CHAPITRE PREMIER
I. — Création du lycée (i8o2-i8o3). — Les locaux. — Arrivée des élèves nationaux.
n. — Les années de début (i8o3-i8o5). — La loi du ii floréal an X. — Le proviseur Coster. — Le personnel enseignant. — Les élèves. — L'administration financière du lycée.
in. — Le provisorat de Nompère de Champagny jusqu'à 1808. — Réformes dans les études. — Avances au clergé. — Les derniers partisans de l'École centrale. — Les discours de Nompère; les articles du Bulletin. — Meilleure administration financière. — Succès médiocre de Nompère.
IV. — Le lycée depuis la création de l'Université jusqu'à 1814. — Peu de changements importants au lycée de Lyon en 1808. — Nompère nommé recteur. — Création des facultés annexées au lycée. — Un enseignement nouveau : la philosophie. — Peu de progrès dans le nombre des élèves : l'inspection de 1809. — Les proviseurs Bonnevie et Bcraud. — Participation financière de la ville à l'entretien du lycée ; suppression du Bureau d'administration. — Succès médiocre du lycée dans l'opinion lyonnaise.
M La ville de Lyon, disait-on dans VAlmanach de Tan XI, est du nombre de celles où le Gouvernement paraît décidé à établir un lycée dès la présente année. Il a bien voulu consulter la commune pour connaître le degré d'intérêt qu'elle attache à cet établissement et les moyens qu'elle pourrait offrir pour en opérer l'accélération. Les observations et propositions du conseil municipal ont été adressées au gouvernement. Le bâtiment du Grand Collège est désigné pour l'emplacement du lycée, et sera vraisemblablement choisi pour cette destination. » Il en fut effectivement ainsi décidé. Le conseil municipal, invité à délibérer sur ce sujet le 1 7 messidor an X (6 juillet
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i8()Sij, par une lettre du conseiller crElat Hœderer, conclut à rétablissement du lycée au Grand Collège. Une minorité s'était pourtant prononcée pour les bâtiments du Grand Séminaire de Saint-Irénée, dont Taménagement était plus favorable. On aurait réservé le Collège pour y mettre TEcole secondaire. Il fallut en effet de grandes dépenses et un temps assez long pour installer le lycée au Grand Collège. Il était alors occupé par des particuliers, servait d'entrepôt de marchandises et était fort délabré. Mais on ne se perdit pas en longues discussions. Le préfet avait indiqué celle solution comme la meilleure, et, le 22 pluviôse an XI, il arrêtait que la totalité des bâtiments connus sous le nom de Grand Collège était mise à la disposition de la Municipalité de Lyon pour rétablissement du lycée. En conséquence, le maire de la division du Midi, Sain-Rousset, signifia aux locataires d'avoir à déménager avant le lo germinal. Pourtant le rez-de-chaussée continua d'être occupé par des magasins. La Ville escomptait le produit de ces locations et le futur bénéfice du pensionnat pour solder les dépenses d'aménagement.
Elles furent lourdes, environ Soo.ooo francs. Le mobilier seul (pour 200 élèves et le personnel logé) coûta à peu ||iiii^ I i5.o()o francs. Delambre, inspecteur général, etVillard, membre de rinstitut national, envoyés par Fourcroy, conseiller d'Etat chargé de l'instruction publique, inspectèrent l'établissement et y installèrent la centaine d'élèves nationaux qui devaient former le premier fonds du pensionnat* (i3 brumaire an XI). 4^ étaient choisis parmi les fils de fonctionnaires et de militaires ; 20 dans les écoles secondaires du Rhône, 16 dans l'Ain et la Loire ^. Ils arrivaient sans doute un peu prématurément, car les réparations n'étaient pas achevées. Le lycée fonctionna tant bien que mal jusqu'au 1 5 messidor an XI (4 juillet i8()3), jourdeson inauguration. Le Préfet, entouré de tous
* Lettre de Fourcroy au préfet (Arch, départ , T).
• La loi du 11 lloréîil an X prévoyait renlretien aux frais de TEtat de (J400 élèves nationaux (articles .'Ja, 33, 34).
les corps constitués, la présida ; Jauffret, le premier vicaire du cardinal archevêque, dit la messe, et plusieurs discours furent prononcés ^
La loi du i i floréal an X, les arrêtés des consuls qui la complétèrent*, réglaient l'organisation d'un lycée avec une minutie qui rendait impossibles les tâtonnements. On savait, avec la dernière précision, quel devait être le personnel administratif, le personnel enseignant, leur traitement, leur logement, leur costume^ : Le proviseur (4ooo francs), le censeur (aSoo francs), le procureur (2000 francs), vêtus de l'habit français complet noir^ manteau noir rejeté en arrière, avec collet et bordure de soie verte (agrémentés d'une broderie noire pour le proviseur), cravate pendante en batiste blanche, et chapeau français, forment le Conseil d'administration. Les professeurs (de 2000 francs à i5oo francs, plus 2/3 de la rétribution des externes à partager*), vêtus du même habit, manteau noir avec un collet vert, mais sans broderie, cravate et chapeau pareils, enseignent le latin et les mathématiques. 12 classes, de 6 mois chacune, dont 6 pour le latin, 6 pour les mathématiques, conduisent à 2 classes supérieures. Tune de belles-lettres, l'autre de mathématiques transcendantes, dans chacune desquelles l'enseignement dure 2 ans. Les maîtres d'études (1000 à 800 francs), vêtus de noir, surveillent les élèves. Ceux-ci (habit et culotte bleus, collet et parements bleu-céleste, chapeau rond jusqu'à 14 ans, chapeau français après cet âge, boutons
1 bulletin de Lyon, 17 et 20 messidor an XI. (Ce journal, qui resta le seul du département après le décret du 3 août 1810, surveillé par le préfet, paraissait depuis le 25 septembre 1802).
2 En particulier celui du 5 brumaire (27 oct. 1802), et celui du aa prairial an XI ( 1 1 juin i8o3).
3 Le lycée était rangé dans la première classe pour le traitement des fonctionnaires (Arrêté du i5 brumaire an XII ^ 7 nov. i8o3).
^ La rétribution est de 24 francs par an.
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jaunes de métal) ont neuf ans au moins. Ils sont divisés « pour la police » en «compagnies» de 25. Chaque compagnie a un sergent et 4 caporaux, choisis parmi les élèves lés plus distingués. Le sergent-major, qui commande à toutes les compagnies, doit joindre à l'avantage de Tinstruction et de la bonne conduite, celui de Tâge et de la taille. Il est directement sous les ordres d'un officier instructeur qui, aidé* de 2 tambours, commande les marches dans les différents mouvements de la journée, dirige les exercices militaires, et assure la bonne tenue des élèves. Ils se promènent par compagnies, mangent par compagnies. La discipline est précisée par un code de punitions: les arrêts, la table de pénitence, et la prison que seul le proviseur inflige ; prison de jour seulement ; car pour la prison de nuit le ministre de l'intérieur sera consulté. — Après dix mois, le public est admis à juger des résultats : les élèves les meilleurs sont interrogés en public sur Tobjet de leurs études. Ces « exercices » ont lieu du 12 thermidor au 26 inclusivement, et, le 29, les prix sont distribués. — On était décidément* sorti du « chaos de la Révolution » .
Le premier proviseur du lycée de Lyon fut Bérenger. Cet homme éloquent se sentit peu de goût pour les fonctions d'administrateur, et donna sa démission avant même que le lycée fût ouvert*. Il ouvrit un cours libre de belles^lettres, où il retrouva un auditoire et des applaudissements. Il fut remplacé par Coster, ex -secrétaire de l'Académie de Nancy, ex-professeur d'histoire à l'Ecole centrale de la Meurthe*.
Celui-ci avait plus d'enthousiasme. Il annonça bruyamment sa prise de possession par un article réclame qu'inséra VAlmanach de l'an XIII. Le public apprit ainsi que l'Ecole centrale avait été une bien mauvaise institution. Les professeurs, « maîtres de leur enseignement », y étaient tentés « de substi> tuer leurs opinions à la morale universelle, et cela est arrivé
* Dans sa lettre à Fourcroy, Bérenger, toujours éloquent, appelait sa démission « une abdication » (Arch. nat.^ F «7 >* »iiif), vendémiaire an XII). *^ 21 vendémiaire an XII (Arch. dép,y série T).
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quelquefois ». Les élèves « maîtres de choisir entre leurs professeurs, pouvaient préférer l'enseignement qui leur convenait le moins, et cela n'arriva que trop souvent ». Heureusement, au lycée, les professeurs sont déjà « sur la voie que le Premier Consul indique, et les élèves sont mis dans l'heureuse impuissance de s'en écarter » . Coster exposait avec complaisance tout le mécanisme du régime nouveau, depuis le conseiller d'Etat chargé de l'Instruction publique, jusqu'au tambour. Enfin il terminait par des paroles destinées à rassurer les plus timides, à décider les plus hésitants. L'enseignement de la religion était rétabli; le gouvernement « veut que les enfants embrassent, dans la simplicité de leurs cœurs, la religion de leurs parents » . Les élèves « trouveront dans le régime du lycée tout ce qui peut inspirer l'amour de l'ordre et en faire prendre l'habitude, une discipline régulière mais douce, des encouragements multiples, des punitions qui ne blessent que l'amourpropre, et, dans le premier auteur de tant de bienfaits, des vues dignes du Père de la patrie. Si ses intentions sont toujours franchement exécutées, ^ il aura commencé par donner à la République une génération propre à faire oublier la malheureuse influence de la Révolution sur l'instruction publique. »
Il n'était peut-être pas très adroit de critiquer aussi vivement les institutions et les hommes de la Révolution, car le personnel du lycée se recruta en partie dans celui de l'Ecole centrale.
Besson continua d'enseigner le latin, ainsi que ïabard, qui abandonna la bibliothèque pour reprendre son premier métier. Roux eut les mathématiques transcendantes. C'était un homme universel : il avait enseigné la physique à Grenoble, l'éloquence au collège Notre-Dame ; en i8o5, il remplacera le professeur de rhétorique au lycée tout en gardant les mathématiques. Mollet enseigna les mathématiques aux enfants de la cinquième classe. Hors de l'Ecole centrale, furent choisis Daburon qui avait autrefois appartenu au Grand Collège, Idt, un Lyonnais connu pour son savoir d'humaniste, Guidi, un Napolitain réfugié qui avait enseigné les mathématiques à l'Ecole centrale de
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TArdèche^ et André-Marie Ampère. Celui-ci, fils d'un juge de paix de Lyon guillotiné en 1793, arrivait de rEcole centrale de TAin. Il resta peu au Lycée de Lyon. Il y prit son service de professeur de physique le 5 juillet 1804 et, en janvier i8()5, fut nommé répétiteur à TEcole polytechnique.
Le lycée, inauguré vers la fin de l'an XI, n'a régulièrement fonctionné qu'en l'an XII (i8o3- 1804). Cette première année donna de médiocres résultats. Coster, qui ne semblait pas plus douter de la supériorité de ses vues que de Tinfaillibilité du Premier Consul, en eut quelque désappointement. Malgré l'appui du gouvernement qui le peuplait d'élèves nationaux, des autorités constituées (préfets, présidents des cours et tribunaux, généraux, etc.) qui « rehaussaient de leur présence » les exercices scolaires et les examens pour TEcole polytechnique, le public lyonnais fit un accueil très froid à Tinstitution nouvelle'-. Elle paraissait étrangère à une ville qui jusqu'alors avait eu l'habitude d'administrer elle-même ses écoles, et qui avait peu de sympathies naturelles pour les fonctionnaires et pour les institutions imposés par des ordres venus de Paris. On ne fit publiquement aucune critique contre lejycée, mais on s'abstint d y envoyer ses enfants^. Et quelques événements fâcheux semblèrent justifier cette attitude. La discipline était mauvaise. Il y eut des désordres assez graves qui motivèrent des plaintes des voisins. « Ce lycée se désorganise de la façon la plus inquiétante », écrivait Coster le i() ventôse*. Et dans
^ Voir sur lui la notice de Jules Forcst (Revue du Lyonnais, i363). En 1810, il devint professeur de mathématiques spéciales à Marseille, en i8i3, inspecteur à Grenoble, puis à Metz. En 1820 il se mit à faire de la médecine, et fut un des propagandistes de l'homéopathie.
'^ « C'est un point de fait que la Commission ne saurait taire : l'esprit public n'est point en faveur de l'établissement et, certes, le mode d'administration (jui a été suivi jusqu'à ce jour n'y a pas peu contribué. » (Rapport du Bureau d'administration, i^^ trim. an XII, Arch. mun. R*).
^ Coster déclare dans son discours de distribution de prix qu'il a 170 élèves, et il a intérêt à exagérer. Le Bureau d'administration, dans son rapport, donne comme moyenne iG5 élèves.
"* Arch. mun. (série M). Coster au maire de la division du midi (16 ventôse an XII).
son discours de distribution de prix, il demandait l'indulgence pour « des étourderies punissables », et qui, d'ailleurs, « n'étaient pas restées impunies » . Il avait « pris des précautions pour en prévenir le retour. Des fenêtres grillées, murées partout où ce remède a été praticable justifient notre administration ». C'était beaucoup dire. Tout au plus, les grilles pouvaient-elles mettre un terme à « l'incroyable manie » qu'avaient les élèves du Lycée, au dire de Coster, a de vivre sur les toits ^ » . Mais elles ne changeaient rien au désordre intérieur qui passait toutes bornes. Les élèves affichaient des placards séditieux : « Le Proviseur n'a plus de jambes (Coster était effectivement perclus) ; le Procureur-gérant n'a qu'une jambe ; le Censeur a deux jambes : total des jambes de l'administration : trois jambes, qui, divisé par le nombre des administrateurs, donne une jambe par personne. Donc, l'administration du lycée ne peut aller qu'à cloche-pied^. » — Un autre jour, c'était uil appel à la violence d'une brièveté toute révolutionnaire, dirigé contre le dépensier : « Citoyens condisciples, il est temps de céder aux instances de nos estomacs aboyants. Il faut faire justice du dépensier en le jetant par les fenêtres. Signé : Rosse-gredin, Brise- serrures, membres du Conseil chargé de réformer les abus. »
Les maîtres d'études étaient « détestables. Il n'en est pas un qui sache se faire respecter, écrivait Fourcroy, et on ne sait où en trouver de bons. » Le censeur Appert, seul, s'épuisa"it à sauver un reste de discipline. « Sans lui, la machine serait détraquée dans quinze jours. » Mais Coster avait avec lui de continuels démêlés, et, impuissant à combattre le mal, il passait son temps à gémir. Et il gémissait devant le premier venu. (( Au lieu de corriger les abus, il les publie, il les dénonce... Le premier père de famille qui lui tombe sous la main est condamné à entendre le récit de toutes les frasques, de toutes
* Lettre au préfet, du i3 messidor an XII (Arch nat.j F «7 H 3ii6).
* Rapport de Fourcroy 7 thermidor an XII (Arch. nat.j F »? ^ 3ii^>).
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les mutineries que sa mémoire peut lui rappeler*. » On ne comptait plus ses maladresses, les adversaires déclarés ou discrets du lycée les exploitaient facilement. Il était « la fable des ennemis du lycée ».
Car, à peine née, l'institution nouvelle avait déjà contre elle un parti puissant et actif. Le préfet Bureau-Puzy parlait au ministre des menées du « parti dévot ». Les « rats d'église » tiraient parti du moindre incident. Ils provoquaient la démission du professeur de lettres Daburon, qui était de leurs amis, et en parlaient ensuite comme d'un symptôme grave de décadence. Le lycée était un foyer d'esprit révolutionnaire et irréligieux. Le professeur Sanchanan n'avait-il pas parlé à la distribution des prix « des causes de la révolution, et des vérités d'ordre public qu'elle a mises en évidence* » ? Et Coster luimême, toujours candide, n'avouait-il pas publiquement à la même cérémonie que ses élèves avaient peu d'ardeur pour la religion ? Le lycée, ajoutait-il, bans se préoccuper de se mettre d'accord avec Sanchanan, donnait « le spectacle affligeant d'un combat qui s'établit entre l'enfant de la civilisation, élevé dans le sein d'une famille religieuse, et Tenfant de la révolution, pour qui toute religion est étrangère ».
La situation financière' du lycée était aussi médiocre. Le Bureau d'administration, présidé par le préfet, composé de quelques magistrats et du maire de la division du midi, constatait, pour le premier trimestre an XII, un déficit de 8919 francs. A la fin du second, ce déficit était de 19.248 francs, « déficit effrayant, quand on considère que le gouvernement a payé sans retenue la pension de 102 élèves nationaux, quoique le
* Voir rapports du préfet au ministre et du ministre à l'empereur. Messidor an XII et an XIII (Arch. nat.^ F 17 H Siifi.)
* Le préfet n'en fut pas content. Il n'aimait pas le parti dévot, mais jugeait un tel sujet « inconvenant ». Et il interdit à Sanchanan de le faire imprimer.
'"* Coster s'était pourtant acquis « une juste célébrité » comme premier commis des finances. C'était même une des raisons qui l'avaient désigné au choix du gouvernement. (Ministre de l'intérieur à l'Empereur. Messidor an XIII. Arch nat.y ibid,)
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nombre de ceux présents fut moindre ; ce qui a dû produire un bénéfice sur lequel le lycée ne doit pas compter à Tavenir ». Et le Bureau demandait un relèvement de la pension de 800 à 85o francs et Tenvoi de 5o élèves nationaux de plus. Le rapport de fin d'année établissait qu'il était (( arithmétiquement et physiquement impossible, dans Tétat présent, que le lycée pût établir une juste balance entre ses recettes et ses dépenses ». Lesrecettes s'étaient élevées à 1 82.278 francs; il en fallait déduire 49*901 francs pour les traitements du personnel. Restaient donc 82.377 francs pour le service de la maison. En divisant cette somme par le chiffre moyen de i65 élèves, on obtient pour quotient, 499 francs environ. Or, un élève coûtait en moyenne, 700 à 720 francs. Il fallait que les frais généraux fussent réduits, ou le nombre des élèves augmenté.
L'année suivante (an XIII) ne fut pas beaucoup meilleure. « J'ai combattu, ici, Tannée dernière, disait Goster dans son discours de fin d'année, la calomnie qui poursuivait dès lors cet établissement : elle n'a pas encore cessé de le poursuivre... Mais, quelle que soit l'impression que le lycée aurait à redouter, je rends hommage à la vérité, en répétant ce que je disais il y a un an : de 170 élèves qui m'ont été confiés, il y en a iSo de chacun desquels je voudrais être le père. » On eut pourtant la cruauté de le séparer de ses enfants : huit jours après la distribution des prix (24 août i8o5), il était mis à la retraite*. Il avait annoncé « des réformes qui, avant la rentrée, mettraient le lycée au-dessus de tous les reproches » . La première consista à se débarrasser de lui.
* Il mourut à Nancy en 181 3.
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L'abbé Nompère de Ghampagny * fut proviseur du lycée de Lyon pendant quatre ans et demi. Nommé recteur le 3 février 1809, il continua d'exercer en même temps les fonctions de proviseur, jusqu'au 3 février 1810. On comptait sur son savoir-faire pour réussir dans Tœuvre où avait échoué Coster. Il avait autant de zèle, et il était certainement plus adroit, plus intelligent ; il parlait et écrivait de manière moins naïve, quoi- • que aussi pompeuse. Sa personne parait avoir élé sympathique. Son administration fut très active.
Une réforme fut faite dans le programme des études, pour donner aux lycées la popularité qui leur manquait. Nompère l'annonça bruyamment ; le régime des classes établi par le décret du 19 frimaire an XI était modifié. Les 12 classe^ de six mois chacune (six mois de latin, six mois de mathématiques), qui conduisaient à deux classes de deux ans (belleslettres et mathématiques transcendantes) furent suppriniées. Les cours furent désormais d'une année. Trois classes de latin (6% 5% 4®) amenaient les élèves à la 3^, où ils commençaient l'étude des mathématiques, tout en poursuivant celle du latin. De la 3% ils passaient dans les deux classes dliumanités (20 et i^®) qui terminaient le cours d'études. La classe de mathématiques transcendantes était réservée aux candidats aux écoles. C'était, cette fois, revenir tout k fait au régime des anciens collèges.
On ne le dissimulait pas, d'ailleurs -, et l'aveu semblait bon pour gagner l'opinion, toujours hostile, que le proviseur Coster n'avait point séduite. On regardait, à Lyon, le lycée comme une école spéciale, destinée à former des militaires. Fourcroy
* Frère du duc de Cadore. U était chef d'institution à Fontainebleau depuis 1792, quand il fut nommé au lycée de Lyon, ^ Note du proviseur Nompère dans VAlmanach de Lyon de i8o8, p. 68.
signalait, dès Tan XIII, après une tournée d'inspection, que cette prévention était générale, et que le tambour, l'exercice, la discipline militaire, empêchaient les lycées de réussira Nompère de Ghampagny protesta publiquement que c'était « une erreur accréditée par la malveillance et contraire à l'esprit formel du gouvernement. Le tambour n'est qu'un moyen d'ordre et de discipline. Les lycées doivent recruter toutes les classes de la société^. »
Pour entamer la résistance passive d'un public rebelle, l'abbé Nompère de Ghampagny eût voulu l'appui du clergé. A la distribution des prix de 1806, il affecta de ne parler que des bienfaits de l'éducation religieuse. Dans VAlmanach (Je 1808 (paru en 1807), il écrivit : « La religion, base sacrée de Tordre moral et social, doit être et est aussi la pierre fondamentale de l'éducation des lycées. » Le cardinal Fesch, archevêque de Lyon, pouvait sans doute beaucoup. Il ne semble pas qu'il ait risqué une intervention décisive. Elle Teùt compromis auprès de son clergé, ou du pape Pie VII, qui avait dit à Lyon ses inquiétudes au sujet des articles organiques. Nompère obtint pourtant que le vicaire général Gourbon dît une messe de rentrée ; le Bulletin de Lyon proclama aussitôt que l'établissement était dirigé enfin selon ^les vœux du public, la religion ayant « consacré les prémices des études ». Il envoyait les élèves à la procession de la Fête- Dieu. Mais il avait beau faire : le pensionnat laïque restait, malgré la présence de l'aumônier, en suspicion auprès du clergé .
Il y avait aussi un élément d'opposition parmi les partisans des anciennes Ecoles centrales, qui regrettaient l'enseignement public, et ne considéraient pas comme un progrès le retour au régime des anciens collèges. Bérenger ouvrit chez lui, en janvier 1806, une école de littérature, et XAlniiinach^ qui Tan-
^ Cité par Talne, le Régime moderne, I, i(\i» * Almanach de Lyon de 1808, p. 70.
Univ. de Lyon. — Ghahot et Chari.kty.
nonça, la célébra d'avance avec empressement : « Cette forme d'enseignement rappelle les nobles institutions dont s'honorait jadis notre ville... On a vu combien le public en goûtait les simples essais, lorsque M. Bérenger osa les hasarder à l'Ecole centrale. On sait qu'à cette époque, les écoles de physique, de botanique et de littérature, furent fréquentées avec affluence par l'élite des citoyens, et que plusieurs mères de famille, plusieurs maîtresses de pension en suivirent les divers cours avec autant de plaisir que d'assiduité. » Il ajoutait, peut-être avec une pensée de critique pour le lycée, que Bérenger « ne prenait point de pensionnaires et n'admettait point d'élèves au-dessous de quinze ans^ ».
Nompèremit beaucoup de zèle à triompher de ces obstacles. Il pensait que le lycée ne devait pas demeurer un corps étranger à la cité. Il chercha à augmenter les communications de l'un à l'autre et il en multiplia les occasions. Les distributions de prix lui permettaient de prononcer des discours qui « faisaient sensation». Leur sujet habituel était l'éloge étourdissant de Napoléon, entremêlé de paroles dures pour la Révolution. Le Préfet parlait ensuite, et montait encore le ton. L'éloquence connut de beaux jours à Lyon, et le succès des orateurs donnait sans doute au lycée un prestige que la parole de Coster avait compromis auprès d'un public habitué à la parole des professeurs de l'Ecole centrale. Les élèves donnaient enfin une idée de leur savoir-faire. On imprimait dans le Palmarès* les meilleurs travaux des classes de belles-lettres : un éloge de Part oratoire par l'élève Félix- Joseph Varinard, une ode sur la bataille de Friedland, par l'élève Jean Chicou :
Que vois-je? vers le nord s'amoncelle un ora^e. Le Russe, qu'Austerlitz aurait dû rendre sage,
^ Gilibert ouvrit un cours public et gratuit de botanique à la Déserte (jardin botanique de l'Impératrice (3o mai 1807); — Raymond un cours de chimie appliquée aux arts et h la médecine (3 oct. 1806). Ces cours étaient autorisés par des arrêtés du maire.
'^ Celui de 1807,
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De la Neva soudain quittant les bords glacés, S'agite, et glomérant ses colonnes nombreuses
Sous ses enseignes belliqueuses^ S'arme, comme une mer de ses flots courroucés...
Le même Jean Chicou publiait ses Regrets sur la fin de l'automne. Louis Brachet faisait prophétiser par le centaure Chironla vertu et la gloire d\( Achille ressuscité » , et César Casati disait en vers latins les plaintes de Cérès sur l'enlèvement de Proserpine. N'étaient-ce point là de beaux résultats, propres à faire oublier même renseignement de Bérenger? On travaillait dans la classe de belles-lettres du lycée de Lyon ; qui pouvait prétendre encore, devant de pareils résultats, que le lycée ne formait que des soldats ?
Le proviseur se préoccupait de mettre les parents en relations permanentes avec le lycée. Tous les mois, un bulletin détaillé les renseignait sur leurs enfants. Le Bulletin de Lyon les conviait à venir se concerter quelquefois avec les professeurs. Ce journal, demi-officiel* parlait souvent du lycée et relatait les incidents heureux de son histoire. L'habitude s'y prit de signaler à tout propos les progrès étourdissants de l'établissement : « Le temps et l'expérience ont mûri la conception de la sagesse et du génie... L'établissement a répondu aux espérances publiques par des succès brillants et soutenus... Quoi d'étonnant sous un tel proviseur, avec de tels maîtres, avec de tels élèves ?. . . Des sceptiques niaient le mouvement ; il a marché. » Le Bulletin s'attendrissait volontiers sur le bon cœur des élèves, qui un jour s'étaient cotisés pour payer le trousseau d'un camarade pauvre reçu à l'Ecole polytechnique, et n'oubliait pas d'ajouter : « A ce trait on reconnaît l'impulsion donnée à cette intéressante jeunesse par le digne et respectable chef à qui elle est confiée. » Le proviseur est entouré de tendresse : après la distribution des prix, rentrant chez lui, il est accueilli par un compliment en vers débité par la sœur d'un élève, et le Bulletin n'omet pas de le dire.
On n'aperçoit pas que le nombre des élèves ait beaucoup
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augmenté jusqu'à la réorganisation i\e 1K08. Il ne dépassait guère 200. Le public restail réfracUiire. S'il y eut progrès, ce fut uniquement dans le mode d'administration. Le Bureau constata (3i décembre 1807) que le lycée n'était plus en déficit. Il y avait même un excédent de quelques milliers de francs de receltes. Le Bureau félicita le proviseur économe*.
Mais malgré toute l'activité de Nompère^la pompe des cérémonies, Téloquence des discours, les articles du Bulletin de Lyon et de YAlnumnch^ on avait le sentiment que le lycée végétait. La clientèle des élèves allait, aux pensions laïques. Les professeurs chercliaient même hors du lycée un supplément d'auditoire et de salaire. Mollet avait fondé « par souscription » un cours de physique expérimenUde pour des auditeurs « de tout sexe et de tout âge ». Et il rappelait, pour les attirer, le succès qu'avait eu jadis cet enseignement public. Clerc, professeur de mathématiques, successeur d'Ampère au lycée. ouvrait chez lui (nov. i8o5) « un cours de mathématiques en faveur des jeunes gens qui se destinent à la marine et à l'École polytechnique ».
Si tous les lycées de l'empire en étaient là, il y avait ui^ence à modifier une fois de plus « la conception de la sagesse et du génie ». C'est à quoi tendit le décret du 17 mars i8u8, qui organisa l'Université impériale.
« Il sera formé, sous le nom d'Université impériale, un corps chargé exclusivement de l'éducation et de renseignement dans tout l'empire. » La conséquence de ce premier article du décret était de faire entrer dans un corps d'Etat toutes les personnes qui, dans les lycées ou hors des lycées, distri-
* 5ooo francs pour les deux premiers Irimestres de 1807 (Rapport du Bureau. 3i déc. 1807 (Arch, mun,j R*). Le détail des comptes manque.
huaient renseignement secondaire, et de les placer sous la surveillance directe d'un personnel administratif spécial. La France fut divisée en circonscriptions appelées académies, et dans chacune d'elles furent placés des inspecteurs et un recteur, relevant directement d'un chef unique, le Grand Maître de l'Université. Cette organisation nouvelle, plus centralisée que l'ancienne, changeait peu de chose au régime des lycées. Mais en bouleversant les conditions d'existence des chefs d'institutions ou de pensions, des écoles secondaires communales, elle eut indirectement, par répercussion, une certaine influence sur leur personnel de maîtres et d'élèves.
Les changements directement apportée par le décret au régime des lycées eurent pour objet d'y introduire une discipline et une subordination plus grandes. Les proviseurs, censeurs et maîtres d'études furent astreints au célibat et à la vie commune ; les professeurs non mariés furent invités à loger au lycée et à y prendre leurs repas. Le mode de recrutement des professeurs, jusque-là non réglé, fut régularisé : les maîtres d'études furent admis à concourir entre eux pour obtenir l'agrégation au professorat des lycées. Les agrégés, dont le nombre était fixé au tiers de celui des professeurs, devaient remplacer les professeurs absents jusqu'au jour où ils seraient pourvus eux-mêmes d'une chaire. Tout le personnel fut réparti en quatre catégories honorifiques : les titulaires de l'Université, les officiers de l'Université, les officiers des académies, les membres de l'Université. Ces titres étaient attachés aux fonctions, depuis le recteur jusqu'au maître d'études. Enfin, la robe ^ remplaça l'ancien costume.
Nul ne refusa, à Lyon, la déclaration exigée « de contracter les obligations imposées aux membres » de la nouvelle corporation, le serment de fidélité à l'empereur et à ladynas-
* Dès le II juillet i8o6, la robe fut imposée dans l'exercice des fonctions, le costume de 1802 fut réservé pour les cérémonies; en 1808, il disparut tout à fait. Le 24 décembre i852 un décret institua de nouveau pour les proviseurs et censeurs une tenue de ville avec frac et épée.
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lie, d'obéissance au Grand Maître « en tout ce qu'il commanderait pour le service et le bien de Tempire ». Aussi tous les professeurs furent-ils maintenus. Quanta NompèredeChampagny,ilfutnommérecteurderacadémie*,maiscontinuad'exercer les fonctions de proviseur jusqu'au 3 février i8io. Lqs inspecteurs furent Poupar, et Bérenger, Tancien professeur de TEcole centrale, qui cessa de bouder. La création de TUniversité était une de ces grandes pensées . qui faisaient jaillir Téloquence des serviteurs du Maître. Nompère de Champagny prononça à la distribution des prix le discours qu'on attendait de lui : « Napoléon, le grand Napoléon vous appelle, disaitil aux jeunes gens. Napoléon, trop grand pour être loué, parce que la louange a pour limites les bornes de Tadmiration et qu'il lésa toutes franchies... (Il est plus habile capitaine qu'Annibal et Scipion, législateur plus éclairé que Minos). Napoléon, enfin, qui anticipe l'immortalité et qui jouit vivant d'une brillante postérité de gloire, Napoléon, enfin, si j'ose le dire, l'image resplendissante de la Divinité, non seulement par le caractère royal empreint sur son front, mais encore par l'immensité de son génie qui plane à une si haute distance de notre sphère, qu'entre lui et nous on croirait presque avoir à mesurer l'infini. Heureux élèves! »
Le lycée de Lyon devait être un des « principaux ornements » de la nouvelle Université, disait le professeur Besson dans son discours de rentrée. Il fut pourvu de deux annexes et d'un enseignement nouveau. Le décret de i8o8 prévoyait à côté du lycée, chef-lieu de l'académie, l'établissement d'une Faculté de belles-lettres et de sciences. Leur personnel s'y recruta presque exclusivement : Tabard, Nompère, Besson^ l'inspecteur Poupar, enseignèrent aux Lettres; Guillemet, Mouton-Fontanille, Roux et Mollet aux Sciences. Les Facultés semblaient être des annexes du lycée. Elles représentaient
*■ L'académie de Lyon comptait quatre départements : Ain, Léman, Loire, Rhône.
dans le nouveau système, les cours publics qui n'avaient jamais cessé d'être goûtés à Lyon, et qu'on regrettait depuis la disparition de l'Ecole centrale. L'enseignement des Facultés fut donné dans les locaux mêmes des classes.
Un enseignement nouveau fut créé, celui de la philosophie; on le confia à un professeur libre, Gourju, qui devint en même temps doyen de la Faculté des lettres. La base de cet enseignement était un vieux traité, connu sous le nom de Philosophie de Lyon. Il se donnait en latine •
Au milieu de l'agitation causée par toutes ces nouveautés, le chiffre des élèves du lycée restait stationnaire. L'éloquence de Nompère n'entraînait pas les indécis : <( L'Université nouvelle, fille du plus grand des empereurs, de même que l'Université ancienne était fille de nos rois, se présente en quelque sorte dans cette enceinte pour applaudir à vos succès », s^écriait-il à la distribution des prix de i8io. Mais cette évocation poétique dissimulait assez mal un certain malaise. L'inspection de. 1809 avait été peu satisfaisante, le rapport signalait les classes comme assez bonnes, mais la tenue générale du lycée comme médiocre. La propreté des dortoirs laissait à désirer. La discipline était insuffisante, et on attribuait cette insuffisance au peu de considération dont jouissaient le3 maîtres d'étude. Nompère, consulté, se plaignit de ce personnel, et demanda que les maîtres offrissent avant d'entrer en fonction de meilleures garanties d'instruction, qu'ils se préparassent par une <( retraite religieuse afin de faire aimer la religion aux élèves» ; qu'enfin, on leur promît de l'avancement.
L'idée d'utiliser les pratiques elles sentiments religieux pour le maintien de la discipline était aussi chère au Grand Maître
* Le grec ne figurait pas au programme des lycées. Les professeurs pouvaient, toutefois, faire des cours facultatifs de grec. Mais ils ne semblent pas avoir profité de la permission. Un rapport des inspecteurs généraux du 27 mars 1809 dit qu'on ne renseigne pas au lycée de Lyon. Le Conseil académique décida que le grec serait enseigné depuis la deuxième année de grammaire (28 août i8i3). (Arch, nat., F «7 H 3ii6.) La mesure ne semble pas avoir été suivie d'effet.
72 LE KÊGIME NAPOLÉONIEN, 1802-1850
Fontanes qu'au proviseur-abbé Nompère de Champagny. C'est sans doute à elle qu'est dû le choix singulier du proviseur de 1810-181 1. Chambry, nommé en remplacement de Nompère, n'avait fait que passer* ; on lui donna pour successeur le chanoine Bonne vie. C'était un prédicateur très estimé*; il avait suivi le cardinal Fesch lors de son ambassade à Rome, et y avait connu Chateaubriand. Rien ne le désignait au choix du Grand Maître, si ce n'est sa bonté, sa charité, et son éloquence. On comptait pourtant sur son nom pour faire bénéficier le lycée de sa popularité personnelle. Et sa nomination se fit avec une sorte d'emphase, comme un coup de théâtre. A la fin de la distribution des prix de 18 10, l'inspecteur général Roman, s'adressant au chanoine, le pria, au nom des parents, au nom du Grand Maître, d'accepter la charge de proviseur. Les applaudissements éclatèrent, ses voisins le pressèrent de ne pas refuser. Il accepta ^.
Mais ce proviseur en qui on mettait tant d'espérances, dont le nom indiquait tout un programme, l'union intime du clergé lyonnais avec l'Université, ne réussit pas. La discipline fut plus médiocre que jamais. Bonnevie comprit vite qu'il ne valait rien pour ce métier, et se retira sans bruit à la fin de l'année *.
Son successeur Béraud ^ resta proviseur jusqu'au retour des Bourbons. Le chiffre des élèves monta à 3oo environ ^. Il ne fut jamais dépassé, bien que Nompère de Champagny eût fait aux institutions concurrentes une guerre assez vive, dont il attendait de meilleurs résultats.
* Il fut nommé le 22 mai 1810 inspecteur de l'académie de Paris.
2 Voir sur lui une notice par l'abbé Bez (Revue du Lyonnais, 2^ série, t. I, p. 3o5), Bonnevie a laissé quatre volumes de sermons, panégyriques, oraisons funèbres.
^ Procès-verbal de la distribution des prix, 10 sept. 1810. (Arc/i. dép. T.)
* Le censeur était aussi un ecclésiastique, l'abbé Astoud. Il semble qu'il se soit retiré en même temps que Bonnevie.
^ Ancien oratorien, professeur lEcole centrale de TArdèche, puis proviseur du lycée de Nîmes.
^ Là-dessus environ 160 internes. C'est un décret daté de Vitepsk, 3i juillet 1812, qui fixa leur nouveau costume : drap bleu, teint avec l'indigo-pastel, collet et parements bleu ciel (jaunes pour les collèges, blancs pour les pensions).
Le lycée impérial avait peu d'élèves, et il coûtait cher. L'Etat payait Tentretien de loo boursiers nationaux, et il imposait aux villes de créer des bourses nouvelles. Lyon fut lourdement taxé par le décret du lo mai i8o8. Il dut payer 7oboursesentières,queleGouvernementrépartitentreleslycées de Gahors, Grenoble, Besançon et Lyon. Ce dernier n'en eut que 26 ^ Le Conseil municipal, peu enclin à faire des libéralités à d'autres villes, se montra étonné. Lorsqu'il s'agit d'installer à Lyon l'Académie et les Facultés, le décret du 17 septembre 1800 mit encore à la charge de la ville les frais d'entretien, ainsi que ceux du lycée. Le Conseil municipal déclara sentir tout le prix de ce « bienfait », affirma que sa reconnaissance se manifesterait « par l'empressement à seconder les vues du Gouvernement » , mais il se contenta de voter 7000 francs pour réparer une partie des bâtiments du Grand Collège destinés à l'Académie.
Napoléon avait en effet une manière originale de concevoir la collaboration des pouvoirs locaux à la réalisation de ses vues. Il leur demandait beaucoup d'argent, et ne les admettait pas à savoir ce qu'on en faisait. Le Bureau d'administration fut supprimé le i^^ janvier 1808. Dès lorg, une commission ministérielle vérifia seule les comptes. Peut-être faut-il voir dans cette attitude une des raisons qui empêchèrent que les lycées de l'empire devinssent une institution vraiment populaire. Il n'est pas, en tout cas, douteux que, à Lyon, on n'ait eu le sentiment que c'était un organisme étranger à la vie locale. Le public écoutait avec curiosité se dérouler les éloquentes apostrophes de Nompère de Champagny, lisait sans doute les articles-réclame du Bulletin ou de VAlmanach^ mais envoyait les enfants dans les institutions voisines. Au temps du Collège, de l'Institut d'éducation publique, de l'Ecole centrale, les Lyonnais, ayant le droit de discuter le problème de l'éducation publique, s'y intéressaient ardemment ; les pou-
* Cette situation n'a pris fin qu'en 1887.
voirs constitués, des particuliers s'y dévouaient ; on avait le désir du progrès, la passion du bien public. Ces sentinients n'avaient plus cours sous Napoléon ; le Maître ignorait leur valeur sociale et s'en méfiait ; il ne demandait pas aux hommes de l'initiative, mais de l'obéissance. Il en trouva, et le résultat fut à peu près ce qu'on pouvait attendre d'un tel ressort d'activité.