armes, qu’à gratter du papier dans une étude de notaire, et rendraient ensuite des services plus utiles à leur roi et à leur pays (1). » On pourrait dire que bien des critiques de Mar semblent être applicables à l’état de choses de nos jours, mais elles représentaient en outre une défiance contrè tout effort pour instruire le peuple.

L'auteur de la brochure intitulée Les Highlands en 1750% sentait que cette attitude avait été adoptée par d’autres chefs. Dans certaines parties du Ross, par exemple, les paysans étaient dans un état de barbarie et d’ignorance complètes, parce que les nobles, quoiqu'ils encourageassent des instructeurs réactionnaires dans leurs propres familles, retenaient le commun dans les ténèbres, afin qu'il pût être ainsi un instrument plus facile pour leurs mauvais desseins et leur tyrannie (2).

De même le lord Lovat, un des chefs de la révolte de 1745, non seulement décourageait toutes les écoles érigées dans son propre pays, et se déclarait l’ennemi de tous ceux qui y enverraient leurs enfants, mais aussi se donnait beaucoup de peine pour convaincre les chefs et les principaux gentilshommes des Hautes-Terres, de loin et de près, combien leur intérêt soufirirait de cette influence (3). Il est pourtant réconfortant de voir que les chefs qui n'étaient pas mal disposés envers le gouvernement ajoutaient leur influence à celle de l'Église, et faisaient établir des écoles au-delà des exigences de la loi (4). La construction de grands chemins et de forts dans les Hautes-Terres, et leur occupation par des troupes des basses-terres, eurent aussi un heureux effet en

(1) Lord Mar’s Legacy (1722), p. 215-221.

(2) Highlands of Scotland in 1750 (auteur, probablement un nommé Bruce, fonctionnaire du Gouvernement), p. 28.

(3) Ibid., p. 118.

(4) Ibid, p. 10.

divisant de grandes paroisses, et en les fournissant d'écoles (1). Toute déduction faite des préjugés protestants de l’auteur, on ne peut pas ne pas sentir que, partout où l’Église catholique avait gardé une propagande active, la cause de l'éducation populaire languissait (2).

Il est remarquable que l'ignorance très répandue dans ces régions n’empêchait pas qu’il se trouvât abondance de Highlanders de bonne famille, qui possédaient parfaitement la langue latine et composaient même des vers latins (3). Scott a personnifié ce type de gentilhomme dans le bon Bradwardine. (Il était d’une famille très ancienne et d’une fortune plutôt embarrassée; un savant, selon l’érudition des Écossais, c’est-à-dire que sa science était plutôt diffuse qu’exacte, et qu’il était lecteur plus que grammairien (4). » Scott raconte aussi un Cas réel de cette culture des lettres vers 1745. Un prisonnier jacobite, après s'être échappé de sa prison, rôdait dans les alentours quoiqu’une condamnation à mort restât suspendue sur sa tête. Il fut de nouveau capturé, et, interrogé, ne pouvait donner aucune explication de sa présence si près de sa cellule, sauf le désir de retrouver son Tüe Live favori, qu’il avait oublié dans sa fuite (5).

Stewart cite plusieurs autres exemples du même phénomène. Un passage, à ce propos, est plus qu’intéressant. «Quand des troupes Hessoises furent envoyées dans le district de l’Athole en 1745, les officiers supérieurs qui étaient d’une très bonne éducation, seservaient du latin comme moyen de communication dans chaque

(1) Highlands in 1750, p. 32.

(2) Ibid., p. 126, 153.

(3) CuawBers, Domestic Annals, II, 253.

(4) Waverley (Édition dite « Border »), p. 46. (5) Ibid., p. #1 et 653, note 1.

auberge. A Dunkeld, Inver, Blair, Athole, Taybridge, etc., tout aubergiste parlait cette langue (1), et des témoins oculaires m'ont raconté le plaisir exprimé par un colonel de la cavalerie hessoise, quand il descendit à une auberge à Dunkeld, dont le propriétaire lui souhaita la bienvenue en latin, la seule langue dans laquelle ils pouvaient se faire comprendre mutuellement.

« Mais c'était dans le district le plus reculé du royaume, dans l’île de Skye et dans d’autres îles, que l’éducation classique était la plus générale. Là, le savoir des gens aisés était tout à fait singulier. Très peu d’entre eux étaient allés à l’étranger et, sauf les trois grands propriétaires, Macdonald, Macleod et Mackinnon, très peu possédaient'des terres. Je crois que c’est plutôt unique que les gentilshommes d’un coin de pays perdu apprennent le latin seulement pour le parler entre eux ; c'était pourtant le cas en Skye. Pendant un laps de temps considérable, les pasteurs des 16 paroisses de Skye, Harris, Lewis, etc., étaient des hommes de bonne famille, de grande science, et par conséquent, de beaucoup d'influence. Leur exemple pouvait répandre et conserver ce goût classique. Pour la même cause les chansons de Skye sont souvent remplies d’allusions aux déités païennes (2). »

La plus grande culture de ces classes était due à leur situation aisée, leur permettant d’avoir des précepteurs particuliers, à leur fréquentation plus facile des grandes villes des basses terres, et aux occasions d'éducation

(1) « Dans les Hautes-Terres, un homme pourrait être conducteur de bestiaux ou tenancier du plus petit cabaret sans déroger à sa naissance ni à son titre de gentilhomme. » Craik, Cent. Scotl. Hist., 1, 136. « Un gentilhomme de sang highland dédaignait de toucher à une aune, mais il remplissait volontiers des pots à bière. » GRanam, Social Life, p. 385.

(2) Srewarr, Skelches of {he Highlanders, I, append., p. xxxIx-xL,

que leur offrait le service militaire dans les armées de l'étranger (1).

Une fois la paix rétablie, après la révolte de 1745, l’Église reprit son souci des Highlands par des recommandations vigoureuses et des poursuites judiciaires. La S. P. C. K. prit un nouvel élan, ayant ajouté à son plan depuis 1738, l'institution d’écoles industrielles pour l'instruction des filles en filature, couture et tricotage. Son capital monta de 30.000 livres sterling en 1763 à 100.000 en 1792. A la fin du siècle, le nombre de ses écoles était de 200 (2). En 1792, on calculait que 160.000 enfants avaient reçu une éducation élémentaire par ce moyen, et qu’à cette date, les écoles de la Société contenaient 10.000 élèves (3).

D'autre part, l’Assemblée institua un comité d’enquête qui, dans son rapport, précisa les considérations qui devaient régler toute l’œuvre de l'Église dans les Highlands. On fit ressortir que la condition essentielle de l’unification de ces régions avec le reste du pays, dans la marche du progrès, était la suprématie de la langue anglaise. Mais on qualifia de vaine, l’idée de chercher ce but au moyen des ministrations anglaises. Le seul instrument capable de résoudre les difficultés était les écoles pour

(1) Sir Henry Craik (dans une correspondance particulière dont il nous a honoré) trouve que ce dernier membre de phrase contient la vraie explication des connaissances Jatines chez les compatriotes du baron de Bradwardine, « L’habitude, écrit-il, de parler latin (d'une sorte) ne me semble pas indiquer une éducation avancée dans les écoles. Quelquefois, cette connaissance s’acquit (comme dans le cas de Dugald Dalgetty) à l'Université. Mais très fréquemment, à mon avis, on apprenait le latin oralement et comme un perroquet au cours des pèlerinages nombreux à l'étranger que faisaient nos compatriotes des hautesterres, à la recherche d'aventures ou d’un moyen de vivre. » Les faits que nous citons dans le texte ne nous paraissent pas, pour la grande partie, s'expliquer par la seule circonstance des voyages à l'étranger.

(2) Il faut faire la réserve qu'entre 40 et 50 de ces écoles étaient hors des limites des Highlands.

(3) First Stat, Acc., VI, 590.

ne

l’enseignement de l’anglais. On reconnut les grands progrés déjà accomplis par ces écoles établies sur une base philanthropique, mais, on signala le pas énorme qu’il y avait encore à faire.

De même, on s’intéressa à l’état des highlanders accourus dans les Villes par suite de la misère sociale et de la dissolution des liens de clans (1). Des efforts furent prodigués pour améliorer leur situation et pour élever leurs enfants. Le caractère sympathique de cette action se manifesta dans l'établissement d’écoles celtiques (2), la première, fondée à Édimbourg (toujours par des souscriptions philanthropiques) en 1768 (3). Entre 1770 et 1780, le désir d'amélioration uni aux difficultés de travail et à une disette de vivres, causa de grandes émigrations de l’ouest de l'Écosse. Le sentiment de la valeur de l'éducation était devenu assez général, car presque tous les groupes d’émigrés eurent soin de prendre avec eux des maîtres d'école (4). La formation de la Société Agricole des Highlands en 1784 et l’encouragement matériel qu’elle donna à l’exploitation agricole des Hautes- Terres (5), s’ajoutèrent aux influences qui, en répandant des idées de développement et de bien-être, montrèrent aux yeux de tout le monde la nécessité de s’instruire.

L’apaisement des Highlands fut le signal pour plusieurs

(1) L’abolition, en 1748, des droits de juridiction appartenant aux propriétaires des hautes-terres, y contribua beaucoup.

(2) A partir de 1766, la S. P. C. K. qui, jusqu'alors n'avait pas permis aux maîtres d'école employés par elle de se servir du celtique en classe, encouragea ces derniers à enseigner la lecture en celtique aussi bien qu’en anglais,

(3) Craix, Cent. of Scotl. Hist., II, 23.

(4) Tbid., 11, 57.

(5) Les Highlands étaient aussi susceptibles de riche développement que les parties montagneuses des basses-terres. ARGYLL, Scotland as it was, etc., IE, 121, 122.

voyageurs anglais et étrangers de faire des voyages dans les montagnes et les îles. Quelques-uns d’entre eux nous ont laissé des indications sur l’état de l'instruction générale.

Pennant, par exemple, qui fit son Tour en 1769, admira la dignité avec laquelle le clergé joua son rôle d’apôtre de la culture et des lettres, nonobstant les modiques ressources matérielles dont il disposait (1). Quant aux montagnards, il remarqua en eux une intelligence avide et une Curiosité très éveillée (2).

Le docteur Johnson lui succéda en 1773 et publia le récit de son voyage parmi les îles de l'Ouest. Parlant en général, il dit qu’il n’entra jamais dans une maison, dans le cours de sa tournée, sans y trouver des livres en plusieurs langues; et le goût littéraire lui sembla loin d’être négligé (3). Cette constatation, pourtant, Johnson ne l’a faite que dans des familles d’une certaine fortune, les familles dans lesquelles il avait été reçu. La résolution, déjà notée, de poursuivre plus vigoureusement l’enseignement de l'anglais, commençait à porter ses fruits par l'exclusion totale de la langue celtique des écoles dans bien des régions. Le procédé semble avoir été appliqué durement, éloignant en même temps que la langue maternelle, les sympathies des habitants. Johnson constata le fait en plusieurs endroits et, ne tenant aucun compte des raisons politiques de ce mouvement, exprima un regret sentimental de l'attaque dirigée contre la langue celtique (4). Il trouva les règlements pour l'établissement des écoles paroissiales bien observés. Des étudiants dans

1) PENNanT, Tour in Scotland, p. 173.

2) Ibid., p. 214,

3) Journey to the Western Islands (édit. 1876), p. 45.

( { ( (4) Ibid., p. 48, 90.

leurs longues vacances (de six mois) suppléaient aux besoins spéciaux des paroisses composées de plusieurs iles. Nous avons déjà remarqué que l’île de Skye avait eu une tradition de culture, et le fait est corroboré par la présence de deuxsécoles de grammaire dans cette île à l’époque où Johnson la visita. A cause des difficultés d’ap- -provisionner un même endroit enshiver et suffisamment pour nourrir un nombre considérable de personnes, les élèves de ces écoles ne pouvaient les fréquenter qu’en été (1).

Contraire fut l'observation de Newte, qui parcourut le continent d'Écosse en 1785. L'été, les fils de fermiers étaient employés à des occupations rurales et c'était l'hiver seulement qu’ils allaient à l’école paroissiale (2). L'impression générale de ce voyageur fut que les Highlands étaient encore retenues dans un état assez misérable par les propriétaires qui mettaient des empêchements à l'éducation des pauvres. Il fait exception pour deux grands districts où les chefs étaient comme des frères pour leurs inférieurs et faisaient instruire tout le monde (3).

Enfin Faujas de Saint-Fond trouva (1797) l'instruction dans les Highlands plus répandue qu’il ne s'attendait à le voir. Dans des hautes familles, on parlait français «avec autant de pureté que dans les plus excellentes sociétés de Paris (4). » Quant au peuple, il cite le cas de l’île de Mull qui, avec une population de 7.000 habitants, possédait cinq écoles (5). Il connut personnellement un des maîtres d’école de ces coins retirés et, en quelques

(1) Journey, p. 90.

(2) Newte’s Tour, p. 272.

(3) Ibid., p. 129, 132-133, 180.

(4) F. DE Sainr-Fonn, Voyage en Angleterre, I, 280, (5) Ibid., II, 89.

mots, il nous laisse entrevoir la valeur cachée de ces hommes dévoués. « J’eus le plaisir, en arrivant à Dalmally, de revoir notre cher ami Patrick Fraser... Il me fit part de ses nouvelles recherches sur les poésies d’Ossian, dont il avait découvert encore quelques iragments dans diverses excursions faites à ce sujet chez les habitants des hautes montagnes et des lieux les moins fréquentés de cette partie de l'Écosse. Il avait également enrichi sa collection d’autres poésies faites par les bardes du pays, mais beaucoup moins anciennes. Cet homme estimable, passionné pour les lettres et d’une philosophie douce et modeste, est malheureusement comme en exil, au milieu de ces tristes et arides montagnes où, pour subsister, il est obligé de faire les fonctions de maître d’école (à Glenorchay par Inverary); je fais des vœux bien sincères pour que son sort soit amélioré (1). »

Nous sommes maintenant arrivés à l’époque du premier Rapport Statistique de l'Écosse (1791-1799). Une étude détaillée des vingt-et-un volumes de ce rapport fait ressortir le fait que la population des régions comprises dans les Hautes-Terres montait à peu près à 200.000. Pour un grand nombre des paroisses nous avons non seulement le chifire des écoles diverses, mais aussi celui des élèves. Additionnant ces chifires et les comparant avec la population totale des mêmes paroisses, on trouve que deux tiers environ des enfants à l’âge scolaire, sont à l’école. Ceci présuppose que le huitième de la population entière devrait fréquenter l’école. Certes, ce n’est pas l'idéal que deux tiers seulement des enfants profitent des avantages de l’éducation ; mais, vu l’époque et les conditions locales, la pro-

(1) Samr-Fonn, Voyage en Angleterre, Il, 174,

portion est certainement surprenante et dépasse de beaucoup les estimations ordinaires.

D'ailleurs ces chiffres ne tiennent compte que des écoles reconnues, et il est certain qu’à côté d’elles se trouvaient des classes de familles, des écoles de dames et d’autres institutions aptes à enseigner au moins l'écriture et la lecture. Ce qui valait mieux qu’un acte de parlement — un véritable intérêt pour l’éducation — se signalait dans tous les coins des Highlands, et la disparition de l’esprit d’hostilité envers la culture intellectuelle est un des traits les plus saillants de ce rapport. Comme dans les paroisses très étendues et topographiquement sauvages les écoles paroissiales ne pouvaient pas être à la portée de tout le monde, les petits fermiers réunissaient leurs moyens pour entretenir un étudiant tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, dans le but de donner à leurs enfants les bienfaits d’une éducation élémentaire. Les simples paysans, d’ailleurs, profitaient de ces foyers de culture ou en créaient à leur instar.

On prétend même que ces cours familiaux furent suivis par moitié autant d'élèves que les écoles régulières (1). Le comté le plus épars, celui d’Argyll, semble avoir le plus mis en pratique ce principe. C'était à un tel point que dans une des îles de ce pays, où la pauvreté des fermiers ne leur avait pas permis d’entretenir une école légale, on pouvait dire que tous les enfants, sans exception, savaient lire et écrire (2). C'était un système qui, tout en donnant plus d'intimité à l’enseignement, permettait à l’instituteur, vivant à tour de rôle chez les parents de ses élèves, de mieux s’assurer un peu de confort matériel. Aux îles Shetland, nul

(1) Stat. Acc, LI, 188; IV, 569; VI, 264; X, 213; XII, 227. (2) Ibid, VIL, 498.

autre système ne semblait alors praticable, et il produisait des résultats merveilleux (1).'Autre part, on voyait des précurseurs de Bell et de Lancaster, car des garçons et des fillettes de 12 à 15 ans transmettaient avec succès leurs modiques connaissances à des enfants plus jeunes (2).

Ainsi, quoique le système national ne fût nullement parfait, on ne doit pas dire que l’éducation élémentaire restait négligée. Certes, les moyens publics d’enseignement n'étaient pas également répandus, et on pourrait citer bien des endroits où ils faisaient lamentablement défaut, mais presque nulle part ne peut-on remarquer une indifférence à ce sujet, chez les habitants des montagnes. L’appréciation de la valeur de l'éducation était déjà une garantie qu’on ne négligeait pas de se servir des autres moyens subsidiaires. Partout on voit des écoles particulières, et dans les villes elles faisaient une concurrence sensible aux écoles publiques, même secondaires (3).

Il ne faut pas croire que l'instruction restait toujours à l’état élémentaire. Outre le fait qu’on envoyait couramment des enfants dans les grandes villes du sud pour pousser plus loin leurs études (4), il y avait dans le sein des Highlands, en dehors des grandes villes, des écoles paroissiales qui donnaient toute la préparation nécessaire pougentrer à l'Université ; les mathématiques nécessaires pour la navigation et l’arpentage étaient presque générales; la Bible servait de littérature. La géographie, la tenue des livres et le latin les suivaient de près; et le grec et le français n'étaient pas

(1) Stat. Acc., LI, 573 ; LIL, 420 ; V, 198.

(2) Ibid, 11, 389; IV, 295.

(3) Ibid, V, 302.

(4) Ibid, III, 420; VI, 9%.

rares. On n’oubliait même pas l’escrime et la bonne tenue (1).

Par les soins de la S. P. C. K., l'éducation féminine avançait aussi, et des écoles de couture, de tricotage, de filature et de tjssage, en plus des écoles ordinaires, répondaient à ses: besoins.

En résumé, nous dirions avec çonviction qu’à la fin du xvure siècle, la lumière avait pénétré dans les Highlands, et l’enseignement élémentaire était presque autant à la portée de tout le monde, que dans les campagnes des terres basses. C’est une opinion qui paraît un peu révolutionnaire, mais qui n’a pas été formée hàâtivement.

L'organisation de cette instruction était des plus mauvaises en vue d’un progrès toujours croissant, et c'était là sa faiblesse. Elle était trop vague, trop officieuse, trop insaisissable, pour avancer avec les besoins du siècle qui s’approchait. L'école nationale était encore, dans ces parages, sur une base trop incertaine, les écoles officieuses étaient trop à l’abri de toute surveillance. L'objet des réformateurs devait maintenant être d’encourager l’école paroissiale à gagner une suprématie absolue, par ses propres mérites, en la dédoublant dans les paroisses étendues, en assurant un traitement équitable aux maîtres, et en obtenant ainsi une garantie de leur culture ; enfin, en éliminant la barrière érigée entre elle et les pauvres, la question des frais à payer.

Comme toujours, la question des salaires était la plus urgente, et quoique la vie, dans les pays montagneux, dût être meilleur marché que dans le sud, les protestations contre le maigre traitement de l’instituteur étaient aussi éloquentes et sincères là qu'ailleurs.

(1) Stat. Acc, VII, 356,

Que ce fût dans le Sutherland (1), dans l’Inverness (2), dans le Ross (3), dans le Perth (4), ou dans l'Argvll (5), le cri était le même. Cent marks écossais, le traitement légal, suffisaient en 1696, mais cent ans plus tard il était au-dessous du salaire d’un journalier. La dignité qui convenait à un maître d'école était impossible avec de telles ressources. La conséquence naturelle, à savoir l’abaissement du niveau intellectuel des aspirants à l’enseignement, s'était réalisée et la situation demandait un remède. « Si l’on n’y apporte pas de secours, disait-on, l'Écosse sera, avant longtemps, aussi remarquable pour la richesse et l'ignorance qu’elle l'était jadis pour la pauvreté et la science. »

Par la loi de 1803, le pays exprima son appréciation des travaux des instituteurs et son désir de les voir mieux payés. On y décréta que le traitement devait désormais être au minimum de 300 et au maximum de 400 marks (de 417 à 556 francs). Mais les rédacteurs de la même loi se rappelèrent plus spécialement les conditions matérielles dans les Hautes-Terres et insérèrent une clause destinée à combler une autre lacune de l’organisation. À maintes reprises, des rapports ecclésiastiques et le Rapport Statistique avaient fait remarquer que beaucoup de paroisses dans les Highlands étaient vastes et entrecoupées, surtout celles qui comprenaient des îles. Dans quelques contrées, surtout dans l’Argyll, on avait établi deux écoles dans une seule paroisse, mais comme il n’y avait pas un moyen légal de prélever sur les propriétaires le traitement de deux maîtres

(1) Sat. Ace., VI, 304.

(2) Ibid, IV, 311; XVI, 272.

(3) Jbid., IV, 447; XIV, 95.

(4) Ibid, VI, 154.

(5) Ibid, NII, 443.

pour une paroisse, le traitement original se trouvait: partagé en deux. La situation de maître, déjà si dure, en fut tout de suite aggravée et il devint impossible de garder un bon maître avec un salaire ainsi rendu infime. Le gouvernement sentit la nécessité d’encourager ce dédoublement d'école paroissiale, mais se rendit compte de l'urgence de le faire sans nuire à la position des maîtres. La loi ordonna donc que dans de telles paroisses, où évidemment une école unique « ne pouvait être un bienfait effectif à toute la population », on pourrait établir deux écoles ou plus, mais dans ce cas le traitement global pour les maîtres de la paroisse ne devait pas être moins de 600 marks.

La clause était faible en ce qu’elle laissait aux pasteurs et aux propriétaires (qui supportaient les frais d’augmentation de traitement) le soin de décider si deux écoles étaient nécessaires ou non. En cas de dissentiment entre les propriétaires, la question devait être portée devant la Cour trimestrielle des juges de comté (espèce de cour d’assises), dont la décision serait finale.

Cette loi pouvait donner l’espoir d’une grande amélioration dans l’état de choses, mais la discrétion laissée aux propriétaires par l’article que nous venons de citer était fatale à la vulgarisation des écoles. Ces contribuables ne firent preuve d'aucune bonne volonté à s'imposer extraordinairement pour le bien de l’éducation, quoiqu’en agissant ainsi ils eussent pu, de par la loi, se dispenser de l'obligation de pourvoir aux frais de l'installation du maître. La S. P. C. K. ne voyait aucune raison de diminuer ses efforts bienfaisants; et d’autres tentatives philanthropiques furent inspirées par la nullité de la loi en ce qui concernait la division des paroisses.

Le nouveau mouvement prit pour point de départ le

principe d'enseigner la lecture et l'écriture exclusivement en celtique, ses auteurs croyant ainsi se conformer mieux aux désirs et aux besoins naturels du peuple montagnard. C’est en 1811 que se forma dans ce but la Société des Écoles Celtiques d’Édimbourg qui, dans l’espace de dix ans, avait sous ses ailes 77 écoles avec 4.300 élèves (1). Mais ceux qui jouissaient des avantages de ces fondations ne se contentaient plus de cette étude de leur langue maternelle, et la demande générale fit bientôt ouvrir les portes de ces écoles à l'instruction ordinaire en langue anglaise (2); et dans les écoles de la Société fondée pareillement à Glasgow presque en même temps, et de celle d’Inverness, fondée en 1818, la lecture, l'écriture et l’arithmétique, enseignées en anglais, étaient combinés avec le celtique. En même temps (1824), la S. P. C. K. activa son œuvre par un encouragement plus généreux à l'étude de la langue maternelle dans ses écoles (3).

Une recherche entreprise en 1822 nous donne le chiffre intéressant de toutes ces écoles à ce moment. La population des comtés des hautes-terres était alors de 416.000 habitants, ce qui, à raison de un sur huit, donnerait 52.200 comme le montant de la jeunesse qui devrait être à l’école. Les écoles étaient ainsi réparties :

Écoles paroissiales.............. 171

SEC ICE ee 2, Nr 4 fines, 134

Soc. d’'Écoles Celt. Édim......... 17

Id. Glass et 48

Id. Inyerness 00 65 DAS Te ee 495 écoles.

(1) Moral Slatistices, p. 19.

(2) Maccean, Proc. Philos. Soc, Glasg., XXXV, 12. (3) Ibid. |

Calculant d’après des chiffres moyens qu'on ne peut pas bien contrôler, l’auteur de l'enquête prétend que moins de 25.000, ou à peine la moitié des enfants à l’âge scolaire, fréquentaient les écoles. Si ce calcul est exact, on voit que l'éducation publique, au lieu d'avancer, paraît avoir subi un recul depuis 1791, époque du Rapport Statistique. L'auteur, pourtant, semble avoir complètement négligé l'influence des écoles et classes particulières quand il conclut que « la moitié de toute la population au-dessus de l’âge de huit ans ne sait pas lire. » IL trouva aussi qu'un tiers des familles visitées demeuraient à plus de trois kilomètres de l’école la plus proche (1).

Si on ne connaît pas suffisamment les détails de la méthode adoptée dans cette enquête pour en contrôler les chiffres, au moins voyons-nous que ces conclusions frappantes, aidées par le rapport national de Brougham (1818) (2), ne tardèrent pas à émouvoir l'opinion publique. Au printemps de l’année 1824, l’Assemblée de l'Église chercha à élaborer un projet pour augmenter les moyens d'éducation dans les Highlands, dans l'espoir toujours d'amener le gouvernement à entreprendre cette tâche dès qu’elle aurait mis sur pied quelque Système pratique (3).

Pour le moment, le gouvernement se borna à légiférer pour l'établissement d’églises paroissiales subsidiaires (4), mais les délibérations ecclésiastiques dirigées par Baird, recteur de l’Université d'Édimbourg, aboutirent, la même année, à un projet définitif d'écoles sup-

(1) Moral Statistics, p. 25-29; AnpersoN, Prise Essay on the Highlands (1826), p. 19-20.

(2) Jrax, Séale and Educ., p. 129-130.

(3) C. L. S., p. 990, note.

(4) 5 Geo. IV, cap. 90. Comp. Dunor, Parochial Law, p. 49-52.

plémentaires sur une base philanthropique (1). On décida de faire appel à la générosité des propriétaires pour accorder l’usage de terrains et de bâtiments dans des paroisses nécessiteuses, tandis que l’Église, par le moyen de contributions particulières, de collectes aux offices et de legs, s’eflorcerait à donner des traitements variant de 5 à 25 livressterling (fr. 125 à 625) (2). Le public répondit libéralement à cet appel, et ces «écoles d'Assemblée », en dépit du risque d’inconstance parmi les nombreux anonymes qui les soutenaient, acquirent une vie vigoureuse et prirent une part notable à l’œuvre de l’éducation. Au bout de 15 ans, il y en avait plus de 94 dans les Highlands et les îles, et en 1865 on en comptait 200. Mais, malgré toute la bonne volonté de l’Église, un système volontaire ne pouvait être qu’un expédient et serait toujours insuffisant. En 1838, le gouvernement fit une innovation complète dans l’histoire en se résolvant enfin à débourser directement de ses propres fonds certaines sommes pour remplir ses obligations morales vis-à-vis de l'éducation (3). Par la loi signée le 410 août 1838 (4), on reconnut officiellement que «les moyens d'instruction existant dans les Hautes-Terres et les îles étaient absolument inadéquats à l'éducation du peuple. » Se rappelant l’édit de 1824, qui avait multiplié le nombre d’églises dans beaucoup de paroisses, le parlement décida d’encourager l'érection d’au moins une école gouvernementale correspondant à chaque nouvelle di-

(1) Perrin, LI, 574.

(2) Maccean, Proc. Philos. Soc. Glasg., XXXV, 72.

(3) En 1834, 1835, 1836 et 1838, on avait bien voté une somine annuelle de 10.000 livres (fr. 250.000) pour l'éducation en Écosse, mais elle fut entiérement consacrée à l'érection d'écoles dans les grandes villes. Bazrour, Educ. Systems, p. 132-133.

(4) 1 et 2 Vict., cap. 87.

vision de paroisse, et il vota que, sur les fonds annuellement attribués à l'Écosse dans le budget, on prélèverait les traitements légaux des maîtres ainsi installés. C'était la création d’une nouvelle espèce de maîtres d'école — le fonctiennaire payé directement par la Trésorerie. Mais à part la question de traitement, le maître d’une école dite « gouvernementale » devait se conformer à tous les règlements ordinaires de son collègue paroissial et se soumettre à la surveillance de l’Église gt des propriétaires fonciers. Une condition préalable à l'obtention de cette aide du gouvernement était que, comme auparavant, les propriétaires de la région en question donnassent une maison d'habitation de deux pièces avec un jardin.

Avec la création, l’année suivante, du Comité d’ Éducation et du système d’inspections gouvernementales et de subventions accordées en détail d’après les rapports des inspecteurs, on peut dire que les Highlands entraient définitivement dans le mouvement uniforme du pays en général. Les conditions désavantageuses se mouraient lentement, mais la philanthropie particulière les adoucissait. Le grand schisme de 1846 dans l'Église fit élever un nombre remarquable d'écoles sous l'égide de l’Église Libre. Une association de dames de « l'Église Établie » fut fondée en 1846, et créa encore d’autres écoles dans des pays dénués de ressources ; une association pareille dans l’Église Libre commença une œuvre semblable en 1850. Cette dernière offrait des traitements de 20 livres et fournissait même des vêtements pour les plus pauvres (1). Les legs importants de James Dick, dont l'application commença en 1832 et dure encore, rehaussa la situation financière des maîtres pa-

(1) Maczean, Proc. Philos. Soc. Glasg., XXXV, 74.

roissiaux dans les comtés d’Aberdeen, de Banff et de Moray (1).

Les élèves pauvres trouvaient leurs intérêts protégés par la loi de 1803 qui statuait, entre autres choses, que le maître d’une école paroissiale serait formellement tenu à recevoir gratuitement tous les enfants pauvres que les propriétaires et le pasteur lui recommanderaient. En 1865, un inspecteur d'écoles pouvait constater que ce règlement n’était plus même nécessaire. Les maîtres, dit-il, se montraient très accueillants de leur propre initiative envers les enfants dont les parents étaient dans des circonstances nécessiteuses. Les comités locaux d'assistance publique (institués en 1845) payaient les frais de l'instruction des enfants qui étaient à leur charge. Les Conseils des Anciens n’hésitaient pas à subvenir aux besoins des nécessiteux de leur église. Finalement il y avait dans d’autres régions des legs particuliers pour atteindre ce même but (2). Enfin le Comité d'Éducation n’oublia pas les désavantages spéciaux de ces régions, et depuis sa fondation, il témoigna toujours d’une bienveillance particulière, dans la distribution de ces subventions, envers les comtés d’Inverness, d’Argyll, de Ross, de Caithness, de Sutherland, d’Orkney et de Shetland. Heureusement à partir du mois de mars 1895 on trouva que ces faveurs spéciales n'étaient plus nécessaires, sauf pour certaines parties du Ross et de l’Inverness (3).

(1) Voir les rapports détaillés de l’opération du Dick Bequest, par MENzIES (1854) et Laurie (1890).

(2) Report of Educ. Commission 1865. Evidence, p. 5.

(3) Bazrour, Educ. Systems, p. 144.

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